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Collection « Les sciences sociales contemporaines »

Amal Hachet, TRAITER LES AGRESSEURS SEXUELS ? (2008)
Introduction


Une édition électronique réalisée à partir du livre d'Amal Hachet, TRAITER LES AGRESSEURS SEXUELS ? Éditeur responsable: Fréderic Delcor, Ministère de la communauté française. Bruxelles: Yapaka.be, Coordination de l’aide aux victimes de maltraitance, Secrétariat général, La Fédération Wallonie-Bruxelles de Belgique, novembre 2008, 64 pages. Collection: Temps d’arrêt / Lecture. [Le 20 février 2015, YAPAKA, la Coordination de l'aide aux victimes de maltraitances | Fédération Wallonie-Bruxelles, accordait aux Classiques des sciences sociales son autorisation de diffuser ce livre, en accès libre et gratuit à tous, en version numérique.]

[5]

Traiter les agresseurs sexuels ?

Introduction

Depuis la thèse du « criminel né » de Lombroso jusqu'à celles, actuelles, du « tous criminels » et de la « tolérance zéro », les sciences dites « criminelles » voire de criminologie ont vu leur objet d'étude se métamorphoser, passant du « crime » au « comportement criminel » avant, de nos jours, de s'intéresser à la personnalité de « l'auteur du crime ».

Au fur et à mesure de son développement, la criminologie s'est servie des « sciences du comportement » (par la mise en œuvre de techniques d'investigation, d'évaluation, de « profilage », etc.), afin d'asseoir une idéologie soutenue par une logique de contrôle social.

Si l'on admet la définition de Lagache, selon laquelle l'agressivité est une tension qui met l'organisme en mouvement en même temps qu'une disposition indispensable qui permet au sujet de trouver sa place dans son milieu [1], dans quelle mesure le rôle de « contrôle », de « canalisation », voire de « réorientation » que la société chercherait à exercer sur cette agressivité - par l'établissement d'un système de valeurs avec des normes - serait-il « légitime » ?

[6]

Où se situerait la frontière si toute déviation ou tout écart par rapport à ces normes aurait la même valeur qu'une transgression, à laquelle il faudrait opposer une sanction, à l'instar de la réponse « pavlovienne » ?

Devenues un outil de normalisation par excellence, ainsi qu'un alibi « sécuritaire », les sciences modernes se sont mises au service de cette nouvelle idéologie, dont l'objectif serait de supprimer la moindre manifestation « agressive », laquelle serait « détectable », dirions-nous, dès la vie intra-utérine [2].

Cette régression épistémologique actuelle a été impulsée par le modèle anglo-saxon de « redressement » de la jeunesse turbulente, agitée ou mal adaptée au système scolaire, que l'on a entrepris de doper à la Ritaline© ou d'enfermer dans des camps de « réhabilitation » censés la transformer en une population docile, conforme au comportement « normal » en vigueur.

Or, lorsqu'une science se transforme en idéologie, les frontières entre les règles normatives et les lois s'évanouissent, tandis qu'une pensée totalitaire se dessine et s'affirme. Une récente loi en France sur la « rétention de sûreté » en fournit un exemple éclatant !

Contre ces errements scientistes et comme la psychanalyse n'a cessé de le démontrer, il [7] nous faut réaffirmer que les pulsions agressives sont inhérentes au fonctionnement psychique de chaque être humain [3] et, à ce titre, qu'elles sont irréductibles à tout déterminisme biologique ou naturaliste.

C'est là que se situe l'intérêt de notre réflexion, laquelle, prenant appui tant sur une pratique psychothérapique d'inspiration psychanalytique que sur une pratique d'expertise auprès d'une population d'agresseurs sexuels, interroge les limites de la logique normative et sécuritaire de nos sociétés modernes sur laquelle se basent les dispositifs actuels en matière de « soins » à l'attention de cette population. Une telle logique ne fait qu'entretenir la pathologie de cette dernière et, par là même, qu'augmenter les probabilités d'échec de tels dispositifs ainsi que les risques de récidive.

[8]


[1] Lagache D. L'agressivité : structure de la personnalité et autres travaux. Paris : PUF, 1982.

[2] LCf. Les troubles des conduites chez l'enfant et l'adolescent, rapport de l'INSERM, septembre 2005.

[3] Safouan M. (2006) « La personnalité du délinquant à la lumière des théories psychanalytiques », Psychologie clinique, nouvelle série, 20.



Retour au texte de l'auteur: Jean-Marc Fontan, sociologue, UQAM Dernière mise à jour de cette page le vendredi 6 mars 2015 9:41
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur associé, Université du Québec à Chicoutimi.
 
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