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Collection « Les sciences sociales contemporaines »


Louise Guyon

DERRIÈRE LES APPARENCES.
Santé et conditions de vie des femmes
.


Avec la collaboration de Claire Robitaille, May Clarkson et Claudette Lavallée. Québec : Ministère de la Santé et des Services sociaux, novembre 1996, 384 pp. [
Autorisation accordée par l'éditeur du Québec le 17 octobre 2006.]

Deuxième partie:
le poids de la différences

Chapitre 16. Les femmes et la santé, morcellement ou homogénéité ? Conclusion à la deuxième partie. (pp. 289-290)

Les femmes qui viennent d'être décrites partagent plusieurs traits communs: elles vivent au Québec, elles participent au même système de soins et services, aux mêmes régimes d'allocations et, à l'exception des femmes cries et inuites, sont soumises aux mêmes lois et aux mêmes contraintes socioculturelles, du moins en principe. Pourtant, leur état de santé varie considérablement d'un groupe à l'autre, et leurs attitudes et comportements ne sont pas les mêmes. Plus encore, leur rapport avec le système de dispensation de soins se présente différemment selon la place qu'elles occupent dans la société. L'âge, le niveau socio-économique, la structure familiale, l'appartenance culturelle sont autant de balises qui vont soit restreindre, soit faciliter l'accès à de meilleurs indices de santé. 

Si le fait d'être une femme peut signifier plus de problèmes de santé ou de détresse psychologique, le fait d'être âgée, défavorisée ou chef de famille monoparentale multiplie les risques. L'enquête permet-elle de faire la part entre ces deux réalités, c'est-à-dire entre la spécificité féminine et l'appartenance à un sous-groupe qui comporte plus de risques? On a pu voir, dans certaines situations, que la variable sexe venait amplifier le risque face à la maladie (c'est le cas des femmes pauvres ou âgées) ou à la souffrance psychologique (c'est le cas des adolescentes). On a aussi constaté que là où certains facteurs sociaux ou environnementaux n'arrivaient pas, avec suffisamment de certitude, à expliquer des différences apparentes, l'appartenance à un sexe restait souvent le facteur le plus significatif On peut donc affirmer qu'il existe un « destin commun » à l'ensemble des femmes, dans la mesure où elles partagent certaines expériences, mais on se doit d'ajouter que l'expression concrète de cette destinée reste encore conjuguée à l'influence de milieux disparates. 

À mesure que nos connaissances progressent, il nous est plus facile d'orienter nos actions. Les chapitres que nous venons de parcourir nous ont montré que certains groupes de femmes connaissent des conditions de vie et de santé nettement plus néfastes que d'autres, soit dans leur ensemble, soit dans certains aspects qui leur sont plus particuliers. L'analyse permet de supposer que certaines situations risquent de perdurer ou de s'amplifier au cours des prochaines années. On devra porter une attention particulière aux adolescentes et à leurs habitudes de vie, surtout à celles qui ont un lien avec le corps, de même qu'à leur santé psychologique. Les femmes défavorisées sont vulnérables à presque tous les points de vue (état de santé général, conditions de vie, comportements sanitaires) et rien ne laisse présager une amélioration pour l'avenir. Le nombre et la proportion de femmes en situation de monoparentalité continuent à progresser, ce qui entraîne une augmentation de la pauvreté chez les femmes adultes et leurs enfants. La situation des femmes cries et inuites, que l'on commence à peine à connaître, soulève l'importance de soutenir une structure de ressources plus adaptées et surtout créées à partir du savoir et de l'expérience que ces femmes elles-mêmes ont su acquérir. 

Enfin, la situation des femmes âgées soulève une série de questions assez complexes : si, aujourd'hui, le vieillissement s'accompagne très souvent de pauvreté, de solitude et d'incapacité, qu'en sera-t-il de la prochaine génération ? Les données actuelles indiquent que les femmes âgées seront plus nombreuses, particulièrement dans le groupe des 75 ans et plus, mais on ne peut prédire une amélioration de leurs indices de santé et même de leurs conditions socio-économiques. Elles auront connu un style de vie très différent de celui de leurs aînées, caractérisé par une fécondité réduite, une plus grande participation au marché du travail, une plus forte consommation de tabac, d'alcool et d'hormones, et probablement une vie plus stressante. 

Pour les personnes et les organismes engagés dans l'étude des données sociosanitaires et dans l'amélioration de l'état de santé des Québécoises, ces résultats présentent un double visage. D'un côté, ils apportent de nouvelles informations ou viennent confirmer des hypothèses déjà formulées : il y a alors amélioration des connaissances et les possibilités d'action ne pourront qu'être mieux définies. Mais, en même temps, ils soulignent encore une fois l'influence de l'environnement sur la santé, particulièrement de l'environnement social, ce qui soulève une fois de plus la nécessité d'agir sur plusieurs facteurs de façon simultanée. Enfin, la concrétisation d'une telle approche constitue l'un des plus grands défis posés au système québécois, autant en matière de recouvrement de la santé, de prévention que de dispensation de services sociaux, voire même au-delà du secteur sociosanitaire d'intervention.



Retour au texte de l'auteur: Jean-Marc Fontan, sociologue, UQAM Dernière mise à jour de cette page le samedi 28 juillet 2007 10:08
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur de sociologie au Cégep de Chicoutimi.
 
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