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Collection « Les sciences sociales contemporaines »

Georges Gusdorf, LES SCIENCES DE L'HOMME SONT DES SCIENCES HUMAINES. (1967)
Avant-propos


Une édition électronique réalisée à partir du livre de Georges Gusdorf, LES SCIENCES DE L'HOMME SONT DES SCIENCES HUMAINES. Publication de la Faculté des Lettres de l'Université de Strasbourg, 1967, 294 pp. Collection : Le petit format, 1. Paris : Diffusion Éditions OPHRYS. Une édition numérique réalisée par mon épouse, Diane Brunet, guide de musée retraitée du Musée de la Pulperie à Chicoutimi. [Autorisation des ayant-droit le 2 février 2013 de diffuser l'oeuvre de l'auteur dans Les Classiques des sciences sociales.]

[7]

Les sciences de l’homme
sont des sciences humaines.


Avant-propos

On n’a jamais tant parlé des sciences humaines. Il faut bien croire qu'elles existent puisqu'elles mobilisent des effectifs de plus en plus considérables de « chercheurs ». Mais le statut de ces sciences demeure incertain ; on ne se soucie guère de dégager leur signification et leur portée. L’idée même de science de l'homme semble se perdre dans les sables de la spécialisation indéfinie. Les chercheurs, sans doute, cherchent à qui mieux-mieux ; mais ne sachant pas ce qu’ils cherchent, ils ne sauraient pas ce qu'ils trouvent s'il leur arrivait de trouver quelque chose.

L’homme, en question dans ces sciences, est perpétuellement présupposé, sans que les intéressés se donnent la peine de lui accorder le bénéfice d’une réflexion fondamentale. Comme s'il était possible de se livrer à la recherche dans le domaine de l’une quelconque des sciences humaines sans s'être au préalable interrogé sur l’homme lui-même, et sur le statut épistémologique des savoirs qui le concernent.

Il y a là un étrange paradoxe. L'épistémologie des mathématiques de la physique, de la biologie préoccupe les philosophes et les savants. Celle des sciences humaines est à peu près négligée. C'est pourquoi les spécialistes de ces disciplines, médecins et philologues, économistes, historiens, psychologues, psychosociologues, sociologues et tous autres, travaillent le plus souvent à l’aventure ; leurs efforts les plus méritoires demeurent sans grande portée parce qu'ils s'exercent au sein d'un vide de significations.

Quant aux philosophes, en principe soucieux de la condition humaine, ils semblent refuser par principe l'hypothèse selon laquelle les sciences de l'homme seraient plus essentielles pour eux que la physique atomique ou la théorie des ensembles. C'est pourquoi les métaphysiques de tout acabit qui ont fleuri en France depuis cent cinquante ans ressassent inlassablement les thèmes d’un spiritualisme sans substance, indifférent au renouvellement de la connaissance de l'homme et du monde, L'enseignement officiel continue à décliner Descartes et Spinoza, Kant, Hegel ou Lachelier, mais les penseurs de la Renaissance sont oubliés, ceux du XVIIIe siècle ne [8] sont pas pris au sérieux, Lamarck est inconnu, ses œuvres  sont introuvables, comme d'ailleurs celles de Leibniz qui ne concernent pas l'ontologie au sens étroit du terme. La prodigieuse transfiguration de la réalité humaine au XXe siècle n’a pas réussi à forcer l'attention des penseurs, farouchement retranchés dans le splendide isolement du spiritualisme universitaire.

*

Ce volume rassemble un certain nombre d'essais dont l’intention commune est de dénoncer une situation de fait aussi dommageable à la philosophie elle-même qu'aux diverses sciences humaines.

Les premiers textes tentent de définir la possibilité et le programme d'une connaissance interdisciplinaire, qui représenterait une sorte de contrepoison épistémologique de la spécialisation ; elle serait la pensée qui rassemble, par opposition à la pensée qui divise et subdivise.

Mais on ne doit pas entendre par connaissance interdisciplinaire, comme il arrive trop souvent, la juxtaposition de monologues de spécialistes, ou même le dialogue de deux d'entre eux, appartenant à des disciplines voisines. L'espace interdisciplinaire est le champ unitaire de la connaissance, l'horizon commun en lequel doivent se regrouper toutes les études concernant la réalité humaine. Il n'est pas constitué par l'addition de toutes les spécialités, dont chacune se constituerait en parcelle autonome ; il se fonde sur la négation des frontières, et sur le présupposé de l'unité nécessaire des moyens de connaissance qui ambitionnent de rechercher l'authentique visage de l'homme en tant qu’homme.

Le programme proposé est donc orienté vers la constitution d'une anthropologie fondamentale, dont l'exigence s'imposerait à toute enquête concernant l'homme et l'humain. Il ne s'agit pas, bien entendu, d'imposer aux uns et aux autres le respect d'une dogmatique préalable, mais de faire respecter le principe de l'unité du savoir. Car toute science, et même les sciences abstraites ou les sciences de la nature, est conscience de l'homme. Aucune discipline ne se suffit à elle-même. Le régime de spécialisation outrancière, caractéristique des temps modernes, a falsifié le sens du savoir en réduisant l'envergure de l'intelligence. Centrée sur les sciences humaines, à la fois immanente et transcendante à leur développement, l'anthropologie doit être la mise en lumière systématique de l'humanité de l'homme.

Un certain nombre des études qui figurent dans ce recueil veulent être des échantillons de ce que pourrait être cette épistémologie de la forme humaine, appliquée aux recherches et travaux de telle ou telle discipline particulière. Le philosophe tente, en seconde lecture, de dégager les indications existentielles contenues [9] dans les recherches des savants. Son interprétation vise toujours à rendre à l'homme ce qui lui appartient.

Rompant avec les jeux stériles de la philosophie de l'histoire, l'histoire du savoir s'efforce de mettre en lumière l'unité interne qui assure d'âge en âge la cohérence de l'image de l'homme et de l'image du monde. Elle tente de définir, jadis et maintenant, les attitudes mentales, les modèles d'intelligibilité qui s'affirment et se renouvellent dans la succession des époques de la culture. Cette histoire compréhensive voit dans toute connaissance l'expression humaine d'une découverte de soi qui fait le tour du monde sensible, intellectuel et spirituel.

Pour les philosophes comme pour les spécialistes des diverses disciplines, ce livre voudrait avoir le sens d'un rappel à l'ordre de l'humain.



Retour au texte de l'auteur: Jean-Marc Fontan, sociologue, UQAM Dernière mise à jour de cette page le jeudi 16 janvier 2014 6:54
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur de sociologie retraité du Cégep de Chicoutimi.
 
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