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Collection « Les sciences sociales contemporaines »

Questions interdites sur le Québec contemporain (2003)
Avant-propos de l'auteur


Une édition électronique réalisée à partir du texte de M. Jacques Grand’Maison, Questions interdites sur le Québec contemporain. Petit manifeste d’un réac progressiste-conservateur anti-postmoderniste. Montréal : Les Éditions Fides, 2003, 85 pp. [Autorisation formelle accordée par l'auteur le 15 mars 2004]

Avant-propos de l'auteur

Les références droite-gauche refont surface. Elles ont toujours leur pertinence. Mais il faut bien reconnaître qu'elles sont souvent emmêlées ici au Québec. Si j'en juge par les sondages qui tiennent lieu chez nous de politique, la majorité des Québécois seraient des progressistes-conservateurs. Pourquoi pas ? me dis-je. Il y a des choses qui méritent d'être conservées et d'autres qui appellent des changements importants. 

Mais voilà qu'apparaît une nouvelle mode Politique lancée d'abord par nos cousins français parisiens. À vrai dire, elle n'est pas si neuve qu'on le prétend. Mais on sait lui donner un bel accent postmoderne. Il s'agit des réacs. Ce n'est pas d'aujourd'hui que l'on traite les autres de réactionnaires. J'en sais quelque chose comme cure. Même avant d'ouvrir la bouche, j'ai déjà cette appellation contrôlée, ou plutôt cette désaccréditation. On sait d'avance ce que je vais dire. J'étais, je suis et je serai toujours un réac. On sait que le sens critique est la marque principale d'un esprit progressiste. Mais un réac critique, lui, est doublement réactionnaire, droitiste et conservateur. 

Pourtant, les spécialistes de la postmodernité nous disent qu'on fait aujourd'hui d'heureux mélanges d'ancien et de nouveau. Des recompositions inédites, comme disent des sociologues. Hier on préférait les « ruptures innovatrices ». Plus elles étaient cassantes, plus elles étaient prometteuses. La formidable dynamique du chaos, quoi ! Alors que tout ordre signifiait oppression, répression, aliénation, exploitation. Ce n'était pas uniquement le fait des grands pouvoirs méchants, mais aussi de toutes les sociétés traditionnelles. 

Ainsi du jour au lendemain, en un tour de main, nous cessions d'être des Canadiens français, et devenions des Québécois. Une toute nouvelle identité dans un Québec indépendant, laïque et socialiste. Même la Révolution tranquille relevait d'un vilain réformisme mystificateur. J'entends même aujourd'hui des acteurs de la Révolution tranquille qui se convertissent à cette création ex nihilo comme le véritable acte fondateur de notre avenir assuré. Des réacs convertis. « Mais maudit que les Québécois ne comprennent rien ! Ils sont en train de virer à droite. » Bien sûr, il y a de quoi s'étonner de voir pareille dérive dans notre société postmoderne la plus avancée au monde, avec les législations les plus libertaires. 

Les pires réacs sont ceux qui veulent les deux, qui « moyennent ». 

Des optimistes y voient plutôt une ruse on ne peut plus intelligente. « On s'en est tiré d'une façon pas trop pire jusqu'ici avec cette ruse. » Nous avons su moduler nos diverses identités française, anglaise, américaine. Une sacrée bonne mixture. On les débat entre elles, c'est un signe de notre maturité démocratique. 

Mais la question brûlante refait surface : qu'est-ce qui se passe vraiment chez les Québécois francophones dits de souche, dans le pays réel d'aujourd'hui ? Les Québécois ne veulent plus entendre parler de constitution. Ils veulent simplement que l'hôpital et l'école fonctionnent mieux, qu'il n'y ait plus de chômage, que de bons régimes de pension soient accessibles à tous, qu'on puisse prendre sa retraite le plus tôt possible. C'est-à-dire décrocher de la société « au plus sacrant ». 

« On est des millions à en avoir ras-le-bol. » D'où vient donc ce sentiment permanent de vivre dans une société bloquée, jouxté a cet autre sentiment d'appartenir à une société très avant-gardiste, ouverte à tout et à tous, qui a réussi, en quelques décennies, à rattraper les pays les plus prospères ? Ces deux sentiments semblent si forts, si « heurtants » qu'ils nous empêchent de prendre une distance sur leur actualité fumante, mordante. C'est à partir de l'un ou l'autre qu'on se traite mutuellement de réac. Qui au nom de la logique privée tous azimuts pour se sortir de l'impasse d'un tel écartèlement, qui au nom de la logique publique de nos acquis merveilleux et progressistes. La question la moins élucidée me semble être celle des filiations historiques de ces écartèlements. 

Voilà ce que je tente d'explorer dans ce court manifeste. je me suis identifié comme un réac, pour deux raisons : précéder ceux qui vont me coiffer de cet oripeau ; et anticiper le réflexe fort répandu de considérer comme réactionnaire tout recours à l'histoire pour éclairer le présent. Quant à l'étiquette progressiste-conservateur, je la légitime avec la conviction que je ressemble au Québécois moyen ! Anti-postmoderniste, parce que j'en ai par-dessus le train de toutes ces modes snobinardes : post-ci, post-cela. Postindustriel, postmoderne, postchrétien, posthumain. Qu'y a-t-il donc après tous ces post ? C'est aussi ridicule qu'aberrant.


Retour au texte de l'auteur: Jacques Grand'Maison, sociologue québécois (1931 - ) Dernière mise à jour de cette page le lundi 17 avril 2006 19:19
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue.
 
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