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Collection « Les sciences sociales contemporaines »

Le privé et le public. Tome I (1975)
Introduction


Une édition électronique réalisée à partir du texte de M. Jacques Grand’Maison (1931-), Le privé et le public. Tome I. Montréal: Les Éditions Leméac inc., 1975, 220 pp. Collection: La cité de l'homme. Une édition numérique réalisée par Gemma Paquet, bénévole, professeure de soins infirmiers retraitée du Cégep de Chicoutimi.

Introduction
Le privé et le public, une question clé

Une question clé

Le privé et le public. S'agit-il du problème scolaire, de l'entreprise privée versus l'État, de l'opinion publique en regard de la vie privée, des institutions privées devenus services publics, propriétés collectives ou appareils d'État ? Bien des questions récentes ont confronté ces deux termes : grèves des services publics, écoute électronique, dossier cumulatif, liberté de choix de la langue et de l'école, crise du pétrole et intervention politique, enquête sur le crime organisé, implications financières d'hommes politiques dans des contrats gouvernementaux, remontée du secteur privé de l'enseignement, déprivatisation de la consommation ou politisation du grave problème de l'inflation, contrôle politique des investissements étrangers, planification de l'environnement, etc. 

Voilà assez d'indications pour montrer la nécessité de clarifier ce rapport fondamental. Rapport qui a des dimensions sociales, culturelles, économiques, politiques et éthiques. Depuis la révolution tranquille, particulièrement, le secteur public n'a cessé de croître dans tous les domaines de la vie collective. L'État a acquis de nouveaux rôles. Il a pris en charge des réseaux complets d'institutions privées. Certains y voient un phénomène tragique de bureaucratisation ; d'autres applaudissent cette émergence d'une société moderne, planifiée, programmée par une véritable administration étatique. Des esprits caustiques prétendent qu'on a investi l'État d'une omnipotence supérieure à celle de l'Église de la chrétienté. D'autres expriment des vues bien différentes : fin du libéralisme et poussée première vers le socialisme, liquidation d'un passé artisanal, démocratisation des grandes activités collectives. 

Nous alignons à dessein des interprétations très diverses pour signaler la complexité de la question. Nous voilà au centre d'une problématique majeure dans l'évolution actuelle de notre société. 

Un paradoxe tenace 

En deçà de ces grandes considérations idéologiques, il existe d'autres aspects plus immédiats, plus concrets. Par exemple, la fonction publique prend une ampleur qui déconcerte bien des citoyens. Il suffit de penser au budget fantastique consacré à la police dans la communauté urbaine de Montréal. C'est à vous couper le souffle, surtout quand vous situez ce poste par rapport aux objectifs de développement. Au moins, les politiques scolaires et sociales qui prennent la grosse part du budget provincial peuvent avoir des effets d'entraînement dans la promotion collective et la progression de la société. Mais même là, que d'argent, d'énergies et de ressources humaines engagés pour faire fonctionner ces vastes machines administratives qui ont rarement l'efficacité et la flexibilité des grandes corporations industrielles. Que se passe-t-il donc ? N'a-t-on pas atteint dans les sociétés « développées » le palier de l'incompétence étatique, limite critique où la démesure des appareils défie toute échelle humaine d'appartenance ou de fonctionnement ? Drôle de démocratie ! La démocratisation débouche sur sa négation. À la polyvalente comme à la salle d'urgence de l'hôpital, l'individu se sent plus petit et plus impuissant que jamais. 

Propos ambigus ? Bien sûr, ils peuvent servir tout autant aux traditionalistes ou aux minorités possédantes qu'aux hommes de gauche. C'est que chacun vit le problème dans l'un ou l'autre secteur de sa vie. Le public écrase le prive. On en veut aux institutions nouvelles comme aux anciennes pour différentes raisons. L'État par-dessus tout est l'objet des grands procès actuels. Procès qui rallient facilement des citoyens de toutes tendances. On exige beaucoup de l'État tout en lui reprochant de trop intervenir. J'ai vu des créditistes faire bon ménage ici, soit avec des hommes d'affaires soit avec des gauchistes. Nous avons une longue tradition d'auto-étatisme, doublée d'une propension collective aux régimes autocratiques. Comprenne qui peut ! Après Taschereau et Duplessis, Houde et Fournier, on croyait la démocratie arrivée. Drapeau règne sur Montréal sans opposition (même situation dans la ville de Québec). Bourassa, avec ses 102 députés, dépasse les performances de Duplessis. Le peuple québécois se range inconditionnellement du côté de Trudeau. Et une certaine gauche parle de la dictature du prolétariat. Quelle vie publique ! 

Repli sur le privé 

Beaucoup de citoyens se replient sur le terrain privé. Le phénomène prend des proportions insoupçonnées. En effet les media laissent entendre qu'il y a une opinion publique vigilante et alerte, une vie collective intense, une activité parlementaire et gouvernementale débordante. Est-ce bien le cas, surtout dans le cours des activités courantes ? Combien ont décroché des enjeux collectifs ? Le boulot, la maison, les loisirs de fin de semaine. Le reste importe peu. Même les vacances sont organisées par des agences de voyage. La participation ? Des enquêtes récentes nous disent que c'est la préoccupation d'une infime minorité de citoyens. On dit même que plusieurs, parmi les plus actifs, se retirent. La mode est à la campagne ! Ironique retour à la terre ou désespoir devant l'impossible humanisation de la ville. Le monde est trop compliqué. On s'en fait un pour soi, à sa portée. Le nouvel esprit critique connaît désormais trop bien la coulisse pour oser croire tout à fait à la scène. « Le public, la politique, ce n'est plus croyable, il y a un tas de watergates ». Mais au fond, on remet moins en cause la légitimité de la vie publique que ses conditions non vivables et irrespirables [1]

Par ailleurs, on ne semble pas plus heureux dans la vie privée. D'abord elle existe très peu si on en juge par les heures que les Québécois consacrent à la télévision, à la radio et aux journaux, au show business et aux spectacles sportifs. Une intimité joliment occupée par la vie des autres ! On se protège des voisins, mais on se laisse envahir par toutes les publicités et les propagandes. Le vaste panthéon des acteurs, chanteurs, joueurs, vendeurs, discoureurs se retrouve à la maison, au bureau, dans les magasins et jusque dans les ascenseurs. Les saints du ciel sont plus discrets ! Shakespeare a raison plus que jamais : « Le monde entier est un théâtre et tous, hommes et femmes, ne sont rien que des acteurs ». Encore, si les hommes pouvaient eux-mêmes théâtraliser leur vie réelle. Mais malheureusement, ce n'est plus celle-ci qui les intéresse. La vraie est sur l'écran ou sur les ondes. La vie privée elle-même devient mythique. L'observateur aurait cru y trouver le dernier refuge de la vie appropriée, autonome, gratuite, authentique, ou à tout le moins, l'expression des réalités ordinaires et des besoins humains laissés pour compte par l'univers public des grands appareils et des projets de nos nouveaux pharaons. Mais non, même la parole cède sa liberté aux machines parlantes et aux mythologues. Les rêves fabriqués n'ont aucune porte à franchir. 

Ainsi le privé serait aussi menacé que le public. L'inconsistance de l'une et l'autre sphère provoque incertitude et angoisse chez les adultes comme chez les jeunes. Il est difficile de se donner des cohérences personnelles dans un contexte de vie aussi éclaté et émietté. D'une part, les grandes institutions n'arrivent pas à surmonter les crises qui se succèdent et d'autre part, la vie intime ne peut plus compter sur l'écheveau culturel, éthique et religieux d'hier. Les grands mouvements récents de rupture l'ont déchiré. L'homme québécois est en quelque sorte décodé et décroché. Il vient de vivre en quelques années un bouleversement qui s'était étalé ailleurs sur plusieurs décennies. D'où ce traumatisme culturel ressenti aussi vivement par les progressistes que par les traditionalistes. 

Un traumatisme culturel non surmonté 

La question religieuse, par exemple, est un « révélateur » de cette perplexité profonde. Chez le croyant le plus conservateur comme chez l'athée le plus radical, en passant par toutes les gammes intermédiaires, on trouve une dramatique semblable, à savoir cette difficulté de ressaisir le sujet historique québécois (son passé, son présent, son avenir) pour redéfinir une aventure personnelle déjà trop insulaire. Un Québec aussi incertain dans un continent et un monde qui le sont autant, retentit jusque dans la quête spirituelle de la conscience. Jusqu'à tout récemment, les Québécois n'ont connu que des certitudes religieuses dans leur destin collectif sans cesse menacé. On ne remplace pas du jour au lendemain de tels appuis. La « Providence » reliait la grande et la petite histoire de notre peuple. Entre le public et le privé, il y avait une médiation religieuse qui assurait un certain continuum logique et homogène, en dépit de contradictions et d'aliénations désormais bien connues. La majorité des hommes d'ici ont pris une plus ou moins grande distance sur cette appartenance fondamentale. Un certain nombre semble l'avoir remplacée par l'adhésion à un nouveau projet historique. Mais celui-ci n'a ni la profondeur, ni la totalité du dessein d'hier. 

Une idéologie politique ne remplace pas le rôle culturel globalisant d'une religion. L'histoire de la sécularisation en témoigne. Soljenitsyne, malgré l'ambiguïté de sa pensée politique, démasque les illusions communes de l'Est et de l'Ouest. Le choix entre l'homo economicus et l'homo politicus est par trop restrictif. L'être spirituel n'y a pas son compte, et non plus l'aspiration culturelle dans son sens le plus large. On ne saurait nier le rôle central et englobant que la religion a joue dans les destins individuels et collectifs de l'histoire jusqu'à tout récemment. Mircea Eliade le rappelle avec beaucoup d'à propos aux hommes d'aujourd'hui. C'est une illusion tragique que de prétendre liquider aussi facilement cette longue expérience humaine qui constitue le sous-sol de nos civilisations actuelles. En refoulant cette expérience dans l'aire privée, on a provoqué une crise latente d'appartenance. Celle-ci, selon Margaret Mead, précède la crise d'identité. L'appartenance déborde l'affiliation institutionnelle, l'adhésion à un système, la référence idéologique ou l'option politique. Elle dépasse aussi le contexte historique immédiat ou la culture particulière. Elle a un caractère global, cosmique et anthropologique. 

Or, ce fut jusqu'ici le rôle clé de la religion que de fédérer les diverses dimensions d'une vision du monde. La sécularisation a opéré ici une première cassure du privé et du public, sans offrir de substituts valables. Trop d'indices nous le prouvent : retour aux mythologies archaïques, absence d'éthique collective, déshumanisation de la société unidimensionnelle, recherche privée de raisons de vivre, disparition des grandes symboliques fédératives des expériences humaines fondamentales, appauvrissement de la conscience historique, utopies décrochées de leur sol nourricier, crises sociales, économiques et politiques sans référent critique cohérent et sans projet de dépassement identifiable. On nous accusera ici de pessimisme. Au seuil du troisième millénaire, le réflexe d'apocalypse refait surface comme ce fut le cas aux deux autres. Mais trop de phénomènes brutaux et gigantesques nous empêchent de relativiser la radicalité des symptômes et des diagnostics. 

Nous aimons trop l'homme et la vie pour céder à un prophétisme de malheur. De là à minimiser l'ampleur de la tragédie historique actuelle, c'est une tout autre affaire. Nous en voulons pour exemple l'absence de logique minimale des experts internationaux du Club de Rome. Après avoir signifié clairement les échéances des ressources naturelles, de l'explosion démographique, du sous-développement, des pollutions sans retour, ces experts n'ont pas eu le courage d'avouer qu'il ne peut y avoir de solutions efficaces dans le continuum homogène de l'évolution économique et politique actuelle. Freiner la croissance ne résout pas la question du contenu et du sens de cette croissance. Ne faut-il pas songer à une réorientation fondamentale et planétaire de cet économisme aveugle des deux grands systèmes en présence ? Il faut un saut qualitatif et non une simple comptabilité plus serrée des quantités raréfiées. Prenons un exemple concret, celui de l'inflation qui fait figure de cancer généralisé.

Politisation du pain et du sens 

Voici que les « développés » passent assez abruptement de l'abondance à la pénurie. Le Tiers monde à nos portes. Une nouvelle pauvreté à l'horizon. De quoi discute-t-on ? Des quantités, échelle des prix, indexation des mesures sociales, de l'impôt ou des salaires, taux d'intérêt, pourcentage des profits, réserves d'énergies, table d'imposition, balance des paiements. On oppose des chiffres, des statistiques dans les affrontements politiques. Les budgets privés et publics sont au centre des discussions. L'escalade « inflationnaire » semble irréversible tout en s'accompagnant paradoxalement d'une récession croissante. Les grosses compagnies viennent de cumuler des profits exorbitants. Même les budgets gouvernementaux en ont profité. Au Québec, ce fut un indice révélateur que cette erreur de 17% dans les prévisions gouvernementales qui évaluaient les profits des compagnies pour l'année '73. Signe évident, parmi d'autres, de la faiblesse de la fonction politique dans les conjonctures économiques. Par ailleurs, les budgets privés des salariés et du consommateur débouchent directement dans la sphère publique. La consommation se déprivatise même si les pouvoirs de production restent massivement dans le secteur privé. D'où une première distorsion. Le pouvoir politique québécois plaide non coupable. « C'est un phénomène mondial cumulé par la crise du pétrole, le problème monétaire, la rareté des matières premières, la surdemande et la sur-production internationales, la succession de mauvaises récoltes, etc. » De plus, le gouvernement québécois n'a pas les juridictions, les pouvoirs et les instruments pour établir des politiques économiques. Mais le gouvernement central apparaît tout aussi impuissant, comme les autres gouvernements du monde, sauf quelques exceptions. L'échec des grandes administrations publiques devient plus cuisant dans la mesure où il porte sur le pain quotidien. 

Si la crise du sens est refoulée dans l'aire privée marginale, la crise du pain devient politique. Voilà une deuxième distorsion. Le décrochage politique des masses d'ici et d'ailleurs, le conservatisme québécois, le repli sur le privé ne sauraient prévaloir dans ce contexte. On peut s'attendre à un backlash plus ou moins agressif des collectivités aussi concrètement touchées par un tel déséquilibre. La réaction sera aussi mondiale que l'inflation elle-même. Elle influencera les populations locales et nationales. Assisterons-nous uniquement à des luttes de partage du gâteau, sans remise en cause de la qualité de celui-ci ? Oublie-t-on les questions de sens quand on se préoccupe du coût du pain ? Y a-t-il ici une nouvelle distorsion à un palier plus profond ? Pourtant, il n'est pas facile de séparer le sens et le pain, non moins en tout cas que la matière et l'esprit, le corps et l'âme. Mais au fait, n'est-ce pas le drame de l'Occident que ce divorce entre le pain et le sens ? La crise actuelle le révèle crûment. Il ne suffira pas de politiser les enjeux du pain si le sens ne vient pas refinaliser ou réorienter des instruments publics isolés des questions humaines les plus fondamentales. 

Parler de « coûts » sociaux, c'est rester dans la même logique. Loin de nous la tentation de diminuer l'importance du revenu garanti ou de la redistribution des richesses. Ces opérations remettent déjà en cause l'idéologie d'appropriation égoïste dans notre contexte capitaliste. Nous avons déjà dénoncé le caractère asocial de ce libéralisme encore dominant chez nous. Mais les perspectives récentes d'une économie de pénurie et de rareté radicalisent la problématique de nouveaux modèles de solidarité dans nos collectivités occidentales. Nous en restons encore au travail à la pièce en alléguant le réalisme politique du possible. Voilà une vision bien courte des choses. Elle cache souvent un fatalisme. « Que voulez-vous faire devant la puissance des multinationales ? » 

Un réformisme superficiel 

Nous nous arrêtons sans cesse en chemin. Les nouvelles sensibilités collectives débouchent rarement sur une philosophie et une praxis politiques efficaces. Par exemple, il est question du contrôle public de l'environnement. Pour y répondre, le gouvernement prend des mesures timides qui laissent intactes les forces qui s'y opposent et le système économique qui le sous-tend. Il en va de même de la spéculation. On nationalisera vainement le sol urbain dans le cadre de l'organisation socio-économique actuelle. Ce genre de réforme à la pièce, sans stratégie concertée d'un développement plus solidaire, aboutit à des échecs. Et l'on dit après coup : « vous voyez, le secteur public est toujours inefficace ». Bien sûr, dans la mesure où les structures et les mentalités de base véhiculent encore l'idéologie libéraliste du plus fort, de l'intérêt privé avant tout, du profit comme fin ultime, d'une concurrence sans éthique, de l'argent mètre et maître des comportements. 

Les régimes néo-capitalistes ont imaginé des hybridations du privé et du public, qui ne changent rien au vieux système de valeurs et de pouvoirs. L'opportunisme libéral a su ainsi détourner la recherche de nouveaux modèles de société. Parvenu a sa limite-critique, ce réformisme superficiel nous a rendu impuissants devant les principaux défis collectifs de la société moderne : inégalités sociales croissantes, disparités régionales persistantes, rénovations urbaines avortées, crises scolaires explosives, inflation et chômage. Le Conseil économique du Canada, à la suite des Chambres de commerce, s'inquiète du coût élevé des politiques sociales. La raison principale tient au caractère insuffisant de l'investissement proprement économique. Mais a-t-on le même esprit critique pour juger des contenus et des orientations de cette économie ? On cherche vainement une philosophie sociale interne à cette activité centrale de la société. À la limite, il s'agit de produire, de vendre ou de consommer davantage. « Nous devons développer des industries de pointe ». Bien sûr, mais est-ce une hérésie que de s'interroger sur ce qu'elles produisent, sur les « où, comment, pourquoi et qui », des processus d'industrialisation nécessaire ? Il y a ici des mystifications entretenues par des experts et des pouvoirs, en dehors de toute discussion démocratique, éthique et même politique. Pratiquement, on adopte la logique des grandes corporations privées. Un critique reprochait récemment au gouvernement de se conduire comme une société privée. Au moment où les États sont menacés par l'omnipuissance des réseaux planétaires de firmes multinationales, pouvons-nous accepter de voir la fonction proprement politique et l'instance démocratique reculer ? Nous ne saurions souhaiter, en l'occurrence, un recul de l'État qui est encore la médiation centrale de l'organisation démocratique de la vie publique et de tous ses secteurs d'activités. Que l'importante fonction économique continue d'échapper à un minimum de contrôle par les citoyens et par les institutions politiques, qu'il y ait même collusion cachée entre les bureaucraties étatiques et les bureaucraties industrielles et cela à l'insu parfois des parlements, c'est accuser la dramatique des rapports entre le privé et le public. Nous tenons cette dernière considération d'un économiste modéré : Galbraith. Selon lui, même les réformes ont accentué la tendance des grandes corporations à « détourner à leurs fins la plus grande partie des ressources disponibles ». Des discours officiels récents parlent de rendre l'économie solidaire des missions de l'État. Nous sommes loin de là. 

Des raccords nouveaux à établir 

Au long de cet ouvrage, nous allons dégager et distinguer les dimensions économiques, politiques, psychosociales, culturelles et éthiques, du tandem privé-public. Par-delà l'autonomie légitime de l'un et de l'autre, nous rappellerons les exigences de finalisation, de cohérence, d'homogénéité, d'autopropulsivité et d'indivisibilité de toute stratégie unifiée de développement. Il y a ici une concanétation nécessaire pour des expériences intégrées. Par exemple, les distorsions, les divorces entre le privé et le public commandent de nouveaux rapports entre ces deux sphères qu'un progrès indéniable nous a amenés à distinguer. C'est là une sensibilité occidentale à laquelle nous sommes nous-même attaché. Nous ne rêvons pas un néo-primitivisme ou un collectivisme qui ignoreraient la transcendance de la personne ou la valeur de la liberté individuelle. On fait souvent ce reproche à ceux qui contestent le libéralisme. Les Occidentaux ont à réapprendre un style de vie plus solidaire, après avoir libéré et mieux identifié l'individu. Mais il faut bien admettre l'inaccessibilité du personnalisme chez une masse de citoyens, et l'inévitable combat qu'ils doivent livrer collectivement et publiquement pour sortir de l'ornière privée leurs espoirs et leurs désespoirs. 

Par-delà les « ismes » idéologiques et les systèmes actuels, il y a sans doute plusieurs solutions possibles. Avons-nous l'esprit assez libéré pour quitter les sentiers battus et sans issue et consentir à défricher d'autres voies d'humanisation ? Nous ne le ferons pas sans tenir compte des sagesses historiques qui ont longuement façonné les hommes que nous sommes. L'ère du café instantané ne nous a pas habitués au long terme. Nous ignorons même le long chemin parcouru depuis les plantations jusqu'à la tasse que nous tenons dans nos mains. Nous nous interrogeons très peu sur ce que nous allons léguer aux prochaines générations. Que d'hypothèques accumulées d'un budget semestriel à l'autre ! Les ressources matérielles s'épuisent. Sommes-nous aussi inquiets de la crise spirituelle des raisons de vivre, d'aimer, de travailler, de lutter ? Les mystiques privées ne la résolveront pas seules. Il faut d'audacieuses politiques. Chez l'homme, le pain matériel est aussi spirituel. Voilà ce que nos sociétés modernes ont dissocié. Elles ont perdu ainsi la trace d'une véritable économie humaine de la vie privée et publique. Je parle de pain, précisément pour marquer le réalisme que devront développer ces nouvelles concertations de la politique et de la mystique, de l'engagement collectif et de la liberté individuelle. Il n'y a pas de modèle exclusif, idéal ou éternel, de rapports entre l'individu et la société. Jouer la carte de l'histoire et de la transcendance humaine, c'est maintenir farouchement la liberté créatrice, l'ouverture radicale de l'homme pour inventer de nouveaux destins à travers des systèmes mentaux ou sociaux toujours relatifs et provisoires. 

Des symptômes aux diagnostics 

Nous avons choisi un angle d'attaque forcément limité. Le tandem privé-public n'en demeure pas moins deux coordonnées de plus en plus cruciales dans la plupart des questions qui se posent actuellement. Non pas que la révision des relations entre les deux secteurs puisse résoudre par elle-même tous les problèmes. Mais c'est déjà beaucoup de cerner le contexte de leur expression. Nous n'en resterons pas là. Déjà cette introduction le signifie clairement. Par exemple nous allons jusqu'à la philosophie politique quand nous disons que le « public » doit interroger le « privé » pour repérer les « sens » qui s'y sont refugiés. Il en va de même des enjeux du pain « déprivatisés » et « politisés ». Ici, c'est le chemin inverse. Les deux mouvements de dépassement du divorce entre le privé et le publie appellent la qualité de la fonction politique et de la démarche démocratique. Avouons le long chemin à parcourir et la radicalité des tâches correspondantes. 

Dans les périodes de crise ou de transition profonde, il se produit souvent un grand écart entre l'idéalisme et le pragmatisme. Le drame américain actuel nous aide à comprendre ce phénomène. Voici une société ouverte, « idéalement » démocratique. Elle place la liberté au sommet de l'échelle des valeurs. Liberté de critique, de contrôle, d'initiative. Au nom de cet idéal, la plus haute autorité du pays est soumise au jugement des tribunaux et des citoyens. Pourtant, le porteur de cette autorité, jugé jusque dans ses activités privées, parvient à se maintenir longtemps au pouvoir en dépit de tant de pièces à conviction qui le condamnent. Il y a derrière lui une machine de parti, un système parallèle, une zone grise juridique, une sorte d'arrière-scène ni privée, ni publique, qui échappe aux institutions démocratiques. Condamner le président, c'est affaiblir la légitimité et la crédibilité de la présidence, symbole de tous les idéaux américains. Le procès dérive alors vers des procédures pragmatiques d'ordre instrumental : les bandes d'enregistrement, les règles de l'impôt, la plomberie de l'opération, les jeux juridiques, les stratégies d'élection, etc. « C'est l'hommerie de la vie politique qui n'a rien d'angélique » nous dit-on. Mais en ce cas, comme en bien d'autres, l'écart entre la grande politique et la petite, entre les structures et leur fonctionnement réel, prend une telle ampleur que l'aveuglement inavoué tient soit de la schizophrénie, soit du pharisaïsme. À moins qu'il s'agisse des mécanismes sécuritaires que les crises déclenchent. Se cantonner dans ces considérations, c'est identifier des symptômes, mais refuser le dur cheminement libérateur et créateur de diagnostics lucides et efficaces. 

Chez nous, il y a des phénomènes semblables véhiculés par les anciens et les nouveaux canaux d'utilisation des biens publics aux profits d'intérêts privés. Pensons aux ententes entre le gouvernement et les grandes compagnies étrangères. Combien de citoyens ont les informations minimales sur les coordonnées économiques véritables de l'exploitation de nos ressources naturelles ? Le débat récent de l'amiante nous laisse perplexe. Il a fallu plusieurs décennies avant de connaître publiquement certaines données très importantes d'une telle exploitation. Entre les discours publics du ministre de l'Industrie sur l'autodéveloppement et les pratiques plus ou moins privées du gouvernement, il y a encore ce grand écart déjà signalé. Bien sûr, une certaine opinion publique commence à relier des phénomènes jusqu'ici très isolés, par exemple : le chômage et la transformation en dehors du Québec de nos matières premières. Des démissions politiques historiques continuent au moment où l'enjeu mondial des matières premières devrait favoriser un certain revirement des politiques économiques chez nous. Mais non, nos gouvernements continuent de calquer leur action sur celle de l'entreprise privée, et cela même dans la foulée d'un capitalisme résiduel que bien d'autres États ont rejeté. Pendant ce temps, on discute de juridictions fédérales-provinciales en matière de souveraineté culturelle, de communication et de subventions périphériques. La crise de l'énergie fait monter l'enjeu en surface, mais les jeux véritables demeurent incontrôlables et insaisissables au plan démocratique. 

Un peu comme dans le cas de l'iceberg, nous ne voyons en surface qu'une partie de la société. Un certain libéralisme a su cacher dans l'underground privé les manœuvres décisives des pouvoirs qui le portent. Le caucus politique parallèle ressemble au lobbying économique, aux manœuvres financières indépendantes de tout contrôle démocratique. Mais ce que beaucoup de citoyens n'osent avouer, c'est qu'ils partagent la même mentalité dans leur activité quotidienne : primat de l'intérêt privé à n'importe quel prix, utilisation abusive des ressources collectives, individualisme exacerbé, intrigues et manigances semblables à celles du patronage politique, etc. 

Parfois le parallèle devient saisissant. Certains gros syndicats, capables de mettre en échec la société, utilisent cet énorme pouvoir à la façon des capitalistes qu'ils dénoncent... i.e. en fonction de leurs intérêts privés. On en arrive ainsi à un clivage étrange dans le monde du travail. D'une part les salariés syndiqués assez forts pour tenir la population et le gouvernement à leur merci, et d'autre part, les autres syndiqués ou non-syndiqués qui n'ont pas ce pouvoir. On sait l'écart de revenus entre ces deux catégories ! Le capitalisme, dénoncé dans les discours et les manifestes, se reproduit dans des pratiques syndicales. Même genre d'utilisation du pouvoir, même disproportion entre les intérêts particuliers et l'intérêt public, même pression et chantage sur le pouvoir public. Bientôt, il pourrait bien se produire un affrontement entre les travailleurs du secteur privé et ceux du secteur public : la tension existe déjà entre les petits salariés et les gros syndiqués. L'hypocrisie libérale existe aussi dans d'autres milieux. Une telle hypocrisie est plus grave dans une famille idéologique qui proclame des idéaux de solidarité égalitaire. Corruption tragique d'une vocation sociale et politique, d'un mouvement ouvrier historique qui a payé cher les premières libérations collectives du monde prolétaire et la promotion de propriétés collectives publiques, démocratiques, justes et solidaires. 

Voilà des problèmes aussi cruciaux que l'écoute électronique ou le dossier scolaire cumulatif. Il y a actuellement de larges complicités pour discréditer tout ce qui relève du public, pour défendre exclusivement l'intérêt privé, pour accentuer la corruption de l'un et de l'autre. De tels symptômes si largement diffusés exigent des diagnostics plus exigeants que ceux des scénarios actuels. 

Des problèmes philosophiques
abordés sans philosophie 

En deçà des luttes où les protagonistes des deux bords se ressemblent étrangement dans leurs comportements concrets, il y a une sorte de contexte d'aveuglement qui révèle non seulement l'anomie et l'éclatement de la société, mais aussi la pauvreté de la philosophie de la vie des uns et des autres. Les diagnostics ne sont pas à la mesure des symptômes. L'hypercomplexité de la situation nous échappe. D'énormes impondérables culturels, psychosociologiques ou autres constituent un poids majeur qui maintient la plus grande partie de la société en-dessous de la surface. D'un débat à l'autre, l'incohérence grandit en dépit des polarisations plus radicales. Derrière ces simplifications (fréquentes au moment des crises), plusieurs cachent mal leur profonde perplexité et leur difficulté de situer leur option dans un vrai cadre critique de réflexion et d'action. 

Prenons l'exemple de la langue. Peu à peu la question s'est centrée sur les libertés individuelles et collectives. Droit collectif d'une majorité, responsabilité publique d'un État, liberté individuelle de choix, etc. Les problématiques de pointe relèvent de la philosophie sociale. Mais bien peu s'attardent à ce niveau pour réviser leur intelligence de ces diverses dimensions de l'homme et de la société. On assiste plutôt à des dérives inconscientes : réduire la langue à une « affaire purement privée », à un bien exclusivement individuel, ou bien encore à un bien collectif et public hypostasié et transcendant. On isole un droit, une valeur sous mode d'absolu indiscutable pour défendre une conviction unilatérale. Bref, une pseudo-philosophie simpliste et moniste appliquée à une situation multidimensionnelle et complexe. Je sais bien ici le risque de donner raison à l'opportunisme libéral ou centriste qui sait si bien noyer un enjeu crucial dans la pluralité éclatée de compromis et de considérations. Mais nous ne gagnons pas à refuser des démarches plus complexes pour cerner toutes les composantes de la situation. 

Relevons ici l'absence d'une véritable philosophie sociale et politique capable de situer les libertés et les droits, les minorités et la majorité, les rôles de l'État, de la langue et de l'économie, capable de distinguer ce qui est conséquence de ce qui est cause, capable d'une intelligence historique et culturelle judicieuse, capable de dégager une échelle de valeurs et de priorités pour finaliser des moyens techniques et politiques à prendre. Il nous manque aussi une philosophie du privé et du public. C'est une évidence dans le cas précité de la langue. Mais le problème nous conduit beaucoup plus loin. 

Une idéologie asociale au service
d'une politique antidémocratique 

Dans quelle mesure l'idéologie dominante ne ramène pas constamment l'instance publique à des jeux d'intérêts privés ? Dans quelle mesure l'État est vraiment le principal lieu démocratique au service d'une répartition plus juste des biens et intérêts divers ? Dans quelle mesure la majorité, qu'elle soit anglophone ou francophone, ne force-t-elle pas la ou les minorités à se confiner au privé ? Dans quelle mesure la petite société québécoise francophone est considérée comme une entité privée par le pouvoir public fédéral ? Dans quelle mesure la majorité anglophone tire la corde politique pour protéger ses privilèges et ses droits, mais refuse le même recours à la minorité francophone au nom du réalisme économique, des droits individuels érigés en absolu ? Ici, ce qui est bon pour le nationalisme canadien ne l'est pas pour le nationalisme québécois. 

La liberté individuelle sert bien ceux qui sont en position de force et de pouvoir. Mais chez les plus faibles, les libertés collectives deviennent des soutiens nécessaires pour permettre l'accès aux droits individuels. Notre petite communauté francophone dans le grand creuset nord-américain sait ce que cela veut dire. Voici qu'on lui demande d'adopter des règles du jeu qui ont faussé les rapports entre le privé et le public, entre les libertés individuelles et les libertés collectives. L'imposture relève aussi d'une philosophie non critique des positions de force qui avantagent au départ l'appropriation des biens privés et publics, l'exercice effectif des libertés et des droits, par les plus forts, par les plus riches. On pose ainsi le problème de la justice pour les autres uniquement après que son propre pouvoir soit assuré de l'influence décisive. Une justice consécutive, seconde, résiduelle et souvent marginale par rapport aux droits acquis des puissants. Il est trop facile de condamner la contre-violence d'autodéfense d'une collectivité acculée à utiliser des moyens de force à son tour pour se libérer. La philosophie politique nous enseigne que les rapports de domination restent invisibles (surtout en démocratie libérale) aussi longtemps qu'il n'y a pas de réponse collective des plus faibles. C'est là que le rapport de forces devient explicite. Or, voilà ce que les pouvoirs dominants veulent mâter chez notre petit peuple francophone, et encore davantage dans les couches populaires. 

Une conception insulaire de l'individu et du privé 

Une politique « sociale » uniquement centrée sur l'individu, bloque toute conscience de classe dans les masses défavorisées. Les élites libérales ne cessent de répéter le même discours apparemment très démocratique. « L'État au service de l'individu et non l'individu au service de l'État ». Poursuivons cette logique réductrice : le public au service du privé et non vice-versa. Ici le sophisme apparaît davantage. Parce qu'à ce plan, les intérêts privés ont plus de chance d'échapper au contrôle démocratique. Ainsi l'instance publique, devenue seconde et résiduelle, sert alors non pas à définir une politique de justice, mais à cautionner des règles du jeu établi par les pouvoirs privés. Les collectifs privés des puissants échappent ainsi en grande partie au contrôle démocratique en ne mettant en lumière que les libertés individuelles. À leur tour les collectifs privés des plus faibles, utilisant explicitement les médiations publiques ou étatiques, sont accusés d'aliéner les responsabilités des citoyens, de verser dans le collectivisme totalitaire et de ne pas respecter les droits privés. Encore ici, il est trop facile de reprocher à celui qui est aliéné des droits fondamentaux son peu de sensibilité aux grandeurs de la liberté individuelle. 

Le problème majeur n'est pas là. Il réside d'abord et avant tout dans une philosophie de l'individu insulaire qui camoufle, au nom d'un droit réducteur, un véritable contexte sociétaire d'injustice, d'intérêts privés, sauvages, et d'exploitation de masses démunies. Que celles-ci rendent « publique » cette économie privée pour la soumettre à une véritable fonction politique démocratique, voilà ce que les libéralistes rejettent. On comprend que même les politiciens des ministères « sociaux » insistent unilatéralement sur l'aide aux individus. Ils privatisent et individualisent le « social » et ses enjeux collectifs pour mieux prévenir une prise de conscience publique et politique des causes structurelles et idéologiques de la pauvreté, et des diverses formes de prolétarisation. Bref, une philosophie asociale du privé au service d'une économie anti-démocratique et d'une politique « cautionnelle ». 

Inverser la démarche politique 

Tout ce qui concerne l'aire publique devient alors objet de méfiance de part et d'autre. Le gouvernement sert de bouc émissaire tant pour les pouvoirs économiques privés que pour la masse des citoyens... Boomerang d'un libéralisme qui a fait de l'État un paravent de démocratie. Il y a une disproportion criante entre les jeux parlementaires et électoraux qui occupent l'opinion publique et tout le monde de l'information, d'une part et d'autre part, les dessous, les coulisses, les manœuvres, les vrais rapports de force de l'univers prive. Beaucoup de citoyens ne croient plus à la scène publique. Non pas seulement à cause des phénomènes de bureaucratisation, mais à cause de l'impuissance politique des institutions publiques, particulièrement gouvernementales, que maintiennent les pouvoirs dominants. On en a la preuve d'une crise à l'autre. 

Faudra-t-il emprunter le chemin inverse : redonner un sens collectif au privé, le politiser, inventer des formes de libération solidaire du quotidien ? N'est-ce pas partir du lieu où s'exercent les vraies forces et les enjeux les plus cruciaux ? N'est-ce pas revenir au réel par-delà des rituels démocratiques et publics embrayés à vide et « déconnectés » ? Qui sait si cette nouvelle politisation de problèmes quotidiens de plus en plus brutaux (inflation, chômage, éducation, pollution) n'aurait pas un impact sur des structures politiques libérales dont les crises successives ont montré à la fois la faiblesse et l'imposture ? En arriverons-nous enfin à donner des mains à cette visée démocratique majeure : construire la société à partir de sa base réelle ? Si non, nous maintiendrons cette continuité historique entre les doctrines, les élites et les pouvoirs d'en haut, entre les trônes et les autels anciens et nouveaux, entre les bureaucraties. Autant de visages différents qu'ont pris dans l'histoire l'aliénation et la domination des collectivités et des masses humaines. 

Cette inversion du processus politique ne saurait être exclusive. Il nous fait inventer de nouveaux rapports entre le privé et le public dans les deux sens. Nous essaierons de préciser ces objectifs en scrutant les diverses facettes économiques, politiques, psychosociologiques, culturelles et éthiques, de ce double foyer de la vie collective et individuelle.


[1] Des sondages récents ont signalé un assez fort mouvement de décrochage scolaire chez les adolescents québécois. Il ne s'agit pas seulement du phénomène drop out de la contre-culture. Il y a un nombre grandissant d'étudiants des polyvalentes et des CEGEP, qui quittent l'école pour se chercher une « jobine ». Rejet des structures scolaires actuelles ? Appât d'un gain rapide pour vivre la société de consommation ? Démission ou insécurité face à un avenir personnel et collectif incertain ? Refus de tout encadrement social ? Recherche d'une identité personnelle devenue impossible ? Expression exacerbée du caractère chaotique de la société actuelle ? Ou simple repli sur une vie purement individuelle comme seul intérêt valable ? Autant de questions qui ne manquent pas de pertinence et qui ont une certaine redondance par rapport aux autres problèmes soulevés dans cette introduction. En même temps, on constate une augmentation de 25% de la clientèle de niveau secondaire dans les écoles privées, au cours des quatre dernières années.


Retour au texte de l'auteur: Jacques Grand'Maison, sociologue québécois (1931 - ) Dernière mise à jour de cette page le vendredi 5 mai 2006 8:15
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur au Cégep de Chicoutimi.
 
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