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Collection « Les sciences sociales contemporaines »

Le monde et le sacré. Tome I: Le sacré (1966)
Préface de Paul Barrau, 1965


Une édition électronique réalisée à partir du texte de M. Jacques Grand’Maison (1931-), Le monde et le sacré. Tome I: Le sacré. Paris: Les Éditions ouvrières, 1966, 221 pp. Collection: Points d'appui. Une édition numérique réalisée par Gemma Paquet, bénévole, professeure de soins infirmiers retraitée du Cégep de Chicoutimi.

Préface

Paul BARRAU,
15 septembre 1965

Ce nouveau volume de la collection Points d'appui se situe au cœur des préoccupations qui la guident. 

Il aborde, en effet, un des problèmes clés qui retient l'attention des hommes de notre temps. 

Si, depuis qu'ils pensent, philosophes, savants ou poètes n'ont cessé de se demander : Qui sommes-nous ? D'où venons-nous ? Où allons-nous ? Aujourd'hui, ils sembleraient se demander plutôt : Que valons-nous ? et plus précisément encore : Que vaut ce que nous faisons ? 

La question retient, au premier chef, l'attention des hommes d'action, quand, du moins, ils s'arrêtent pour réfléchir sur la portée ou le sens de leur agir. Mais, en une époque où volontiers l'on parle de pensée ou de littérature engagées, il n'est plus possible de séparer les hommes d'action des hommes de pensée. 

Outre les réponses diverses et contradictoires auxquelles les uns et les autres aboutissent, on peut observer des attitudes quasi spontanées, des croyances, diraient certains, qui, tout en infléchissant la recherche ou la réflexion, aboutissent cependant à des théories relevant, malgré leurs antinomies, de la même inspiration. 

La première de ces attitudes relève du mépris. Pour ces familles d'esprit, sceptiques ou pessimistes, ce que fait l'homme (et l'homme lui-même) est comme taré, marqué du sceau du mal, voué tôt ou tard à l'échec, et, finalement, condamné à mort. Il n'est pour s'en convaincre que de regarder cette série ininterrompue de conflits et de destructions catastrophiques, cet état chronique d'absurdités et d'anarchies où se débat le monde : univers concentrationnaire, tiers-monde de la faim et de la mort lente, champs clos livrés aux puissances du Néant ! 

Aux antipodes, il y a tous ceux qui œuvrent dans la clarté de la foi en l'homme. Tous ceux qui croient à l'évolution au progrès, au sens de l'histoire, aux « lendemains qui chantent », à l'unification du monde, à la paix et au bonheur de l'humanité. À leurs yeux, ce que fait l'homme, grâce à son savoir et à son pouvoir, par la puissance démiurgique de la science et de la technique et, en définitive l'homme et le monde - la nature, l'art ou le travail - bref toute la création a une valeur sans limites. Elle est la voie de l'accomplissement pour l'homme, le chemin de sa plénitude. 

Les êtres et l'action dont il s'agit ici se situent en plein dans le monde. Dans ce monde qu'il est convenu d'appeler profane. Ce monde qui, si l'on peut dire, a conquis son indépendance ou, du 'moins, son autonomie par rapport à cet autre monde, ce monde au-delà ou au-dessus de la terre, non seulement distinct, mais séparé de lui : l'Univers du divin, la sphère du religieux et du sacré, le domaine des Églises. 

Aussi bien, pour les croyants, et pour nombre d'esprits en quête, le rapport entre ces mondes ne cesse de faire question. N'est-ce pas l'un des enjeux de Vatican II examinant en sa quatrième session le fameux schéma XIII ? 

Or, les chrétiens sont partagés entre l'un et l'autre camp. Les uns ne seraient pas loin de penser que ce monde-ci s'en va « sous le soleil de Satan » et que, pour se sauver, les hommes, méprisant le monde, doivent y renoncer et « entrer » dans le Royaume de Dieu. Les autres seraient tentés parfois d'idolâtrer le monde en l'identifiant au Royaume, comme en un nouveau millénarisme. Ils risquent surtout de le mépriser encore sans le savoir parce qu'ils ne l'estiment pas comme il le mériterait. Cette mésestime vient toujours de la séparation du sacré et du profane ; d'une conception du sacré qui tendrait à en faire un surplus, un surajouté, une sorte de luxe ; un luxe, il est vrai, offert à tous. 

Ne faudrait-il pas retrouver le sacré dans les profondeurs mêmes de la réalité ? Ne faudrait-il pas percer la superficialité phénoménale que saisit la science ou que transforme la technique pour descendre, en quelque sorte, au cœur des choses, dans les profondeurs du mystère où nous introduit le regard de la foi et qui perçoit leurs dimensions ultimes, leurs dimensions non seulement métaphysiques mais religieuses ? Les choses, restant ce qu'elles sont, et l'action de l'homme aussi, deviennent alors comme des signes et des sacrements de la rencontre de l'Absolu de la valeur ; ce qui donne à la recherche de la Vérité et du Bien, à la Connaissance et à l'Amour leur infinie dimension. 

Telle est, en tout cas, la démarche à laquelle nous convie Jacques Grand'Maison. Il bénéficie pour cette entreprise d'une double « chance ». Celle, d'une part, d'être homme d'action, en contact étroit et en dialogue avec les hommes de son temps et tout particulièrement avec les militants du Mouvement des Travailleurs Chrétiens (M.T.C.) au Canada. D'autre part, d'être un homme de pensée, formé en son pays d'abord, puis à Rome et à Paris, aux meilleures disciplines de la 'philosophie, de la théologie et de la sociologie. Sa première œuvre : Crise de prophétisme, a déjà été fort remarquée. Nous ne doutons pas que celle-ci ne retienne également l'attention de nombreux lecteurs. 

Ce premier tome qui a pour objet le sacré sera suivi prochainement d'un second tome qui portera sur la Consécration du monde. 

Il n'est pas besoin de les présenter davantage, car l'auteur s'est fort bien expliqué sur son projet dans son Introduction. Celle-ci aurait même rendu superflue toute préface s'il ne convenait d'accueillir parmi nous ce lointain ami par un mot de cordiale bienvenue. 

Paul BARRAU,
15 septembre 1965.


Retour au texte de l'auteur: Jacques Grand'Maison, sociologue québécois (1931 - ) Dernière mise à jour de cette page le mardi 2 mai 2006 10:01
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur au Cégep de Chicoutimi.
 
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