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Avant-propos et remerciements
Il est d'usage, spécialement dans les ouvrages de sciences humaines et sociales, de nommer les personnes, toujours nombreuses, envers qui l'on se sent redevable d'une idée, d'une critique, d'une information, d'une remarque, ou encore d'une aide matérielle ou affective. Ce seul fait atteste l'importance des relations de don et de gratitude à l'étude desquelles le présent livre est consacré. Mais, bizarrement, le fait d'avoir écrit sur le don ne rend pas plus perspicace au chapitre de l'identification des personnes à qui l'on doit quelque chose et ne facilite pas la réalisation du travail de gratitude. Celui-ci devient particulièrement ardu lorsque le livre résulte d'une collaboration. Qui a donné quoi à qui ? Quel est l'auteur premier et véritable de telle ou telle idée ? Si la réponse à de telles questions est délicate, c'est que, justement, la possibilité que les idées naissent et s'échangent suppose que leur appropriation soit mise entre « parenthèses ». Mais au bout du compte, et avec son accord, je crois que c'est à moi qu'il revient de remercier Alain Caillé de la collaboration qui nous a liés. Celle-ci s'est amorcée en fait bien avant que nous fassions connaissance. Alain Caillé avait déjà commencé à réfléchir sur le don et à attirer l'attention sur son importance dans le cadre du Bulletin, puis de la Revue du MAUSS [1] (Éditions La Découverte), dont il est le fondateur-directeur. Pendant l'année où, à Paris, je rédigeais la première version de cet ouvrage, nous avons discuté régulièrement de la problématique générale et échangé nos points de vue sur la quasi-totalité des thèmes abordés ici. Nous avons écrit l'introduction ensemble, et il a fait les chapitres 7 et 8, ainsi que la plus grande partie du chapitre 9. Comme je suis l'unique rédacteur du reste, c'est à moi qu'il convient d'assumer la responsabilité des insuffisances et approximations qui s'y trouvent.
De cette dette-là, je ne pouvais pas ne pas faire état en premier lieu. Mais je veux aussi rappeler mes déjeuners périodiques avec Anne Gotman. Ils m'ont soutenu pendant toute cette année sabbatique à Paris. Sa sensibilité, sa générosité et son intelligence avaient régulièrement raison de mes angoisses et de mes incertitudes.
Je dois aussi beaucoup à tous ceux qui m'ont fait comprendre l'importance du don, par leurs conversations, leurs histoires de don, mais aussi et surtout leurs gestes, leur attitude, leur sagesse quotidienne. Parmi eux, je veux nommer mon frère Guy, mort dans un naufrage au moment où s'achevait le travail de rédaction. Je lui dédie ce livre, ainsi qu'à tous ces « gens sans importance » avec qui, comme dit le poète, on est si bien et sans qui on n'est plus rien.
JACQUES T. GODBOUT
[1] Mouvement anti-utilitariste dans les sciences sociales
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