unknown Jacques T. Godbout, Le don, la dette et l indentité


 

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Collection « Les sciences sociales contemporaines »

Le don, la dette et l’indentité (2000)
Première partie. Introduction: les trois circuits du don


Une édition électronique réalisée à partir du livre de Jacques T. Godbout [sociologue-chercheur à l’Institut national de la recherche scientifique – INRS-urbanisation culture et société], Le don, la dette et l’indentité. Montréal: Éditions La découverte, 2000, 190 pp. Une édition numérique réalisée par Marcelle Bergeron, bénévole, professeure retraitée de l'École polyvalente Dominique-Racine de Chicoutimi. [Autorisation accordée par l’auteur, le 13 juillet 2007, de diffuser ce livre dans Les Classiques des sciences sociales.]

Première partie. Le don dans la parenté

Introduction:
Les trois circuits du don

Retour à la table des matières du livre.

 

À l'instar des autres institutions, la famille s'est modernisée. Est-ce à dire qu'elle est passée de l'obligation contraignante au rapport contractuel marchand libre ? Que signifie, aujourd'hui, le fait d'être membre d'un réseau familial ? Reste-t-il quelque chose du don après l'éclosion de la modernité, et l'individu moderne a-t-il encore une famille, ou faut-il dire plutôt que, au sein de réseaux multiples et variés dont la famille et la parenté font partie, il pratique l'échange de services sur le mode utilitaire, choisissant librement et rationnellement selon ses préférences comme le lui enseigne le modèle économique ? 

Ces questions sont abordées ici à partir d'une réflexion alimentée par les résultats d'une enquête [1] centrée sur la circulation des biens et des services au sein des réseaux de parenté. En tout 41 personnes ont été rencontrées, appartenant à différents milieux sociaux. La composition des sept réseaux observés a permis d'accéder à une grande variété de liens bilatéraux : filiation (à travers trois générations), fratrie, conjugalité, rapports tantes-oncles/nièces, rapports entre beaux-frères et belles-sœurs... Les personnes interviewées avaient entre 13 et 79 ans. Les réseaux ont été appréhendés sur trois générations : grands-parents, parents, enfants. Pour chaque réseau, nous avons rencontré au moins un membre en ligne directe de chaque génération, et quelques collatéraux de la génération intermédiaire par laquelle nous sommes généralement entrés dans le réseau. L'ensemble du réseau est saisi à un moment donné, mais il est aussi situé dans son histoire. Outre les classiques situations conjugales et familiales « traditionnelles », les réseaux comptent aussi des familles recomposées ou monoparentales et des personnes séparées vivant seules, des célibataires, des veufs et des veuves. Les entretiens ne se sont pas limités à la description des relations entre les seules personnes rencontrées. Les activités et les événements abordés sur une longue temporalité font en effet intervenir un réseau beaucoup plus large. De plus, chacun a son propre réseau, plus étendu que le réseau de parenté auquel il appartient. Les situations décrites et analysées réfèrent ainsi à un univers beaucoup plus vaste que celui des 41 personnes qui ont participé à l'enquête. C'est inévitable si on se rappelle que l'aspect flou et instable des frontières est une caractéristique importante des réseaux [Degenne, 1994 ; Lemieux et alii, 1981]. 

Nous ne décrirons pas en détail tout ce qui circule dans les réseaux de parenté. Nous considérons que les données plus générales sur ce qui circule sont familières. Mais, avant de nous attacher à examiner les normes et les règles qui régissent cette circulation, donnons un bref aperçu des trois grands circuits du don, de leur registre et de leur « esprit ». 

On peut définir des types de don selon le sens du geste, en rapport avec l'importance de l'utilité (instrumentalité) pour le receveur. Un cadeau d'anniversaire ne doit pas avoir la même utilité qu'un service rendu. Les mêmes règles ne s'y appliqueront pas nécessairement. 

On peut globalement distinguer deux registres différents – celui du cadeau et celui de l'aide – et définir ainsi trois types de don : le cadeau en tant que tel, les services et l'hospitalité. 

Les cadeaux – Le cadeau est le prototype du don, le don avec toutes ses propriétés. Le don y est au service du lien. La norme de la non-instrumentalité y est la plus forte. Mais elle joue différemment selon les cas et une certaine instrumentalité peut être présente, comme dans les cadeaux liés aux grandes étapes du cycle de vie (mariage, installation, naissance),
 
Les services – Les services sont rendus au nom du lien. La norme du besoin du receveur régit la circulation des services ; celle de la capacité lui répond, du point de vue du donneur. En termes d'instrumentalité, c'est l'inverse du cadeau. Mais si le service est un don, il se distingue aussi du marché et de l'État, car ce qui circule est conditionné par le lien, comme pour le cadeau. C'est pourquoi nous disons que cela se fait au nom du lien. Même s'il s'agit surtout ici de services, on ne doit pas exclure la circulation d'objets dans cet esprit : prêt d'outils, don de vêtements d'enfants, don d'argent, etc., qui ne sont pas faits comme des cadeaux, mais pour leur utilité seulement – pour, comme on dit, « rendre service ». Tel est l'esprit de ce type de don.

Les services sont de nature très variée : bricolage, construction et rénovation de maison [2], transport, garde d'enfants, soins en cas de maladie, aide pour réaliser une démarche, accompagnements en tous genres... Ces services représentent une partie importante de la circulation des choses dans la parenté. 

L'hospitalité – L'esprit de l'hospitalité peut s'apparenter soit au cadeau (invitation à un repas, à une fête), soit au service (héberger quelqu'un qui en a besoin). Autrement dit, l'hospitalité peut être utilitaire ou non selon les cas. 

Toutes ces formes de circulation demeurent très importantes dans tous les réseaux étudiés. Certes, les biens et les services passent aussi beaucoup par l'État et le marché. Les cadeaux sont achetés. Mais ceux qui sont « faits main » sont plus valorisés. L’argent n'est pas valorisé comme cadeau, sauf des hommes à leurs fils ou petits-fils. Les services, malgré la présence de l'État, demeurent très importants, et c'est sur la famille que l'on compte lorsqu'il y a véritablement des coups durs et certains besoins urgents. Quant à l'hospitalité, elle est aussi très importante, comme service ou comme cadeau (fêtes, mais aussi hébergement de quelqu'un en difficulté).


[1] Recherche effectuée avec Johanne Charbonneau et Vincent Lemieux. Ce qui est présenté ici est une synthèse du rapport de recherche [Godbout, Charbonneau, 1996].

[2] Déchaux rappelle que, dans certaines régions de France, « construire en famille est aussi l'occasion de se retrouver et de faire la fête. La construction de la maison cristallise l'un des temps forts des relations familiales : c'est le moment où se retrouve la parenté la plus vaste pour soutenir l'effort du jeune ménage qui reprend pied au pays » [1990, p. 921. Voir aussi O'Connell [1984].



Retour au texte de l'auteur: Jacques T. Godbout, sociologue, INRS-urbanisation. Dernière mise à jour de cette page le mardi 20 mai 2014 18:15
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur de sociologie au Cegep de Chicoutimi.
 
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