US Jacques T. Godbout, Le don, la dette et l indentité


 

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Collection « Les sciences sociales contemporaines »

Le don, la dette et l’indentité (2000)
Première partie 1. De quelques objections à la thèse de la dette positive


Une édition électronique réalisée à partir du livre de Jacques T. Godbout [sociologue-chercheur à l’Institut national de la recherche scientifique – INRS-urbanisation culture et société], Le don, la dette et l’indentité. Montréal: Éditions La découverte, 2000, 190 pp. Une édition numérique réalisée par Marcelle Bergeron, bénévole, professeure retraitée de l'École polyvalente Dominique-Racine de Chicoutimi. [Autorisation accordée par l’auteur, le 13 juillet 2007, de diffuser ce livre dans Les Classiques des sciences sociales.]

Première partie. Le don dans la parenté

3. De quelques objections à la thèse
de la dette positive
 [1]

Retour à la table des matières du livre.

 

Dette positive versus schéma de l'évolution individuelle et réciprocité excessive
L’inscription de la dette positive dans un modèle relationnel des états
Réciprocité généralisée et état de dette

 

Certaines objections peuvent être formulées à cette conception du rapport de don comme une relation qui tend vers l'état de dette positif, dont les membres se perçoivent comme recevant plus qu'ils ne donnent et sont continuellement en train de rendre sans jamais être quittes – ne rendant pas pour être quittes ni même pour assurer l'alternance, mais pour répondre aux besoins de l'autre, sans pour autant être purement altruistes, car chacun sait bien que les choses circulent et vont revenir si nécessaire parce que chacun a confiance. 

 

Dette positive versus schéma de l'évolution
individuelle et réciprocité excessive 

 

Une première objection tient à la conception courante de l'évolution individuelle normale : de la naissance à la maturité, on passe du statut de donataire à celui de donateur, et l'état normal, « mature », du don serait donc celui où on donne plus que l'on ne reçoit et non l'inverse. Ce schéma habituel inclut les stades suivants : 

– on commence par recevoir, par n'être que receveur – et d'abord, à la naissance, on reçoit la vie ;
 
– puis on commence à donner ;
 
– puis on donne plus que l'on n'a reçu, et notamment on donne à ses enfants ce que l'on a reçu, et même ce que l'on n'a pas reçu et qui nous a manqué. 

Dans ce modèle, l'idée que l'on reçoit plus que l'on ne donne renvoie à des sujets immatures, demeurés au premier ou au deuxième stade du don, et non pas à un état vers lequel les membres d'un système de don pourraient tendre. 

Une deuxième objection possible concerne la dynamique du don elle-même, par opposition à celle du marché : rendre plus que l'on n'a reçu. Tous les grands auteurs classiques insistent sur cette caractéristique, de Sénèque à Mauss en passant par saint Thomas. La situation normale du don serait donc : on donne plus qu'on ne reçoit et non pas l'inverse. Le principe de la dette mutuelle positive (i. e. l'on reçoit plus qu'on ne donne) irait donc à l'encontre d'une des règles fondamentales de la circulation du don. Dans ce contexte, dire que l'on reçoit plus que l'on ne donne doit nécessairement conduire à vouloir rendre plus qu'on n'a reçu, dans le cadre d'une règle de réciprocité excessive bien décrite par Boilleau, pour qui, comme nous le disions plus haut, « la réciprocité est capitale. Par la grâce de la réciprocité, les adversaires préservent les personnes de toute domination » [Boilleau, 1995, p. 193]. Sinon, le don reçu débouche sur un état de culpabilité ou de domination, et doit être considéré comme une perversion du don. Ainsi envisagé, il est vrai que le principe de la dette mutuelle positive entre en contradiction avec la règle très importante qui consiste à donner plus que l'on ne reçoit. 

Comment résoudre cette contradiction et répondre à cette objection issue du modèle de l'évolution individuelle normale ? En ce qui concerne cette dernière, on peut penser que la notion d'état de dette mutuelle positive ne s'applique pas à l'évolution individuelle, mais à la relation. Quant à la contradiction entre la règle qui prescrit de rendre plus et l'état de dette mutuelle positive, on peut faire l'hypothèse que cette dernière ne s'applique pas à une séquence déterminée de don/contre-don, mais plutôt à un état de la relation qui dépasse la transaction immédiate. Autrement dit, il faut peut-être distinguer les séquences (la temporalité) de l'état des personnes. Le passage à l'état de dette serait alors une sorte de dépassement de la temporalité linéaire. Explicitons ces idées en commençant par le principe selon lequel il faut rendre plus qu'on n'a reçu, et envisageons d'abord le cas du don réciproque (A ßà B), avant d'aborder celui de la transmission (A à B à C). 

Dans une séquence donnée, avec un début et une fin – la plupart du temps arbitrairement découpée pour les nécessités de l'observation –, A reçoit quelque chose de B, et B lui donne ensuite quelque chose en plus, et ainsi de suite. C'est le modèle de l'alternance et de la réversibilité, dans lequel chacun est à son tour donateur et donataire. Mais si cette séquence est projetée sur le long terme, elle conduit à une contradiction qui n'est autre que celle du potlatch : si chacun donne plus à chaque fois, à chaque séquence, cela devient de plus en plus énorme, infini, impossible, et conduit à la destruction systématique. Comment éviter cela ou comment résoudre cette nouvelle contradiction, inhérente cette fois à la règle de donner plus qu'on n'a reçu ? 

Une façon d'y arriver, c'est précisément de supposer que les deux partenaires finissent par atteindre un état où ils considèrent avoir tellement reçu de l'autre qu'ils ne pourront jamais vraiment rendre, et que même si, dans une séquence précise quelconque, ils donnent plus que ce qu'ils considèrent avoir reçu, de toute façon c'est moins que ce qu'ils ont globalement reçu de l'autre. « Je lui dois tellement », disent-ils. L'état de dette mutuelle positive serait donc une façon de dépasser la contradiction inhérente au modèle du don réciproque agonistique décrit par J.-L. Boilleau. Les partenaires cessent de rendre plus à chaque « tour » et atteignent un autre état [2]. Cet état peut être vu comme l'un des stades d'un modèle différent de celui de l'évolution individuelle de l'enfant vers l'âge adulte. 

 

L’inscription de la dette positive
dans un modèle relationnel des États

 

En effet, parallèlement à ce modèle basé sur la chronologie individuelle, où l'on passe de l'état de receveur à celui de donneur, de donataire à donateur, il y a un modèle relationnel qui distingue trois états possibles de la relation : 1) celui où les partenaires pensent qu'ils donnent plus que ce qu'ils reçoivent ; 2) celui de la réversibilité des positions, où les statuts de donneur et de receveur alternent ; 3) celui où les partenaires reçoivent plus qu'ils ne donnent. 

Illustrons ces trois états avec l'exemple simple d'un dialogue imaginaire, mais bien ancré dans les réalités : celui d'un couple à propos des tâches domestiques.

 

1. Les deux considèrent avoir plus donné que reçu. La structure du dialogue est la suivante :

 

« C'est à toi de faire la vaisselle. 

– Pas du tout. C'est toujours moi qui la fais ; encore hier, justement... 

– Hier peut-être, mais en général c'est toujours moi. 

– Oui mais moi, je fais autre chose, etc. »

 

Les deux considèrent en faire plus que l'autre, donner plus qu'ils ne reçoivent. Ils sont en état de dette mutuelle négative, ou encore en réversibilité négative des positions. On entend aussi souvent dire : « Il pense que tout lui est dû ». Il s'agit de l'expression extrême d'une relation dans laquelle on pense avoir donné plus qu'on n'a reçu.

 

2. Réversibilité positive, ou alternance des positions. L’alternance des positions peut s'illustrer par le dialogue suivant : 

« Je crois que c'est à toi de faire la vaisselle. 

– Oui, tu as raison ». 

C'est un dialogue rarement entendu dans les faits, car cette réversibilité fonctionne plutôt à l'implicite (et non à l'inconscient). Mais c'est le modèle sous-jacent, la façon dont ce cas de figure serait exprimé s'il devait l'être.

 

3. Enfin la dette mutuelle positive prend la forme du dialogue suivant : 

« Laisse, je vais faire la vaisselle, tu l'as encore faite hier. 

– Pas question, c'est toujours toi qui la fais, et puis de toute façon tu t'occupes tellement d'autres choses, laisse-moi au moins faire cela. 

– Mais non, qu'est-ce que tu racontes ? » 

Dans cet état, chacun s'éloigne de la dette non seulement au sens économique (dette qui se règle en remboursant pour être quitte), mais aussi au sens psychologique, lequel constitue également un problème qui se réglera au moment où on devient quitte. On s'en éloigne même au sens habituel de la théorie du don appliquée à des séquences dans lesquelles est rendu alternativement plus que ce qui est reçu, ce qui fait changer les positions. Atteindre l'état de dette conduit à sortir de la logique des positions alternées et à accéder à un autre stade, le stade le plus éloigné de la réciprocité. 

Raisonnant à partir du modèle de l'échange marchand, on serait donc en présence de trois cas de figure : 

1) la réciprocité, tendant vers l'équivalence ; 

2) l'alternance des positions de donneur et de receveur où la règle est de rendre plus que l'on ne reçoit. C'est le modèle le plus courant. Mais il y a également un jeu constant avec ce modèle de l'alternance ; même lorsqu'il est présent, il y a une prise de distance vis-à-vis du modèle. « Ne comptez pas les tours, on n'aime pas sortir », disent les Québécois aux amis qu'ils viennent de recevoir et qui sont sur le départ. Qu'expriment-ils ainsi ? Qu'il y a une règle de l'alternance dans l'hospitalité (compter les tours). Mais qu'elle ne s'applique pas à eux. Le jeu avec la règle, quelle qu'elle soit, est une règle fondamentale du don, y compris évidemment la règle importante de l'alternance et de la réversibilité des positions, parce qu'une autre règle, une métarègle, affirme qu'il faut personnaliser la relation et pour cela enfreindre les règles sans nier leur existence. L’existence de la règle facilite la personnalisation de la relation par sa possibilité de l'enfreindre. C'est là que se jouent les rapports de pouvoir, de domination, etc. Et c'est dans cet état de dette alternée que se posent le plus de problèmes, et que la dette peut devenir potentiellement anxiogène, source de conflit et objet de stratégie [Sherry, 1993]. 

3) mais les agents peuvent dépasser ce stade où on ne fait que jouer avec la règle de l'alternance. Il est alors possible d'accéder à l'état de dette mutuelle positive : les deux partenaires (ou plus) sont en permanence donneurs et receveurs. Le don ne consiste plus alors à passer du statut de donataire à celui de donateur dans une boucle sans fin, comme dans le stade précédent de la réversibilité des positions. Dans cet état, qui sort de la temporalité linéaire et de la logique du toujours plus, il ne s'agit plus de donner plus, mais de donner le plus possible, étant entendu que, de toute façon, l'état de dette est impossible à supprimer et que cela ne constitue pas un problème pour les partenaires. 

Bien au contraire : cet état est considéré comme souhaitable et privilégié. « On ne craint pas la dépendance mutuelle ; on peut au contraire souhaiter la dette et le lien instauré par la rencontre des personnes à travers le don qui les prolonge » [Belk, Coon, 1993, p. 403]. Ce dernier élément est important : c'est la grande différence par rapport à un état de dette séquentiel auquel il faut répondre en rendant plus. C'est seulement lorsqu'il est considéré comme désirable et qu'il est voulu par les partenaires que l'état de dette devient un état mutuel positif. C'est quand il ne se traduit plus par une obligation de rendre pour diminuer le poids de la dette (et à la limite s'acquitter ou rendre l'autre redevable), mais par un désir de donner le plus possible. Dans cet état, chacun ne rend plus, il donne. C'est un état de confiance mutuelle qui autorise un état de dette sans culpabilité, sans danger, sans inquiétude, sans angoisse. Cet état se reconnaît au fait que la dette devient libre, et à la limite sans obligation : en dette et libre. 

Cet état de dette mutuelle entre deux personnes peut être étendu à un réseau beaucoup plus grand qui, à la limite, inclut le cosmos ou Dieu. « Ça se perd dans l'univers », dira une femme interrogée. Jamais je ne pourrai rendre tout ce qui m'a été donné, mais je donne à mon tour pour faire partie de cet univers. On ne donne jamais plus que l'on ne reçoit, on donne le plus possible, on est dans un état de dette positive. C'est la confiance en l'univers, qui s'oppose à la peur de se faire avoir, la peur de donner toujours plus qu'on ne reçoit. C'est l'accès à l'universel par une voie opposée à celle de l'utilitarisme qui rend tout équivalent et rend donc impossibles les relations uniques [Caillé, 1994, p. 20-21]. 

Dans cet état de dette, les donneurs font une sorte de « saut quantique ». Ils échappent au principe de l'alternance dans le temps pour accéder à un autre principe qui se caractérise précisément en tant qu'état où le temps ne joue plus. Les donneurs sortent du temps et atteignent ce que saint Thomas d'Aquin appelle la dette de reconnaissance : « La dette de reconnaissance est la conséquence et comme l'expression d'une dette d'affection, dont personne ne doit désirer être quitte » [1932, p. 125]. 

Nous ne sommes pas en présence d'une évolution linéaire d'un stade à l'autre. Ce sont trois états qui peuvent être utilisés pour caractériser chaque réseau familial, et chacune des relations qui le composent. Mais il faut bien se rendre à l'évidence que la majorité de nos relations de don ne se situent pas dans un seul état, qu'il y a constamment passage d'un état à l'autre avec la même personne et que les rapports de don se situent le plus souvent quelque part entre ces deux types extrêmes que constituent la réciprocité d'une part, l'état de dette positive d'autre part. 

Par ailleurs, il n'y a plus de contradiction avec le modèle qui fait passer l'individu de l'état de receveur à celui de donneur, de sa naissance à sa maturité, s'il est admis que cette évolution est un modèle chronologique tiré de la psychologie et qui s'applique donc à l'évolution de l'individu, alors que le modèle des états s'applique aux relations entre les individus. L’état de dette désigne l'état d'un rapport entre deux individus ou plus. Certes, il faut que les individus en question aient atteint une certaine maturité personnelle pour connaître avec un autre individu l'état de dette mutuelle positive ; et inversement, l'état de dette négative caractérisera probablement des relations entre individus étant encore, sur le plan affectif, à un stade où ils ont besoin de recevoir, où ils sont en manque de réception et ont peur de se faire avoir. Différents, ces deux modèles ne sont pas contradictoires mais plutôt complémentaires. 

 

Réciprocité généralisée et état de dette 

« “Rends ce que tu dois”. Eh bien, [cette maxime] est souverainement honteuse lorsqu'il s'agit d'un bienfait. Quoi ? Rendra-t-il la vie, s'il la doit ? l’honneur ? la sécurité ? la santé ? Rendre est précisément impossible toutes les fois que les bienfaits sont parmi les plus grands. “Du moins, en échange de cela, dit-on, [rendons] un service qui en soit l'équivalent.” Voilà bien ce que je disais : tout le mérite d'une action si éminente sera perdu, si du bienfait nous faisons une marchandise [si beneficium mercem facimus] » [Sénèque, 1972, t. I, p. 72-73]. 

Kula ring, écrivait Malinowski. « C'est une roue qui tourne », disent les personnes interviewées à propos de leur conception du don. « What goes around comes around », disent les Américains. 

Ces visions circulaires du don ont le plus souvent été interprétées à partir du modèle marchand, comme signifiant la croyance en une sorte d'équilibre général – comme si le modèle néoclassique était universel et spontané. Une interprétation différente de cette image de la circulation des choses est plus plausible : on donne le plus possible, et si un jour on a besoin, on recevra à son tour ; de toute façon, on a reçu plus qu'on ne pourra jamais donner. On reçoit plus qu'on donne nécessairement, tout en donnant le plus possible. 

Nécessaire pour rendre compte du sens d'une partie de ce qui circule entre les membres des réseaux familiaux, cette notion de dette mutuelle positive doit faire partie de la panoplie des concepts destinés à élaborer un modèle alternatif à celui du marché. L'échange et surtout la réciprocité ne sont pas absents des réseaux familiaux. Et même si le système tend vers un état de dette mutuelle positive, l'échange et la réciprocité y jouent divers rôles. Cet état est une sorte d'horizon, et on devra souvent faire appel à un jeu entre différents principes pour rendre compte des comportements concrets, de la même façon que, dans le cadre de l'institution marchande, il faut souvent faire intervenir d'autres principes que le marché pour rendre compte de la relation concrète entre deux agents. 

Différents auteurs, on l'a vu, ont énoncé cette idée d'une dette volontairement maintenue par les acteurs. Citons en conclusion celui qui est allé le plus loin dans son expression : Sénèque, pour qui, « en matière de bienfaisance [de don], la formule du devoir réciproque [est la suivante] : l'un doit oublier à l'instant ce qu'il a donné, l'autre n'oublier jamais ce qu'il a reçu » [p. 33]. « Celui qui reçoit doit dire à celui qui donne : "Tu ne sais pas ce que tu as fait pour moi, mais il faut que tu saches combien cela est au-dessus de ce que tu penses […] Jamais je ne pourrai m'acquitter envers toi" » [p. 49]. 

Nous ne croyons pas pour autant que ce modèle de don où la dette positive tient une place importante ou prépondérante soit le seul modèle et qu'on doive le généraliser à l'ensemble des relations de don. Pour illustrer cela, et pour conclure sur le don dans la parenté, disons quelques mots d'un modèle qui se situe à l'opposé de celui qui vient d'être développé : le don agonistique. 

On a vu que le pivot des rapports de parenté est la circulation intergénérationnelle, verticale. Dans les relations horizontales, tels les liens d'amitié et de camaraderie ou la compétition sportive, un autre modèle domine où la rivalité est beaucoup plus importante et où, alors, la réciprocité demeure centrale. C'est ce qu'on appelle la dimension agonistique du don – un type de don que, rappelons-le, J.-L. Boilleau a bien analysé dans son livre Conflit et lien social [1995]. 

Comme dans la parenté, on y retrouve l'excès comme élément essentiel, et même la dilapidation [Gotman, 1995]. Le débordement, l'inattendu, l'écart à la norme, le jeu avec les règles pour personnaliser la relation sont présents dans les deux modèles. On y cherche aussi continuellement à s'éloigner de l'utile. La gratuité, la liberté y sont aussi des valeurs essentielles. Mais, à la différence de la parenté, la rivalité, le jeu [Huizinga, 1949], la compétition sont beaucoup plus présents. C'est pourquoi la principale différence réside dans le fait que cet échange est fondé sur la réciprocité, car aussitôt qu'on s'éloigne de la réciprocité, le don s'y transforme en rapport de domination au lieu d'évoluer vers un état de dette positif [Boilleau, p. 74, 155, 193]. 

On est donc en présence ici d'un modèle différent de celui qu'on trouve dans la parenté, où nous avons constaté la présence d'une réciprocité limitée sans qu'en découle nécessairement un rapport de domination. Ici la réciprocité est une condition nécessaire pour éviter la domination d'un des partenaires par l'autre. 

Autrement dit, on tolère facilement de se rapprocher de l'égalité dans l'agôn, et on tolère facilement de s'éloigner de la réciprocité dans la parenté.


[1] Ce chapitre doit beaucoup à des discussions que j'ai eues avec Françoise Bloch à Montréal en 1994.

[2] Cet état se rapproche de l'état de ceux que Boilleau nomment les « Paisibles », catégorie qu'il élabore peu parce qu'il centre tout son modèle sur le don agonistique et donc sur la réciprocité.



Retour au texte de l'auteur: Jacques T. Godbout, sociologue, INRS-urbanisation. Dernière mise à jour de cette page le mardi 20 mai 2014 18:16
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur de sociologie au Cegep de Chicoutimi.
 
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