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Collection « Les sciences sociales contemporaines »

UN PAYS FRAGILE. Le Times de Londres et l'image du Canada (1908-1922). (1994)
Introduction


Une édition électronique réalisée à partir du livre de Camil Girard, UN PAYS FRAGILE. Le Times de Londres et l'image du Canada (1908-1922). Chicoutimi: Les Éditions JCL, 1994, 319 pp. Collection: interculture. [Autorisation conjointe accordée, le 20 septembre 2010, par l'auteur et le directeur général des Éditions JCL, M. Jean-Claude Larouche, de diffuser ce livre dans Les Classiques des sciences sociales.]

[19]

Introduction



Les bases de l’analyse

Analyser l’Empire britannique et le Canada à travers un journal comme le Times de Londres peut laisser croire que l’intérêt réside dans l’image que les Anglais se font du Canada. C’est le cas, mais c’est aussi davantage. À partir de 1910, le Times se fait un devoir de laisser à des journalistes canadiens le soin de traiter de leurs propres affaires. Évidemment, ils sont sélectionnés en fonction de certains critères. Ils ont ainsi le devoir de défendre les intérêts de l’Empire sur le continent nord-américain. Par conséquent, l’image du Canada qui devrait prévaloir dans le journal serait d’abord celle que les Canadiens donneraient d’eux-mêmes. Puis, ce serait l’image que se font ou veulent avoir les Anglais de leur dominion nord-américain. Dans ce contexte, on peut se demander: Quelle place y prend le Canada français et en particulier le Québec? Où les nouvelles provinces, la Saskat­chewan et l’Alberta, se situent-elles par rapport à l’ensemble du pays?

Le Canada, tel que le perçoit le Times, apparaît comme une réalité politique, économique et sociale. Au plan politique, le gouvernement fédéral suscite beaucoup plus d’intérêt que les législatures provinciales. Au plan économique, le journal s’attarde surtout sur les possibilités de développement et d’investissements. Mais si ces deux secteurs d’activité [20] restent très différents, ils demeurent complémentaires. Les hommes politiques ont le devoir d’assurer la mise en place de conditions favorables au développement du pays, lequel est assuré par les hommes d’affaires. Une difficulté sociale, par exemple une grève, apparaît comme un déséquilibre pouvant affecter la politique et l’économie. C’est dans cette perspective particulière que le quotidien anglais aborde les questions sociales.

Enfin, il importe de souligner que c’est l’image du Canada anglais qui prévaut au Times. Comme francophones et Québécois, il est temps d’analyser et de comprendre comment les Canadiens anglais se perçoivent et nous perçoivent. En cherchant surtout pourquoi ils ont une perception de l’histoire plutôt qu’une autre, il sera possible de mieux éclairer la nôtre et d’expliquer certains préjugés qui prévalent dans les deux communautés fondatrices du Canada.

La période étudiée (1908-1922) constitue un champ fécond pour la recherche historique. Le Canada connaît alors un développement économique sans précédent. Il acquiert un statut de nation indépendante vis-à-vis de la mère patrie. Cependant, la conjoncture de guerre aura aussi des effets néfastes. Sur la question de la participation au conflit européen, Canadiens anglais et Canadiens français se divisent profondément. À la fin des hostilités, sur le plan des relations de travail, les troubles ouvriers se multiplient. Le Canada devra refaire son unité nationale.

En Angleterre, la préparation à la guerre et la guerre elle-même permettent un regain de l’idéologie impérialiste britannique. Certes, il faut s’unir pour se défendre. Mais le conflit aura des répercussions majeures sur la nature des rapports entre les dominions et la mère patrie.

Établissons au départ quelques paramètres. À travers [21] une étude d’opinion véhiculée par la presse écrite, l’histoire du Canada est analysée sous l’aspect idéologique. Par idéologie, il faut entendre que des groupes d’intérêt, par la médiation de la presse, décrivent, interprètent, justifient ou altèrent la réalité afin d’orienter l’opinion dans un sens déterminé. Plus les prérogatives d’un groupe sont remises en cause par des événements qui traduisent des changements de conjoncture ou de structure, plus l’idéologie de ce groupe tend à s’affirmer avec vigueur [1]. À cet égard, la Première Guerre mondiale (sa préparation, son déroulement ainsi que le retour à la paix) constitue une période propice à l’affirmation des idéologies. Par celles-ci, il est possible d’entrer dans cet univers complexe et riche des cultures, en l’occurrence ici les cultures canadiennes [2].

Dans cette recherche, la réflexion a été poussée au-delà des propos officiels. Dans un effort pour saisir les préoccupations réelles des acteurs et des organismes auxquels ils se rattachent, le dépouillement de documents inédits conservés surtout aux archives du Times à Londres a permis de mieux situer le journaliste comme un acteur «indissociable» de systèmes [3]. Ce dernier demeure toujours partagé entre ses pro­pres choix, sa fonction et une société qu’il représente et à laquelle il participe.

L’un des objectifs poursuivis est aussi de mieux connaître les fonctions de la presse. Elle informe ou elle analyse, elle commente ou elle divertit. Elle influence ou se laisse influencer. En somme, elle est sujet et objet. La presse participe à l’histoire tout en la reflétant [4]. Cette thèse se veut une étude de cas en la matière.

En dégageant certaines images du Canada, il sera possible de discerner une idéologie. Ultimement, il faut essayer de découvrir l’idéologie au point de jonction de l’individuel et du collectif, de la longue durée et du quotidien, de l’inconscient [22] et de l’intentionnel, du structurel et du conjoncturel, du marginal et du général, comme l’affirme Jacques Le Goff [5]. Telle est la tâche à laquelle nous nous attacherons dans cette recherche.


La méthode d’enquête

Il existe deux répertoires où les articles du Times sont classés par ordre alphabétique: The Palmer’s Index to the Times et The Official Index to the Times. Le second est de loin supérieur. Ce répertoire officiel contient à lui seul plusieurs centaines de pages sur des sujets reliés directement ou indirectement au Canada durant la période étudiée (1908-1922). Ce dernier a été utilisé pour mener notre recherche.

La première difficulté tient au nombre imposant d’articles écrits sur le Canada. Le problème est de taille puisque l’index officiel du Times contient, sous la seule rubrique «Canada», entre 1908 et 1922, 249 pages. Lorsqu’on ajoute des sujets connexes tels la Grande Guerre, l’Empire, l’économie, les élections et les éditoriaux, pour ne citer que ceux-là, il se trouve un grand total de quelque 500 pages qui concernent directement ou indirectement le Canada.

Il a fallu développer une méthode qui permette à la fois de satisfaire à certaines règles élémentaires d’échantillonnage tout en évitant de laisser tomber des articles essentiels pour une analyse de la presse, par exemple les éditoriaux et les analyses de fond.

À quelques mois d’intervalle, deux «échantillons-sélections» ont été réalisés. Sur un sujet où le nombre d’articles inventoriés s’étendait sur quelques colonnes, voire sur quelques pages, l’échantillon était favorisé. Cependant, tous les éditoriaux étaient systéma­tiquement sélectionnés. De plus, chaque fois que des analyses ou des commentaires étaient [23] trouvés sur des événements qui semblaient préoccuper le journal, certains articles étaient retenus (les conférences impériales, les élections, la déclaration de la guerre, les voyages des premiers ministres canadiens en Angleterre, etc.). Tout article qui est apparu une fois, a été consulté, peu importe le premier ou le second échantillons-sélections.

En estimant à 70 le nombre d’articles inventoriés dans chaque page de l’index, nous obtenons un nombre ma­ximum de 35 000 documents concernant le Canada. Par «ma­xi­mum», il faut entendre que des articles importants sont répertoriés sous plusieurs thèmes. Notre échantillon-sélection final a permis de dépouiller au-delà de 4000 articles différents.

À propos de la quinzaine d’années faisant l’objet de l’étude, trois phases nettement distinctes se dégage. Si la préparation à la guerre (1908-1914) laisse paraître une certaine opposition à l’intérieur du Canada, les hostilités (1914-1918) forcent le consensus, mais jusqu’à une certaine limite. Le Canada anglophone traverse le conflit en s’aliénant tout le Canada francophone. Après la guerre (1919-1922), les Canadiens doivent refaire l’unité nationale tout en s’affirmant avec plus de vigueur sur la scène internationale. L’Empire britannique sort considérablement affaibli par la guerre. En revanche, l’impérialisme américain ne cesse de s’affermir. Ce contexte, où s’entremêlent les impératifs de la politique extérieure et de la politique intérieure, est propice à l’affirmation des idéologies.


Les sources

Le Times a été fondé par John Walter en 1785. Le journal acquiert, surtout dans la première moitié du XIXe siècle, une réputation prestigieuse. Dirigé depuis ses débuts par la même famille, le quotidien s’adapte difficilement au [24] mouvement de presse populaire qui se développe à la fin du XIXe siècle et s’accentue au début du XXe siècle. En 1908, les Walter doivent vendre presque tous leurs intérêts alors que le journal s’enlise dans une situation financière difficile. Le magnat de la presse à grand tirage, Northcliffe, achète une part importante des actions et il prend le contrôle du journal. Sa réputation n’est plus à faire dans le domaine. Il avait lancé, en 1896, un quotidien pour les masses vendu à un «penny», le Daily Mail, dont le tirage atteint, dès 1900, près d’un million d’exemplaires par jour. Jusqu’en 1922, il dirigera les destinées du Times.

L’équipe du journal est importante. Aux postes de direction se retrouvent surtout des diplômés de grandes universités comme Cambridge ou Oxford [6]. Le Times s’enorgueillit aussi de pouvoir maintenir son propre service de correspondance à l’étranger, principalement en France, en Allemagne, aux États-Unis, au Canada, en Australie et en Afrique du Sud [7]. Ces derniers ont pour rôle:

[...] de sauvegarder le prestige politique du Times duquel dépend notre réputation nationale, et de maintenir et d’assurer l’amélioration de la circulation qui est essentielle, dans les conditions actuelles, à notre prospérité financière [8].

La correspondance canadienne est réorganisée au moment où Northcliffe accentue sa mainmise sur le journal. C’est autour du correspondant en chef, John Willison, un journaliste de Toronto, que le nouveau réseau s’articule à partir de 1910. On retrouve successivement à Ottawa Fred Cook, A. Ford et G. O’Leary entre 1908 et 1922 [9]. De Montréal, Morgan Powell apporte son concours occasionnel en 1914 et 1915, ainsi qu’en 1920. À Winnipeg, A.E. Blow, R.C. Dafoe et W.F. Payne seront les principaux collaborateurs. De Vancouver, R. H. Brown, R.C. Rawling et E.H.C. Johnston sont les plus importants. La plupart de ces collaborateurs [25] sont déjà à l’emploi d’autres journaux dans les villes où ils résident. Les noms des correspondants n’apparaissent jamais dans le journal. La règle de l’anonymat prévaut. Le traditionnel From our own correspondent apparaît sous le titre. Très souvent la ville d’où provient la nouvelle est mentionnée de sorte qu’il est parfois possible d’identifier le correspondant.

Durant la période que couvre notre analyse, le journal contient généralement une vingtaine de pages, le minimum se situant à 16 et le maximum, à 24. Il est imprimé sur six colonnes, exceptionnellement sur sept. Il arrive assez souvent qu’on publie des éditions spéciales, particulièrement durant la guerre. Nous nous sommes limités aux éditions régulières. Une seule exception: à partir du 24 mai 1909, la direction publie des suppléments pour célébrer la fête de l’Empire. Ceux-ci ont été dépouillés.

Le journal s’adresse à des lecteurs bien précis. Il lui importe d’influencer les «chefs», ceux qui détiennent le pouvoir. Par conséquent, les lecteurs visés sont les hommes politiques, les administrateurs, les professionnels, tous ceux dont l’éducation et l’influence sont déterminantes pour la Grande-Bretagne [10].

Le tirage atteint son plus bas niveau en 1908: 38 000 exemplaires seulement. Le Times publiait quotidiennement à quelque 60 000 exemplaires vers 1868. L’améliora­tion des services ainsi que la baisse du prix de vente raffermissent sa position surtout à partir de 1914. Il tire alors à 183 196 exemplaires. En 1918, on note un nouveau recul, cette fois à 143 295 exemplaires. Le prix du quotidien passe de trois pence, en 1908, à un penny, en mars 1914. Les pressions à la hausse sur les coûts de production et les difficultés d’approvisionnement en papier obligent les propriétaires à relever leur prix à trois pence dès 1918. Celui-ci est de nouveau [26] abaissé en 1922. Il se stabilise à deux pence à compter de juin 1923 [11].

L’édition quotidienne du journal n’a jamais eu un grand succès au Canada. Ainsi, entre juillet 1920 et avril 1921, une compagnie d’Ottawa, C.R.E.W. Smith, n’a pu vendre que 15 abonnements du Times à travers le pays, pour une valeur totale de 69 livres sterling [12]. Cela va sans dire, la vente du quotidien est difficile dans le Dominion; la compétition des États-Unis est vive et les goûts nord-américains diffèrent des goûts britanniques:

L’Amérique du Nord ne constitue pas un bon marché pour nous. Le Canada même est inondé de publications américaines qui sont très attirantes et qui sont adaptées à ses lecteurs. Les journaux anglais mettent au moins deux semaines pour arriver sur place et ils sont nettement britanniques dans leur ton, leur style et leur apparence [13].

En revanche, le journal vend de la publicité. Les banques, les gouvernements et les compagnies de chemin de fer font de la réclame de temps à autre. Les uns veulent attirer les investissements, les autres, les immigrants. Malgré cela, le journal ne fait pas ses frais au Canada. D’ailleurs, il ne semble pas que ce soit pour améliorer sa situation économique que le Times essaie de renforcer ses liens avec le Canada à partir de 1910.

Autre aspect important dans cette recherche: les archives. En plus des documents laissés par des personnages officiels, nous avons tenté de mettre en valeur les archives des «hommes de presse». Le correspondant du Times au Canada de 1910 à 1927, John Willison, a laissé un fonds imposant. Les Archives nationales du Canada ont ces documents en leur possession. De plus, les archives du Times à Londres sont, depuis peu, accessibles aux chercheurs. Plusieurs [27] documents trouvés dans ces dépôts sont inédits et permettent d’apporter des précisions indispensables pour comprendre l’évolution de la conjoncture.


L’importance que le Times
accorde au Canada

Les Canadiens sont vite apparus, après l’indépendance des États-Unis, comme les grands défenseurs de l’Empire britannique sur le continent nord-américain. Encore vers les années 1830, le Times jugeait le Canada comme «the most important of our colonial possessions (La plus importante de nos possessions coloniales) [14]».

À la suite des troubles survenus en 1837, tant dans le Haut-Canada (Ontario) que dans le Bas-Canada (Québec), Durham est envoyé pour analyser la situation au Canada. Le Times réussit un coup de maître le 8 février 1839 quand il annonce à ses lecteurs qu’il publie en exclusivité le rapport, avant même que les hommes politiques n’en aient pris connaissance [15]. Ce coup d’éclat montre l’importance et l’influence du journal à l’époque. Il reflète aussi l’intérêt porté par la mère patrie à sa colonie nord-américaine.

D’une manière plus générale, le Times a toujours défendu, cela va de soi, l’Empire britannique. À cet égard, il favorise le maintien de cet Empire, même si cela ne signifie nullement qu’il appuie systématiquement tel ou tel parti sur les moyens d’atteindre cet objectif. Comme l’affirme l’historien Borzo:

Le débat portait sur les moyens, non les fins; il s’agissait de trouver des façons d’améliorer l’Empire plutôt que de savoir s’il fallait le démanteler ou non. [...] Le Times insistait sur le besoin d’un meilleur système pour améliorer soit l’émigration, soit le gouvernement colonial, et dans ce sens, il contribua à la longue à plusieurs réformes. En même temps, il surveillait la [28] situation globale et, sous ce rapport, en défendant le gouvernement responsable, il contribuait aussi à la sauvegarde de l’Empire. Il indiquait le chemin qui menait à un nouveau concept de l’Empire... le Commonwealth. Ce n’était pas à cause de son appui précoce ou de sa défense du gouvernement responsable mais plutôt à cause de sa conception plus large de l’Empire qu’il exprimait souvent autour d’un projet culturel, linguistique, religieux et social, une façon de voir qui venait heurter le vieux concept de domination politique, militaire et commerciale [16].

Qu’en est-il de l’image du Canada au début du XXe siècle en Angleterre? Elle est similaire. Le Canada est toujours considéré comme le senior Dominion, le plus pur, le meilleur défenseur de l’Empire britannique. Il reste à vérifier si cette importance se traduit dans le journal autrement que par la place qu’occupent les articles ou la manière dont on aborde le Canada. C’est à partir de l’inventaire The Official Index to the Times qu’il a été possible de déterminer avec plus de précision l’importance que le journal réserve au Canada. Si l’on compare la part réservée au dominion nord-américain celle de l’Australie et des Indes, il faut convenir que le Canada est bien aussi important qu’on le laisse croire par rapport aux autres membres de l’Empire (tableau I). Toutefois, par rapport à l’ensemble, le journal consacre rarement plus de 1% de son espace au Canada. La venue de Northcliffe en 1909 et la réorganisation de l’équipe canadienne autour de John Willison permettent une meilleure couverture de la scène canadienne, plus particulièrement en 1910 et en 1911. À l’approche de la guerre et surtout durant le conflit, la part relative du Canada diminue sensiblement pour atteindre son seuil le plus bas en 1915 avec 0,37%. La guerre ramène l’intérêt vers l’Europe. Au sortir du conflit s’effectue une reprise importante. Dès 1919, l’index consacre 1,04% de son espace au Canada. Au total, cela représente 32 pages. Entre 1919 et 1922, les inventaires passent de 3063 pages à 2013, soit une baisse de 33%. Il semble que des difficultés [29] dans le secteur des pâtes et papier ainsi que des changements à l’intérieur du journal expliquent cette diminution du nombre d’articles publiés. D’ailleurs, après la guerre, le tirage du Times recommence à baisser.

En somme, dans les quelques années qui précèdent les hostilités, la couverture des événements qui touchent le Canada s’améliore, surtout en 1910 et en 1911. Tel n’est pas le cas pour l’Australie et les Indes. On peut alors conclure que le Canada a plus d’importance aux yeux des Anglais.

Durant le conflit armé, l’intérêt du journal se porte surtout vers l’Europe. Après la guerre, le Times reprend immédiatement ses contacts et élargit son espace aux événements de tout l’Empire britannique. On peut constater enfin que l’espace réservé aux Indes est plus grand que celui consacré à l’Australie. Les Indes dépassent même le Canada en 1908-1909 et en 1921-1922.

Comme nous le verrons dans les pages qui suivent, nous avons d’abord tracé, à l’aide de données quantitatives, les grandes lignes de l’évolution du Canada au début du siècle. Avec le chapitre 2, débute l’analyse de contenu du journal autour des grands thèmes suivants: la politique, l’économie, la société. Le chapitre 3 porte sur la guerre qui devient le thème dominant. Enfin, le dernier chapitre s’inscrit dans la continuité du deuxième.

[30]

Tableau I

L’importance que le Times accorde au Canada,
à l’Australie et aux Indes, 1908-1922.

Année

Nombre total de pages

Canada

Australie

Indes

1908

1232

0,73 %

0,32 %

0,89 %

1909

1396

0,85

0,28

0,93

1910

1499

1,00

0,30

0,80

1911

1831

1,03

0,32

0,60

1912

1845

0,81

0,27

0,56

1913

1897

0,68

0,31

0,57

1914

1905

0,68

0,26

0,41

1915

2123

0,37

0,23

0,37

1916

2259

0,48

0,35

0,39

1917

2430

0,61

0,37

0,57

1918

2791

0,71

0,50

0,57

1919

3063

1,04

0,52

0,78

1920

2885

1,14

0,65

0,79

1921

2324

0,94

0,73

1,03

1922

2013

0,74

0,64

0,84

Source: The Official Index to the Times, 1908-1922




[1] Georges Gurvitch, La Sociologie de Marx, la vocation actuelle de la sociologie, vol. II, Paris, P.U.F., 1963, p. 285-288.

[2] Fernand Dumont estime que la rationalisation idéologique est la principale porte d’entrée dans l’univers implicite des cultures. Fernand Dumont, «Notes sur l’analyse des idéologies», Recherches sociographiques, vol. IV, no 2, Québec, mai-août 1963, p. 157. [Texte disponible dans Les Classiques des sciences sociales. JMT.] Voir aussi Fernand Dumont, Les idéologies, P.U.F., Paris, 1974.

[3] Alain Touraine, Production de la société, Paris, Seuil, 1973, p. 524.

[4] Sur les fonctions de la presse voir Pierre Albert, La Presse, Que sais-je?, no 414, 1976, et Jean Stoetzel, Études de Presse, Paris, 1951.

[5] Jacques Le Goff, directeur, La Nouvelle Histoire, Retz, C.E.P.L., Paris, 1978, p. 388.

[6] Hamilton Fyfe, Northcliffe, an Intimate Biography, London, George Allen and Unwin Ltd., 1930, p. 232-233.

[7] History of The Times, vol. 3, p. 787-788.

[8] Archives nationales du Canada (A.N.C.), Fonds Willison, pièce 30507, “Imperial and Foreign News Editor’s Memorandum”, 7 janvier 1920.

[9] Cette liste n’est pas exhaustive. Ce ne sont là que quelques-uns des principaux collaborateurs. Archives du Times, Londres, notes manuscrites préparées par Gordon Phillips, archiviste. Voir aussi Fonds Willison, A.N.C., correspondance du “Foreign Department of the Times” à «Willison», 7 janvier 1920. Pour plus de précisions, voir l’appendice I, Les correspondants du Times au Canada.

[10] History of The Times, vol. 3, p. 586. Voir aussi Henry Borzo, The Times (London) and Anglo-Canadian Relations, thèse de doctorat, Université de Chicago, 1955, p. 177; Clarigny Cucheval, Histoire de la presse en Angleterre et aux États-Unis, Amyot, Paris, Éd. Œuvres de Napoléon III, 1857, p. 113 à 115.

[11] Times publication, Facts about the Times, 1785-1962, Times Newspapers Ltd., 1977, p. 26 et 27, et History of The Times. Voir l’appendice II, Prix et circulation du Times, 1785-1976.

[12] Archives du Times, Londres, Memorandum de Mr. Hopkins à Sir Campbell Stuart, 21 avril 1921.

[13] Ibid.

[14] The Times, 26 mars et 15 mai 1829.

[15] History of The Times, vol. I, p. 372-373 et The Times, 8 février 1839.

[16] Henry Borzo, The Times (London) and Anglo-Canadian Relations, thèse de doctorat, Université de Chicago, 1955, p. 184-185.



Retour au texte de l'auteur: Jean-Marc Fontan, sociologue, UQAM Dernière mise à jour de cette page le lundi 21 mars 2011 19:41
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur de sociologie retraité du Cégep de Chicoutimi.
 



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