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Collection « Les sciences sociales contemporaines »

La prise en charge. Témoignage d'un Montagnais. (1997)
Préface


Une édition électronique réalisée à partir du livre de Harry Kurtness et Camil Girard, La prise en charge. Témoignage d'un Montagnais. Chicoutimi: Les Éditions JCL, 1997, 157 pp. Collection: interculture. [Autorisation conjointe accordée, le 20 septembre 2010, par l'auteur et le directeur général des Éditions JCL, M. Jean-Claude Larouche, de diffuser ce livre dans Les Classiques des sciences sociales.]

Préface

Je me rappelle, lorsque j’étais jeune, mon père réfléchissait beaucoup. Quand nous allions chasser, il s’asseyait au bord du lac, seul, penché, et il ne parlait pas. Il pouvait rester ainsi pendant des heures à méditer. Mais, les gens aimaient beaucoup le rencontrer et lui aussi aimait bien ces rencontres. Grand démocrate, il me disait toujours que chez les Ilnu, tout fonctionne autour du consensus qu’il faut créer parmi les membres de la communauté. En politique, sa théorie voulait cependant que la majorité décide. Reconnaissant en cela la difficulté qu’il y a de plaire à tous, il estime que pour construire une majorité et un consensus autour de celle-ci, il faut que les leaders assument leur leadership.

Moi, je me rappelle, à table, mon grand-père parlait de politique avec mon père. Et mon père, c’est surtout de politique ou de vie en forêt qu’il parlait. Mon père s’est gagné le respect des membres de la communauté et cela lui tient véritablement à cœur. Sans vouloir le monter faussement sur un piédestal, mon père reste pour moi un véritable modèle. Ce que j’aime chez lui, c’est qu’il est toujours resté fidèle à lui-même et à ce qu’il croit profondément. Il a gardé le sens profond de la communauté. Même s’il a une certaine notoriété au plan politique, il demeure très proche des gens. Il continue d’être ce qu’il a toujours été et, pour ma part, je veux continuer dans ses traces.

[14]

Mon père a toujours voulu intégrer les valeurs traditionnelles et les valeurs modernes dans le devenir de la communauté. Il a cherché à se situer entre ces deux mondes. C’est ce qui lui a permis de créer une certaine unité dans la communauté même si cela était fort difficile. Comme mon père, je ne crois pas qu’on puisse retourner en arrière et devenir exclusivement une société de chasseurs, de trappeurs, de cueilleurs. Les gens qui disent qu’ils sont uniquement trappeurs, s’ils ne pratiquent pas, dans ma tête à moi, cela reste du folklore, c’est symbolique. Je ne crois pas à cela. Par contre, je ne suis pas celui qui dit que la langue, la culture, notre mode de vie n’ont pas leur importance. Je pense qu’il nous faut relever un double défi. Nous devons préserver notre langue, notre culture, notre mode de vie et toute notre spiritualité. Il n’y a pas un peuple sur la terre qui n’ait modifié de façon importante son mode de vie sans avoir subi un appauvrissement sur un plan spirituel. Donc, pour savoir où on s’en va, il faut savoir d’où on vient et, personnellement, j’accorde de l’importance à cela. Cependant, il faut harmoniser ces valeurs ancestrales avec les valeurs actuelles. C’est tout un défi. Mon père a toujours voulu relever un tel défi en s’engageant sur la scène publique, en participant, entre autres, aux activités de la Caisse populaire, de la Coopérative alimentaire, de la Coopérative agro-forestière et du Comité de Chasse et Trappe. Pour lui, le mouvement coopératif s’inscrit dans une approche communautaire. Il a, aussi, toujours valorisé la formation des jeunes. Son témoignage apparaît comme une invitation à poursuivre la prise en charge de nos destinées. Mais, il continue aussi à pratiquer les activités traditionnelles. D’ailleurs, [15] c’est dans le bois qu’il se sent le mieux; mais nous sommes un peu inquiets de le voir seul en forêt en raison de ses maux de dos.

Même si c’est le portrait de mon père, je dois beaucoup à ma mère. En s’ouvrant ainsi aux membres de la communauté, mes parents transmettent un message important à toutes les personnes âgées qui ont tant à nous enseigner. En prenant la parole, ces sages permettent de rétablir des ponts entre nos générations.

Bonne lecture.

Rémy «Kak’wa» Kurtness

Chef du Conseil des Montagnais du Lac-Saint-Jean

Mashteuiatsh, 18 octobre 1995



Retour au texte de l'auteur: Jean-Marc Fontan, sociologue, UQAM Dernière mise à jour de cette page le jeudi 17 mars 2011 13:05
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur de sociologie retraité du Cégep de Chicoutimi.
 
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