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Collection « Les sciences sociales contemporaines »

Hubert Van Gijseghem, US ET ABUS de la mise en mots en matière d'abus sexuel. (1999)
Introduction


Une édition électronique réalisée à partir du livre sous la direction de Hubert Van Gijseghem, US ET ABUS de la mise en mots en matière d'abus sexuel. Montréal: Les Éditions du Méridien, 1999, 273 pp. Collection: Psychologie. [Le 30 janvier 2014, l'auteur, Hubert Van Gijseghem, nous accordait son autorisation formelle de diffuser, dans Les Classiques des sciences sociales, en accès ouvert et gratuit à tous, toutes ses publications. ]

[9]

Us et abus de la mise en mots
en matière d’abus sexuel.

Introduction

Encore un livre sur les abus sexuels ! Quand finira-t-on de gratter la blessure ? Ce cri du cœur n'est pas sans fondement. Pourtant, nous osons puisqu'il ne s'agit pas ici d'un livre de plus, répétant que le problème est grave et les conséquences désastreuses. Cet ouvrage vise plutôt à dénoncer l'acharnement investigateur, préventif ou thérapeutique, qui déferle sur les victimes réelles et présumées. Aussi fait-il suite à un précédent ouvrage intitulé L'Enfant mis à nu. L'allégation d'abus sexuel : la recherche de la vérité, qui interroge déjà certaines pratiques plus néfastes que bénéfiques. Ce livre prêche, comme le précédent, en faveur d'un esprit critique et se tient loin des débats idéologiques relatifs à cette question. La sexualité, y compris ses abus, tend - on le sait - à exercer une fascination voyeuriste et malsaine qui s'abrite souvent derrière des positions pseudo-rationnelles ou carrément irrationnelles. Puissamment reliée à notre élan vital, la sexualité reste l'objet de forces contradictoires et mystérieuses qui ne sont pas sans rapport avec les religions, les inquisitions, l'ésotérisme, les démonologies et autres chasses aux sorcières. L'agitation et le militantisme incroyables reliés à l'étude du phénomène de l'abus sexuel ne peuvent que laisser perplexe, et nous y contribuons probablement nous-mêmes. En même temps, nous voulons crier : « stop ! ». Non pas pour revenir au déni [10] d'il y a une vingtaine d'années, mais dans le but de faire preuve d'un minimum d'esprit critique qui préserve des pratiques inquisitoriales ou des ravages d'un Malleus Maleficarum.

Les abus sexuels constituent un fléau social, nous en sommes conscients, et nous savons aussi que le nombre des victimes dépasse largement celui des dévoilements. Nous voulons néanmoins dénoncer l'acharnement de beaucoup d'entre nous à découvrir des abus puis à les traiter à tout prix, cela même au détriment de l'enfant. Les résultats de la recherche évaluative sur certaines pratiques ne peuvent plus être ignorés. C'est cette recherche qui devrait nous aider à déterminer les effets bénéfiques et les effets pervers de nos pratiques, de nos lois, de notre vision même du phénomène des abus sexuels.

Quelques-uns des textes qui suivent ont déjà été publiés sous une forme ou sous une autre ; ils ont donc déjà suscité des réactions. Les autres sont inédits. Tous relèvent de la plume de cliniciens et de chercheurs qui s'efforcent de revenir sur terre, et qui font fi de la loi tacite d'une sacro-sainte rectitude politique en matière d'abus sexuel.

Le collectif est subdivisé en quatre parties. Une première partie, portant sur la validation des allégations d'abus sexuel, pousse plus loin la réflexion amorcée dans notre livre de 1992 et s'abreuve bien entendu aux résultats de recherches publiés ces six dernières années. Cette partie débute par un chapitre plutôt introductif sur les pièges et paradoxes dans le traitement sociojudiciaire de l'abus sexuel. Ce chapitre (Hubert Van Gijseghem) se veut une réflexion visant à lancer et à justifier les chapitres suivants, qui traiteront tour à tour de la nécessité d'enregistrer la première entrevue (Hubert Van Gijseghem), de la psychométrie en matière d'abus sexuel (Claire Jodoin) et des contextes [11] ambigus et difficiles dans lesquels naissent aussi bien des vraies situations abusives que des fausses allégations (Hubert Van Gijseghem).

La deuxième partie traite de la prévention auprès des enfants (Hubert Van Gijseghem et Elham Forouzan) et de la psychothérapie des victimes d'abus (Hubert Van Gijseghem et Louisiane Gauthier). Ces deux chapitres véhiculent des positions pour certains surprenantes, voire choquantes. Nos interrogations et nos mises en doute ne sont pas moins basées sur des recherches évaluatives.

La troisième partie traite de la fameuse controverse des souvenirs retrouvés. Sont-ils réels, sont-ils construits ? Le syndrome du faux souvenir existe-t-il ? Le premier chapitre, signé Dominique Scarfone, défend l'idée que, contrairement à la croyance populaire, la théorie freudienne ne saurait se porter à l'appui inconditionnel de Tune ou l'autre des parties en présence. Il pose le concept de la réalité psychique bien enchâssée dans la métapsychologie psychanalytique.

Le second chapitre de cette partie (Hubert Van Gijseghem) examine la controverse à travers le prisme de quelques publications-phares des dernières années faites par des cliniciens et des chercheurs. Sans résoudre la problématique, on y énonce quelques-uns de ses paramètres.

La quatrième et dernière partie du livre se veut un regard sur les aspects et contextes sociaux, juridiques et historiques de la mise en mots en matière d'abus sexuel. Un premier chapitre (Paule Lamontagne) s'attarde au concept (sinon au syndrome) de l'aliénation parentale. Ce concept, virtuellement inconnu en Europe (ce qui n'exclut point son existence), a fait son entrée depuis belle lurette dans le travail psychojuridique nord-américain. Il n'est pourtant pas sans intérêt d'en décrire à nouveau les variables et d'ébaucher quelques pistes d'intervention.

[12]

Le deuxième chapitre (Michèle Vatz Laaroussi) traite de l'usage social de la notion d'abus et de ses effets pervers. L'auteure illustre son propos par une étude des processus de la fausse allégation à l'école primaire.

Le troisième chapitre (Renée Joyal) trace ou retrace l'historique du traitement judiciaire des abus sexuels au Canada et dans la province du Québec. Il s'agit là d'un rappel du chemin parcouru et, aussi, d'un vœu anticipatoire des choses à venir.

Enfin, le dernier chapitre (Marie-Aimée Cliché) nous reporte à la « préhistoire » québécoise de la mise en mots en matière d'abus sexuel (1935-1969). À part la confession devant le représentant divin, il n'existait que le fameux « courrier du cœur » durant cette période noire marquée par le déni. L'auteure présente les résultats de sa fouille d'historienne.

Comme nous l'avons souligné dans L'Enfant mis à nu, les textes ici réunis ne font que ponctuer un autre moment dans l'histoire de la science et de la pratique en matière d'abus sexuel. Demain déjà, tout sera à réviser à partir de données nouvelles que la recherche ne tardera pas à nous fournir.

HVG



Retour au texte de l'auteur: Jean-Marc Fontan, sociologue, UQAM Dernière mise à jour de cette page le jeudi 14 août 2014 10:42
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur associé, Université du Québec à Chicoutimi.
 
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