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Collection « Les sciences sociales contemporaines »

Hubert Van Gijseghem, LA PERSONNALITÉ DE L'ABUSEUR SEXUEL.
Typologie à partir de l'optique psychodynamique. (1988)
Introduction


Une édition électronique réalisée à partir du livre d'Hubert Van Gijseghem, LA PERSONNALITÉ DE L'ABUSEUR SEXUEL. Typologie à partir de l'optique psychodynamique. Montréal: Éditions du Méridien, 1988, 180 pp. Collection Psychologie. Une édition numérique réalisée par mon épouse, Diane Brunet, guide de musée retraitée du Musée de la Pulperie à Chicoutimi. [Le 30 janvier 2014, l'auteur, Hubert Van Gijseghem, nous accordait son autorisation formelle de diffuser, dans Les Classiques des sciences sociales, en accès ouvert et gratuit à tous, toutes ses publications. ]

[9]

La personnalité de l’abuseur sexuel.
Typologie à partir de l’optique psychodynamique.

Introduction

Quel est l'intérêt de dresser une « classification » de l'abuseur sexuel ? Dans beaucoup de milieux, en effet, on évite aussi bien diagnostic que typologie pour les raisons qui sont bien documentées par une « labeling théorie » et autres courants anti-psychiatriques. On croit, entre autres choses, que toute étiquette apposée l'est aux dépens de l'individu et ne fait point justice à la singularité de celui-ci. Tout en reconnaissant les dangers d'une typologie construite au nom d'une pure satisfaction de l'esprit « classificateur », nous sommes de ceux qui continuent à croire en la nécessité du diagnostic. Dans l'optique de ce travail, nous voyons en effet le diagnostic moins comme un exercice pour « compléter un dossier » que comme un effort d'articuler une hypothèse de travail. Le clinicien n'est pas au service de l'archiviste. Il est au service de l'individu en besoin d'aide, de la société en besoin de protection, et, bien sûr, ultimement au service d'une science qui a pour but de comprendre un phénomène. Celle-ci, à son tour, devra être au service de ce même individu et de cette même société.

Trop souvent, la pure description d'un « cas » ne reste qu'anecdote qui ne permet point l'élaboration d'un plan de traitement et n'aboutit pas sur un jugement quant à, par exemple, la dangerosité future de l'abuseur. Un diagnostic situe le patient en ce qui concerne le sens de son geste et peut donc mieux déterminer si ce geste est [10] essentiel à sa survie ou s'il relève de l'accident de parcours ou s'il est relié à une situation ponctuelle. Encore faut-il distinguer entre diagnostic et diagnostic. Il y a le diagnostic qui ne s'intéresse finalement qu'à l'addition d'un nombre de symptômes, peu importe le sens de ceux-ci. Ainsi, à titre d'exemple, le DSM (American Psychiatrie Association, 1980) énumérera un nombre de symptômes comme « typiques » à telle ou telle entité nosologique et proposera au clinicien un exercice mathématique. Ce n'est pas ce genre de diagnostic que nous avons ici à l'esprit. Celui que nous prônons, et qui a davantage de connivences avec la psychologie dynamique, s'attarde, non pas à l'addition des symptômes, mais à leur sens dans l'entreprise de survie d'un individu. Les moyens utilisés pour exprimer ce diagnostic sont moins l'observation in vitro du patient que la lecture de la texture et de la qualité du contact qu'établit celui-ci avec le clinicien. On ne peut donc point faire l'économie d'un regard — in vivo — sur les éléments transférentiels et contretransférentiels du contact entre patient et clinicien. Ce n'est que là, en effet, qu'on saisira le sens de l'agir-symptôme que présente l'individu que nous tentons de comprendre. Ce n'est que là aussi que peut naître le diagnostic, non pas comme étiquette, mais comme hypothèse de travail.

Or, quel est le « travail » auquel aspire le clinicien ? Il y a premièrement le travail de la cure — s'il y a lieu. Point de cure sans objectif. Point d'objectif sans diagnostic.

Un exemple clinique s'impose ici. Supposons que le patient déclare : « je ne vaux rien ! » Rapidement, et selon tous les bons manuels, le clinicien parlera ici d'autodévalorisation. Or, on retrouvera l'autodévalorisation comme [11] symptôme de bon nombre d'entités nosologiques et, qui plus est, exprimée tout à fait de la même façon : « je ne vaux rien ». C'est là qu'il devient crucial de saisir le sens de cette expression, ou, plutôt, de connaître la dynamique profonde dont elle est tributaire, puisque c'est de cette information que dépendra l'action du clinicien. S'il sait que l'auteur de la phrase est porteur d'un caractère névrotique-hystérique (ce qui est souvent le cas) il saura en même temps qu'il pourra, s'il y a lieu, donner un certain réconfort sans pour autant interférer avec le processus thérapeutique ou sans mettre plus en danger l'équilibre de l'individu. Si toutefois cette même phrase « je ne vaux rien » est dite par le dépressif (ce qui est également souvent le cas), le clinicien saura qu'il ne peut rassurer sans augmenter, chez son patient, une culpabilité possiblement déjà d'ampleur critique. Dans ce cas, ce clinicien aurait donc à s'abstenir scrupuleusement de toute remarque pouvant creuser l'écart entre le « bon objet » (qu'il devient lui-même, en rassurant) et le moi-coupable de son patient. Si ce clinicien ne respecte pas cette règle, il peut avoir à composer avec un acte autodestructeur massif de la part de son patient. Pour donner un troisième exemple, si cette plainte « je ne vaux rien » est exprimée par le psychopathe, le clinicien, pour peu qu'il ait des visées thérapeutiques, pourrait choisir de la lui confirmer !

Voilà donc le même symptôme ayant un sens extrêmement différent selon la personne qui le présente : chez l'hystérique, il tire son sens d'un sentiment de castration, chez le dépressif, d'un besoin d'expier, chez le psychopathe d'un « état-zéro » recelant, malgré tout, la toute-puissance. Le « travail » thérapeutique ne pourra [12] point faire l'économie d'une compréhension de ce sens sans mettre sérieusement en danger l'atteinte de ses objectifs.

C'est dans cette optique que nous faisons notre effort typologique. Dans un chapitre faisant l'inventaire d'autres typologies proposées dans la littérature ad hoc, nous aurons l'occasion de confronter notre point de vue et, s'il y a lieu, de souligner ses particularités, mérites et faiblesses. Disons tout d'abord que plusieurs autres typologies partent, non pas de la motivation intrinsèque de l'abuseur, mais de la phénoménologie (descriptive) de l'acte posé. Sans sous-estimer le mérite de cet angle d'étude, il nous paraît néanmoins trop anecdotique et trop centré sur l'apparence du symptôme, donc, trop centré sur l'aspect manifeste de celui-ci et faisant fi de sa signification cachée. Il nous semble que, en partant de cet angle, le praticien peut se trouver dans le piège du « je-ne-vaux-rien » aux multiples significations.



Retour au texte de l'auteur: Jean-Marc Fontan, sociologue, UQAM Dernière mise à jour de cette page le dimanche 11 mai 2014 5:51
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur associé, Université du Québec à Chicoutimi.
 
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