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Collection « Les sciences sociales contemporaines »

Une édition électronique réalisée à partir du texte d'Hubert Van Gijseghem, “Les fausses allégations d'abus sexuel dans les causes de divorce, de garde d'enfants, de droits de visite.” in ouvrage intitulé: L'enfant mis à nu. L'allégation d'abus sexuel: la recherche de la vérité. Texte repris dans la Revue canadienne de psycho-éducation, vol. 20, no 1, 1991, pp. 75-91. [Le 30 janvier 2014, l'auteur, Hubert Van Gijseghem, nous accordait son autorisation formelle de diffuser, dans Les Classiques des sciences sociales, en accès ouvert et gratuit à tous, toutes ses publications.]

[75]

Hubert Van Gijseghem, Ph.D.

psychologue, professeur émérite, Université de Montréal

Les fausses allégations d'abus sexuel
dans les causes de divorce, de garde d'enfants,
de droits de visite
.”

In Revue Canadienne de psycho-éducation, Vol. 20, no 1. 1991, 75-91. Texte repris dans l’ouvrage sous la direction de Hubert Van Gijseghem, L'ENFANT MIS À NU. L'allégation d'abus sexuel: La recherche de la vérité, pp. 119-152. Montréal: Les Éditions du Médidien, 1992, 286 pp. Collection: PSYCHOLOGIE.

RÉSUMÉ
LE PROBLÈME
LES PARTIES EN CAUSE
La mère
L'enfant
Le père
LE SCÉNARIO TYPIQUE
LES ÉVALUATEURS ET « EXPERTS »
Le médecin
Le travailleur social
Le psychologue
LES SOURCES DE DONNÉES
L'observation des interactions parents-enfants
L'interprétation des comportements de l'enfant
Les poupées sexuées
Les dessins
Le Rorschach et autres outils projectifs
Le matériel psychothérapique
Le MMPI
Les mesures physiologiques
L'analyse de contenu de la déclaration (« Statement Validity Analysis »)
CONCLUSION
ABSTRACT
RÉFÉRENCES


RÉSUMÉ

Le psychologue, en tant qu'expert au Tribunal, est fréquemment appelé à s'exprimer sur la validité d'une allégation d'abus sexuel. Compte tenu du fait que, dans les causes de divorce, de garde d'enfants et de droits de visite, il semble y avoir, depuis peu, un déferlement de fausses allégations, une extrême vigilance est requise de l'expert. Cet article dresse le tableau des nombreux écueils que ce dernier rencontre dans l'exercice de son travail. L'auteur tente d'indiquer des balises susceptibles d'aider l'expert à maintenir une attitude aussi objective que possible.

MOTS CLÉS : abus sexuel, allégations, système judiciaire, expertise psychosociale


LE PROBLÈME

Depuis quelque temps, on assiste à une prolifération d'allégations d'abus sexuel dans des causes de divorce et de garde d'enfant. Selon les chercheurs qui se sont penchés sur ce phénomène, une grande proportion de ces allégations sont fausses. Wakefield & Underwager (1988) situent ce pourcentage aussi haut que 71% et rares sont ceux qui le situent plus bas que 30%. Tous s'entendent pour dire que le problème prend des proportions alarmantes (par exemple : Bresee, Stearns, Bess & Packer, 1986 ; Benedek & Schetky, 1985 ; Emans, 1988, Gardner, 1985 ; Gordon, 1985 ; Green, 1986 ; Mac Farlane, 1986 ; Wong, 1988 ; Schuman, 1986 ; Spiegel, 1986). Une allégation d'abus sexuel est devenue l'amie ultime et de loin la plus efficace pour régler le compte d'un conjoint dorénavant indésirable. Dés que le signalement est fait, le conjoint présumé abuseur perd ses droits de père, souvent dans les 24 heures qui suivent. Et il en est ainsi pour de longs mois sinon des années, jusqu'à ce qu'un Tribunal se prononce sur la preuve. Même si la preuve est alors finalement rejetée, souvent parce qu'il n'y a pas eu d'abus, le mal est fait les liens entre père et enfant sont irréversiblement entachés, ce qui peut correspondre au désir conscient ou inconscient de la mère. Non pas que celle-ci ait des intentions malicieuses ou frauduleuses ; au contraire, la plupart du temps, elle est tout à fait de bonne foi. C'est d'ailleurs cette évidente bonne foi qui met en branle le processus - long et coûteux sur le plan humain et financier - des appareils social et judiciaire avec leurs enquêteurs et leurs experts. Malheureusement, plusieurs experts épousent d'emblée les opinions de la partie qui les a embauchés. Cela revient à dire que très souvent, les opinions des experts sont diamétralement opposées.

[76]

Expert dans de multiples causes de ce genre et engagé dans la recherche sur le témoignage de l'enfant, nous tentons dans cet article de faire le point sur cette épineuse question, tant à partir de notre propre expérience qu'à partir de la recherche clinique et empirique disponible.

Soulignons que dans ce domaine comme ailleurs, des idées arrêtées sont dangereuses. Alors que l'opinion « l'enfant ne ment jamais » a été à la base d'injustices infligées à des innocents, soutenir que « toutes les allégations dans un contexte de divorce sont fausses » serait tout aussi néfaste. De ce fait, nous trouvons exagérée et dangereuse l'affirmation récente de Emans (1988) selon laquelle « des centaines de milliers d'individus, chaque année, sont faussement accusés d'abus sexuel » (p. 1000). La vérité est probablement plus modeste. L'expert, comme clinicien mais surtout comme scientifique, a le devoir d'examiner les données aussi objectivement que possible afin d'aider les appareils social et judiciaire à prendre des décisions justes.

LES PARTIES EN CAUSE

La mère

La plupart du temps, l'allégation provient de la mère. Les allégations dans le contexte de divorce ou de garde d'enfants concernent surtout de très jeunes enfants. Wong (1988) a trouvé que dans 43% de ces causes, il s'agit d'une enfant de 5 ans ou moins. On sait qu'un enfant aussi jeune dévoile rarement spontanément être sexuellement abusé. Par contre, le jeune enfant a souvent un discours et un comportement plus ou moins ouvertement sexualisés, peu importe s'il y a eu abus ou non, et cela même dans les familles les plus heureuses et les plus unies. Toutefois, quand la famille vient de se briser et que le chaos règne, ce même discours ou comportement a tôt fait d'alerter une mère anxieuse, d'autant plus qu'elle est probablement sensibilisée à l'existence de multiples causes d'abus sexuel, les média s'étant outrageusement emparés de cette problématique. Étant souvent aux prises avec une forte rage contre son ex-partenaire, la mère se demande si celui-ci ne pourrait pas aller « jusque là ». Elle se souvient de certains gestes « ambigus » dans l'activité ludique entre le père et la fillette [1] et qui étaient jugés normaux aussi longtemps que la famille était unie. Elle les voit peu à peu d'un autre oeil, et son angoisse grandit. Dans son grand désir de protéger son enfant qu'elle voit déjà perturbée par la brisure de la famille, elle veut être sûre qu'elle ne sera pas davantage victimisée par l'homme au contact duquel elle s'est elle-même sentie lésée. Sa sollicitude anxieuse met en branle une vigilance plus ou moins subtile concernant la fameuse « possibilité ». Une fois cette vigilance en place, l'allégation n'est pas loin ! De la vigilance, la mère arrive rapidement au doute. Le doute l'amène à découvrir des indices qui, à leur tour, la poussent à faire appel à l'agence de protection de l'enfant.

Green (1986) a fait une description peu flatteuse de cette mère : elle ferait subir à son enfant une sorte de lavage de cerveau, ou encore elle serait perturbée au point de s'engager avec elle dans un genre de « folie à deux », à moins qu'elle ne soit carrément porteuse d'une pathologie sévère. Même si nous avons déjà observé de tels cas, l'analyse de Green est beaucoup trop sévère. La grande majorité de ces mères ne sont ni perturbées ni manipulatrices, ni consciemment vengeresses et elles sont motivées par un réel désir de protection. Cependant, leur action est aussi colorée par toutes sortes de motifs parasites, dont leur grand ressentiment envers le père de l'enfant. Déjà aux prises avec une forte culpabilité face à la brisure de la famille, la mère ne peut prendre elle-même la responsabilité du désarroi qu'elle observe chez sa fille. Autrement dit, elle ne peut faire autrement que de rendre l'autre parent responsable de ce désarroi. Elle guette soucieusement [77] l'humeur et le comportement de son enfant avant et après chaque sortie avec son père. Et ce qu'elle cherche, elle le trouve fatalement : la fillette est perturbée suite aux sorties et aux visites paternelles et il faut alors trouver pourquoi. Les média fournissent une direction à ses inquiétudes et les personnes de sa famille, bien intentionnées, l'aident à leur donner forme.

À propos de la famille de la mère, soulignons que nous avons observé, dans la majorité des cas, la présence d'une collusion immense entre la mère de l'enfant présumément abusée et la grand-mère maternelle. Même s'il est compréhensible dans de telles circonstances que celle-ci soit la première confidente de sa fille, on ne peut qu'être frappé par l'alimentation mutuelle des deux femmes quant aux doutes, et, très vite, quant aux certitudes entourant l'abus sexuel. Le grand-père de l'enfant est souvent accessoire dans ce processus, alors que la grand-mère est le maître d'oeuvre. Dans certains cas, il s'agit d'une véritable lignée matriarcale qui expulsera avec force du giron familial, le mari déchu.

L'enfant

Comme il a été dit plus haut, l'enfant est perturbée par la situation familiale difficile. Elle souffre de la dissolution du couple parental, elle souffre d'un inévitable conflit de loyauté, elle est enragée et malheureuse et elle emploie tous les moyens disponibles pour préserver ce qu'il lui reste. En conséquence, l'enfant présente une panoplie de symptômes de détresse. Schuman (1986) regroupe ces symptômes en quatre catégories : 1) un recours accru à une vie de fantaisie aux thèmes sexuels et de réunion ; 2) une crédulité accrue, liée à un besoin de compensation et de gratification ; 3) une plus grande susceptibilité à l'influence de l'adulte ; 4) une capacité diminuée de supporter l'ambivalence envers les objets d'amour, et, de ce fait, une tendance à polariser ses sentiments envers ces objets en les clivant en tout bon et en tout mauvais. Il s'agit là d'un véritable dispositif défensif et de survie qui, on l'aura compris, crée un sol des plus fertiles pour faire naître et croître l'inquiétude maternelle. Une fois que l'enfant perçoit l'inquiétude de sa mère, elle ne peut que l'alimenter, obligée qu'elle est de préserver à tout prix son objet d'amour. Elle le fait, entre autres, en lui donnant raison, « réparant » ainsi ce qu'elle voit de blessé chez elle. Mais si l'enfant veut réparer les blessures de sa mère, elle veut également colmater ses propres brèches. Elle cherche donc l'attention de l'adulte, souvent de façon désordonnée, sinon exaspérante. Or, si une phrase ou un récit lui procure tout d'un coup cette attention totale tant convoitée, l'enfant semble condamnée à les répéter et à les élaborer. De question en question, de récit en nouveau récit, elle documente ce que l'adulte semble tant vouloir entendre et ce qui lui vaut, pour un temps, d'être au coeur de son attention.

Plus tard, quand la mère, la grand-mère, l'omnipraticien, le pédiatre, se penchent à répétition sur sa partie génitale, le tout se sexualise à outrance et l'enfant exhibe un comportement des plus érotisés, ce qui, depuis belle lurette, a été identifié comme étant la présumée conséquence et donc la preuve de l'abus sexuel. On aura compris, dans de telles circonstances, que c'est le processus d'investigation lui-même qui crée la preuve - irréfutable selon certains - qu'un abus a eu lieu. Toutefois, dans de tels cas, l'abus réside davantage dans l'intérêt effréné que portent tant de personnes bien intentionnées à la vulve de l'enfant, que dans un événement réellement survenu.

Le père

Le père sait habituellement qu'une allégation « s'en vient ». Il a connu, souvent avec raison, une escalade de reproches et d'accusations : négligence parentale, abus d'alcool, abus physique, etc. Selon la mère, ses droits de visite semblent toujours perturber l'enfant et elle cherche désespérément le moyen de limiter ces droits. Anticipant les choses (il lit, lui aussi, les journaux), le père évite scrupuleusement [78] toute ambiguïté dans les pratiques normales entourant l'hygiène ou dans les expressions affectives. Mais par cette attitude défensive, il ne fait qu'attirer l'attention sur le sujet déjà tabou. Il est extrêmement mal à l'aise devant la curiosité sexuelle normale et devant les élans sexualisés normaux de sa fille. Son malaise ne peut échapper à cette dernière et nourrit davantage ses préoccupations sexuelles déjà existantes. Finalement, lorsque l'allégation survient, le père n'est pas surpris, ce qui, aux yeux du représentant de l'appareil social, constitue une preuve. S'il nie, le déni lui-même sera considéré comme une preuve de plus.

LE SCÉNARIO TYPIQUE

En ayant mis en scène les acteurs principaux avec leurs caractéristiques propres, nous pouvons facilement imaginer comment la fausse allégation se construit. Voilà une mère qui garde un immense ressentiment envers son ex-mari, avec lequel elle est par ailleurs encore impliquée à propos de toutes sortes de requêtes judiciaires : mesures temporaires, établissement ou révision de pension alimentaire, droits de visites et, quelquefois, changement de garde d'enfant. Elle est perturbée par la situation et elle perçoit que son enfant l'est aussi. Elle tient l'ex-mari responsable de ces perturbations, d'autant plus qu'elle constate que son enfant est agitée et « change de comportement » avant et après les visites ou les séjours à la demeure paternelle. Même si cette perturbation est tout à fait compréhensible en dehors d'un abus sexuel, il n'en est pas de même pour la mère qui veut mettre son enfant à l'abri d'un désarroi plus grand, et elle cherche des raisons tangibles à la détresse de son enfant. En lui donnant le bain, elle aperçoit une rougeur à la vulve et un vague doute naît Puis, elle se rend compte que cette rougeur semble présente chaque fois que l'enfant a passé une fin de semaine chez le père. N'en pouvant plus, elle en parle à sa mère qui l'encourage à interroger l'enfant. À la prochaine rougeur, elle pose la question fatidique, la plupart du temps de façon hautement suggestive. « Est-ce que papa te touche des fois ici ? » L'enfant, enjouée et câline, acquiesce, soit parce que la fantaisie ne lui est pas étrangère (étant en pleine période oedipienne), soit parce qu'elle réfère tout simplement aux soins hygiéniques normaux. Apercevant l'émoi créé par sa réponse, l'enfant devine qu'elle tient la clef de l'intérêt maternel. Sa mère pose d'ailleurs plusieurs autres questions, encore fatalement suggestives. La fillette ne comprend pas trop mais se rappelle en effet toutes sortes « d'incidents » auxquels la mère s'intéresse encore grandement. À partir de ce moment là, le piège est tendu, souvent irrémédiablement. La fillette est interrogée par la grand-mère aussi et ensuite par le pédiatre qui confirme que la chose est possible. Entrent en jeu les représentants des services social et judiciaire avec leur propre « interrogatoire ». Comme la recherche sur la mémoire de l'enfant le prouve amplement, les éléments suggestifs des questions posées lors d'un interrogatoire font tout naturellement partie du récit libre de l'enfant lors de l'interrogatoire suivant. On obtient donc graduellement un récit dont aucune bonne âme ne puisse douter. La suite est une histoire connue : des années d'enfer pour toutes les parties impliquées.

Blush et Ross (1986 in Wakefield & Underwager, 1988) ont baptisé les fausses allégations dans ce contexte : le « syndrome SAID » (Sexual Allegations In Divorce). Ses principales caractéristiques constituent le scénario typique suivant :

1) le signalement est fait après que la séparation des époux ait atteint le stade légal
2) Il y a dans cette famille - bien sûr - un dysfonctionnement basé sur des thèmes occultés ou cachés
3) la mère accusatrice a souvent une personnalité hystérique
4) le père accusé, quant à lui, a souvent une personnalité passive-dépendante
5) l'enfant est une fille de moins de 8 ans

[79]

6) l'allégation provient du parent qui a la garde (normalement, la mère)
7) la mère amène l'enfant chez un « expert » pour un examen ou une évaluation
8) un expert confirme l'existence de l'abus et identifie le père comme en étant l'auteur
9) le tribunal accepte l'opinion de l'expert et limite les droits de visite du père.

La prudence est évidemment de mise puisque si ce scénario est typique d'une situation de fausse allégation, il ressemble aussi beaucoup à la situation d'une allégation véridique ! En effet, on observe parfois que la dissolution du mariage facilite le dévoilement d'un abus déjà existant. L'enfant peut enfin parler sans crainte de représailles et la mère peut en faire autant, ne craignant plus l'éclatement de la famille. Reste que, si le « scénario typique » est présent, l'investigateur ou l'expert doit être particulièrement vigilant et garder en tête l'hypothèse alternative de la fausse allégation.

LES ÉVALUATEURS ET « EXPERTS »

Le médecin

Si une allégation contient des éléments qui font croire à l'existence de traces physiques, il est sans doute essentiel de faire examiner l'enfant par un médecin. Néanmoins, dans la littérature sur l'abus sexuel comme dans notre propre expérience, il y a des aberrations qui contribuent à la (fausse) validation d'un abus non-existant. Selon le témoignage des médecins eux-mêmes, il est rare de voir des traces indéniables d'abus sexuel (De-Jong, Hervada & Emmet, 1983 ; Mrazek, 1980). Si la présence de sperme dans un orifice est un signe assez concluant des déchirures de l'hymen ou d'autres lacérations, irritations ou « rougeurs » sont évidemment déjà beaucoup moins concluants. Devant une irritation vulvaire, le médecin dit habituellement à la mère que la chose peut être causée par un abus mais que la lésion n'est pas spécifique. La mère, dont l'attention est inévitablement sélective, retient seulement la première partie de cette proposition et exclut toute autre hypothèse. Nous avons vu des enfants qui ont été examinées par au moins une dizaine de médecins et Wakefield & Underwager (1988) rapportent un cas où l'enfant était examinée avant et après chaque sortie avec le père. Un autre cas flagrant dont nous avons eu connaissance est celui de la petite fille de 3 ans qui veut montrer sa vulve dès qu'elle entre dans le bureau du psychologue. Il est évident que si maman, grand-maman et dix docteurs inspectent à la loupe vulve et anus, l'enfant deviendra extrêmement « sexuée » même si elle ne l'a jamais été auparavant. Il s'agit là probablement d'un écueil majeur des examens médicaux répétés : l'appareil génital de l'enfant est à l'ordre du jour, y compris et surtout pour l'enfant. Par conséquent, la sexualisation outrancière de l'enfant est fréquemment iatrogène.

Nous sommes également ébahi de constater l'ignorance totale des parents, des médecins et des autres professionnels au sujet de la sexualité infantile. Même si celle-ci est amplement documentée depuis bientôt un siècle, les adultes semblent ignorer (et avoir oublié) qu'il y a dans l'enfance des périodes de masturbation intensive et la moindre lacération risque d'être attribuée à un ongle d'adulte ! Dans le cas des petites filles, on sait que l'exploration vulvaire et la stimulation clitoridienne débutent autour du 18ième mois et perdurent normalement jusqu'à l'âge de 5 ans. Elles atteignent leur apogée autour de trois ans (Galenson & Royphe, 1978 ; Kleeman, 1975). Kestenberg (1956) souligne qu'il y a exploration et stimulation de toute la région vulvaire et non seulement du clitoris. Les auteurs-médecins ont observé de nombreuses irritations et lacérations causées par cette activité. Des objets peuvent être introduits, causant des dilatations et des déchirures. Wakefield & Underwager (1988) rapportent le cas d'un hymen dont l'ouverture était lacérée et déchirée. Le père fut accusé mais il fut découvert par la suite que l'enfant s'était introduit un tampon hygiénique dans le vagin. Il est ici extrêmement important de souligner [80] que l'enfant n'avoue que très difficilement la source auto-érotique de ses « bobos » et préfère même, dans certains cas, inculper un innocent. Levine, pédiatre et psychanalyste écrit ceci : « Même si j'ai vu un très grand nombre d'enfants qui s'étaient irritées ou même lacérées la région génitale durant leur activité masturbatoire, je n'en ai jamais vue une qui ait admis immédiatement que c'était dû à la masturbation. Elles niaient même que ces irritations et ces lacérations fissent mal, ce qui était pourtant évident » (1951, p. 124, notre traduction).

Par conséquent, quand l'enfant est interrogée par sa mère à propos de l'origine de ses « rougeurs », elle devient très mal à l'aise, confirmant les suspicions de la mère. De plus, lorsque cette dernière suggère : « est-ce quelqu'un qui t'a fait ça? », l'enfant n'est que trop soulagée de répondre par l'affirmative, ne sachant pas (encore) la terrible machine qu'elle met en marche.

La masturbation infantile est rarement retenue comme hypothèse alternative, même par le médecin. Celui-ci y va par contre avec des descriptions très détaillées de toute rougeur ou petite lésion et prend soin d'indiquer l'heure sur l'horloge sphinctérienne [2]. D'ailleurs, l'heure sphinctérienne est supposée donner des indications assez précises sur l'abus (Steinberg & Westhoff, 1988 ; Emans, Woods, Flagg & Freeman, 1987). Le problème réside dans le fait qu'il y a absence d'études comparatives avec un groupe contrôle et que les interprétations restent donc encore arbitraires (Cantwell, 1983 ; Elvik, 1987).

Le travailleur social

Le travailleur social a un mandat : il doit protéger l'enfant potentiellement en danger. Il entreprend donc son travail avec un postulat opposé à celui du représentant du système judiciaire : quand il y a un signalement, il faut croire au départ qu'il y a abus, car il ne peut se permettre de ne pas agir dans un vrai cas d'abus. Besharov (1987) écrit à ce propos : « par peur de passer à côté d'un cas d'abus, le travailleur social doit faire des investigations approfondies sur des signalements vagues et non validés » (p. 7, notre traduction). En conséquence, les faux négatifs sont considérablement réduits (c'est à dire les cas où il y a abus mais où l'investigateur juge qu'il n'y en a pas), mais, en revanche, les faux positifs augmentent dramatiquement (c'est à dire les cas où il n'y a pas abus mais où l'investigateur juge qu'il y en a).

Le mandat du travailleur social lui joue d'autres tours. Obligé dès le départ de prendre au sérieux tout signalement afin de protéger l'enfant, il est très facilement victime de ce qu'on appelle l'effet Rosenthal (Rosen-thal, 1976). L'effet Rosenthal est le phénomène par lequel l'observateur qui attend ou anticipe un résultat a de bonnes chances de le trouver. Dans une recherche sur les jugements des travailleurs sociaux dans le cas de l'abus physique, Kotelchuck (1982) a trouvé que pour un enfant correctement identifié, trois enfants non abusés sont jugés abusés. Le coût humain, social et monétaire de telles erreurs est immense. Selon Meehl & Rosen (1955), on devrait remettre en question une classification où le coût des faux positifs dépasse les bénéfices d'une identification juste.

Il n'en demeure pas moins que le travailleur social a un mandat et qu'il doit agir rapidement. À ce jour, on n'a pas trouvé de solution heureuse à ce problème.

Le psychologue

Dans le domaine de l'expertise sur l'abus sexuel, Wakefield & Underwager (1988) affirment avec force que le psychologue occupe une position unique. Contrairement au médecin, au travailleur social ou au juriste, il est le seul qui ait reçu une formation scientifique avant de devenir praticien. Il détient bien entendu lui aussi des théories et des opinions a priori. Mais sa position est unique en ce qu'il demeure volontairement dépendant des données [81] empiriques et qu'il parle donc en termes de probabilité et non de certitude. Dans le domaine de l'expertise, son rôle est d'être avant tout un scientifique, et non un clinicien ou un « aidant » ; de plus, il ne doit épouser aucune cause. Wakefield & Underwager (1988) écrivent à ce sujet qu'il y a « beaucoup d'avocats d'un nombre incalculable de causes. Le psychologue est l'avocat de l'humilité devant les données » (p. 50).

Même si nous nous sommes toujours identifié comme clinicien, il n'en demeure pas moins que dans l'exercice de l'expertise psychologique, nous adhérons à la thèse du psychologue-comme-scientifique. Nous avons trop souvent vu des collègues proférer de pures opinions, sur la base de leur « flair clinique personnel ». Par ailleurs, une foule d'outils psychologiques utilisés dans des cas d'abus sexuel sont interprétés sans discernement et avec un déni conscient de leur manque de fidélité et de validité. Ces outils ne sont pas nécessairement mauvais, mais ils le deviennent si on en soutire des interprétations qu'on érige en certitudes (Yuille, 1989).

Il est regrettable que l'expert, dans des causes d'abus sexuel comme dans d'autres, soit perçu comme quelqu'un à qui on peut faire dire n'importe quoi, selon qu'il ait été embauché par l'une ou l'autre des parties. Typiquement, dans les causes d'allégation d'abus sexuel dans le contexte de divorce ou de droits de visite, nous avons affaire à deux experts-psychologues. Ils ont tout deux examiné les mêmes personnes et utilisé les mêmes tests. Souvent, pourtant, l'un affirme avec force qu'il y a eu abus et l'autre crie à la fausse allégation. Les données ne veulent donc pas dire la même chose pour tous.

Dans les prochains paragraphes, nous tentons de mieux comprendre les flagrantes contradictions entre experts, en passant en revue les sources de données sur lesquelles se fondent leurs opinions. Nous analysons tour à tour : l'observation des interactions parents-enfants, l'interprétation des comportements de l'enfant, l'utilisation des poupées sexuées, le dessin, le Rorschach et autres outils projectifs, le matériel psychothérapique, le MMPI, les mesures physiologiques, l'analyse de contenu de la déclaration.

LES SOURCES DE DONNÉES

L'observation des interactions parents-enfants

Il a été prôné de créer une situation d'entrevue dans laquelle le psychologue peut observer l'interaction du père présumément abuseur avec l'enfant présumément abusée. Il n'existe pas de grille d'analyse standardisée d'une telle entrevue, mais on croit que s'il y a eu abus, quelque chose paraîtra : soit que l'enfant aura peur, sera exagérément inhibée, ou encore, aura un comportement ouvertement sexualisé avec son père. Dès lors, on peut se rendre compte qu'il y a amplement de place pour l'interprétation sélective, pour peu que l'observateur se soit fait une idée a priori] Il n'est d'ailleurs aucunement prouvé que les critères d'interprétation du professionnel, même le plus neutre, aient une quelconque validité. Dans une récente étude, Starr (1987) a présenté des bandes vidéo montrant des interactions père-enfant à un groupe de professionnels chevronnés (ayant en moyenne 15 ans d'expérience) ainsi qu'à un groupe d'étudiants de premier cycle universitaire. La moitié des vidéos présentaient des dyades où il y avait eu abus, alors que l'autre moitié constituaient des dyades sans abus. Or, les résultats démontrent non seulement que les jugements des professionnels ne diffèrent pas des jugements des étudiants, mais que de plus, le taux d'identification des dyades abusives ne dépasse pas ce-lui  régi  par  le  hasard.  Au   cours  de l'expérience, on demandait également aux observateurs d'indiquer les raisons motivant leurs jugements. Or, l'ensemble de ces raisons ne révèle aucun patron logique et systématique, et un comportement donné était aussi souvent identifié comme étant typique d'une dyade abusive que d'une dyade non-abusive. D'ici à ce que nous disposions de données empiriques concluantes concernant les interactions « typiques » d'une dyade vivant [82] un abus, la plus grande prudence s'impose donc !

L'interprétation des comportements de l'enfant

Nous avons vu des expertises dans lesquelles le psychologue se référait à une liste de « comportements typiques d'un enfant abusé » présentée par tel ou tel auteur (par exemple : Sgroi, 1982 ; JAMA, 1985) et qui utilisait cette liste ni plus ni moins comme une mesure psychométrique. Ainsi, comme la « liste » de Sgroi (1982) comprend 20 comportements typiques, si on en observe 11 ou plus chez une enfant, c'est qu'elle a été abusée ! Il s'agit évidemment ici d'une aberration. En effet, on sait que même si une enfant présente tous les comportements supposément typiques, on ne peut conclure à l'abus pour autant. Tous ces comportements sont les signes de détresse, les appels à l'aide et les stratégies de survie de tout enfant qui vit une situation familiale difficile, quelle qu'elle soit, ou qui a connu une expérience traumatique. (Jaffe, Wolfe, Wilson & Zak, 1986 ; Emery, 1982). Or, la séparation des parents et la période chaotique qui la précède sont des situations désorganisantes et traumatiques pour l'enfant. Souvent déchiré par un conflit de loyauté - par ailleurs bien nourri par les deux parents - l'enfant du divorce présente habituellement une foule de symptômes et de comportements qu'on retrouve dans les fameuses « listes » de comportements d'enfants abusés. Il n'est que de rappeler le schéma des stratégies défensives de l'enfant du divorce (Schuman, 1980) que nous avons cité plus haut.

Même le comportement qui, de l'avis de tous, semble être le plus caractéristique de l'abus sexuel, c'est-à-dire l'érotisation des liens de l'enfant, mérite qu'on s'y attarde. Nous ne doutons pas que, quand une enfant est abusée, ses interactions puissent se sexualiser aussi bien avec les pairs qu'avec les adultes. Nul doute non plus qu'il s'agit là probablement de la conséquence la plus fréquemment observée dans les cas d'abus sexuel. Toutefois, le danger réside dans le fait de conclure à l'abus lorsqu'une enfant érotise ses interactions, car ce comportement n'est nullement spécifique à l'abus sexuel. Il y a des périodes de sa vie où l'enfant érotise naturellement ses relations avec ses parents. Cette érotisation est alors fondée, non sur un agir, mais sur un monde de fantaisies qui met la séduction à l'ordre du jour comme moyen d'assurer la présence constante du parent qui est sa principale source de satisfaction.

Tout parent vivant dans une famille unie et heureuse a été témoin d'élans et de verbalisations carrément sexualisées de la part de ses enfants, et qui avaient pour objet le parent. Cela va d'une curiosité sexuelle quelquefois assez déconcertante aux verbalisations qui ne laissent rien à l'imagination bien que venant de l'imagination. Dans le contexte psychanalytique, on parle bien sûr de la période oedipienne.

De plus, la séduction est employée ou réemployée chaque fois que l'enfant risque de perdre le (ou un) parent. Même l'adulte, dans l'imminence d'une séparation douloureuse (ou lorsqu'elle est accomplie) érotise ses liens, à tout le moins sur le plan imaginaire. Ceci est vrai d'une séparation, d'une mortalité, de la terminaison d'une psychothérapie, etc. C'est comme si les fantaisies sexuelles annulaient de façon illusoire (et provisoire) la séparation. Or, dans le cas de l'enfant qui vient soudainement de perdre son père, le même phénomène peut se produire, quelquefois à la consternation de tous et avec les conséquences que l'on sait. Rappelons aussi, une fois encore, l'intense sexualisation du comportement de l'enfant générée par le processus d'investigation, une fois que l'allégation est faite. Les multiples examens génitaux par une horde de médecins, les questions suggestives concernant les présumés gestes sexués de l'adulte accusé et, bien sûr, concernant tout ce qui se passe dans la région génitale de l'enfant, tout cela ne peut que rendre l'enfant obsédée par le sexe ! Il est donc essentiel de vérifier si le [83] « comportement érotisé ou sexué » de l'enfant existait avant le dévoilement ou s'il est plutôt la conséquence de ce même dévoilement.

En règle générale, il n'est pas certain que l'enfant abusée se comporte différemment de l'enfant vivant un certain désarroi psychologique, mais non-abusée. Oui plus est, les résultats des recherches ne sont pas concluantes en regard des différences entre enfants abusées et enfants non-abusées. Par exemple, Elmer (1977) compare ces deux groupes à partir d'un certain nombre de variables, telles que la santé, le langage, la coordination visuo-motrice, les aptitudes et la performance scolaire, l'impulsivité, l'empathie et l'agressivité. Non seulement une évaluation ponctuelle mais aussi un follow-up rigoureux, ne permettent pas de découvrir des différences significatives entre les deux groupes.

Il est vrai que, post facto, et grâce à des études rétrospectives de groupes cliniques, on a réussi à trouver des coïncidences importantes entre tel symptôme ou tel comportement et l'abus. Mais les mêmes coïncidences existent avec une foule d'autres variables appartenant au passé de l'enfant. La mauvaise interprétation des données comportementales semble due, souvent, à une confusion entre corrélation ou covariance et causalité. Au Tribunal, le professionnel peu vigilant peut faire croire à un lien causal là où, en réalité, il n'en est rien. Soulignons également, à l'instar de Wakefield & Underwager (1988), que l'expression favorisée par les experts selon laquelle « telle ou telle observation (comportement, résultat ou test, etc) est compatible avec l'abus sexuel » n'augmente pas en soi la validité ou la véracité d'une allégation.

Bref, il est encore une fois extrêmement dangereux d'inférer la présence ou l'absence d'abus sexuel à partir de la présence ou de l'absence de tels ou tels comportements.

Les poupées sexuées

L'utilisation des poupées sexuées (appelées, peut-être plus correctement, « poupées détaillées sur le plan anatomique ») dans les entrevues visant à établir si une enfant a été abusée sexuellement ou non, remonte à la fin des années '70 (Yates & Terr, 1988). Depuis, leur usage s'est grandement répandu de telle sorte qu'aujourd'hui, on les retrouve dans les bureaux de nombre d'experts. Cependant, malgré leur grande popularité, ces poupées font l'objet de sévères critiques, concernant principalement la fiabilité et la validité scientifique des interprétations que font les experts des comportements observés chez les enfants mises en présence de ces créatures.

Tout d'abord, il importe de mentionner que la conception même de ces poupées pose un problème majeur : elles n'ont pas grand chose en commun avec les poupées familières à l'enfant. Le seul fait que ces poupées soient munies d'un sexe, de seins et de poils, suscite chez l'enfant une curiosité et, éventuellement, une excitation centrée sur la sexualité. Que peuvent faire les enfants avec ces poupées autre que de « jouer au sexe »? King & Yuille (1987) font remarquer qu'elles constituent un matériel hautement suggestif dans ce sens qu'elles suggèrent un jeu ou, du moins, des verbalisations qui peuvent, à tort, être interprétés par l'expert comme une preuve d'abus (Voir aussi : Yuille, King & McDougall, 1988).

Il n'existe, en outre, aucune norme standardisée d'utilisation, de sorte que chaque expert semble y aller de sa propre technique (Raskin & Yuille, 1988). Nombre de praticiens semblent avoir recours à ce matériel dans le but de sauver du temps et de l'argent dans l'investigation de causes complexes, ce qui encourage certains à précipiter les choses et à utiliser des questions suggestives.

Rappelons que l'expert bien intentionné s'attend à ce que l'enfant abusée joue davantage « au sexe » avec ces poupées que l'enfant non-abusée. Plusieurs pères ont ainsi été condamnés parce que le sexe de la poupée papa fut frotté contre le sexe de la poupée fille ou parce que l'enfant examinée devenait [84] « un peu trop » excitée en voyant les organes que l'on sait.

Or, le grand problème des poupées sexuées réside dans le fait que l'on sait encore peu de choses sur le comportement des enfants non-abusés mis en leur présence. Les quelques recherches ayant eu pour but d'établir un « taux de base » ou dans lesquelles on a comparé les comportements face aux poupées de groupes d'enfants abusés à ceux de groupes d'enfants non-abusés, révèlent des résultats carrément contradictoires. Ainsi, certaines études révèlent une différence de comportement dans la direction attendue (par ex. : White, Strom, Santilli & Halpin, 1986 ; Jampole & Weber, 1987), tandis que dans d'autres, on ne trouve pas de différence significative (par ex. : Goranson, 1986 ; Realmuto, Jensen & Wescoe, 1990). Cependant, le plus gênant est que certaines études révèlent des différences allant dans le sens opposé à celui attendu par les hypothèses ! Ainsi, August & Forman (1989) mettent leurs deux groupes (abusés & non abusés) en contact avec les poupées dans deux conditions expérimentales différentes, l'une dans laquelle les enfants sont seuls dans une pièce avec les poupées (et filmés à leur insu) et l'autre dans laquelle ils sont en présence de l'adulte. Or, il appert qu'en présence de l'adulte, les enfants abusés évitent davantage le jeu sexualisé avec les poupées que les enfants non abusés même si, lorsqu'ils sont seuls, ils affichent un comportement plus sexualisé. Voilà donc un résultat renversant pour les experts qui croyaient tenir le moyen diagnostique par excellence. Ce qu'ils ont tenu pour un signe d'abus - le jeu sexué - serait davantage, et sous certaines conditions, un signe de non-abus !

Déjà en 1986, Mclver concluait qu'il n'y avait absolument aucune évidence permettant à l'expert d'utiliser les poupées sexuées comme outil diagnostique. Trois ans plus tard, les chercheurs sont encore plus critiques face à leur utilisation pour vérifier une allégation (Wakefield & Underwager, 1988 ; Yuille, 1989a).

Les dessins

Plusieurs experts considèrent qu'avec le jeune enfant, le dessin constitue un puissant outil diagnostique. Depuis longtemps déjà, le dessin est utilisé dans un but diagnostique au sens large du terme. Toutefois, il est douteux que l'on puisse identifier, grâce au dessin, un symptôme ou un agir particulier. Récemment, dans des recherches empiriques utilisant des groupes de contrôle, on a tenté de déterminer s'il y a des différences significatives entre les dessins d'enfants abusés et ceux d'enfants non-abusés. Or, les résultats sont nuls ou non significatifs ! (Yates, Beutler & Crago, 1985 ; Hibbard & Hartman, 1990 ; Hibbard, Roghmann & Hoekelman, 1987). L'expert croit trop facilement que les excroissances aux allures péniennes sont indicatrices d'une préoccupation suspecte. Si de plus, ce même expert demande, en pointant chacune de ces appendices, « qu'est-ce que c'est cela? », l'enfant pourrait lui en mettre plein la vue. Et si cette dernière ose dire que c'est « une queue », voilà notre expert sûr de son coup.

Le dessin peut certes être une aide précieuse une fois que le dévoilement est fait, afin d'aider l'enfant à mieux expliquer ce qu'elle a plus ou moins laborieusement dit sur le plan verbal. Mais le dessin, et son interprétation, ne peuvent pas être utilisés comme outil de validation d'un abus soupçonné. Même les thèmes les plus explicitement sexuels dans le dessin de l'enfant ne peuvent être attribués à l'existence d'un abus sexuel. Comme dans le cas des poupées sexuées, nous ne connaissons tout simplement pas les différences, et leur direction, entre les dessins des enfants abusés et des enfants non abusés. Il convient donc d'être prudent, d'autant plus qu'il y a des indications cliniques selon lesquelles l'enfant normal, selon son stade de développement, peut fortement traduire dans ses dessins ses préoccupations sexuelles normales. Nombre de dessins d'enfants de l'âge préscolaire arborent de façon constante bien qu'habituellement temporaire, pénis, seins et nombrils.

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En outre, comment, à travers les tests projectifs en général, distinguer ce qui est du registre fantasmatique de ce qui est du domaine de la réalité? Cette problématique introduit bien la prochaine section.

Le Rorschach et autres outils projectifs

Nous ne nous étendrons pas ici sur les multiples études portant sur la fidélité et la validité du Rorschach comme outil diagnostique. Malgré les résultats souvent décevant de ces études, nous continuons à chérir ce test dans notre pratique générale, y inclus dans nos expertises. Nous l'utilisons pour déterminer le niveau de fonctionnement d'un individu, la qualité et le contenu de sa vie fantasmatique et, somme toute, pour enrichir nos hypothèses diagnostiques.

Qu'en est-il de l'abus sexuel ? Il est tout à fait possible d'avancer que le Rorschach de tel enfant est indicateur d'une détresse psychique certaine. On peut même dire que cet enfant a probablement connu une expérience traumatisante pouvant mettre en danger son équilibre. Mais - et voilà le hic ! - peut-on dire, avec un degré de certitude suffisant, de quel trauma il s'agit? Bon nombre de collègues semblent le croire si on en juge par leurs rapports d'expertise. Pourtant, le scepticisme demeure ici encore la qualité première de l'expert. Certes, la récurrence de thèmes sexuels ou morbides relève d'un contenu psychique obsédant. L'émergence de tant de fantaisies justifie l'interprétation qu'« il se passe quelque chose ». Mais trop souvent, l'expert est dès lors convaincu qu'il y a eu abus sexuel, surtout si tout cela coïncide avec une allégation, une situation familiale difficile, des critères comportementaux en nombre suffisant, etc. Et pourtant il a peut-être tort puisqu'il fait dire à un outil : « telle chose se passe », ce que cet outil ne peut pas dire. La situation ne s'améliore pas nécessairement si on fait dire à plusieurs outils ce que chacun de ces outils ne peut pas dire individuellement.

Le Rorschach est également largement utilisé dans l'évaluation du présumé abuseur. Il peut être considéré comme un outil très utile pour situer le fonctionnement psychique de l'individu et, utilisé conjointement avec d'autres instruments, comme un outil diagnostique précieux. Toutefois, il ne permet aucunement de déterminer si un individu est abuseur ou non (par ex. : McCraw & Pegg-McNab, 1989). Des indicateurs telle qu'une grande préoccupation sexuelle, éventuellement perverse, liée à une grande impulsivité et à un manque de mentalisation, peuvent justifier une interprétation selon laquelle un abus est possible. Aucun indicateur ne peut toutefois distinguer avec certitude ce qui est du registre fantasmatique de ce qui est du registre de la réalité historique.

Que dire d'autres tests projectifs fréquemment utilisés avec des enfants dans le but de déterminer l'existence d'abus? Les tests les plus suggestifs sont, comme toujours, les plus dangereux. On pense particulièrement à des tests thématiques comme le Patte-Noire ou le Blacky. Ces tests sont certes valables pour l'investigateur « aveugle », c'est-à-dire celui qui veut dresser un profil psychologique général de l'enfant et ne cherche rien de particulier. Ces tests, dont les stimuli sont plutôt suggestifs, y inclus dans le domaine sexuel, ne peuvent que produire un matériel qui relève plus ou moins symboliquement du même registre. Le psychologue y trouvera toujours des éléments pour documenter une thèse a priori. Ainsi va l'interprétation. Là où celle-ci est d'une importance capitale "en psychothérapie, c'est-à-dire dans un contexte où un sens doit être donné là où il n'y en a pas ou plus, cette même interprétation est potentiellement dangereuse dans une évaluation où l'on tente d'établir la vérité. Ceux qui se sont penchés sur l'essence même de l'interprétation - dans la cure et ailleurs - ont bien insisté sur le fait que l'interprétation ne s'intéresse pas nécessairement à la vérité historique ; elle donne plutôt un sens à ce qui est présent en offrant une « construction » porteuse de sens, même si c'est un sens nouveau et fictif (Viderman, 1970, 1977 ; Ricoeur, 1969 ; Wallace, 1989).

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Rien de plus pernicieux que les tests projectifs et leur interprétation quand on cherche quelque chose. La projection de l'expert trouvera son compte à coup sûr dans le matériel recueilli. L'effet Rosenthal atteint ici son apogée.

Le matériel psychothérapique

Certains prétendent que le matériel de psychothérapie avec le jeune enfant supposément abusée sexuellement constitue la preuve ultime et irréfutable de la réalité de l'abus (e.g. Sherkow, 1990). Le thérapeute qui, séance après séance, recueille les verbalisations de l'enfant et observe les émois transférentiels et autres, est souvent perçu comme celui qui « sait ». De ce fait, grande est sa crédibilité devant les tribunaux. Et pourtant, là encore, la plus grande prudence est de mise. Tout comme dans le cas d'un matériel projectif, les contenus psychothérapiques n'apportent aucune certitude au psychologue quant à ce qui s'est réellement passé. La reconstruction à partir d'une psychothérapie ne peut qu'être et demeurer construction et la réalité historique restera toujours une hypothèse parmi d'autres (pour une revue de la littérature sur cette question, cf : Van Gijseghem, 1990).

Le MMPI

Le Minnesota Multiphasic Personality Inventory est très largement utilisé dans l'évaluation du présumé abuseur. D'emblée, il faut spécifier que ce test n'a pas les mêmes visées que les tests projectifs. Ces derniers suggèrent les contenus psychiques et fantasmatiques ainsi que les sens que ceux-ci peuvent avoir chez un individu. Les contenus manifestes y sont donc traités comme des signifiants qui réfèrent à des signifiés hypothétiques. Ces derniers seront proposés par l'interprétateur grâce à de la pure induction. Il n'en est pas de même dans le cas d'un questionnaire tel que le MMPI. Ce test (et son interprétation) ne se préoccupe point du sens des phénomènes psychiques, mais permet d'obtenir un profil psychologique dont la validité est (plus ou moins) garantie par la seule procédure corrélative. C'est sans doute la raison pour laquelle le clinicien d'allégeance psychodynamique boude habituellement un tel test : on n'y sent plus l'individu dans toute sa singularité. Et pourtant, même si nous faisons partie de cette catégorie de cliniciens, notre expérience de ce test nous permet de croire qu'il contient des indicateurs intéressants en regard de l'abus sexuel. Si le MMPI ne procure aucune certitude à l'expert, il permet néanmoins souvent de changer une hypothèse de « possibilité » en un jugement de « probabilité ». Notre expérience du MMPI auprès de vrais et de faux abuseurs va tout à fait dans le sens des résultats de la recherche empirique. Ce n'est pas notre but ici de reprendre ces résultats (devenus abondants depuis quelques années). Rappelons seulement que là où un Rorschach ne suggère parfois aucune anomalie de fonctionnement, certains profils « typiques » du MMPI peuvent révéler un certain type d'abuseurs sexuels. Les études démontrent qu'un bon nombre d'abuseurs affichent une moyenne élevée à l'échelle 4 (Psychopathie) avec une ou deux autres moyennes élevées dans les échelles 2 (Dépression), 8 (Schizophrénie) et 9 (Manie), selon le type d'abuseur. Nous référons le lecteur intéressé aux travaux de Anderson & Kunce, 1979 ; Armentrout & Hauer, 1978 ; Erickson, Luxenberg, Walbek & Seely, 1987 ; Hall, Maiuro, Vitaliano & Procter, 1986 ; Kirkland & Bauer, 1982 ; Langevin, Paitich, Freeman, Mann & Handy. 1978 ; McCleary, 1975 ; Panton, 1978, 1979 ; Rader, 1977 ; Scott & Stone, 1986 ; Swenson & Grimes, 1958 ; Toobert, Bartelme & Jones, 1959.

Wakefield & Underwager (1988) ont trouvé, dans un protocole original de recherche, une grande élévation à l'échelle 6 (Paranoïa) chez des individus accusés d'abus sexuel. Ils soulignent que cette élévation est souvent identifiée par les experts comme un « signe » de la véracité de l'abus. Toutefois, d'après eux, cette élévation serait attribuée à l'émoi occasionné par l'accusation (fausse) elle-même. Ce résultat nous frappe puisque nous avons observé exactement la même [87] chose chez plusieurs hommes faussement accusés : les items évoquant la persécution (vraie !) font monter l'échelle paranoïa jusque dans les 80, ce qui risque d'être faussement interprété comme étant un signe d'une personnalité « suspecte » quant à la possibilité d'un abus.

Nous restons également assez impressionné par la déjà ancienne échelle de pédophilie de Toobert et al. (1958). Il s'agit d'une série de 24 énoncés apparemment anodins, n'ayant à peu près rien à faire avec la sexualité et qui distingue de façon assez étonnante un certain type d'abuseur (le pédophile) du non abuseur.

Il n'est certes pas évident qu'un profil conflictuel au MMPI puisse faire conclure à un abus sexuel. Malgré tout, nous avons vu un nombre de réels abuseurs qui donnaient une impression clinique « au-delà de tout soupçon » aussi bien dans l'entrevue que dans les tests projectifs, et qui trahissaient leur penchant à travers ce test pourtant si impersonnel et apparemment peu clinique.

Les mesures physiologiques

Nous n'avons pas d'expérience directe ni avec le polygraphe (détecteur de mensonge) ni avec le pléthysmographe (le « peter meter », comme disent nos collègues anglo-saxons). Ces deux mesures sont utilisées dans le diagnostic du présumé abuseur et sont encore souvent entourées d'une aura d'infaillibilité. Or, la réalité est autre. En ce qui a trait au polygraphe, l'American Psychological Association disqualifie totalement sa validité et le déclare sujet à de multiples interprétations (Saxe, 1984, in Wakefield & Underwager, 1988). Selon les mêmes auteurs, le portrait n'est pas beaucoup plus rose concernant le pléthysmographe. Si cette mesure peut être apte à identifier quelques abuseurs, elle produit aussi un nombre impressionnant de faux. Wakefield & Underwager concluent qu'aussi bien le polygraphe que le pléthysmographe sont problématiques, car étant des procédures non fidèles et non valides, elles produisent un nombre important de faux positifs et de faux négatifs. Leur utilisation sans discernement pose en outre des problèmes éthiques et il semble que trop souvent, le pléthysmographe est présenté à la Cour comme une mesure sûre et infaillible.

L'analyse de contenu de la déclaration
(« Statement Validity Analysis »)


L'abus sexuel étant habituellement une affaire « privée » entre l'abuseur et l'enfant, il arrive souvent que l'allégation n'ait d'autres éléments de preuve que la déclaration de l'enfant elle-même. Par conséquent, le signalement est souvent retenu sur la seule base de la déclaration de l'enfant, mettant en relief le problème de la validité de cette déclaration. En effet, comment savoir si l'enfant raconte la vérité ou non? Pendant longtemps, le flair clinique de l'examinateur servait à déterminer si on avait affaire à la vérité, à une fabrication ou encore au produit involontaire de la suggestion (par les pairs et/ou les adultes).

Plusieurs tentatives ont été entreprises pour améliorer l'évaluation de la déclaration de l'enfant. L'une des tentatives les plus prometteuses consiste en une grille d'analyse systématique du contenu de la déclaration : Statement Validity Analysis (SVA). Malheureusement, ce nouvel outil n'a pas (encore) ses entrées au Tribunal car, en établissant la crédibilité du témoin qu'est l'enfant, il usurpe le rôle du juge. Soulignons cependant qu'en Europe, cet outil d'évaluation fait partie du témoignage de l'expert depuis déjà longtemps.

Le SVA est une procédure systématique semi standardisée développée par une équipe de chercheurs et praticiens (Steller, 1989 ; Undeutsch, 1967 ; Yuille, 1988). L'hypothèse de base de cette méthode veut que le contenu d'une déclaration soit qualitativement différent selon que la déclaration soit basée sur des faits réels ou non. Elle comporte deux étapes distinctes : lors de la première étape, l'enfant est interviewée selon un schème particulier (step-wise interview, Yuille, 1990) ; par la suite, le contenu de l'entrevue est analysé systématiquement au moyen d'une grille contenant 19 critères. La [88] présence dans la déclaration de ces critères est un indicateur de sa validité. Bien que les études de validité de l'outil n'aient pas encore permis de déterminer quantitativement le nombre de critères nécessaires à l'établissement de la véracité, il semble que plus la déclaration contient de critères, plus elle est valide. Le seuil de décision est cependant encore arbitraire.

Cependant, soulignons qu'une déclaration contenant peu de critères n'est pas nécessairement fausse. Cette grille est donc particulièrement intéressante quant à la réduction des faux positifs, c'est-à-dire les cas où il n'y a pas d'abus mais où l'investigateur juge qu'il y en a, puisqu'une déclaration non fondée contient peu des critères de la grille. Elle n'évite toutefois pas les faux négatifs, puisqu'un score bas ne signifie pas nécessairement absence d'abus.

Nous utilisons cette grille avec satisfaction depuis quelques années, aussi bien dans un contexte clinique qu'expérimental. En attendant que ce genre d'expertise soit admissible en Cour, il faut toutefois en limiter son usage à nos propres objectifs de validation d'une déclaration.

CONCLUSION

Heureusement, le psychologue-expert n'a ni le mandat du travailleur social - celui de croire - ni celui du juge - celui de décider. En fait, son rôle est beaucoup plus enviable : if doit recueillir les faits de façon aussi objective que possible, les analyser à la lumière du savoir limité de la science et, dès lors, il doit « éduquer » la Cour. Dans ce sens, il peut se permettre de rester en deçà du « croire » ou du « non-croire ».

Comme nous l'avons amplement souligné dans cet article, les invraisemblables contradictions entre experts au Tribunal sont souvent dues au désir de « croire », désir pourtant prohibé dans leur cas. Devant une allégation d'abus sexuel, l'expert se doit d'examiner toutes les hypothèses. Dans l'exercice de cet examen, il doit porter une attention particulière aux motifs possibles d'une fausse allégation. Il ne peut rester insensible au « processus » du dévoilement dans son ensemble. La recherche et l'expérience démontrent que le contexte du divorce et des requêtes pour la garde de l'enfant ou les droits de visite est un terrain fertile pour les fausses allégations. Rappelons qu'on ne parle pas ici d'allégations mensongères. On parle plutôt d'un contexte où les inquiétudes se transforment facilement en certitudes. Par conséquent, tant la mère accusatrice, l'enfant présumé abusé que le père faussement accusé sont victimes de ce contexte difficile.

ABSTRACT

When called as expert-witnesses, psychologists are frequently asked to validate allegations of sexual abuse. Extreme vigilance is required in this task, however, as a large number of false allegations have occured recently in disputes surrounding divorce, child custody and visitation rights. This article points out the pitfalls experts are likely to encounter in this kind of work. The author proposes several guidelines that may help experts maintain an objective attitude.

KEY WORDS : child sexual abuse, accusations, children and the justice System, psycho-social expertise

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[1] Tout au long de cet article, nous référons surtout à la fillette bien que nos observations concernent tout autant les allégations où est impliqué l'enfant mâle.

[2] Pour rendre plus facile la communication entre professionnels l'endroit d'une lésion, le sphincter est subdivisé en « heures », tout comme une horloge.



Retour au texte de l'auteur: Jean-Marc Fontan, sociologue, UQAM Dernière mise à jour de cette page le vendredi 20 février 2015 8:30
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur associé, Université du Québec à Chicoutimi.
 
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