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Collection « Les sciences sociales contemporaines »

Une édition électronique réalisée à partir du texte d'Hubert Van Gijseghem, “Facteurs interférants avec la qualité du témoignage de l'enfant au tribunal dans des causes d'abus sexuel.” in Revue canadienne de psycho-éducation, vol. 19, no 1, 1990, pp. 11-22. [Le 30 janvier 2014, l'auteur, Hubert Van Gijseghem, nous accordait son autorisation formelle de diffuser, dans Les Classiques des sciences sociales, en accès ouvert et gratuit à tous, toutes ses publications.]

[11]

Hubert Van Gijseghem, Ph.D. *

psychologue, professeur émérite, Université de Montréal

Facteurs interférant
avec la qualité du témoignage
de l'enfant au tribunal dans
des causes d'abus sexuel
.”

In Revue canadienne de psycho-éducation, Vol. 19, n° 1, 1990, 11-22.

Résumé
PROBLÉMATIQUE
FACTEURS D'ORDRE AFFECTIF

L'enfant a la certitude de ne pas être cru
La fonction d'accusation dans une relation d'inégalité de statut
La difficulté de porter et de réitérer des accusations contre un adulte significatif et souvent aimé
Le besoin d'oublier ou de censurer le contenu factuel de l'événement
La censure est d'autant plus forte que l'événement a eu lieu sur la scène du corps

FACTEURS D'ORDRE COGNITJF

Le souvenir diminue progressivement avec le temps
La suggestibilité
Les particularités de la mémoire de l'enfant quant à la chronologie et au cadre temporel
La mémoire épisodique (factuelle) diminue au profit d'une « mémoire de scénario »

CONCLUSION
Abstract
Références


RÉSUMÉ

L'enfant n'a pas de statut particulier dans le système judiciaire de sorte que son témoignage sera apprécié comme celui de l'adulte. Surtout dans les cas d'abus sexuel, le rappel de l'enfant, et donc son témoignage, seront affectés par divers facteurs affectifs et cognitifs dont H importera de tenir compte. À défaut d'une compréhension de ces facteurs, la majorité des témoignages d'enfants victimes d'abus sexuels, seront disqualifiés étant perçus comme invalides ou « incrédibles ».

MOTS CLÉS : abus sexuel, témoignage de l'enfant, système judiciaire


PROBLÉMATIQUE

Depuis quelques années, la population s'est grandement sensibilisée à la question de l'abus sexuel de l'enfant. De ce fait, un nombre sans cesse croissant de cas d'abus ont été rapportés, ce qui eut pour effet d'augmenter les poursuites contre les présumés abuseurs et, par conséquent, les témoignages d'enfants, victimes ou témoins d'abus. Mais l'enfant, n'ayant pas de statut particulier dans le système judicaire, doit inévitablement suivre le même processus que le témoin adulte et passer par toutes les étapes de ce processus et cela malgré certains aménagements récents (par exemple : Loi C-15). Cette situation, de l'avis de nombre d'experts, porte un énorme préjudice à l'enfant tant sur le plan émotif que sur le plan de sa crédibilité comme témoin, puisque justement, aussi bien dans la façon d'interroger l'enfant, que dans la façon d'apprécier son témoignage, on ne tient pas suffisamment compte de la « réalité enfant ». (Bauer, 1983 ; Berliner, 1985 ; Berliner & Barbieri, 1984 ; Cousins & Romanczyk, 1989 ; Goodman, 1984 ; Goodman & Reed, 1986 ; King & Yuille, 1986 ; Leippe, Brigham, Cousins & Romanczyk, 1989 ; Mann, 1985 ; Nurcombe, 1986 ; Pynoos & Eth, 1984 ; Weiss & Berg, 1982 ; Wells, Turtle & Lewis, 1989 ; Yuille, King & Mac Dougall, 1988).

Le processus judiciaire, tel qu'il existe aujourd'hui, provoque chez l'enfant un stress et une confusion tels que la qualité de son témoignage risque d'en être fortement affectée. Effectivement, un enfant apeuré ou confus devient enclin à la suggestibilité, il tentera de plaire à l'adulte en disant ce que celui-ci semble vouloir entendre ou encore il aura tendance à se rétracter (Mann, 1985 ; King & Yuille, 1987).

[12]

Par ailleurs, il est souligné par les auteurs que les techniques habituellement utilisées dans le processus judiciaire avec des adultes sont totalement inappropriées pour l’enfant-témoin (Berliner, 1985 ; Bulkley, 1988, 1989 ; Mann, 1985 ; Pynoos & Eth, 1984 ; Weiss & Berg, 1982 ; Yuille, 1989). À défaut de pouvoir adapter la forme et les modalités de l'interrogatoire, il reste des règles à observer quant à la « lecture » du témoignage de l'enfant et quant aux critères de validation. En fait, les critères qui valident le témoignage de l'adulte ne sont pas les mêmes que ceux qui valident celui de l'enfant (Cole & Loftus, 1987). Les principaux critères validant un témoignage d'adulte sont : la clarté, la précision, la cohérence et la consistance. Par ailleurs, de plus en plus d'experts croient même que, paradoxalement, l’absence de ces critères dans les témoignages de l'enfant, est davantage un élément validant qu'invalidant ! (de Young, 1986 ; Green, 1986 ; Yuille, 1988).

Il est bien connu que, entre le moment de la découverte de l'incident dont l'enfant fut témoin ou victime et son témoignage à la Cour, il s'écoule un laps de temps pouvant s'échelonner sur des années dans certains cas. Pendant ce laps de temps, beaucoup d'événements sont susceptibles d'affecter la capacité de l'enfant à donner un récit juste et cohérent.

Ainsi, les multiples interrogatoires intermédiaires qui, la plupart du temps utilisent des questions suggestives ou tendancieuses auront créé une « information post-événement » qui viendra contaminer le récit ultérieur de l’enfant. Ce récit finira donc par être contradictoire et éventuellement incohérent, même s’il est fondé sur un événement réel. Pendant ce laps de temps, et au fil des interrogatoires, une foule d'autres facteurs d'ordre affectif et d’ordre cognitif viendront interférer avec le rappel de l'enfant et donc avec sa capacité de livrer un récit juste.

Si on ignore ces facteurs, on est en eau trouble quant à une lecture juste du témoignage de l'enfant. L'objet de cet article est de faire ressortir ces différents facteurs affectifs et cognitifs, de les documenter à partir de l'expérience clinique et de la recherche empirique et cela en vue d'une meilleure compréhension de ce qui est en jeu quand l'enfant est appelé à témoigner devant une Cour.

FACTEURS D'ORDRE AFFECTIF

L'enfant a la certitude de ne pas être cru

Les études montrent que l'enfant ne ment que rarement concernant l’abus sexuel, du moins dans les cas où le dévoilement est spontané. Le taux de fausses allégations se situe, selon les études entre un et trois pour cent (Faller, 1988 ; Jones, 1985 ; Mann, 1985). Berliner & Barbieri (1984) notent même que selon leur expérience clinique, nombre d'enfants, avouant avoir été abusés, tentent de minimiser l'intensité et la fréquence de l'abus. L'exagération serait en fait à peu près inexistante. Selon ces auteurs, il y aurait davantage de fausses négations que de fausses allégations.

En vue de tester la validité des allégations, Groth (1980) soumet 146 enfants se disant victimes d'abus sexuel au détecteur de mensonge. Un seul enfant sur les 147 fut évalué comme ayant menti. Dans l'étude probablement la plus exhaustive, Jones et Mc Graw (1987) notent que sur 576 cas d'abus sexuel rapportés, 6% de ces cas étaient considérés par les autorités comme fictifs. Mais, parmi ces 6% d'allégations fictives, 5% émaneraient de l’adulte, ce qui laisse un taux de fabrication enfantine de seulement un pour cent.

La question de savoir si l’enfant ment ou non est une fausse question, puisqu'il semble vrai que l'enfant mente rarement, ce qui ne veut pas dire pour autant qu'il n’y ait pas de fausses allégations. Toutefois, celles-ci se situent presque exclusivement dans le cadre des requêtes de garde d'enfants ou de droits de visite. Dans ce seul contexte, les fausses allégations peuvent actuellement atteindre [13] des pourcentages étonnants. Toutefois, il s'agit dans la presque totalité des cas, non pas d'un mensonge de l'enfant, mais d'un processus progressif de contamination de son récit à partir des interrogatoires suggestifs d'une mère de bonne foi mais aux prises avec une sollicitude anxieuse (Bresee et al, 1986 ; Emans, 1988 ; Everson et Boat, 1989 ; Green, 1986 ; MacFarlane, 1986 ; Underwager, 1988 ; Van Gijseghem, 1990 ; Wong, 1988 ; Wakefield & Underwager, 1988). On aura compris que dans ces cas, l'enfant, souvent d'âge préscolaire, est la victime involontaire d'une sorte de lavage de cerveau, involontaire celui-là aussi.

Quoiqu'il en soit, il n'y a pas d'indications empiriques selon lesquelles en dehors de la situation de divorce et de garde d'enfant, l'enfant mente ou fabrique une allégation, ou soit victime de plus ou moins intentionnelles pressions extérieures. Pourtant, selon Berliner (1985), les enfants victimes d'abus rencontrent les mêmes préjugés que les adultes victimes de viols. Ces préjugés indiquent injustement que les victimes de viols mentent ou suscitent leur propre « victimisation ». Peut-être est-ce à cause de ce préjugé tenace que nombre de représentants de la loi tentent de prendre l'enfant en défaut. Ceux-là croient qu'il suffit, lors d'interrogatoires répétés, que l'enfant se contredise pour que la cause s'effondre, démontrant ainsi la fausse allégation.

L'enfant pourrait sans doute « survivre » à un seul interrogatoire de ce genre. Toutefois, toute nouvelle invitation à « raconter » et tout nouvel interrogatoire sont interprétés par lui comme une confirmation qu'on ne l'a pas cru la première fois. Bien plus, il en arrive à être convaincu que les adultes (ceux qui abusent et ceux qui interrogent) se « tiennent » entre eux, sont solidaires et veulent à tout prix prouver qu'il mente. Dans beaucoup de cas, il finira par ne plus parler ou par se rétracter (Mills, 1987 ; Nurcombe. 1986).

La fonction d'accusation
dans une relation d'inégalité de statut


Dès le départ, la fonction d'accusation est une fonction difficile, car l'accusateur en plus d'être victime est aussi celui qui doit se mettre au blanc et révéler le préjudice qu'il a subi. C'est pour cette raison que, depuis longtemps déjà, on a délesté l'individu du rôle d'accusateur en Cour en donnant ce rôle à un système impersonnel : l'État, la Couronne.

Mais, dans le cas de l'enfant abusé, ce principe est quelque peu ébranlé car l'enfant est virtuellement mis dans un rôle d'accusateur vis-à-vis l'adulte puisque c'est sa seule parole qui constitue la preuve, celle-ci n'étant que très rarement corroborée par d'autres éléments de preuve.

Dans ce contexte, on ne doit pas oublier que les deux parties en cause ont un passé relationnel où régnait l'autorité et la confiance mais où existait possiblement aussi l'abus. Or, le phénomène d'abus, dans son essence, fait directement référence à l'inégalité générationnelle (adulte - enfant) dans ce sens que, c'est grâce à son statut d'adulte que l'accusé a pu avoir accès à l'enfant de façon abusive. Si abus il y a eu, cet adulte, dans la plupart des cas, a acheté le silence de l'enfant, par la menace, la peur, le leurre ou, d'une façon ou d'une autre, a eu sur lui un ascendant assez puissant pour imposer le secret. Ce lien qui a créé l'abus, c'est-à-dire le rapport de force existant entre l'adulte et l'enfant, au moment du passage en Cour existe toujours et est opérant puisque l'adulte est toujours adulte et l'enfant toujours enfant Une étude expérimentale de Dent (1977) illustre bien l'impact que ce rapport de force pourrait avoir sur le témoignage de l'enfant en Cour lorsque l'accusé est présent Dans cette étude, les enfants âgés de dix ans ayant à identifier un mécréant inconnu, le font avec une facilité immensément plus grande dans la condition d'identification photographique que dans la « parade » in vivo. Dent note même que certains enfants placés dans cette condition ont refusé de participer à [14] cette étape de l'expérimentation de crainte de représailles de la part de l'individu. Dans un cas d'abus où le « mécréant » est un être aimé, cette tâche sera d'autant plus difficile.

La difficulté de porter et de réitérer des accusations
contre un adulte significatif et souvent aimé


Si déjà dès le départ la fonction d'accusation est mise en péril par le déséquilibre dû au rapport de force entre l'enfant et l'adulte, il appert que la nature même de l'abus sexuel rende encore plus difficile la soutenance des accusations par l'enfant.

Contrairement à l'adulte victime d'agression sexuelle, l'enfant la plupart du temps, n'a pas été « agressé » dans le vrai sens du terme. Il a plutôt été amené doucement dans un abus continu et répété par un adulte en qui il avait pleine confiance et qui avait autorité sur lui. Par conséquent, il est d'autant plus difficile pour ce jeune, contrairement à la victime adulte, d'accuser son agresseur, quand celui-ci, en Cour, se trouve devant lui. Il lui manque tout simplement la rage de la victime adulte violée ou abusée (Berliner, 1985).

Ceci est d'autant plus vrai que l'enfant est dans une situation où - à répétition - il accuse un être qu'il a aimé et que – probablement - il aime encore. En effet, malgré l'abus, l'enfant, souvent carencé au départ, s'est attaché à l'être qui lui offrait le leurre d'une « relation ». Cet enfant continuera d'aimer cette personne tout en étant fortement traumatisé par le prix qu'il a eu à payer pour obtenir l'attention de cet adulte.

Accuser l'adulte une fois peut encore être acceptable pour l'enfant d'autant plus que, souvent, le dévoilement provient d'une tierce personne. Mais réitérer ad nauseam ces mêmes accusations ne peut que laisser cet enfant avec une ambivalence et une déchirure grandissantes.

Dans la même veine, le fait est que l'enfant a naturellement la tendance à la loyauté envers l’adulte (Karpel, 1980). À partir de sa position de dépendance, inhérente au lien adulte/enfant, l'enfant se doit de préserver l'adulte. Cela est encore plus probant quand c'est lui qui se trouve dans une position où il peut nuire à cet adulte. Terr (1986) rapporte nombre de cas d'abus pourtant prouvés, où, en Cour, l'enfant rétracte ses allégations antérieures, apparemment parce qu'il ne peut plus continuer à briser la loi de la loyauté.

Le besoin d'oublier ou de censurer
le contenu factuel de l'événement


L'enfant abusé a vécu une expérience troublante. Un adulte s'est posé devant lui comme un être qui l'a utilisé à des fins que l'enfant a reconnues comme n'ayant rien à voir avec des relations « adulte-enfant » normales. De ce fait, l'adulte a détruit la pourtant nécessaire distance entre les générations. Bien que l'adulte était le seul instigateur de cet incident, il a laissé à l'enfant, par la manipulation et le leurre, l'impression d'être partie prenante de l'histoire. L'abus sexuel (à l'intérieur d'une relation de présumée confiance) est donc pour l'enfant traumatisant à double titre : d'abord, l'adulte a détruit la distance vivifiante entre les générations, condition à toute maturation (Van Gijseghem, 1985). Ensuite, ce même adulte lui a donné une bonne part de la responsabilité provoquant des sentiments de honte, de doute et de culpabilité.

L'aspect traumatisant de l'abus fait que l'enfant, pour préserver son propre équilibre, tentera graduellement de l'oublier, de le renier, de le refouler, de le censurer. Selon Pynoos & Eth (1984), les études de follow-up démontrent que, au fur et à mesure que le temps passe, les enfants sont de moins en moins capables (ou intéressés) de réexplorer l'événement Selon ces auteurs, les enfants semblent refouler ces souvenirs et limiter les stimuli qui peuvent les réactiver.

Le déni de la culpabilité constitue en lui-même une source puissante de la banalisation progressive de l'événement L'enfant selon Nurcombe (1986), garde souvent une incertitude quant à sa propre responsabilité dans l'expérience abusive. Il est alors évident que, au gré des vicissitudes de sa culpabilité, [15] son récit changera de nature. Il est d'ailleurs probable que, dans la mesure où tout enfant veut graduellement se défaire de cette culpabilit, son souvenir des « faits » sera d'autant graduellement dilué, dédramatisé, banalisé.

Ces situations sont fréquemment observées dans les Cours. L'enfant devient « fatigué » de répéter et de raconter, son récit devient de plus en plus lapidaire et pauvre en détails et, à la consternation des uns et au soulagement des autres, l'enfant passera à la rétractation ou à la négation totale de ses allégations antérieures (Berliner & Barbieri, 1984 ; Bulkley, 1985 ; Gentry, 1978 ; Goodman, 1984).

La censure est d'autant plus forte
que l'événement a eu lieu sur la scène du corps


La majorité des auteurs soulignent l'aspect morcelant pour l'enfant des témoignages successifs et les interrogatoires répétés (Bauer, 1983 ; Burgess & Holmstrom, 1975 ; Claman, 1986 ; Dent & Stephenson, 1979 ; Goodman, 1984 ; Katz & Mazur, 1979 ; Parker, 1982). Pour expliquer ceci, ils notent que l'enfant n'est pas simplement témoin, il est aussi et avant tout victime. Non pas victime d'un simple vol mais victime d'un événement hautement chargé qui a eu pour scène son propre corps. Déjà, ce même enfant aurait peut-être plus de facilité à raconter une réalité extérieure, par exemple, qu'il a vu l'accusé commettre un vol. Les études en laboratoire (Lindsay & Johnson, 1987, à l'instar de Johnson & Raye, 1981) démontrent d'ailleurs que les souvenirs reliés à des expériences « internes » livrent beaucoup moins de détails contextuels (le « où » et le « quand » de l'événement) que les souvenirs générés par des événements extérieurs, c'est-à-dire, des événements auxquels l'enfant ne « participe » pas. Dans le cas d'abus sexuel, il s'agit évidemment d'un événement se jouant sur la scène interne et qui évoque chez tous la pudeur minimale : « redire, c'est refaire ».

Dans le but d'épargner à l'enfant la répétition de choses qui sont parmi les plus difficiles à énoncer, c'est-à-dire, celles qui ont trait à l'événement sexuel souvent scabreux, plusieurs États américains acceptent actuellement la pratique du res gestae, c'est-à-dire un adulte, la plupart du temps un professionnel, parle « à la place de l'enfant ». (Nurcombe, 1986 ; Terr, 1986).

Nous trouvons probablement ici l'explication aussi du fait que l'enfant dans une situation d'abus, a plus de facilité à relater ce qu'il a vu faire ou à décrire des gestes dont ont été victimes d'autres enfants qu'à relater ce qu'il a subi ou vécu lui-même.

Dans une optique plus phénoménologique plusieurs experts ont observé que l'enfant abusé sexuellement vit un stress particulier. Certains parlent d'un syndrome spécifique à l'abus sexuel (Child sexual abuse syndrome) (Gothar, 1987, Green, 1980). D'autres retiennent davantage l'existence d'un état de stress post-traumatique (Post-traumatic stress disorder) (Goodman, 1984). Les symptômes de cet état sont multiples et quelques-uns d'entre eux ont pour effet de réduire l'accès à la pénible réalité.

Ces symptômes peuvent se regrouper en de véritables stratégies de survie. Pynoos & Eth (1984) en décrivent trois : 1) « le déni dans la fantaisie » permet à l'enfant de mitiger l'impact de la réalité en en renversant l'issu dans son imaginaire, 2) « l'inhibition de la pensée spontanée » empêche l'enfant de trop se souvenir de l'événement et 3) « l'anticipation de malheurs futurs » supplante les souvenirs de l'événement traumatique passé mais réduit aussi ses activités quotidiennes tout en diminuant ses capacités mnésiques.

Outre le fait de contaminer toute la vie affective de l'enfant, ces symptômes risquent de perturber sa participation tout au long du processus judiciaire. En effet, l'apparition de ces symptômes ne se limite pas exclusivement à la période immédiate suivant le dévoilement On a observé qu'ils sont susceptibles de réapparaître à n'importe quel moment et surtout lors des témoignages (Pynoos & Eth, [16] 1984). Ceci s’explique par le fait que les témoignages apparaissent en quelque sorte pour l’enfant comme des répétitions de l’abus, générant encore une fois des tensions extrêmes qui remettent en branle les mécanisme de défense décrits plus haut.

Les auteurs n'hésitent d'ailleurs pas à parler du passage de l'enfant dans le long processus judiciaire comme d'une « victimisation secondaire » (Beriiner, Blick & Bulkley, 1985 ; Bulkley, 1982 ; Sas, 1987 ; Terr. 1986 ; Weiss & Berg, 1982). Cela prend d'autant plus son sens quand on pense à l'ostracisme social qui frappera l'enfant accusateur. Une fois que le dévoilement est fait, nombre de personnes (outre l'abuseur) rappellent à l'enfant les conséquences potentielles énormes de ses déclarations. L'enfant ne peut pas autrement que - une fois de plus - se sentir responsable de ces conséquences. En fait, il semble que les conséquences du dévoilement sont pour certains enfants pires encore que la possibilité d'être à nouveau abusé. De là, aussi, les fréquentes rétractations que font les enfants en cours du processus judiciaire (Bauer, 1983 ; Berliner & Barbieri, 1984 ; Berliner, Blick & Bulkley, 1985 ; Gentry, 1978 ; Nurcombe, 1986 Pynoos & Eth, 1984 ; Weiss & Berg, 1982).

FACTEURS D'ORDRE COGNITIF

L'altération du récit par l'enfant lors de témoignages subséquents est fort documentée dans la littérature et expliquée la plupart du temps par le processus normal de l'oubli progressif, la contamination du souvenir par l'information « post-événement », la suggestibilité et d'autres éléments appartenant au fonctionnement de la cognition et de la mémoire (Ceci, Toglia & Ross, 1987, 1989 ; Christiaansen, Sweeney & Ochalek,1983 ; Clifford, 1979 ; Cohen & Hamick, 1980 ; Dale, Loftus & Rathbun,1978 ; Dent & Stephenson, 1979 ; Duncan, Wîthney & Kunen, S., 1982 ; Goodman & Reed, 1986 ; King & Yuille, 1986 ; Lips-comb, Bregman & McAllister, 1985 ; List, 1986 ; Loftus & Davtes. 1984 ; Melton, 1981 ; Turving, 1983 ; Yarmey, 1979).

Le souvenir diminue progressivement avec le temps

Depuis le début du siècle déjà, les études sur la mémoire ont démontré que le rappel d'un événement diminue progressivement avec le temps (Brown, Deffenbacher & Sturgill, 1977 ; Buckhout, 1974, 1977 ; Clifford, 1979 ; Dent & Gray, 1975). Ce principe a aussi été observé dans le cas de la mémoire de l'enfant (Brown & Scott, 1971 ; Brown & Campione, 1972). Chance et Goldstein (1984) affirment que si on teste la mémoire de l'enfant d'âge préscolaire pour des stimuli hétérogènes, des pertes importantes apparaissent à partir d'une semaine, et cela malgré le fait que la mémoire immédiate est excellente. Dans le cas de l'abus sexuel, ces mêmes pertes ont été observées par Goodman (1984) et Mann (1985). Ce dernier mentionne que le délai entre les interrogatoires a pour effet de produire des défaillances sur le plan de la mémoire et de confondre les événements présents avec ceux du passé

La suggestibilité

Les chercheurs ayant observé le phénomène de la suggestibilité chez le jeune enfant ou, encore, de la distorsion des témoignages due à l'influence suggestive de l'adulte, sont légion et cela aussi bien dans ou en dehors du contexte de l'abus sexuel. Nous retenons surtout : Christiaansen et al., 1983 ; Cole & Loftus, 1987 ; Cohen & Harnick, 1980 ; Dale et al., 1978 ; Dent & Stephenson, 1979 ; Duncan et al, 1982 ; Goodman, 1984 ; Goodman & Reed, 1986 ; Goodman, Aman & Hirshman, 1987 ; King & Yuille, 1986 ; List, 1986 ; Lipscomb et al, 1985 ; List 1986 ; Loftus & Davies, 1984 ; Yuille & King, 1985 ; Zaragoza. 1987).

La suggestibilité de l'enfant est en effet beaucoup plus importante que celte de l'adulte. Ceci semble du moins être te cas jusqu'à l'âge de dix ou onze ans, tel que l'ont démontré les études sur le développement de la mémoire citées par Cole & Loftus (1987).

[17]

On a particulièrement étudié, ces dernières années, l'impact des questions suggestives posées lors d'interrogatoires suite à des situations réelles ou de laboratoire, où l'entant est témoin-oculaire. On s'est rendu compte que plus l'enfant est jeune plus cet impact est énorme. Dans une expérimentation de King & Yuille (1987) où étaient posées à des enfants de différents âges, des questions suggérant une fausse information, on a obtenu les résultats suivants : 69% d'enfants de première année sont victime de la suggestion, contre 54% d'enfants de quatrième année et 46% d'enfants de sixième année. Finalement les adolescents de dixième et onzième année succombent à la suggestion dans une proportion de 27%, ce qui semble correspondre au degré de suggestibilité de la population adulte générale. À une question particulière telle « à quel bras l'homme portait-il sa montre ? » (là où l'homme ne portait pas de montre), les pourcentages de réponses erronées seront pour les différents niveaux, respectivement : 88%, 62%, 86% et 36%. Ces données contiennent évidemment un message des plus importants pour tous ceux qui ont à interroger un enfant. On sait qu'un contre-interrogatoire fera d'office usage de questions suggestives et tendancieuses avec les résultats qu'on peut en attendre. Cette connaissance ne manque pas d'être utilisée à bon escient par les avocats de la défense (Myers, 1987).

Soulignons que le processus d'investigation amène souvent dans l'esprit de l'enfant une grande quantité d'informations « post-événement » de par le matériel suggestif utilisé : questions, images, poupées sexuées, mise en doute de ses perceptions, scénarios alternatifs. Tout ce matériel « étranger » au vrai rappel de l'enfant, ne fait pas que contaminer son récit par la suggestion, mais tient aussi souvent lieu de « désinformation » comme les études sur l'enfant témoin-oculaire l'ont amplement démontré (Bekerian & Bowers, 1983 ; Bjork, 1978 ; Loftus, 1979 ; Loftus & Loftus. 1980).

Les études empiriques démontrent que la suggestibilité de l'enfant est plus grande par rapport aux détails contextuels ou périphériques (par ex. : caractéristiques de l'endroit ou de l'époque où l'action a eu lieu) que par rapport aux détails ayant trait à l'action même (Goodman et al., 1987). Soulignons que c'est encore une fois sur ces détails contextuels et périphériques que l'enfant sera, la plupart du temps, contre-interrogé(e) au tribunal !

La suggestibilité de l'enfant est sans doute tributaire du désir de l'enfant de se conformer aux attentes de l'adulte (Zaragoza, 1987). Ce désir est toujours présent chez l'enfant, mais il l'est d'autant plus quand l'enfant se sent isolé par le dévoilement (il s'est « coupé » de l'adulte). Afin de consolider son équilibre précaire et d'endiguer sa solitude existentielle, il fera en sorte d'être aimé et accepté « malgré tout » par l'adulte. La notion de l'adulte ici est large - elle contient aussi bien l'abuseur (qui garde - ne l'oublions pas - toute son influence), le parent, les représentants des appareils sociaux et judiciaires, ainsi que l'adulte abstrait qu'est, dans l'esprit de l'enfant, la « société ».

Toute la question de la suggestibilité dans son ensemble doit être soumise à caution car de nombreuses variables entrent en jeu. Ainsi convient-il de prendre en considération le statut de l'interviewer, le type de question posée et le contexte dans lequel se déroule l'entrevue. Mais de façon générale on s'entend pour dire que l'enfant est plus fragile à la suggestion que l'adulte, tout simplement parce qu'il se retrouve plus souvent dans des situations qui lui sont non-familières et qu'il sera donc davantage dépendant de ce que l'adulte peut lui en « apprendre » (Yuille et al., 1988).

Les particularités de la mémoire de l'enfant
quant à la chronologie et au cadre tempore
l

L'enfant a une perception du temps différente de celle de l'adulte. Sa perception du temps n'est pas linéaire ou suivant un ordre chronologique juste, mais est plutôt organisée [18] autour de points de référence significatifs associés à l'événement (congé d'école, anniversaire, Noël, quand untel était là, etc..) (Wells & Murray, 1983).

Le temps passé est perçu comme indéfini, sans ordre séquentiel. En plus, il a été démontré qu'un trauma psychique interfère de façon significative avec la perception de la durée et de la séquence du temps (de Young, 1986 ; Terr, 1986)

La mémoire épisodique (factuelle) diminue
au profit d'une « mémoire de scénario »


Un élément appartenant au fonctionnement de la mémoire mérite d'être traité en particulier en ce qu'il a un impact direct sur le rappel d'événements ponctuels. Il s'agit d'un phénomène bien documenté par la psychologie expérimentale, soit la graduelle diminution, de la « mémoire-épisodique » (c'est-à-dire : le rappel de gestes et d'événements ponctuels reliés à un événement particulier) en faveur d'une « mémoire de scénario ».

Nombre d'auteurs (Fivush, 1984 ; King & Yuille, 1987 ; Nelson & Gruendel, 1981 ; Nelson, Fivush, Hudson & Lucariello, 1983 ; Tulving, 1983) ont décrit et étudié ce phénomène de telle sorte qu'il est devenu un concept établi en psychologie générale. Tulving (1983) se base sur des études empiriques pour souligner que la mémoire épisodique est relativement peu organisée et que, pour qu'un ensemble d'événements puisse être adéquatement enregistré, il doit être organisé dans un système « sémantique », c'est-à-dire, dans un scénario qui donne un « sens » davantage uniformisé aux différents événements ponctuels et morcelés.

Or, ce sens qui doit émerger de l'information perçue, semble prendre ses racines dans les connaissances qu'on a du monde d'où provient l'information. Il semble donc que les connaissances générales d'un individu ont une influence sur le rappel de l’information et qu'elles permettent la reconstruction des événements (Saywitz, 1987). Selon ce point de vue, les événements seraient inscrits dans une organisation spatio-temporelle qui se constituerait en structures cognitives hypothétiques. Ces structures cognitives prennent aussi nom de scénarios et ils sont en fait des séquences prédéterminées d'actions qui caractérisent des situations (Schank, 1975).

Les scénarios sont construits à partir d'événements répétés qui se ressemblent et qui se fusionnent dans la mémoire. Dans cette fusion toutefois, chaque événement perd un peu de sa spécificité, voire même de son identité. Il devient ainsi difficile à l'individu de se souvenir des détails spécifiques concernant chaque événement (Nelson & Ross, 1980).

Dans le cas, par exemple, d'abus sexuel répété, l'enfant lors des témoignages, perdra de plus en plus la séquence temporelle (et les faits associés) de la série d'abus. En fait, ce dont il se rappellera sera davantage un scénario dans lequel les événements particuliers se trouveront entremêlés et fusionnés. Quand cet enfant est interrogé sur des faits précis lors de tel ou tel événement, il emprunte au scénario général des éléments qui lui permettent de répondre à ces questions. Lors d'un interrogatoire subséquent, et interrogé de nouveau sur les mêmes faits, il empruntera à nouveau des éléments au scénario général. Or, comme les épisodes spécifiques sont dilués dans ce réservoir aux contenus multiformes qu'est le scénario, celui-ci lui renverra cette fois-ci peut-être des éléments totalement différents que la première fois. Cet état de choses ne peut laisser, chez l'interrogateur, qu'une impression d'inconsistance et de fabrication. (Fivush, 1984 ; King & Yuille, 1987 ; Nelson & Gruendel, 1981 ; Nelson et al., 1983 ; Warrington, 1986).

King & Yuille (1986) a l'instar de Berliner & Barbieri (1984) appliquent particulièrement aux cas d'abus sexuel le phénomène de la mémoire de scénario. Ils disent : « L'enfant se souviendra plus probablement du contexte des situations d'agression plutôt que des cas [19] particuliers. À la lumière de cette distinction, l'interviewer pourrait modifier la formule d'interrogation dans de tels cas et interroger l'enfant sur le cadre général d'agression plutôt que sur ce qui s'est passé à des dates précises ». (p. 5).

Nous ne pouvons sous-estimer l'importance du phénomène de la mémoire de scénario dans le cas d'abus sexuel répété. Comme King & Yuille le mentionnaient, l'interrogatoire classique, dans ces cas, ne peut qu'aboutir à des inconsistances telles que les allégations perdent totalement leur cohérence et que l'enfant perde sa crédibilité.

CONCLUSION

Une foule de facteurs interfèrent avec la clarté, la cohérence et la consistance du témoignage de l'enfant. Ces facteurs sont d'ordre affectif et d'ordre cognitif. Dans le cas de l'enfant abusé, ils ont un poids beaucoup plus grand que quand il s'agit d'un témoignage concernant un événement moins « chargé ». L'ignorance de ces facteurs et de leur influence fait que dans divers tribunaux un grand nombre de causes avortent, puisqu'on juge les témoignages de l'enfant comme « incrédibles ». Il est de notre avis que ces causes tombent, non pas « parce qu'il n'y a pas de cause », mais parce qu'on a pas réussi à recueillir correctement l'information pertinente de l'enfant et parce qu'on a pas su apprécier le contenu du témoignage à sa juste valeur.

Or, les experts qui entendent quotidiennement les témoignages d'enfants abusés ainsi que ceux qui étudient la crédibilité des témoignages d'enfants en situation expérimentale insistent sur le fait que l'on peut avoir confiance en la qualité de ces témoignages er autant :

- que l'on crée des conditions d'interrogatoire qui permettent à l'enfant de se souvenir et de rapporter adéquatement l'information, en utilisant des techniques d'interrogatoire conformes à son niveau de développement.

- que l'on connaisse les caractéristique affectives et cognitives de l'enfant, surtout de celui qui a pu être victime d'un abus sexuel et, à partir de cette connaissance, que l'on apprécie sa déclaration à sa juste valeur.



ABSTRACT

Child witnesses lack special status in the judicial system. As a consequence, their testimony is judged by the same criteria as these that are applied for adults. Especially in sexual abuse cases, the recall and, consequently, the testimony of the child victims will be affected by various emotive and cognitive factors which have to be taken into account. The failure to understand these factors will lead to the disqualification of many testimonies of abused children as these will be perceived as invalid or unbelievable.

KEY WORDS : child sexual abuse, child's testimony, children and the légal system.

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* Professeur, École de psycho-éducation. Université de Montréal.

Nous remercions Carl Aubut, notre assistant de recherche, pour l'aide qu'il a apporté dans la préparation de cet article.



Retour au texte de l'auteur: Jean-Marc Fontan, sociologue, UQAM Dernière mise à jour de cette page le vendredi 20 février 2015 9:04
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur associé, Université du Québec à Chicoutimi.
 
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