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Collection « Les sciences sociales contemporaines »

Une édition électronique réalisée à partir du texte d'Hubert Van Gijseghem, “L'évaluation du présumé agresseur sexuel d'enfants.” in ouvrage sous la direction de J. Aubut, Le rôle du témoin expert. Détermination de la culpabilité de l'agresseur sexuel, chapitre 4. Montréal-Toronto: Chenelière-McGraw Hill, 1996, 174 pp. [Le 30 janvier 2014, l'auteur, Hubert Van Gijseghem, nous accordait son autorisation formelle de diffuser, dans Les Classiques des sciences sociales, en accès ouvert et gratuit à tous, toutes ses publications.]

[53]

Hubert Van Gijseghem, Ph.D.

psychologue, professeur émérite, Université de Montréal

L'évaluation du présumé
agresseur sexuel d'enfants.

Le concept de la propension
et l'utilisation des tests psychologiques objectifs.”

In ouvrage sous la direction de Jocelyn Aubut, Le rôle du témoin expert. Détermination de la culpabilité chez l’agresseur sexuel, chapitre 4, pp. 53-89. Montréal, Qué.: Éditions de la Chenelière ; 1996, 174 pp.

LE CONCEPT DE LA PROPENSION

Expertise ou voyance ?
Monsieur X est-il un agresseur sexuel ?
Les facteurs de prédisposition

LES TESTS PSYCHOLOGIQUES OBJECTIFS

Les tests objectifs et leur interprétation
Ce que la recherche nous apprend sur le pouvoir discriminant du MMPI en matière d'agression sexuelle

Pour tracer le profil de l'agresseur sexuel
Pour différencier les genres d'agresseurs sexuels
Recherches comparatives auprès d'agresseurs et de non-agresseurs
Une échelle de pédophilie à partir du MMPI ?

Autres tests psychologiques objectifs utilisés pour identifier l'agresseur sexuel

Conclusion
Références


LE CONCEPT DE LA PROPENSION

Expertise ou voyance ?

On n'est pas en mesure en psychologie, pas plus qu'en histoire, de déterminer avec certitude ce qui s'est réellement passé ou ce qui se passera dans un avenir plus ou moins rapproché. De même, en ce qui a trait aux mesures psychologiques, qu'il s'agisse d'entrevue clinique, de tests projectifs ou objectifs, aucune ne peut assurer qu'un individu a posé tel geste ou qu'il le posera. Les mesures ne sont pas construites en fonction de telles questions et on échouerait à vouloir en élaborer d'autres dans le but d'y répondre.

Néanmoins, psychiatres, psychologues, criminologues et autres praticiens et tenants des sciences humaines se font exactement poser ce genre de questions : « Cet individu a-t-il vraiment fait ce qu'on lui imputer Cet individu fera-t-il ce qu'on craint ou ce qu'on désire qu'il fasse ? »

[54]

Même si certains arrêts de la Cour suprême du Canada tendent a décourager cette approche, du moins en matière d'agression sexuelle (par exemple l'arrêt Mohan, en mai 1994), l'appareil judiciaire continue d'inciter les experts à jouer aux « diseurs d'avenir » ou aux « lecteurs du passé ». Par exemple, dans le contexte d'une enquête sur une libération conditionnelle, on demande à l'expert d'évaluer la dangerosité d'un individu en fonction d'une consigne peu équivoque : « Passera-t-il à l'acte ? » Si l'on doute des capacités parentales d'une personne plus ou moins déchue, on remet à l'expert la responsabilité de trancher. Quand on sélectionne du personnel, on demandera si tel individu sera, par exemple, un bon meneur d'hommes ou un comptable honnête. Le bon sens nous apprend que le passé est sans doute le meilleur prédicteur de l'avenir. On peut donc examiner l'histoire criminelle d'un individu pour avoir une idée de sa conduite future. La façon dont une personne assumera ses responsabilités de parent ressemblera probablement à la façon dont elle les a assumées auparavant. Le président d'une compagnie qui est à la recherche d'un nouveau cadre supérieur dispose du curriculum vitae de chaque candidat. Pourtant, les décideurs semblent avoir besoin de renseignements additionnels, et l'on se tourne résolument vers les mesures psychologiques pour tâcher de circonscrire les « tendances » ou, en termes légaux, la « propension » d'un individu â agir de telle façon.

Au cours de ce chapitre, nous nous demanderons si les experts sont tenus par leurs mandataires pour des maîtres sorciers, si leur science est surestimée ou si les mandats qui leur échoient gardent toute leur pertinence. C'est surtout l'évaluation de l'agresseur sexuel d'enfants qui sera étudiée et ce, sous deux angles : d'une part, peut-on déterminer s'il est coupable ou prédisposé à récidiver ? D'autre part, quelle valeur peut-on accorder aux tests psychologiques objectifs pour répondre à ce genre de questions ?

Monsieur X est-il un agresseur sexuel ?

Il n'y a pas de profil type de l'agresseur sexuel ni de profil unique. La raison est fort simple : l'agression sexuelle n'est pas une entité nosologique, pas plus que ne le sont, par exemple, l'abus d'alcool ou le meurtre. Bien qu'on ait souvent tenté d'établir le profil type [55] de l'alcoolique ou du meurtrier, on ne saurait y parvenir parce que l'abus d'alcool, le meurtre, et il en va de même pour l'agression sexuelle, sont autant de symptômes ou plutôt d'agirs-symptômes déterminés par une configuration psychique beaucoup plus large. C'est l'économie psychique inhérente à la structure de base d'un individu qui, de façon passagère ou chronique, rendra cet agir-symptôme utile ou nécessaire pour lui. Dans le jeu universel des exutoires de la tension intrapsychique, l'agir peut devenir l'exutoire privilégié, relayant du moins pour un temps ceux de la somatisation ou de la fantasmatique. Bref, un passage à l'acte, quel qu'il soit, unique, occasionnel ou chronique, peut apparaître chez beaucoup de personnes dont l'organisation de la personnalité est fort différente. Toutefois, si l'on prend un échantillon représentatif de personnes qui sont aux prises avec telle ou telle organisation psychique, par exemple la personnalité antisociale, force est de constater que certains agirs-symptômes apparaîtront de façon beaucoup plus constante et selon une plus grande fréquence que dans le cas de personnes caractérisées par d'autres organisations psychiques. En d'autres termes, certains types de personnalité sont plus susceptibles que d'autres d'adopter tel agir-symptôme parmi leur arsenal de comportements « caractéristiques ».

Cela est si vrai que des typologies totalement athéoriques (par exemple les DSM III et/ou IV) proposent des listes (listings) de comportements caractéristiques de telle ou telle pathologie ou de tel ou tel désordre de la personnalité. Il semble donc possible, dans une certaine mesure, de prévoir des actes ou des attitudes selon le diagnostic qu'on pose sur un individu. Cela donne déjà un certain poids au concept de la « propension ».

Maintenant, prenons la porte d'entrée, non pas de l'entité nosologique comme telle, mais plutôt de l'agir-symptôme spécifique. Et dans le cadre plus précis de cette contribution, envisageons celui de l'agression sexuelle. Considérant cette fois-ci un échantillon le plus représentatif possible d'individus qui se sont manifestement rendus coupables d'agression sexuelle, on doit reconnaître que certaines organisations de la personnalité s'en dégagent plus clairement que d'autres. Voilà une autre variable qui prêche en faveur de la propension. Nous y reviendrons après avoir posé d'importantes [56] mises en garde à propos du caractère représentatif des échantillons.

D'abord, comment constituer un échantillon de « vrais agresseurs sexuels » ? En effet, la plupart des études recensées recourent à des groupes d'agresseurs dont la confirmation du crime reste aléatoire. Même une condamnation en Cour criminelle, qui repose sur l'établissement de la preuve hors de tout doute raisonnable, n'est pas un critère étanche ni, d'ailleurs, l'aveu de l'accusé, comme Gudjonsson (1992) l'a démontré de façon convaincante. On doit également considérer que nombre d'agresseurs échappent à l'appareil social et judiciaire, ce qui prive nos échantillons de spécimens soit plus intelligents, soit plus habiles à échapper à la défection. Les sujets recrutés pour constituer les échantillons proviennent surtout, en effet, des prisons ou des centres de traitement. Bref, le caractère représentatif des groupes étudiés pose sérieusement problème.

Une seconde mise en garde s'impose. Plusieurs recherches ne semblent pas montrer de différences significatives entre les caractéristiques de la personnalité d'un agresseur sexuel et celles que pourraient présenter les auteurs de crimes d'un tout autre ordre. Un certain nombre de facteurs peuvent expliquer cela. Par exemple, dans les études recensées, il existe une notoire confusion quant au type ou au genre d'agression sexuelle dont il s'agit. Tout individu qui a eu quelque commerce sexuel avec un enfant fait tout bonnement partie de l'échantillon. Des auteurs d'inceste, d'abus sexuel extrafamilial, homo ou hétérosexuel, des pédophiles indifférenciés et ceux du registre pervers se retrouvent dans le même groupe clinique. Plusieurs entités nosologiques y figurant, en quoi pourra-t-on le distinguer de n'importe quel groupe témoin ?

Nous touchons ici à l'une des plus importantes réticences qu'entretiennent Okami et Goldberg (1992) à l'égard de la validité de ces recherches empiriques. Le doute de ces auteurs repose d'abord sur le caractère équivoque de l'expression « agression sexuelle » qui, d'une recherche à l'autre, prend des sens différents. En quoi consiste l'agression ? Qu'est-ce qui est sexuel ? Parlant de la victime, qu'est-ce qui distingue l'enfant, le mineur ci le jeune ? Qu'entend-on par « agresseur », « abuseur », « violeur », etc. ? La [57] notion de « pédophilie » recouvre-t-elle toutes ces nuances terminologiques ou s'agit-il d'une catégorie spécifique ?

Okami et Goldberg écrivent fort à propos :

[...] indiscriminate interchange of the term pwdophile with terms such as child molester, etc. thus prevents the distinction between sexual behavior and sexual preference or orientation to be made.

En effet, plusieurs auteurs utilisent sciemment le terme « pédophile » pour désigner tout adulte ayant quelque commerce sexuel avec un enfant, indépendamment du motif, ou du caractère exclusif ou non de son intérêt sexuel pour l'enfant (par exemple Finkelhor et Araji, 1986). Pour d'autres auteurs dont nous sommes, le terme « pédophile » désigne la personne dont l'intérêt sexuel porte principalement sur l'enfant ; sa sexualité fait, par conséquent, partie des structures perverses ou des paraphilies. Cette position est dûment justifiée par une foule d'études empiriques qui démontrent que, parmi les hommes incarcérés pour avoir agressé sexuellement un enfant, seule une petite minorité répond à cette dernière acception du terme pédophile. Autrement dit, la grande majorité des agresseurs d'enfants ne présente pas cette « préférence » sexuelle plus ou moins exclusive à l'égard de l'enfant (Freund, Watson et Dickey, 1991 ; Marshall et Eccles, 1991 ; Lang, Black, Freuzel et Cheekley, 1988 ; Marshall, Barbaree et Butt, 1988).

Tout cela fragilise toute approche nosologique fondée sur l'agression sexuelle elle-même. Celle-ci, encore une fois, apparaît bien plutôt comme un symptôme parmi d'autres émergeant d'une structure de personnalité infiniment complexe, en dehors de laquelle on ne saurait en retracer le sens. Le seul référent valable réside dans un profil nosologique plus large qui pourrait caractériser tel auteur d'agressions sexuelles. Une fois de plus, nous ferions volontiers ici le parallèle avec l'abus d'alcool qui, d'emblée, fait appel au même genre de nuances.

Conscients de ces écueils méthodologiques et forts de leurs préoccupations théoriques, certains chercheurs étudieront un échantillon d'agresseurs affiliés à un seul type nosologique, par exemple, la personnalité antisociale ou psychopathe. Ils compareront ce [58] groupe clinique à un groupe témoin composé de personnalités antisociales dont les antécédents ne révèlent pas d'agression sexuelle. Or, les résultats sont surprenants : rien ne distingue le groupe des psychopathes agresseurs d'enfants du groupe des psychopathes non agresseurs (Levin et Stava, 1987) !

Nonobstant toutes ces difficultés, un bon nombre de typologies d'agresseurs sexuels ont été établies (voir une revue de la documentation ad hoc dans Van Gijseghem, 1988). Une distinction semble en tout cas rallier la plupart des auteurs : certains agresseurs passent à l'acte, mus par l'attraction sexuelle qu'exercent sur eux les enfants, tandis que l'agir analogue de certains autres agresseurs revêt un caractère situationnel ou occasionnel relié à un épisode de désarroi, ou encore qui est tributaire de quelque pathologie psychique.

Notre étude, publiée en 1688, rend compte de l'évaluation psychologique approfondie de 60 agresseurs d'enfants, dont la culpabilité .avait été établie par les moyens habituels. Utilisant une grille nosologique inspirée de la psychologie dynamique, ayant comme critère décisionnel la qualité de la relation objectale (l'absence ou la nature du rapport à l'autre), nous sommes parvenus à dresser un tableau de fréquence classifiant l'échantillon des abuseurs selon leur configuration psychique de base (voir ci-après).

Que signifie une telle étude en ce qui a trait à la propension ? Cette étude ne permet évidemment pas d'affirmer qu'un individu présentant des carences importantes a véritablement commis ou non une agression. Toutefois, lorsqu'un tel individu est soupçonné d'avoir agressé sexuellement un enfant, une étude comme celle-ci nous apprend que, au départ, une personne qui est aux prises avec ce type de problème psychologique est, sur ce point, significativement plus vulnérable (35,6% de notre échantillon) que, par exemple, une personne ne présentant aucune pathologie et que nous situons ici dans le registre « névrotique » ou « normal » (8,9% de notre échantillon).

Cette étude nous apprend .aussi que, finalement, tout le monde est susceptible de poser des gestes d'agression sexuelle, bien que certains profils de personnalité s'y prêtent davantage que d'autres.

[59]

Tableau 1 :
Tableau de fréquence par type « d'abuseurs » d'enfants

Classe générale

Sous-classe s'il y a lieu

N

%

La carence
relationnelle

la carence passive-dépendante

18

20

la carence agressive-dévorante

14

15,6

Le registre psychotique (incluant l'état borderline)

11

12

La pathologie
narcissique

la structure perverse narcissique (dont le vrai pédophile)

17

18,9

la psychopathie

14

15,6

la paranoïa

8

8,9

Le registre névrotique la « normalité »

8

8,9

90

100


Elle nous apprend surtout que la plupart des agresseurs sexuels présentent une pathologie psychique ou un grave désordre de la personnalité. De fait, seulement 8,9% de l'échantillon se révèlent libres de pathologies.

Pourtant, bon nombre d'études ne retiennent pas la pathologie psychique à titre de variable significative dans le cas de l'agresseur sexuel. Cette contradiction n'est pas étrangère aux divers sens qu'on peut accorder au terme « pathologie ». En effet, les études qui négligent le facteur pathologique entrant en jeu dans l'agression sexuelle s'inscrivent invariablement dans le paradigme de la nosologie descriptive (par exemple le DSM) ; ils ne concilient à la présence d'une pathologie que dans la mesure où des attitudes ou des conduites caractéristiques d'une pathologie sont munifestes. Notre propre grille d'analyse transcende la conduite observable et, se fondant sur le caractère qualitatif de la relation objectale, elle s'attarde davantage à la structure pathologique sous-jacente qu'aux symptômes déclarés ou manifestes au moment de l'évaluation.

[60]

Même si la représentativité de noire échantillon reste tout aussi sujette à caution que celle des autres études mentionnées, on peut néanmoins conclure que la présence chez un individu d'une pathologie psychique ou d'un désordre grave de la personnalité est un lourd facteur prédisposant à l'agression sexuelle.

Si tant est que des structures de personnalité très variées peuvent porter à l'agression sexuelle, qu'est-ce qui pousse un individu prédisposé par telle structure psychique à passer à l'acte, là où un autre individu, caractérisé par la même structure, s'en abstient ? Finkelhor (1984) identifie quatre conditions sine qua non :

1. L'individu doit avoir une motivation pour agresser sexuellement un enfant.
2. L'individu doit vaincre les inhibiteurs internes érigés contre la mise en œuvre de son projet.
3. L'individu doit surmonter les obstacles extérieurs à l'agression.
4. L'individu, à la faveur éventuelle d'éléments extérieurs, réussit à vaincre la résistance de l'enfant.

Finkelhor insiste sur le fait que les quatre conditions sont simultanément requises pour que l'agression ait lieu.

Il s'agit là d'un modèle théorique passablement mécaniste dont le moteur réside dans un concept dépourvu de toute explicitation : la variable « motivation ».

Hall et Hirschman (1991) présentent un antre modèle davantage centré sur les éléments « précurseurs » de la motivation à commettre une agression sexuelle. Ils distinguent les quatre éléments précurseurs suivants :

1. Un état d'excitation sexuelle physiologique.
2. Le recours à une justification cognitive (par exemple la jouissance anticipée de la victime, la présumée provocation de la victime) ; dans ce cas, l'agression sera « maîtrisée » et « délibérée ».

[61]

3. Un manque épisodique de maîtrise de soi ; l'agression est alors opportuniste, c'est-à-dire non planifiée et éventuellement violente.
4. Un problème de personnalité ou un désordre psychique reliés au développement de l'individu : par exemple déficience intellectuelle, conflits familiaux, enfance soumise aux abus physiques ou sexuels, délinquance juvénile, difficultés émotives, faibles habiletés sociales, etc.

Bien que ce modèle tienne davantage compte de l'aspect émotionnel, le quatrième élément précurseur évoque néanmoins une sorte de boîte noire aux variables infinies. Pour cette raison, le modèle de Hall et Hirshman reste également peu utile sur le plan pratique. Il y a donc lieu d'explorer davantage ce que la recherche a découvert dans cette « boîte noire ».

Les facteurs de prédisposition

La documentation scientifique traitant des facteurs qui prédisposent à l'agression sexuelle relève un certain nombre de variables qui méritent notre attention. Dans ce contexte, on parle souvent du présumé « profil » de l'agresseur sexuel ou de l'éventuel récidiviste. Résumant la documentation dite « clinique » consacrée au profil de l'individu qui s'attaque aux mineurs, Okami et Goldberg (1992) en arrivent à un « portrait-robot » qu'ils ne tardent pas à mettre en morceaux. Il est néanmoins intéressant de présenter ici ce que la « sagesse clinique conventionnelle » (mais non empirique) a constitué comme portrait-robot.

Il s'agirait d'un individu passif, dépendant, peu affirmatif, isolé et mal à l'aise dans les relations interpersonnelles. Il serait anxieux, déprimé et d'intelligence inférieure à la moyenne. Il serait habité par des thèmes religieux ; il aurait une faible connaissance de la sexualité et serait plutôt puritain. Il serait narcissique, présenterait une identification prédominante à sa mère et aurait une identité sexuelle plutôt féminine. Il serait immature sur le plan psychosexuel et manifesterait une aversion pour les femmes matures, le corps féminin et le coït hétérosexuel. Ce ne serait pas un être violent ; il présenterait même un taux d'agressivité réduit.

[62]

Comparant chacun des traits du profil aux éléments qui émanent des études empiriques, Okami et Goldberg cernent tantôt des contradictions et cherchent en vain ailleurs toute trace de tel ou tel élément.

Malgré les insurmontables problèmes méthodologiques que présentent les diverses études consultées, les deux auteurs isolent les caractéristiques suivantes auxquelles ils contèrent un certain degré de fiabilité.

* Un certain nombre des sujets concernés ont traversé au cours de l'enfance des difficultés au plan de leurs relations avec leur mère ou de leur identification à la mère.

* Une portion de ces sujets n'utilisent pas la force contre leurs victimes ou ne sont pas mus par des stimuli agressifs quand ils passent à l'acte.

* Certains de ces hommes semblent timides, solitaires et sensibles à l'opinion que les autres ont d'eux ; ils ont une faible estime d'eux-mêmes et ils sont isolés sur le plan social.

* Outre la « déviation sexuelle », on ne décèle pas d'autres pathologies substantielles chez ces individus ou, en tout cas, on ne découvre pas une même pathologie chez tous.

Pour sa part, McCrath (1991) rend compte d'un exercice similaire à celui de Okami et Goldberg, mais cette fois-ci dans le contexte de l'évaluation des risques de récidive. Il cherche auprès d'agresseurs sexuels reconnus les variables qui augmentent la propension à la récidive. Pour ce faire, il a recensé des études empiriques qui ont étudié la validité de chacune de ces variables. Même si on s'éloigne ici quelque peu de la « propension première », on peut présumer qu'il y a un chevauchement entre celle-ci et la propension à la récidive. Voici les éléments que McCrath est parvenu à dégager :

* L'individu est sans emploi ou possède un statut socio-économique défavorisé.
* Il n'a aucun lien familial avec la victime.
* Il est aux prises avec de multiples paraphilies.

[63]

* Il a fait l'objet de condamnations antérieures pour des délits d'une autre nature que sexuelle.
* Il a fait l'objet de condamnations antérieures pour des délits sexuels.
* Ses victimes étaient du sexe masculin.
* Il a utilisé la force pour commettre ses délits sexuels antérieurs.
* Il n'est pas marié.
* Il montre des réactions déviantes au plethysmographe.

McCrath ajoute les facteurs suivants, qui émanent d'autres études ou d'un consensus raisonnable chez les cliniciens :

* impulsivité ;
* abus d'alcool ;
* présence de psychopathologie ;
* manque de soutien social ;
* âge inférieur à 40 ans ;
* agression sans période de « séduction » préalable ;
* choix de victimes particulièrement vulnérables.

Comme cette étude vise à identifier les risques de récidive auprès d'agresseurs reconnus, un certain nombre de ces indicateurs ne peuvent s'appliquer à l'évaluation de la propension initiale (par exemple l'absence de lien familial avec la victime ; le choix de victimes du sexe masculin ; l'utilisation de la force ; l'état civil ; le résultat au plethysmographe ; le manque de soutien social ; l'âge de l'agresseur ; l'agression sans séduction préalable ; le choix de victimes parmi les personnes les plus vulnérables). En ce qui a trait à la propension initiale, nous retenons comme pertinents les indicateurs suivants :

* l'instabilité professionnelle ;
* la présence de multiples paraphilies ;
* des antécédents criminels - sexuels et/ou non sexuels ;

[64]

* l'impulsivité ;
* l'abus d'alcool ;
* la présence de psychopathologie.

Plusieurs autres études insistent sur des variables comportementales ou personnelles, ou sur des facteurs de comorbidité associés à tort ou à raison aux agressions sexuelles. On remarquera que ces variables recoupent celles qu'ont dégagées les chercheurs précédemment mentionnés :

* passé marqué par des incidents sexuels troubles ou sexualité actuellement déviante (Abel, Beeker, Murphy et Flanagan, 1981 ; Fehrenbach, Smith, Monastersky et Deisher, 1986) ;

* abus de drogue ou d'alcool (Peters, 1976 ; Rada, 1976 ; Family Renewal (tenter, 1979 — in Wakeheld et Underwager, 1988) ;

* pauvreté de l'élaboration mentale ou alexythymie (Beltrami, 1985 ; Beltrami, Ravart et Jacob, 1987) ;

* instabilité ou immaturité affectives (Sahd, 1980) ;
* situation de victime d'agressions durant l'enfance (Finkelhor, 1986) ;
* sexe masculin (Finkelhor et Russel, 1984).

Nous sommes donc en présence de divers indicateurs dont aucun, pris séparément, n'est absolu. Même si tous les indicateurs de morbidité ou de comorbidité étaient présents, on ne pourrait conclure à l'occurrence passée ou future d'une agression sexuelle. Tout au plus pourrait-on dire que si, chez un individu donné, on est en présence d'un nombre important d'indicateurs, la probabilité d'un passage à l'acte augmente. Si, chez un autre individu, de tels indicateurs semblent absents, la probabilité d'un passage à l'acte diminue. Supposons, par exemple, que nous soyons en présence d'un homme montrant de fortes carences, ayant été impliqué auparavant dans plusieurs incidents sexuels troubles, faisant abus d'alcool, étant aux prises avec une importante alexythymie, ayant subi des abus sexuels pendant l'enfance, et présentant une grande [65] instabilité professionnelle et une immaturité affective manifeste. Si cet individu se trouve accusé d'agression sexuelle, la probabilité de sa culpabilité est plus élevée que dans le cas où les indicateurs mentionnés seraient absents.

Un piège épistémologique peut ici se glisser. Les possibilités qu'un individu ne présentant aucun facteur de risque et faisant néanmoins l'objet d'une telle accusation soit coupable sont-elles moindres ? Voilà une question d'autant plus difficile que nous ne disposons pas encore d'une appréciation réaliste des taux de base (base rates) relatifs aux agressions sexuelles perpétrées par la population dite « normale ». En effet, les recherches portent toujours sur des échantillons d'hommes qui sont accusés, condamnés ou en traitement. De ce fait, l'expert est sans doute justifié d'émettre l'hypothèse que tel individu est « à risque ». Que tel autre individu, libre d'indicateurs, ne soit pas à risque, voilà une hypothèse déjà plus hasardeuse.

Dans le même ordre d'idées, mais dans le contexte d'une évaluation de la « dangerosité » d'un agresseur sexuel reconnu, McGrath (1993) écrit, à propos de la méthode des « probabilités » :

The evaluator can discuss the offender's likelihood to reoffend in terms of a probability statement in the form of a range of mathematical certainty with accompanying legal terminology and definitions. Unfortunately, because the true base rates for most types of sexual offending are unknown, evaluators are seldom able to make this type of predictions. As an alternative to mailing probability statements, evaluators ean often rank an offender's recidivism risk by comparing hia severity of reoffense risk faetors with those of other offenders that the evaluator has assessed.

L'expert s'en référera donc nécessairement aux indicateurs, y compris à ceux qu'il a pu établir au cours de sa pratique professionnelle. Quoi qu'il en soit, prédire qu'un individu passera à l'acte reste éminemment difficile (Hall, 1990 ; Monahan, 1981 ; Quinsey, 1983) et requiert le maximum d'indicateurs disponibles, si faible que soit leur validité. Le nombre d'indicateurs déchiffrés augmente [66] d'autant la validité des évaluations qui cherchent à mesurer la propension. Banni les indicateurs possibles, certains seront retracés dans le dossier déjà constitué, d'autres seront dégagés de l'entrevue clinique ou se révéleront au cours du tcsting dont il sera question plus loin. En tout état de cause, l'opinion de l'expert se fondera forcément sur la configuration des compatibilités entre la présumée occurrence d'un geste (dans ce cas, l'agression sexuelle) et le nombre d'indicateurs qui jalonnent l'histoire du sujet, son évaluation psychologique ou psychiatrique ou que révéleront d'autres mesures telles que les données physiologiques abordées ailleurs dans ce livre.

LES TESTS PSYCHOLOGIQUES
OBJECTIFS


Les tests objectifs et leur interprétation

Aucun test psychologique, quelle que soit sa nature, ne saurait dévoiler l'occurrence passée ou prédire une agression sexuelle [1]. Comme d'autres tests psychologiques, ceux qu'on qualifie d'objectifs ont pour but de décrire la personnalité d'un individu : sa structure psychique, ses caractéristiques, ses traits. Parmi ces tests, plusieurs visent à déceler la présence d'une pathologie psychique ou d'un trouble de la personnalité et, en l'occurrence, la symptomatologie qui y est inhérente.

Comme le MMPI (Minnesota Multiphasic Bersonality Inventory), qui fait figure de prototype en la matière, la plupart des tests objectifs consistent en une liste de comportements, d'attitudes, de pensées, d'émois, d'expériences mis en scène et auxquels le sujet est invité à réagir en indiquant par « vrai » ou « faux » s'ils s'appliquent ou non à son propre cas. De ses réponses se dégage un « profil », sur la foi des échelles établies par les concepteurs.

La plupart du temps, ces échelles mettent en relief des traits ou des caractéristiques de la personnalité ou encore des dimensions psychopathologiques.  Autrement dit, la position exacte d'un [67]individu sur une échelle donnée le situe par rapport au trait ou à la pathologie qu'elle mesure. C'est du moins ce que veulent ou voulaient obtenir les concepteurs de la plupart des tests objectifs dont le plus courant demeure le MMPI. Néanmoins, ce test lui-même et son interprétation ont beaucoup changé avec le temps. Bar exemple, la position qu'un individu occupe sur l'échelle mesurant l'hystérie n'a plus rien à voir avec l'hystérie ou ne saurait suggérer que cet individu précis soit hystérique, même si les concepteurs du test envisageaient ainsi les choses. Dans cette optique, on ne saurait retenir l'affirmation de Levin et Stava (1987) selon laquelle l'utilisation du MMPI fait problème dans le contexte d'une expertise parce que ce test était « originellement » (sic) construit comme mesure de la pathologie et non comme test de personnalité. En effet, cet instrument a été validé depuis belle lurette comme test de personnalité et ce, quelles que soient les visées initiales de ses concepteurs selon lesquelles une échelle se rapportait à une pathologie.

Compte tenu de ce qui précède, il est sans doute utile de rappeler le processus de la création du test MMPI qui, encore une fois, fait figure de prototype dans le domaine des inventaires modernes de la personnalité.

Les concepteurs Hathaway et McKinley (1940) ont d'abord constitué un large éventail d'énoncés inspirés de la documentation clinique consacrée à différentes structures de la personnalité. À un premier niveau, ces énoncés pouvaient donc revêtir une certaine validité nominale (Face validity) : par exemple, l'énoncé « Je me sens persécuté » pouvait être indicatif de paranoïa. Beaucoup d'inventaires de personnalité plus anciens ne dépassaient pas cette seule validité nominale. L'innovation de Hathaway et McKinley réside dans la validation empirique de leur instrument de mesure : ils ont constitué un groupe témoin d'individus « normaux », ainsi que différents groupes cliniques représentant une entité pathologique précise et identifiée.

Le bassin d'énoncés fut alors présenté tant au groupe témoin qu'aux groupes cliniques. À chaque groupe représentant une pathologie précise correspondait une série d'énoncés auparavant définis comme caractéristiques, ce qui le distinguait de tous les autres groupes cliniques et, bien sûr, du groupe témoin. Un outil définitif [68] était alors construit, contenant un mélange de tous les énoncés retentis comme étant susceptibles d'identifier une pathologie précise. Dix pathologies furent ainsi étudiées dans le but d'établir autant d'échelles de mesure dans le cadre d'un seul et même test. L'objectif de l’exercice était, évidemment, de déceler la présence éventuelle d'une pathologie précise lorsqu'on administrait le test à un nouvel individu.

Quelques années d'utilisation permirent aux cliniciens et aux chercheurs de mettre en doute l'atteinte des objectifs initiaux définis pour l'instrument. Dès lors, on procéda à une tout autre forme de validation du test, ce qui allait déboucher sur une nouvelle façon d'en interpréter les résultats (Graham, 1977). C'est ici que prend place le renversement clinique du MMPI : d'un test indicatif de pathologies, il devenait un test de personnalité. En somme, les échelles mesurent « quelque chose », mais pas nécessairement la pathologie qu'elles devaient refléter initialement. Comment les chercheurs ont-ils procédé ?

Toujours selon la méthode empirique, les chercheurs ont administré le test à un groupe dit clinique composé de personnes reconnues comme porteuses de telle ou telle caractéristique et à un groupe témoin composé de personnes issues de la population générale et comparables sur tous les points à celles du groupe clinique sauf en ce qui a trait à la caractéristique psychique étudiée. Les différences significatives émergeant de la comparaison des résultats ont été attribuées à la caractéristique de la personnalité dont témoignait le groupe clinique. Si, en administrant ultérieurement le test à un autre individu, on décèle un profil semblable, on pourra émettre l'hypothèse qu'une telle caractéristique puisse marquer sa personnalité.

On a pu ainsi dégager de nouvelles données susceptibles d'enrichir l'instrument et, par conséquent, les hypothèses subséquentes à son application. Par exemple, si on compare un échantillon de personnes souffrant de maux du bas du dos (non détectés par la médecine) à un groupe témoin, quelques résultats du test pourront distinguer les deux groupes. Si, chez un nouveau sujet testé, on retrouve le résultat distinctif, l'hypothèse d'un mal du bas du dos pourra être émise ou confirmée.

[69]

Qu'en est-il de la validité de ce genre de test si on l'utilise dans le contexte précis d'une expertise psycholégale ? Plusieurs éléments peuvent ici rassurer l'examinateur.

D'abord, comme il a été dit précédemment, les réactions d'un individu aux énoncés du MMPI ne sont pas on ne sont plus interprétées en fonction de leur valeur nominale (face value). Ainsi, lors d'une expertise, si le test est administré à un psychopathe accusé d'homicide et qui plaide non coupable, celui-ci dira probablement que, appliqué à sa personne, l'énoncé « J'ai des tendances meurtrières » est faux. Ni le clinicien ni le chercheur ne seront dupes. De fait, le « bon gars » ne dira pas nécessairement « Je suis un bon gars », pas plus que le mauvais garnement dira qu'il est un bandit. L'analyse des résultats s'inspirera plutôt des caractéristiques issues des analyses de variance effectuées ultérieurement. Les caractéristiques du test nous aidant à déceler le mauvais garnement ou le bon gars n'auront donc rien à voir avec le contenu des réponses ponctuelles de l'individu interrogé. Dès lors, il n'est pas facile pour quiconque de leurrer l'expert.

En second lieu, tout bon test objectif contient des échelles de validité. Ainsi, le MMPI présente une « échelle de mensonge » en recourant à des affirmations naïves du style « Je ne dis pas toujours la vérité », « Je n'aime pas tous ceux que je connais » ou « Il m'arrive parfois de me fâcher ». Si un sujet répond « faux » à une affirmation comme « Je ne dis pas toujours la vérité », nous pouvons penser qu'il est en train de mentir. Dans la mesure où ce genre d'affirmations suscite invariablement la réponse vertueuse, on peut soupçonner que le répondant cherche à biaiser les résultats du test.

Dans le cas du MMPI, d'autres échelles de validité sont intégrées dans le but d'aider l'examinateur à mesurer la simulation d'un sujet. Les configurations dégagées de ces échelles permettent de conclure à un profil indiquant une minimisation des symptômes (fake good) ou un profil indiquant une amplification des symptômes (fake bad). On peut s'attendre à ce qu'un individu accusé d'un crime ou un autre dont on évalue les capacités parentales répondent de façon à donner d'eux-mêmes un profil de minimisation (fake good). En revanche, un individu évalué dans le contexte d'une réclamation à la Commission de la santé et de la sécurité du [70] travail (CSST) cherchera plutôt à présenter un profil d'amplification (fake bad), puisqu'il croit plus rentable de paraître au plus mal dans sa peau. Il revient à l'examinateur d'apprécier dans quelle mesure ces simulations, compte tenu du contexte de l'expertise, invalident ou non les résultats généraux du test.

Jusqu'ici, nous avons exposé le fondement des tests objectifs en prenant pour exemple des tests du type MMI'I (MMPI ; MMPI II; MMPI-A.) c'est-à-dire des tests dont les résultats ont été revalidés après coup). Il existe toutefois plusieurs tests objectifs qui prêtent à l'interprétation de « premier niveau », c'est-à-dire qui sont fondés sur la valeur nominale (face value) des questions. C’est le cas, par exemple, du MGMI (Millon Clinical Multiaxial Inventory) ou du 16PF. Gomme le MMPI, ces tests comportent des énoncés dont le contenu s'inspire des plus récents acquis de la nosologie. Ils ont également fait l'objet d'une validation empirique. Il n'empêche que l'analyse des résultats tient pour acquises toutes les réponses de la personne examinée. Si elle répond « vrai », par exemple, à « Je suis un perfectionniste », elle grimpera d'une coche dans l'échelle de la structure obsessivo-compulsive. Dans le cas où la cote à cette échelle est finalement très élevée suivant l'interprétation pour ainsi dire littérale des réponses, l'expert émettra l'hypothèse que cet individu est un obsessif-compulsif.

On comprendra que ces tests ont probablement moins de valeur dans le contexte d'un mandat d'expertise, surtout quand le sujet possède une certaine culture psychologique. Si ce genre de test excelle à décrire un individu qui n'a rien à y gagner ou rien à y perdre, la prudence est de mise devant les résultats d'un individu dont l'avenir dépend à plus ou moins long terme de ses réponses.

Il importe de souligner, enfin, qu'un test (objectif ou projectif) ne produit jamais que des hypothèses concernant le fonctionnement psychique du sujet étudié. Le plus qu'on puisse affirmer, sur la foi des résultats obtenus, ressemblerait à : « Ce genre de profil est fréquemment observé chez des individus qui... » En somme, on ne pourra pas trancher de façon définitive quant à la personnalité du sujet examiné.

En plus, il faudra confronter les hypothèses formulées à partir des résultats de tel test objectif aux hypothèses élaborées au moyen [71] d'autres outils cliniques tels que l'entrevue clinique, l'observation, les tests projectifs. Une autre source de données ne pourra pas être ignorée non plus, si cela fait partie du mandat du clinicien : les informations factuelles dont on peut disposer concernant l'existence passée, l'expérience affective, professionnelle, relationnelle, etc., du sujet.

Bref, on ne peut analyser isolément les résultats d'un test objectif. De plus, le profane, fût-il juge, tend à croire que, parce qu'ils ont un caractère « objectif », les tests psychologiques de ce type donnent nécessairement « l'heure juste ». Le clinicien devrait sans cesse rappeler que tout objectifs qu'ils soient, les tests ne vont jamais plus loin que de permettre d'énoncer des hypothèses.

Ce que la recherche nous apprend
ur le pouvoir discriminant du MMPI
en matière d'agression sexuelle


Il existe au moins trois créneaux de recherche où l'on recourt au MMPl pour évaluer l'agresseur sexuel. Dans le premier, le plus actif, on vise à tracer un « profil » type de l'agresseur sexuel. Les études qui s'y rattachent sondent de grands groupes d'agresseurs sexuels de tout acabit pour tâcher d'en isoler les dénominateurs communs ou les constantes.

Dans le deuxième créneau, tributaire du premier, on tente de distinguer les types d'agresseurs en cernant les différences entre, par exemple, l'agresseur d'adultes et l'agresseur d'enfants, l'agresseur violent et l'agresseur non violent, l'agresseur extrafamilial et l'agresseur incestueux, etc.

Dans le troisième créneau, nettement plus timide à cause des groupes témoins requis, ou cherche à distinguer l'agresseur du non-agresseur.

Plusieurs des études évoquées dans cette section utilisent des échantillons hétérogènes, c'est-à-dire composés d'agresseurs d'adultes et d'agresseurs d'enfants. Elles visent incidemment à cerner les caractéristiques de l'agresseur sexuel en général. D'autres constituent des sous-échantillons en fonction de l'âge de ht victime. D'autres encore ne ciblent que les sujets agresseurs ou les violeurs [72] d'adultes. Celles qui nous intéressent le plus, ce sont les études sur les agresseurs d'enfants. Dans la mesure où les études elles-mêmes le permettent, nous tenterons d'identifier les groupes cibles utilisés dans les trois créneaux mentionnés.

Nous traiterons donc dans ce qui suit de ces trois créneaux de recherche, pour ensuite en considérer un quatrième, consacré celui-là à une tentative d'élaboration d'une échelle de pédophilie.

Pour tracer le profil de l'agresseur sexuel

Pour tâcher de cerner le profil de l'agresseur, la procédure typique consiste à administrer le MMPI à un grand groupe d'agresseurs sexuels sans constituer de groupe témoin. On dégage le profil « moyen », c'est-à-dire les dénominateurs communs désormais attribués aux agresseurs en général et/ou aux abuseurs d'enfants en particulier.

Dans ce créneau précis de recherche, nous avons recensé une douzaine de recherches. Vu la variété des méthodologies utilisées, il est difficile de les comparer. Les diverses définitions données au terme « agresseur » ou aux autres appellations similaires, la disparité et la provenance incertaine des groupes d'agresseurs ainsi que les multiples formes de leurs délits ajoutent à la confusion. En dépit du fait que les résultats sont souvent contradictoires et difficiles à interpréter, certaines constantes émergent et méritent d'être soulignées.

Une première constante relève des taux élevés à l'échelle 4 du MMPI. Cette échelle indique les traits psychopathes ou antisociaux. Duckworth et Anderson (1986) décrivent comme suit les individus dont le score est élevé à l'échelle 4 : ils ont une tendance à voir l'autre comme la source des problèmes ; l'autre ne semble leur inspirer que des émotions superficielles, spécialement dans la sphère sexuelle ; ils ne profitent pas facilement de leurs bonnes ou mauvaises expériences ; ils éprouvent de la révolte contre leur famille et/ou la société (comme l'école, la religion, la politique). Certains auteurs jugent que cette élévation à l'échelle 4 est le plus important dénominateur commun des agresseurs sexuels en général [73] (Swenson et Grimes, 1958 ; Grossman et Cavanaugh, 1990), ainsi que des agresseurs sexuels d'enfants en particulier (Mann, Stenning et Borman, 1992). D'autres études retiennent également le score imposant de l'échelle 4, mais en le conjuguant à une ou à plusieurs autres échelles. Ainsi, Rader (1977) retrace trois sous-groupes de violeurs présentant chacun des scores significatifs à l'échelle 4 : le premier sous-groupe présente parallèlement des scores significatifs à l'échelle 9 (hyperactivité maniaque) ; le second, à l'échelle 8 (faible contact avec la réalité) ; le troisième, à l'échelle 3 (hystérie). Velasqucz, Callahan et Carrillo (1989), à propos d'un groupe d'agresseurs sexuels hispaniques américains, décèlent également une prépondérance de la combinaison 4-8.

Une étude de Hall, Maiuro, Vitaliano et Proctor (1986) menée auprès d'agresseurs d'enfants parvient aussi à isoler la combinaison 4-8, bien qu'elle n'apparaisse pas significativement plus importante que d'autres combinaisons (paires) d'échelles. Aussi ces auteurs concluent-ils que les groupes d'agresseurs sexuels d'enfants sont caractérisés par leur hétérogénéité. Cette conclusion est confirmée par Rader (1977), et Duthie et Melver (1990), ce qui fait de l'hétérogénéité de ces groupes la deuxième constante que dégagent ce genre de recherches.

La troisième constante qui caractérise l'ensemble des agresseurs sexuels concerne la perturbation psychologique ou la présence de pathologie psychique. Rader (1977) en vient à conclure que la sévérité de la pathologie est proportionnelle à la gravité ou à l'aspect inhabituel des gestes sexuels posés, et cela vaut également pour les agresseurs d'enfants. Déjà, Swenson et Grimes (1958) avaient été frappés par le taux élevé de pathologie dans leurs échantillons, et une étude de Kalichman (1991) confirme le point de vue de Rader : plus la victime est jeune, observent-ils, plus la pathologie de l'agresseur risque d'être sévère. Les études de Grossman et Cavanaugh (1989, 1990) indiquent que, lorsque l'abuseur nie son crime, on assiste à un déni correspondant des manifestations de sa pathologie.

L'incidence élevée de psychopathologie que révèlent ces études pourrait éventuellement s'expliquer par les échantillons étudiés, souvent composés d'hommes incarcérés ou hospitalisés. L'absence [74] de groupes témoins rend également hasardeuse la généralisation de leurs conclusions. Bref, sur la foi de ces seules études, il serait imprudent de conclure que l'agresseur sexuel est plus malade, psychologiquement parlant, que le non-agresseur. Les autres créneaux de recherches ajouteront toutefois quelque lumière sur cette question.

Pour différencier les genres d'agresseurs sexuels

On se rapportent ici à des études dont plusieurs échantillons d'agresseurs sont regroupés en fonction d'un critère : l'âge ou la maturité de la victime, la présence ou l'absence de violence lors de l'agression, le sexe de la victime, l'aspect intra ou extrafamilial de l'agression, etc. On tente de dégager, toujours à l'aide du test MMPI, les caractéristiques de chaque sous-groupe. Gomme les précédentes, ces études ne recourent habituellement pas aux groupes témoins.

Nous avons recensé une vingtaine de ces études dont les résultats sont encore difficilement comparables pour des raisons d'ordre méthodologique et terminologique. Voici tout de même les éléments qui semblent taire l'objet d'un certain consensus.

Une première constante dérive de nouveau de l'échelle 4 du MMPI dans laquelle la plupart des sous-groupes obtiennent des scores élevés, mais en combinaison avec une autre échelle, selon la nature du sous-groupe.

Ainsi, dans l'étude classique de Panton (1978), on compare les agresseurs non violents d'enfants aux violeurs d'enfants. Les deux sous-groupes sont caractérisés par un score significativement élevé à l'échelle 4. Le sous-groupe des violeurs, toutefois, obtient aussi un score élevé à l'échelle 8. Cette combinaison particulière (4-8) recoupe l'étude de Armentrout et Hauer (1978). Panton (1978) découvre en outre que le sous-groupe d'agresseurs n'usant pas de violence obtient un score élevé à l'échelle de pédophilie de Toobert, dont il sera question plus loin.

En 1979, Panton publiait une autre étude dans laquelle, cette fois, les abuseurs d'enfants extrafamiliaux sont  comparés aux [75] pères incestueux. Les scores élevés de l'échelle 4 font encore figure de constante, tandis que seuls les pères incestueux obtiennent en outre un score significatif à l'échelle 0 (introversion sociale).

On retrouve un taux équivalent pour l'échelle 4 dans l'étude de Scott et Stone (1986) concernant les hommes incestueux qui, par ailleurs, présentent aussi un score élevé â l'échelle 9 (hyperactivité maniaque) dans les cas où l'agresseur est le beau-père de l'enfant.

Pour sa part, McCreary (1975) a comparé des agresseurs d'enfants récidivistes à des agresseurs d'enfants qui en étaient à leur premier délit. L'échelle 4 est toujours la constante prédominante, tandis que l'élévation à l'échelle 8 s'y ajoute chez les récidivistes.

Erickson, Luxenherg, Walbek et Seely (1987), dans une étude très élaborée sur des agresseurs sexuels de tous genres, observent une foule de résultats contradictoires et fixent, une fois de plus, le dénominateur commun de tous les sous-groupes d'agresseurs au niveau de l'échelle 4. Néanmoins, leur principale conclusion nie la possibilité d'identifier un agresseur sexuel à partir du MMPI.

Quoi qu'il en soit, un haut score à l'échelle 4 ressort encore dans ce deuxième créneau de recherche comme la constante de premier plan.

On doit souligner qu'il se dégage, de l'ensemble des études visant à différencier les genres d'agresseurs sexuels, une absence de consensus autour des performances du MMPI. Bien qu'une série d'études confirme que le MMPI permet de distinguer des sous-groupes (Shealy, Kalichman, Henderson et Szymanowski, 1991 ; Langevin, Wright et Handy, 1990 ; Kalichman, 1991 ; Abel, Mittelman, Becker, Cunningham-Rather et Lucas, 1983 ; Quinsey, 1977), on note des divergences d'opinions quant au genre de sous-groupe aisément identifiable. Des auteurs comme Valliant et Blasutti (1992) affirment que le MMPI est totalement inefficace pour quelque sous-catégorie d'agresseurs que ce soit. Par ailleurs, Hall, dans deux études successives éminemment rigoureuses (1989 et 1991), conclut à chaque fois que ce test ne permet pas d'établir de distinctions entre les agresseurs d'adultes et les .agresseurs d'enfants. Dans leurs conclusions, Hall et ses collaborateurs évoquent l'idée qu'il puisse exister des taxinomies d'agresseurs sexuels indépendantes [76] du degré de maturité de la victime, ce qui est certes une hypothèse évocatrice.

Recherches comparatives
auprès d'agresseurs et de non-agresseurs


Dans le but de déterminer les caractéristiques psychologiques qui distinguent l'agresseur sexuel du commun des mortels, des recherches examinent des échantillons d'agresseurs et des échantillons de non-agresseurs, (le créneau de recherche répond plus précisément à l'objectif de ce chapitre. Malheureusement, ce type d'études est sous-représenté et, comme il en est des autres créneaux, leurs résultats n'échappent pas à la contradiction. Entre autres, les constantes qui en émergent se révèlent inconciliables.

La première constante, fondée sur les profils du MMPl, veut que les agresseurs d'enfants présentent beaucoup plus d'indicateurs de perturbation psychique ou de psychopathologie que les sujets non agresseurs, toutes choses étant égales par ailleurs (les groupes cliniques et les groupes témoins provenant également de populations incarcérées et de populations hospitalisées). Parmi les recherches qui en viennent à cette conclusion, on trouve celles de Kirkland et Bauer (1982), de Langevin (1978) et de Walters (1987).

Une deuxième constante réside, de nouveau, dans les hauts scores obtenus à l'échelle 4 par les agresseurs sexuels. Elle est manifeste dans les recherches de Kirkland et Bauer (1982), et d'Erickson, Luxenberg, Walbek et Seely (1987). Ces derniers ont comparé leurs résultats à ceux de groupes témoins empruntés à d'autres études.

La troisième constante, qui se trouve en contradiction avec les deux premières, pourrait s'énoncer comme suit : peu importent les efforts méthodologiques mis de l'avant, le MMPl ne permet nullement de différencier les agresseurs sexuels (d'enfants ou d'adultes) des non-agresseurs (Goeke et Boyer, 1993 ; Quinsey, Arnold et Pruesse, 1980).

En somme, ces trois premiers créneaux de recherche nous éloignent de la possibilité de tracer scientifiquement, à l'aide du MMPI, [77] un profil type de l'agresseur sexuel. Tout au plus peut-on parler de quelques indicateurs à peine et, du reste, relatifs. Ceux qui se présentent le plus souvent dans les recherches sont, d'une part, l'élévation à l'échelle 4, éventuellement en combinaison avec une autre échelle, la plupart du temps l'échelle 8. D'autre part, on remarque différents indices d'une perturbation émotive ou d'une pathologie psychique plus grandes chez l'agresseur sexuel que chez le non-agresseur.

Une échelle de pédophilie à partir du MMPI ?

Plus d'une centaine d'échelles « spécialisées » ont été construites à partir des 566 énoncés du MMPI. La plupart du temps, la construction d'une telle échelle se fait par l'identification d'un nombre d'énoncés qui caractérisent le mieux un certain groupe clinique donné. La pédophilie n'a pas échappé à ces efforts. Toobert, Bartelme et Jones (1959) ont procédé à une telle analyse d'énoncés en comparant un groupe clinique de 120 pédophiles, d'une part, à un groupe témoin de 130 hommes « normaux » et, d'autre part, à un groupe témoin de 160 hommes incarcérés. Dans un premier temps, cet exercice a mis en relief 72 énoncés susceptibles de circonscrire le groupe clinique à un niveau de 0,05 ou à un résultat supérieur. Une seconde analyse a réduit cet éventail d'énoncés à 24. La valeur prédictive de cette échelle a par la suite été testée en comparant les résultats d'un nouveau groupe de pédophiles avec quatre différents groupes témoins. Les résultats ont notamment révélé des différences significatives entre les scores moyens des groupes cliniques et ceux des groupes témoins (la seule différence non significative concernait le résultat de 38 pédophiles non inclus dans le groupe original et le résultat d'un groupe témoin composé de sujets « névrotiques »).

Les auteurs observent aussi que le pédophile présente une perturbation émotive assurément plus sévère que les autres détenus. Ils s'attardent également à l'éventail d'énoncés dont le contenu semble indiquer que le pédophile est insatisfait sur le plan de la sexualité, manifeste des intérêts religieux, se sent inadéquat dans [78] les relations interpersonnelles, exprime de la culpabilité et se révèle sensible à l'évaluation qu'on fait de sa personne.

Cette échelle est discutée par plusieurs auteurs et appliquée par d'autres. Comme nous l'avons déjà mentionné, Panton (1978) découvrait que son sous-groupe d'agresseurs sexuels non violents présentait des scores significativement plus hauts à l'échelle de pédophilie de Toobert que le groupe parallèle de type violent. Levin et Stava (1987), qui ont étudié rigoureusement l'échelle de Toobert ainsi que sa validation, lui accordent également un certain poids. Johnston, Schouweiler, French et Johnston (1992) ont utilisé le Toobert pour comparer un groupe de pédophiles à divers groupes témoins. Les seules différences significatives que ces auteurs ont décelées se dégagent de la comparaison entre un groupe « psychiatrique » et un groupe témoin issu de la population dite normale. D'après eux, ce résultat s'explique par le fait que le groupe clinique sondé par Toohert et ses collègues était uniquement composé d'hommes incarcérés. Levitt (1989) présente également l'échelle de pédophilie de Toohert dans son livre portant sur l'utilisation clinique des échelles spéciales. Il note que cette échelle détermine à la fois des caractéristiques propres aux pédophiles et à différents groupes de paraphilies. Cet auteur écrit :

In clinical practice, Pe (Pedophilia Scale de Toohert), has proven to be an outstanding successful measuring instrument. Its ability to identify is not restricted to pedophiles. High scorers may also be exbibitionists or voyeurs. [...] Thus, the Pe Seale appears to be identifying commun characteristics of several groups of paraphiliacs. Examination of the seale suggests that the tendencies that are tapped by the seale are in accordanee with the backward personalities of pedophiles, exbibitionists, and voyeurs as they have been unraveled in clinical examination.

Quant à nous, nous tenons compte depuis plusieurs années de l'échelle de Toobert dans toutes nos évaluations. Quoique de nouvelles études n'aient pas réussi à circonscrire un éventail d'énoncés typiques (par exemple, Goeke et Boyer, 1992), nous l'utilisons, [79] d'une part, parce que c'est le seul outil spécifique dans le domaine de la pédophilie et, d'autre part, à cause de la validation dont il a fait l'objet. Toute relative qu'elle soit, cette échelle prend sa place parmi tous les autres outils à cause de sa capacité de produire des hypothèses. Notre propre expérience clinique montre que les agresseurs d'enfants reconnus et « avoués présentent d'une façon étonnamment constante un score élevé sur cette échelle, contrairement aux personnes issues de la population générale qui sont évaluées dans d'autres contextes. Nous n'avons toutefois pas systématisé notre observation. Avec Levitt (1989), nous nous interrogeons sur l'efficacité du Toobert pour différencier entre elles les diverses paraphilies. Il est d'ailleurs très possible que Toobert et ses collègues aient donné « au concept « pédophilie » l'acception la plus large et qu'ils aient inclus dans leurs échantillons des abuseurs d'enfants de tout acabit.

Autres tests psychologiques objectifs utilisés
pour identifier l'agresseur sexuel


Le Millon Clinical Multiaxial Inventory (MCMI) est un test élaboré à partir de la taxinomie du DSM (Diagnostic « and Statistical Manual) de l'Ameriean Psychiatric Association. Il ne sert pas à décrire « la personnalité » de la population en général, mais s'adresse aux personnes soupçonnées de difficultés émotives ou interpersonnelles.

Comme nous l'avons déjà mentionné, contrairement au MMPI « moderne », les échelles du MCMI correspondent « à des entités nosologiques ou symptomatologiques plus ponctuelles. C'est pourquoi la validité de ce test pose problème quand il s'agit de l'expertise d'un accusé qui aura beau jeu de simuler ou de leurrer. Cependant, comme les huit échelles cliniques de ce test correspondent à autant de structures de personnalité, bien malin l'accusé qui simulera en faveur de la structure idéale pour faire bonne impression dans le contexte singulier où il s'inscrit. Grosso modo, on peut s'attendre à ce qu'un criminel aille substantiellement dans le sens de ce qui est souhaitable socialement, marquant ainsi une surenchère de points à l'échelle de la personnalité compulsive-conformante. De plus, [80] l'échelle de validité intégrée au MCMI n'est pas suffisamment sensible pour traduire l'étendue de la simulation.

À notre connaissance, peu de recherches ont mesuré l'efficacité du MCMI en ce qui a trait à l'identification de l'agresseur sexuel. À l'aide de ce test, la recherche de Hayes, Evans et Barnett (1990), fondée sur l'expertise d'un groupe de 208 agresseurs sexuels d'enfants ayant été incarcérés, décrit le profil suivant : une profonde dépendance, une piètre estime de soi, une dépression bénigne et de l'anxiété. Pour leur part, Langevin, Lang, Reynolds et Wright (1988) trouvent le MCMI peu utile dans le contexte de ce genre d'expertise, mais recommandent plutôt de le conjuguer au MMPl.

On peut avoir recours à plusieurs autres tests objectifs pour l'évaluation de l'agresseur sexuel ou du présumé agresseur. Notamment, les tests d'intelligence du type Wechsler ou autres ne sont pas sans une certaine utilité. Selon certaines études, en effet, les échantillons d'agresseurs sexuels d'enfants montrent un QI en moyenne plus bas que les non-agresseurs (par exemple, Peters, 1976 ; Baxter, Marshall, Barbaree, Davidson et Malcolm, 1981). Ces résultats sont toutefois contredits par d'autres études (par exemple : Bradford, Bloomberg et Bourget, 1988 ; Hall, 1989 ; Pantou, 1978).

À titre de tests objectifs, on utilise également les tests de personnalité tels que le 16 PF, le California Personality Inventory (CPI) et d'autres qui, à notre avis, dans le contexte précis de l'évaluation du présumé agresseur sexuel, sont tout aussi sujets à caution que le MCMI : l'individu qui doit prouver quelque chose peut facilement biaiser les résultats. Enfin, on dispose d'outils et de questionnaires qui permettent d'inventorier les préférences, les intérêts ou les expériences sexuelles passées d'un individu ; signalons, par exemple, le Multiphasic Sex Inventory (Nichols et Molinder, 1984). Toutefois, ces instruments ne servent qu'à déterminer le type de paraphilie qui caractérise un « déviant » sexuel connu. Par exemple, lorsqu'un individu est reconnu ou se reconnaît lui-même coupable d'agression sexuelle, ces questionnaires peuvent contribuer à l'élaboration du plan de traitement le plus judicieux ou, éventuellement, à mesurer les risques de récidive. Ces questionnaires restent [81] sans valeur quand il s'agit d'évaluer un accusé ou de déterminer dans quelle mesure un individu risque de commettre une agression sexuelle. Les questions qui lui sont inhérentes étant très explicites et transparentes, un accusé aura beau jeu de simuler.

CONCLUSION

À la suite d'un regard sur le concept de la propension et d'une revue des tests objectifs appliqués au domaine de l'agression sexuelle, force est de constater qu'aucun indicateur ne permet de confirmer ou de prévoir, scientifiquement parlant, la perpétration d'une agression sexuelle sur un enfant.

En ce qui a trait aux tests objectifs, la plupart visent à circonscrire, s'il en est, les dimensions psychopathologiques, ou à mettre en lumière la structure de la personnalité ou les caractéristiques psychiques d'un individu. Toutefois, même si cet exercice ne dit rien sur l'agression sexuelle elle-même, passée ou future, il garde sa valeur réelle, bien qu'elle soit indirecte. D'ailleurs, les autorités en la matière réclament qu'on effectue de ces tests et cela, dans le contexte très précis de l'évaluation du présumé agresseur sexuel (par exemple, Wakefield et Underwager, 1988).

La valeur de ces tests est double. D'abord, ils contribuent d'une manière non négligeable au diagnostic psychologique général de l'individu. Or, ce diagnostic général n'est pas sans intérêt pour déterminer la propension d'un individu à l'égard de l'agir criminel, et en particulier, de l'agression sexuelle. Notre propre recherche (1988) ainsi que plusieurs études recensées à propos du MMPI indiquent qu'un individu marqué par des traits pathologiques - ou par une structure psychopathologique tout court - présente éminemment plus de risques de commettre l'agression sexuelle qu'un individu libre de pathologies. On peut même affirmer, toujours sur la foi de nos propres recherches, que certains types de pathologies s'y prêtent davantage que d'autres.

Ensuite, l'examen de la valeur des tests objectifs révèle la présence de certains indicateurs quant à l'agression sexuelle. Même si [82] la récolte digne d'un consensus raisonnable reste maigre, de tels indicateurs ont leur importance, bien qu'on doive toujours les apprécier en fonction de l'ensemble des informations provenant de diverses autres sources. Plus précisément, les indicateurs qui émanent des tests objectifs permettent de mieux évaluer la probabilité qu'un individu ait passé ou passera à l'acte.

Wakefield et Underwager (1988) soulignent à ce propos :

The lack of distinctions between types of abusers is a concern but it does not mean that the research cannot yield helpful information about behavioral and emotional patterns. The available studies reflect a limited and biased sample and a variety of conclusions are found. Nevertheless, there is some agreement about psychologieal characteristies of sexual abusers.

Dans la perspective d'une synthèse, rappelons les indicateurs qui font l'objet d'un certain consensus en ce qui concerne la personne, la vie et la psyché de l'agresseur sexuel d'enfants.

À titre de prédieteurs relatifs, voici certaines caractéristiques générales qui se dégagent d'un certain nombre de sous-groupes d'agresseurs sexuels d'enfants :

* une enfance difficile, marquée par des difficultés de relations ou d'identification impliquant surtout la figure maternelle ;
* la relative timidité, la solitude affective, l'isolation sociale ;
* l'instabilité professionnelle ;
* la présence de paraphilies multiples ;
* des antécédents criminels, sexuels et/ou non sexuels ;
* l'impulsivité ;
* l'abus d’alcool ou de drogue ;
* la présence de traits de pathologie psychique (outre « la déviance sexuelle ») ;
* la pauvreté de l'élaboration mentale ;

[83]

* l'immaturité affective ;
* une agression subie durant l'enfance ;
* l'appartenance au sexe masculin.

Recueillies auprès d'échantillons d'agresseurs sexuels d'enfants, les caractéristiques suivantes ont été mises en lumière par les tests objectifs :

* des scores élevés à l'échelle 4 du MMPI, éventuellement conjugués à des scores élevés à l'échelle 8 dans le cas d'agression avec violence ;
* des signes de pathologie psychique.

Rappelons qu'aucun de ces indicateurs, ni même l'ensemble de ceux-ci, ne peut servir à certifier que tel individu a commis de telles agressions ou en commettra.

Comme dans le cas de l'appréciation de la dangerosité d'un individu, de la prédiction de la récidive, de l'évaluation des capacités parentales, etc., ces indicateurs constituent tout ce dont nous disposons pour émettre des hypothèses sur les probabilités d'un comportement. Cela est vrai tant en ce qui a trait à la prédiction de la violence qu'en ce qui concerne sa « postdiction » (Hall, 1990 ; Monahan, 1981 ; Quinsey 1983). La difficulté de l'un et de l'autre devra inciter l'expert à se baser sur tous les indicateurs disponibles (McGrath, 1991) et cela, aussi bien au nom des droits de l'accusé que, plus important encore, au nom de la protection de la communauté.

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[1] Il convient de distinguer ici le test psychologique du « questionnaire autorévélant ». Ce dernier reste en-deça de ce que nous entendons ici par « test psychologique ».



Retour au texte de l'auteur: Jean-Marc Fontan, sociologue, UQAM Dernière mise à jour de cette page le mardi 17 février 2015 14:29
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur associé, Université du Québec à Chicoutimi.
 
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