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Collection « Les sciences sociales contemporaines »

Une édition électronique réalisée à partir du texte d'Hubert Van Gijseghem, “Le crime féminin et masculin: deux expressions d'une même délinquance.” in Revue québécoise de psychologie, vol. 1, no 1, février 1980, pp. 109-122. [Le 30 janvier 2014, l'auteur, Hubert Van Gijseghem, nous accordait son autorisation formelle de diffuser, dans Les Classiques des sciences sociales, en accès ouvert et gratuit à tous, toutes ses publications.]

[109]

Hubert Van Gijseghem, Ph.D.

psychologue, professeur émérite, Université de Montréal

Le crime féminin et masculin:
deux expressions
d'une même délinquance
.”

In Revue Québécoise de Psychologie, Vol. 1 no 1, février 1980, pp. 109-122.

Résumé
INTRODUCTION
A. DONNÉES GÉNÉRALES SUR LA DELINQUANCE FÉMININE

1. À propos de l'accroissement de la délinquance chez la femme.
2. À propos des modifications relativement à la « forme » de la délinquance féminine.

B. QU'EST-CE QUE LE PHÉNOMÈNE DE LA DÉLINQUANCE ?
C. COMMENT ENTREVOIR LE TRAITEMENT
CONCLUSION
Références


RÉSUMÉ

Une étude critique est faite de certains énoncés à la mode tel que « la délinquance féminine augmente ou change de forme ». Cet article essaie de démontrer qu'au delà des formes, il y a une dimension de personnalité qui est fondamentalement la même chez la femme et chez l'homme délinquant.

À partir de l'oeuvre de Yochelson, Kohut et des observations de l'auteur, l'hypothèse est avancée selon laquelle le phénomène de la délinquance prend sa place parmi les manifestations du narcissisme pathologique, telles que la perversion, la toxicomanie ou d'autres troubles du caractère narcissique. La délinquance trouverait ainsi son origine dans la tentative de l'individu de se replacer dans une union diadique avec une mère toute-puissante, et cela par la recherche compulsive d'une forme d'excitation extatique.

Des implications quant au traitement sont également envisagées.


INTRODUCTION

Ceux qui s'intéressent à la délinquance féminine se sont plaints longtemps du petit nombre de publications dans le domaine, d'autant plus qu'une avalanche d'études très fouillées sur la délinquance masculine ne cesse de se produire. Depuis quelques années cependant, le vent semble tourner : fortement négligée jusque-là, la criminalité de la femme a, presque subitement, connu une grande popularité chez les criminologues. Les raisons de cet intérêt soudain sont sans doute multiples. Le fait que le comportement délictueux de la femme semble s'intensifier peut en être une. L'essor récent des ouvrages sur la femme, son rôle, ses fonctions, peut en être une autre. Le mouvement féministe avec son désir de « mettre la femme sur la carte » est une troisième raison non négligeable. Les gens éveillées à la reconnaissance de la femme se sont rendus compte qu'en criminologie comme ailleurs, la femme n'était pas prise au sérieux. Ses délits demeuraient sous-estimés sinon ignorés : on les attribuait à l'influence de l'homme, comme si la femme, même de ses crimes, ne pouvait être responsable ; et quand ces délits étaient pris en considération, leurs auteurs étaient protégés plutôt que punis, comme il en est de tous ceux qui sont présumés faibles et démunis. [110] Ce sont là quelques-unes des raisons invoquées dans la littérature criminologique pour expliquer le silence relatif qui a entouré les statistiques sur la criminalité féminine à venir jusqu'à la dernière décennie. Les cours de justice, sources de ces statistiques, péchaient probablement de la même manière que les observateurs du phénomène ; elles évitaient de rendre aux femmes ce qu'elles avaient dûment mérité : des accusations formelles, des condamnations consécutives et donc des statistiques réalistes.

Les statistiques changent dramatiquement ces dernières années : non seulement la femme fait l'objet d'accusations et de condamnations plus nombreuses (Markley, 1974 ; Sandhu, 1977 ; Bertrand, 1979 ; Crites, 1976 ; Adler, 1975 ; Vedder & Sommerville, 1970), mais ses délits semblent contenir plus de violence (Shacklady Smith, 1978 ; Markley, 1974 ; Sandhu, 1977 ; Vedder & Sommerville, 1970). Auparavant, les quelques condamnations féminines concernaient principalement le vol à l'étalage et la délinquance sexuelle. Maintenant, toujours selon les observateurs, la délinquance féminine ressemble de plus en plus à sa contrepartie masculine.

Tout ceci nous amène à nous poser une série de questions cruciales : la délinquance chez la femme augmente-t-elle réellement ? La délinquance chez la femme change-t-elle de forme ? Et nous pourrions ajouter la question classique : la délinquante, dynamiquement parlant, est-elle différente du délinquant ? Finalement, nous voudrions nous interroger sur la nature même du phénomène de la délinquance féminine ou, si nous pouvons nous permettre de révéler immédiatement notre hypothèse de base, sur la nature du phénomène de la délinquance tout court.

A. DONNÉES GÉNÉRALES
SUR LA DELINQUANCE FÉMININE


1. À propos de l'accroissement
de la délinquance chez la femme.


Selon les statistiques rapportées par différents auteurs (cf. supra), la délinquance féminine augmente de trois à dix fois plus vite que la délinquance masculine. Sur la foi des actes délictueux enregistrés, nous sommes donc obligés de répondre par l'affirmative à la première question soulevée plus haut. Cependant, dans le champ des sciences humaines, l'observateur avisé accorde un crédit relatif aux statistiques. Dans le présent domaine tout particulièrement, une prudence extrême s'impose à cause des ambiguïtés du concept de délinquance. Ce concept peut, en effet, tantôt référer à une structure de personnalité délinquante, tantôt à la violation d'une loi (suivant ici le sens légal), et finalement, à l'étiquette apposée suite à une arrestation et/ou condamnation par le système judiciaire. C'est évidemment ce dernier sens qui est évoqué par les statistiques gouvernementales, alors que certaines études sociologiques produisent des chiffres relatifs au sens légal suite à l'utilisation de questionnaires du genre « avez-vous déjà fait... ». Quant à la structure de la personnalité délinquante, elle échappe aux chiffrages et intéresse peu la criminologie. La seule évidence que nous ayions à son sujet est fournie par [111] le contact clinique et par l'étude approfondie du style de vie et de pensée des personnes qui la manifestent. Ici, nous nous inscrivons carrément dans la ligne de pensée de Yochelson et Samenow (1976 ; 1977). Ces auteurs voient la personnalité criminelle comme une structure qui transcende toutes les couches de la personnalité et qui détermine aussi bien un patron de penser qu'un patron d'agir, principalement centrés sur le désir de maintenir des sensations d'excitation et de puissance, et cela, par des moyens fondamentalement asociaux. Cette structure qui, à notre avis, s'avère psychogène (c'est là que nous nous écartons des auteurs mentionnés) ne se manifeste pas nécessairement par des réponses affirmatives aux questions classiques des investigations sociologiques, ni, à fortiori, par des arrestations ou des condamnations.

Par conséquent, là où nous observons un accroissement numérique de détections, d'arrestations et de condamnations, nous ne pouvons guère conclure à une augmentation du nombre de personnes porteuses d'une « structure de caractère » délinquante, qu'il s'agisse d'hommes ou de femmes.

La question reste tout de même ouverte ! Dans les statistiques criminelles, la délinquance féminine ne compte que pour dix à quinze pour cent de la criminalité totale. Ce faible pourcentage, dans la littérature sur la question, a toujours fait l'objet d'explications les plus diversifiées. Ces explications, M.A. Bertrand (1979) les range en trois classes : les biologismes, les sociologismes et les psychologismes, dénonçant par la terminaison « isme » l'utilisation abusive et exclusive d'arguments puisés à même chacune de ces disciplines. Nous ne sommes pas en désaccord avec cet auteur dont le livre récent est des plus éclairants en ce qui concerne les chiffres et leur interprétation. Néanmoins, dans notre propre tentative d'explication, nous prenons le risque de pécher par psychologisme. À partir de notre point de vue, nous posons la question suivante : s'il est vrai que la délinquance tient à une structure de caractère plutôt qu'à la détection ou à la condamnation et qu'il peut donc y avoir au départ autant de femmes que d'hommes délinquants, comment se fait-il que la femme, dans les statistiques, soit si fortement sous-représentée ? La femme aurait-elle des caractéristiques culturelles, donc acquises, qui lui permettraient de se tenir à l'abri de la justice dans une proportion de dix contre un comparativement à son homologue masculin ? C'est là que nous nous apparentons à Pollak (1950), sévèrement accusé de « psychologisme », et qui, dans son livre désormais classique, s'oppose à l'idée voulant que la femme soit moins délinquante que l'homme (et cela, nonobstant les statistiques). [1]

[112]

Selon Pollak, la femme avait une « délinquance masquée » parce que ses opportunités d'expression asociales se limitaient jusqu'à récemment, à un territoire plutôt restreint (la famille, le voisinage, le magasin du coin). Cet état de choses lui permettait d'échapper à la détection et donc aux statistiques. Cela correspond d'ailleurs assez bien au concept de « visibilité » que M.A. Bertrand met de l'avant et par lequel elle explique en partie l'augmentation de la délinquance féminine : la femme accuse une participation accrue aux activités extra-familiales et s'attire, éventuellement, une vigilance nouvelle de la part du corps policier. Nous retenons certes l'hypothèse de Pollak relativement à la délinquance cachée. Pour des raisons socioculturelles et par la force des choses, la femme a longtemps appris, de mère en fille, à masquer ses sentiments, y compris ses sentiments d'agressivité, de révolte, de déplaisir ; c'est d'ailleurs ce qui lui attira par surcroît une réputation négative : elle demeurait et demeure perçue comme moins directe, plus cachotière que l'homme, donc aussi comme potentiellement plus dangereuse. En fait, l'homme craint ce côté « sorcière » dans la femme et, comme mesure contraphobique, adopte une attitude protectrice et condescendante à son égard. Cet état de choses, sans contredit, encourage sérieusement la non-détection du méfait féminin et, s'il y a détection, diminue le risque d'une condamnation.

Nous ne pouvons donc pas affirmer que la délinquance féminine augmente. Tout au plus pouvons-nous comprendre qu'elle a toujours été fortement sous-estimée pour une multitude de raisons, dont quelques-unes viennent d'être soulevées. Il est toutefois indéniable que la détection du crime féminin augmente et conséquemment, nous sommes témoin d'un sérieux rétrécissement de l'écart numérique existant entre les femmes et les hommes traduits en cour annuellement.

Dès lors, la question n'est plus : « pourquoi la criminalité féminine augmente-t-elle ? », mais plutôt, si nous nous fions davantage aux faits : « pourquoi la criminalité féminine devient-elle plus détectée ? » La réponse à cette nouvelle question s'ébauchera en puisant à de multiples facteurs. Une hypothèse toute prête réside dans le fait que les raisons de la faible détection du crime féminin n'ont plus tellement cours aujourd'hui. Bien qu'elles furent autrefois fondées, la conjoncture socio-culturelle actuelle relative au statut féminin les éclipse. Par exemple, nous pouvons facilement nous imaginer que, grâce aux pressions des mouvements féministes, la femme soit maintenant prise davantage au sérieux, même dans son crime ; qu'elle soit moins protégée comme une enfant mais plutôt traitée comme un citoyen, au même titre que l'homme. Nous observons d'ailleurs déjà une moins grande tolérance (voire paternalisme condescendant) de la part du corps policier et de l'appareil judiciaire face aux méfaits de la femme.

Depuis la dernière décennie, l'expression et l'action des femmes connaissent une large expansion malgré la survivance du double standard. La femme d'aujourd'hui jouit d'une mobilité physique et [113] psychologique dont la génération précédente ne pouvait même pas rêver : elle travaille en dehors de la maison, elle établit des relations en dehors de la famille, elle s'intéresse à des domaines qui, traditionnellement, relevaient de l'homme. Son rôle de reproductrice décline au profit du rôle de productrice, bien que le premier conserve de fortes assises, du moins dans les attitudes et les perceptions inconscientes.

Tout cela, répétons-le, n'augmente pas nécessairement le nombre de femmes porteuses de ce que nous appelons une « personnalité criminelle ». Par contre, et c'est là le point crucial de notre argumentation, parce que le statut social de la femme change et que les opportunités qui s'offrent à elle s'élargissent, les manifestations concrètes de sa délinquance vont également se modifier. Ce n'est pas la délinquance qui change, mais bien la forme de l'acte « délinquant ». Ce changement de forme de la délinquance féminine la rapproche de la délinquance masculine, ce qui encourt plus de détection, moins de tolérance, plus de condamnations de la part de l'appareil judiciaire, et plus d'inquiétude de la part des observateurs de la société.

C'est ce point que nous voudrions maintenant développer.

2. À propos des modifications relativement
à la « forme » de la délinquance féminine.


Les statistiques et les analyses portant sur le phénomène de la délinquance sont unanimes : la nature de la délinquance féminine change (Adler, 1975 ; Crites, 1976 ; Kratcoski et Kratcoski, 1975 ; Simon, 1975 ; Shacklady Smith, 1978 ; Wise, 1967). Elles indiquent que chez la jeune délinquante, la violence augmente, dépendamment des sources, deux, cinq ou dix fois plus vite que chez le garçon. Il est vrai que les premiers motifs de référence au tribunal restent le vol sans violence, l'immoralité sexuelle et l'incorrigibilité. Néanmoins, les crimes de violence gagneraient proportionnellement en importance. Mais encore là, il s'agit d'un faux problème. [2]

Avec Blos et consorts (Blos, 1957, 1969 ; Catalino, 1972 ; Friedman, 1971 ; Goldsmith, 1963 ; Kaufman, 1945 ; Konopka, 1966 ; etc.), nous sentions aussi, il y a plus d'une décennie, que la délinquance féminine était fondamentalement une délinquance sexuelle puisqu'à cette époque, la femme utilisait son corps plus souvent qu'à son tour pour transgresser les normes établies. En travaillant longtemps auprès d'elles, comme d'autres, nous nous sommes finalement rendus compte qu'identifier délinquance féminine et délinquance sexuelle constituait une fâcheuse illusion d'optique. [3]

[114]

Les formes, les modes d'expression, les couleurs changent au gré des modes, des normes et des opportunités de l'époque et du lieu, au gré même de la terminologie et des intérêts de l'observateur. Mais le phénomène de la délinquance in se ne change pas. Hier, les praticiens de l'appareil judiciaire parlaient d'« incorrigibilité » et de « délinquance sexuelle » en raison des normes que la culture imposait aux filles : chasteté exemplaire et soumission aveugle aux parents. La délinquance de la fille était donc rapidement, statistiquement et moralement appelée : « délinquance sexuelle ». La part masculine de ces méfaits sexuels était tenue pour négligeable et jamais on ne référait à la Cour les partenaires mâles qui violaient néanmoins la même loi.

Par contre, les garçons étaient référés pour vol ou vandalisme, la société leur imposant comme norme le respect de la production et de la propriété. La transgression leur valait donc l'étiquette de voleur ou agresseur. Tout cela se faisait au nom d'une idéologie sexuelle normative et nonobstant des statistiques qui, malgré tout, ont toujours cité le vol comme premier délit en importance chez la femme (Heidensohn, 1968).

Pourtant, à la même époque, ce que les dossiers des filles comprenaient sous « incorrigibilité » débordait largement le cadre des relations sexuelles indues quant à l'âge, le partenaire ou le lieu. En somme, il y avait sous ce terme, tout ce qu'elles pouvaient faire, et une étude approfondie de leur mode de vie démasquait des activités asociales étonnamment multiples (Wise, 1967 ; Kratcoski et Kratcoski, 1 975 ; Chesney-Lind, 1 974). Toutefois, les essais de conceptualisation ne maintenaient le focus que sur la forme d'une partie de ses agirs étiquetés comme « délinquance sexuelle ». Cela la distinguait donc inéluctablement du garçon. Tous les auteurs de l'époque s'accordaient à proclamer que délinquance masculine et délinquance féminine constituaient deux phénomènes différents et trouvaient leurs sources dans des expériences infantiles distinctes. La personnalité de la femme s'avérait, bien sûr, beaucoup plus primitive et pathologique que celle de l'homme. [4]

La nature de la délinquance féminine ainsi établie comme étant fondamentalement sexuelle, on avait tôt fait d'en trouver la cause dans son développement psychosexuel. Celle-ci variait de la pseudo-hétérosexualité, comme défense contre une régression homosexuelle vers la mère préoedipienne, aux troubles de résolution de l'oedipe, en passant par l'évitement du père potentiellement incestueux (par exemple : Blos, 1969). Le tour était joué !

[115]

À l'époque où l'attitude générale face à la sexualité change, et cela bien en dehors des cercles délinquants, ce genre d'explication psychodynamique apparaît de moins en moins concluant. Une activité sexuelle précoce est loin d'être de nature « délinquante » au sens dynamique du mot. Le moins que nous puissions dire est que l'activité sexuelle de la fille délinquante a un sens différent de l'activité sexuelle vécue par la fille dite normale. Nous aurons l'occasion de revenir sur ce « sens » plus loin. Ce que nous voulons mettre en relief ici : nous ne pouvons guère bâtir une conceptualisation, ni d'ailleurs une sémantique, sur la foi des « formes » et expressions que prend un phénomène. Aussi devons-nous réfuter comme futiles les typologies de la jeune délinquante basées sur le genre de délit, comme en dressent certains auteurs (par exemple : Vedder & Somerville, 1970). Il est futile aussi de crier au new breed de délinquantes, comme les média ne manquent pas de le faire (par exemple : Time Magazine, 1977), invoquant le fait que les délits féminins s'écartent de la ligne traditionnelle.

Par contre, il nous apparaît de plus en plus clair que, même si les formes tendent à changer, le patron sous-jacent demeure le même.

C'est en étudiant ce patron sous-jacent que nous nous sommes rendu compte, et nous en sommes de plus en plus convaincus, que la différence réelle entre la personnalité délinquante de la fille et celle du garçon est négligeable. Nous voyons à l'oeuvre les mêmes mécanismes, les mêmes types de raisonnement, la même pensée magique, bien que les modes d'expression fluctuent selon les attentes et les normes du milieu et selon les opportunités. Nous pouvons affirmer également que la personnalité délinquante, indépendamment du sexe, puise sa structure dans les mêmes expériences de base et exprime fondamentalement un désir analogue malgré les apparences. D'autres auteurs partagent le même point de vue (Chesney-Lind, 1974 ; Kratcoski & Kratcoski, 1975 ; Markley, 1974 ; Sandhu, 1977 ; Wise, 1967).

B. QU'EST-CE QUE LE PHÉNOMÈNE
DE LA DÉLINQUANCE ?

Puisque nous situons cette réflexion dans une optique psychodynamique et non dans une optique descriptive ou légale, nous devons nous intéresser à une forme de définition dynamique. Nous avons toujours été relativement satisfaits de la définition de Eissler (1949), selon laquelle la délinquance, au sens dynamique du terme, devait comporter simultanément trois critères de base : une persistance du principe de plaisir au dépens du principe de la réalité ; une agressivité tournée vers l'extérieur (et donc à caractère alloplastique) ; et finalement des attitudes réfractaires aux valeurs, émergeant au consensus social. Cette définition était à la fois assez restrictive pour circonscrire le sens d'un acte plutôt que sa description, et assez large pour laisser place à une foule d'hypothèses génético-économico-structurales supplémentaires. Aussi, dans le seul domaine psychanalytique, les interprétations les plus diversifiées du [116] phénomène de la délinquance étaient-elles données. Néanmoins, la définition d'Eissler avait le mérite de rapprocher implicitement la délinquance masculine de la délinquance féminine. Aussi bien le vol et le vandalisme du garçon que la « délinquance dite sexuelle » de la fille convenaient à cette définition, puisque ces délits comportaient à la fois un élément de persistance du principe du plaisir, un élément d'enfreinte des valeurs historico-sociales (telles la « production » pour le garçon ou la « reproduction » pour la fille) et enfin un élément d'agression ou d'exploitation du monde ambiant.

La définition d'Eissler permettait ainsi de situer la délinquance des deux sexes comme équivalente quant à leur signification dynamique. S'il y avait là un tour de force, il rencontrait l'opposition de la plupart des théoriciens, tant de ceux qui appartenaient à des écoles sociologiques ou criminologiques que de ceux qui, comme nous avons vu plus haut, se réclamaient de l'optique psycho-dynamique.

Néanmoins, nous aimerions pousser plus loin le rapprochement des deux « délinquances » dans ce qui suit.

Nous référions plus haut à l'étude de Yochelson et Samenow (1976) qui offre une description magistrale de ce qu'est la personnalité criminelle. Les auteurs campent cette personnalité comme absolument originale et porteuse de caractéristiques claires qui transcendent la forme, la quantité ou les circonstances mêmes du crime. Le criminel ne serait pas le produit d'une carence ou d'un manque affectif infantiles mais il choisirait, tôt dans sa vie, un chemin opposé à la responsabilité. Malgré cette référence capitale au « choix » du criminel, les auteurs semblent s'orienter vers une théorie tempéramentaliste de la délinquance, ce dans quoi, d'ailleurs, nous ne les suivons pas du tout. Attardons-nous néanmoins à ce qu'ils appellent « l'esprit criminel ». Tout d'abord, la pensée et l'agir du délinquant sont vus comme inhérents au même continuum indissociable et font partie du même patron criminel. Ce patron vise à garder élevé un taux d'excitation apparemment indispensable au criminel. L'excitation s'alimente au sentiment d'être spécial, différent, « hors-la-loi », puissant et dominant, de même qu'à la sensation d'avoir l'autre à sa merci en termes de conquête, contrôle, exploitation. L'image du soi tout-puissant est primordiale et doit être constamment maintenue pour éviter ce que les auteurs appellent le zero-state, c'est-à-dire le sentiment de n'être rien. Le maintien du taux d'excitation est assuré par le crime ou par la pensée criminelle, antidotes idéals de « l'état-zéro ».

Le criminel accumule ainsi un nombre incalculable de méfaits, et cela, dans tous les domaines. Ce qui les caractérise, ce n'est pas tant leur forme (sexuelle, violente, accaparante) que leur source, c'est-à-dire le besoin d'excitation, élément organisateur de toute cette panoplie d'actes et pensées. Dans cette optique-là, les distinctions superficielles entre la délinquance féminine et la délinquance masculine s'effacent tout naturellement. Les deux délinquances relèveraient d'un même patron fondamental.

[117]

Nous sommes pleinement en accord avec cette façon de voir les choses. Cependant, compte tenu de notre propre optique, nous aimerions en quelque sorte situer cette conceptualisation dans une approche métapsychologique. Nous espérons, par là, toucher à l'essence même de la délinquance.

Le concept-clé autour duquel tournerait le phénomène de la délinquance est le narcissisme. Kohut (1971) et d'autres ont suggéré que la délinquance puisse constituer une avenue parmi d'autres à la personnalité narcissique. Elle prendra sa place en effet parmi d'autres manifestations du narcissisme pathologique telles que la perversion, la toxicomanie et d'autres troubles à caractère narcissique.

La personnalité narcissique, rappelons-le, résulte de l'expérience infantile où le sujet échoue dans ses tentatives de différenciation par rapport à la mère toute-puissante. Il pérennise donc cette fusion toute-puissante où l'objet, si objet il y a, se trouve investi dans la mesure même où il confirme, tel un miroir, ce « soi grandiose », ou la puissance du sujet. L'autre existe alors, en autant que le sujet peut y projeter sa propre « grandiosité ». En termes kleiniens, l'expérience infantile chez ces sujets n'a pas accédé à la position dépressive, c'est-à-dire à cette position où, se dissociant de la mère, il fait son deuil de l'union fusionnelle et fait face à la séparation ainsi qu'à sa propre petitesse, son impuissance et ses failles. En maintenant le phantasme de communion à la mère toute-puissante, l'individu sera finalement toujours frustré par la réalité et devra à tout prix recourir à la construction d'un « soi grandiose » le garantissant contre le « dégrisement » et la position dépressive. Chez le délinquant, la recherche compulsive d'excitation réussit à recréer cette illusion de la communion et permet donc d'éviter la dépression. On retrouve, en effet, cette recherche d'excitation continue aussi bien dans la toxicomanie et dans la perversion que dans le patron délinquant. Tout le scénario est mis en place pour maintenir l'état extatique où il n'y a ni solitude, ni dépouillement.

La personnalité délinquante dégage clairement tous les signes de cette quête compulsive : aspiration incessante aux sentiments de puissance et d'invulnérabilité ; soumission à la. loi du « tout ou rien » ; pensée magique ; recherche d'un taux d'excitation continu (le high) ; assurance d'être une exception ; caractéristiques de la relation objectale à l'effet que l'autre existe comme outil, ou objet d'exploitation ; évitement acharné de toute expression de faiblesse, de toute solitude ou de toute émergence de l'état-zéro.

Une question demeure : qu'est-ce qui oriente un enfant enchaîné à la diade narcissique vers la délinquance plutôt que vers d'autres troubles narcissiques ? Nous croyons que chez le délinquant, les vicissitudes de la diade narcissique revêtent un caractère distinct en comparaison du futur pervers ou du futur toxicomane. Dans tous ces cas, il s'agit sans doute d'une diade où, par un concours de circonstances, l'enfant est laissé trop longtemps dans l'illusion de la fusion avec la mère, probablement parce que cet enfant vient [118] colmater un manque correspondant chez sa mère. Mais, et c'est là que peut se situer la différence, la mère du futur délinquant établit avec son enfant un genre de relation « yo-yo » : son sevrage est répétitif, agressif, et aboutit inéluctablement à la restauration de l'illusion fusionnelle. La différence se situe donc, à notre avis, dans l'aspect répétitif de la brisure de la diade, alternant avec la récupération. L'enfant, dans un tel contexte, devra se protéger selon le modèle qu'il connaît, à savoir : le mode agressif. Les prémisses de la délinquance ou la protodélinquance résident dans une recherche acharnée et continue de la part de l'enfant de se replacer dans la position de communion, du sentiment de toute-puissance et par la quête, dût-elle être agressive, d'excitation, si nécessaire à la protection contre le dégrisement. Nous nous retrouvons ici d'accord avec l'ancien point de vue psychanalytique selon lequel la délinquance serait un syndrome qui met l'être à l'abri de la maladie mentale et surtout de la dépression. Selon le présent point de vue toutefois, ce syndrome se solde par une régression vers une position plus primitive que celle de la dépression, en ce qu'il aboutit au narcissisme pathologique.

C. COMMENT ENTREVOIR
LE TRAITEMENT

Tous ceux qui ont prétendu pouvoir « guérir » le délinquant ont établi des approches qui avaient, au moins, certaines caractéristiques en commun. L'unanimité se retrouve en tout cas dans la position toute-puissante du thérapeute devant le délinquant qui gagne à être impressionné par celui-ci. Aichorn (1925) et Eissler (1949), son héritier conceptuel, se présentaient clairement à leur client comme une figure de délinquant potentiel, doté d'habilités supérieures aux siennes, mais dont le choix de vie avait emprunté les chemins de l'honnêteté et de la responsabilité. Ainsi, le délinquant se laissait apprivoiser par le spectre du « moi-idéal » criminel pour entrer finalement dans un genre de relation-miroir. Selon ces auteurs, cette admiration du client à leur égard est essentielle à l'établissement d'une alliance thérapeutique. Nous retrouvons la même attitude, quoique fondée sur une conceptualisation différente, chez Kohut (1971, 1977). Dans son exercice thérapeutique, cet auteur laisse se développer le transfert-miroir grandiose et permet au client de se blottir quelque temps dans cet état fusionnel. Il constate que le transfert-miroir assure au client un état de sécurité, diminuant sa peur de la brisure répétitive et non assumable qu'il a connue dans son enfance. Cette expérience fusionnelle temporaire mais sécure prépare le client à confronter son soi grandiose avec la réalité, puisque c'est précisément la menace d'être brusquement jeté hors de cette diade qui accrochait l'individu à cette position narcissique régressive. Enfin, dans la pratique de Yochelson et Samenow (1976, 1977), nous retrouvons cette même attitude, à son tour basée sur un rationnel différent. Dans leur premier contact, ils se posent comme des êtres omniscients : ils savent tout de leur client et ont une connaissance quasi magique du fonctionnement de l'esprit criminel. Investi ainsi d'une telle qualité toute-puissante, le praticien acquiert [119] un fort ascendant sur le client, condition pré-requise à l'alliance thérapeutique.

Ce n'est pas par hasard si tous ces auteurs, bien qu'ils invoquent des rationnels différents et soient totalement indépendants les uns des autres, adoptent, dans les premiers temps du traitement, une attitude et une pratique factuellement identiques. Que cette pratique soit exclusivement adressée aux criminels ne tient pas davantage du hasard. Nous retrouvons en effet dans la délinquance la dynamique propre du narcissisme pathologique. En plus, sur lé plan transréférentiel, le transfert-miroir doit d'abord s'installer et être vécu pendant un certain temps avant de prédisposer l'individu à une démarche ultérieure. Il semble donc que la communion avec la figure toute-puissante du thérapeute établisse chez le client l'espace requis où il pourra progressivement délaisser son illusoire toute-puissance personnelle et parvenir à en faire son deuil.

Nous avons souvent pu observer qu'un processus analogue se déroule dans la rééducation de la jeune fille délinquante. Disons d'abord, afin de situer le lecteur, que nous sommes de ceux qui préconisent la nécessité d'un arrêt de tout agir délinquant, ce qui n'est pratiquement possible qu'en milieu fermé (bien que le degré « sécuritaire » d'un milieu soit loin d'être garantie d'un arrêt d'agir, comme le milieu carcéral adulte nous en donne la triste preuve). Si le milieu réussit à endiguer l'agir, source d'excitation nécessaire au délinquant, celui-ci n'aura pas d'autre issue que de chercher d'autres sources d'excitation indispensables à la survie de son illusion de toute-puissance, elle-même garante de son intégrité narcissique. Cette nouvelle source, si les conditions sont favorables, peut se trouver dans l'éducateurà travers une relation du type miroir, c'est-à-dire narcissique. Et nous remarquons effectivement que l'éducateur se trouve rapidement investi de puissance et de multiples atouts invraisemblables, c'est là le résultat des projections narcissiques qui n'ont, en fait, rien à voir avec les qualités réelles de l'éducateur. Il ne s'agit donc pas ici de mécanismes d'introjection ou d'identification comme nous aurions tendance à le croire et à l'espérer. Il s'agit encore du phénomène purement narcissique de projection : c'est-à-dire la création d'une idole qui permet au délinquant de maintenir le high et de maintenir ainsi sa propre illusion de toute-puissance. L'éducateur ou le thérapeute de ce milieu gagnent à tolérer cette situation qui permet au délinquant de se complaire, un bout de temps, dans ce genre de transfert. Mais celui-ci, à la longue, s'avère lourd à porter en ce qu'il n'accorde pas de réelle existence au thérapeute. Pourtant, l'agir proprement dit étant endigué, peu à peu la « mentalisation » prendra place : la projection narcissique prend les voies inédites de l'image, du désir, des rêves grâces aux énergies que libère le renoncement à l'agir. Cette nouvelle relation-miroir diffère radicalement de la relation objectale originale : cette fois, l'objet reste identique à lui-même, il accuse une stabilité qui désamorce graduellement la première expérience fusionnelle où s'entrecroisaient le rejet et la récupération. Et dans la présente conjoncture, [120] cette relation, fondamentalement narcissique et d'abord source d'excitation, tend à se modifier lentement mais sûrement. Les perceptions que le délinquant entretenait à l'égard de l'éducateur s'objectivent : grâce à la mentalisation, il commence à s'approprier son propre désir en le distinguant de celui de l'autre. Il met l'éducateur au monde et parallèlement, il accouche de lui-même. Grâce à la thérapie de groupe, nous avons été témoins à quelques reprises de cet incroyable événement où le délinquant lâche son ancien « fun », renonce à son besoin inassouvissable d'excitation et où, supporté par la relation intense avec l'éducateur, il commence à faire le deuil de sa toute-puissance. Il saisit que ce qu'il tenait à bout de bras, ce n'était qu'une illusion. Habituellement, c'est là aussi que le délinquant vient au terme avec son passé, il devient capable de repenser et d'objectiver les choses et les événements. Il parvient à situer dans leur juste lumière les blessures, les chambardements et les événements traumatiques. Il comble les lacunes que son illusion avait magiquement masqués. Récupérant ainsi son passé historique, le délinquant reconnaît ce moment de la vie enfantine où il fit le choix d'être « tough », se couvrant ainsi du bouclier narcissique de puissance que lui procurait l'attitude alloplastique. Il reconnaît que cette attitude alloplastique lui donnait suffisamment d'excitation pour éviter la souffrance du vide relationnel. Grâce au processus de mentalisation, supporté par la consistance de l'autre, il sort de ce faux paradis où le maintenait jadis la « communion » magico-mystique délinquante. Pour « guérir », il est appelé à franchir le seuil difficile de son narcissisme : délaisser cette fausse couverture de la pensée magique et de l'excitation délinquante qui composaient sa toute-puissance. Et délaisser, cela veut dire accéder à ce que Mélanie Klein appelle la position dépressive. Tel l'enfant à l'issue de la diade primitive, il doit reconnaître qu'il est seul et démuni et que, pour devenir quelqu'un, il aura besoin de temps et d'efforts. Dorénavant, le temps et les délais ne seront plus source de frustration ou de zéro-state, mais s'investiront de souvenirs et d'anticipations ; dégagé de la recherche d'excitation magique et immédiate, il s'ouvre aux émois relationnels. Le deuil, accompagné d'une certaine forme de dépression, l'attend inévitablement, mais cette fois-ci, contrairement à l'expérience passée, ce deuil est supportable puisqu'il a lieu dans le contexte d'une relation consistante et fiable. La régression vers l'illusion n'étant plus nécessaire, la magie est déjouée.

CONCLUSION

Ce que nous avons essayé de démontrer dans cet article est que, au-delà des formes qui sont déterminées par des facteurs socioculturels, il n'y a pas de différence entre l'homme et la femme en ce qui a trait au phénomène de la délinquance. Ce phénomène, peu importent ses formes d'expression, s'inscrit dans un syndrome caractérisé par la recherche compulsive d'excitations susceptibles de maintenir chez l'individu l'illusion de sa toute-puissance. C'est là une description on ne peut plus claire du narcissisme pathologique.

[121]

Cette affirmation nous écarte des préoccupations à la mode, selon lesquelles « la délinquance féminine augmente » ou « la délinquance féminine devient plus violente », etc. Tout en acceptant la véracité éventuelle de ces énoncés, nous les situons comme tout à fait secondaires eu égard à la préoccupation de comprendre réellement le phénomène de la délinquance.

En cherchant à retracer la psychogénèse de la délinquance, nous nous écartons également des théories sociologiques, situationnelles et tempéramentalistes élaborées autour de ce phénomène. Et, à ce titre, nous avons exposé notre conviction à l'effet que la délinquance tire son origine de la diade mère-enfant dans laquelle se sont immiscées des perturbations telles, que l'individu, acculé à l'auto-protection, s'est enferré dans l'illusion permanente de sa toute-puissance et dans une pensée magique éminemment narcissique.

Enfin, nous croyons que cette piste d'analyse du phénomène délinquant peut avoir des retombées significatives sur l'aspect traitement, en ce qu'elle éclaire singulièrement le processus d'interaction éducateur-délinquant.

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[1] Certaines données insinuaient néanmoins la similarité entre les « deux délinquances ». Ainsi, l'enquête de Wallerstein et Wyle (1947), utilisant un questionnaire de délinquance autorévélée, indique des résultats démontrant l'équivalence quantitative et même qualitative de la délinquance féminine et masculine. L'étude de Wise (1967) donne des indications dans le même sens.

[2] Nous sommes d'accord avec M.A Bertrand quand elle écrit à propos des chiffres officiels concernant le motif des arrestations : « Ces statistiques reflètent au mieux une partie des activités de la police. Ces activités à leur tour, ne sont qu'un reflet des priorités qu'un État ou qu'une minorité dominante impose aux agents de répression et de la perception de ces derniers quant à l'importance d'un délit. » (1979, p. 36).

[3] Comme l'ont d'ailleurs démontré plusieurs auteurs tels que Florence Rush, 1972 ; Frances Heidenshohn, 1968 ; Meda ChesneyLind, 1974 ; Francine Biais, 1976 ; Lesley Schacklady Smith, 1978 ; Marie-Andrée Bertrand, 1979.

[4] Shacklady Smith (1978) croit Que le préjugé selon lequel la délinquance féminine est un phénomène plus pathologique que celle de l'homme, vient du fait que cette délinquance était vue comme une perversion de son rôle naturel, qui demande passivité et conformisme. La délinquance de l'homme ne serait due qu'à l'influence du milieu. Selon ce préjugé, vu que la femme, de par son isolement social est moins influencée par le milieu, si elle recourt à la délinquance, c'est qu'elle est plus « malade » !



Retour au texte de l'auteur: Jean-Marc Fontan, sociologue, UQAM Dernière mise à jour de cette page le vendredi 20 février 2015 16:26
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur associé, Université du Québec à Chicoutimi.
 
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