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Collection « Les sciences sociales contemporaines »

Représentation de l'image du candidat Michel J. Martelly durant les campagnes électorales 2010-2011:
analyse du documentaire « 
Sweet-Micky en action ». (2014)
Introduction générale


Une édition électronique réalisée à partir du mémoire de Jackson GERMAIN, Représentation de l'image du candidat Michel J. Martelly durant les campagnes électorales 2010-2011: analyse du documentaire « Sweet-Micky en action ». Mémoire pour l'obtention du grade de Licence en Communication sociale sous la direction du professeur Hérold Toussaint, Département des sciences humaines, Université d'État d'Haïti, décembre 2014, 122 pp.

[14]

Représentation de l’image du candidat
Michel J. Martelly durant les campagnes électorales
2010-2011: analyse du documentaire
« Sweet Micky en action. »

Introduction générale

L‘histoire nationale aux XIXe siècle, XXe siècle et du début du XXIème siècle nous offre, en plusieurs occasions, l’expérience de grandes mobilisations populaires autour d’un leader charismatique. En général, elles sont porteuses de revendications socio-économiques exprimées ouvertement ou véhiculées de façon latente. Chacune a cristallisé soit un vague projet politique de régénération sociale massivement soutenue par des couches opprimées de la population, soit une tentative de conquérir le pouvoir central en vue de réaliser enfin l’intégration dans la Nation de larges secteurs marginalisés des villes et/ou des campagnes. Réparation, intégration, justice sociale condensent les aspirations et les revendications qui ont traversé l’ensemble de ces grands mouvements populaires. Les uns et les autres de ceux-là concrétisent autant de moments saillants des luttes politiques et sociales, avec chaque fois une intensité et une extension particulières [1].

En effet, en Haïti depuis le départ pour l’exil du dictateur Jean-Claude DUVALIER, on assiste à un début d’une transition politique longue et mouvementée. Aujourd’hui, le mouvement social, pourtant porteur d’espérance, s’est effrité peu à peu sous l’effet de tensions internes, de luttes de pouvoir et de clientélisme politique [2]. « […] La rencontre de ces difficultés dans une même conjoncture ouvrit l’espace pour le déploiement autour d’un leader charismatique et/ou d’une personnalité de la société civile, dans de larges mouvements populistes qui prétendent sauver la société du chaos de l’après DUVALIER, c’est-à-dire en réalisant la transformation radicale souhaitée en dehors des normes de fonctionnement du système politique traditionnel ». [3]

Fort de ce constat, en 1990, pour la première fois en Haïti, toutes les couches sociales se trouvent majoritairement emportées par le même élan d’appui à la candidature pour la présidentielle du Père Jean-Bertrand ARISTIDE. Les électeurs étaient tous dans la logique de « La chance qui passe », c’est-à-dire de mettre démocratiquement un président à la tête du pays après plus d’une [15] trentaine années de dictature. Chose qui allait réaliser effectivement le 16 Décembre de la même année. L’irruption sur la scène politique de l’ancien prêtre de Saint-Jean Bosco, Jean-Bertrand ARISTIDE -«Titid » pour ses intimes- provoque une forte mobilisation populaire qui s’attend raisonnablement à des bouleversements importants de l’ordre établi et/ou des structures existantes. Pendant ces élections, on vendait une « image positive » de l’ancien prêtre de St. Jean Bosco. L’opinion publique le représentait comme un messie, un prophète, un homme providentiel au secours du pays, plus particulièrement les laissés-pour-compte.

Plus près de nous en 2006, le retour sur la scène politique, après plusieurs années de silence, l’ancien compagnon du Père Jean-Bertrand Aristide, à savoir René PRÉVAL -«Ti René » pour ses fidèles-, marque un tournant. Lent à la colère, machiavélien, imprévisible, apparemment doucereux et plaisant : voilà quelques caractéristiques de cet héritier d’Alexandre PÉTION, de Sténio VINCENT et de Boisrond CANAL. René PRÉVAL jusqu'à date est le seul chef de l’État ayant bouclé son quinquennat après la douloureuse expérience vécue par la nation avec la dictature trentenaire des Duvalier et les deux gouvernements avortés du père Jean-Bertrand Aristide [4]. Jusqu’ici le refus de l’ancien système prôné par les mouvements sociaux à la chute de la dictature n’est donc pas arrivé à engendrer son antithèse.

Entre-temps, le violent tremblement de terre du 12 janvier 2010 allait affaiblir considérablement à l’intérieur du pays l’image du président PRÉVAL par son silence et son immobilisme. À l’extérieur, le président était sévèrement critiqué pour son indifférence et son insensibilité face à cette tragédie qui avait coûté la vie à presque 300 000 personnes auxquelles il faut ajouter des blessés et une génération de personnes à mobilité réduite due à des amputations et des dislocations. 313 000 bâtiments sont affectés [5]. Sur les douze abritant les ministères, onze sont détruits. Plus de 1 300 établissements d’éducation (près de 80% des infrastructures scolaires sont [16] détruites ou endommagées) et près de 50 hôpitaux et centres de santé sont inutilisables. [6] L’hôpital de l’Université d’État d’Haïti (H.U.E.H), communément appelé hôpital général, possédant les rares équipements médicaux, est démoli. Le port et l’aéroport sont rendus inopérants. Les dégâts physiques causés par ce séisme sont estimés à dix (10) milliards de dollars américains pour être réparés, les principaux édifices publics de la capitale étant détruits [7]. Donc, un pays lessivé, délabré, déstructuré et catalogué par les instances de régulation internationale (ONU, OEA, etc..) comme le seul Pays Moins Avancé (PMA) de l’hémisphère nord.

Quant aux possibilités de changement de la constitution, le président fera des préparatifs pour récidiver dans la politique de doublure qu’il avait merveilleusement consentie auparavant avec son mentor le président Aristide [8]. Il s’agira alors de promouvoir et de lancer une candidature aux prochaines élections présidentielles qui soit à même d’accepter le jeu de doublure, il s’agissait de Jude CÉLESTIN [9]. Ce geste posé par le président PRÉVAL, quelques mois après le séisme dévastateur du 12 janvier, marque plus que jamais la délinquance de l’État haïtien aux yeux de la population [10]. De ce fait, le peuple haïtien sous le choc et profondément traumatisé allait refuser la « continuité » proposée par René Préval aux élections de Novembre 2010 et Mars 2011 en [17] Haïti en endossant la candidature de Jude Célestin [11]. Durant ces élections, le chanteur Michel J. Martelly a été l’un des 19 candidats agrées par le Conseil Électoral Provisoire (CEP).

Dans ce cadre, Michel J. MARTELLY était certes populaire, mais la population ne prenait pas sa candidature au sérieux. La population haïtienne ne le considérait pas comme présidentiable, mais plutôt comme un « outsider» [12]. Personnage atypique, il est à l’opposé du politicien traditionnel haïtien dans son discours et ses gestes. Ainsi, au fil du temps, et à mesure que les joutes se rapprochent, son rêve commence à prendre forme. Les électeurs, privés du droit d’être informés d’un programme cohérent et articulé, se sont pourtant mobilisés par le pouvoir de l’émotion amplifiée par un marketing agressif usant à la fois des moyens médiatiques traditionnels, des nouvelles technologies multimédia et des réseaux téléphoniques autour de la personnalité du candidat à la présidence. Le phénomène Tèt Kale (slogan de campagne, voire de la présidence) a vite gagné du terrain.

Détendu tout au long de la campagne, Michel J. MARTELLY, ex-lead vocal du groupe « Sweet-Micky », est à la fois un acteur et le reflet d’Haïti de l’après 12 janvier : « […] Un pays sinistré, délabré, sous les tentes, sans repères ni certitude d’avenir. Loin d’indigner les laissés-pour-compte et les bredjenn [13], il exerce une fascination sur une large portion de la population qui détient, à défaut d’emploi, d’écoles, de services publics décents, le droit de vote et de protestation énergique. Obnubilé par les attributs et les fastes du pouvoir, Michel J. Martelly incarne un nouveau modèle de dirigeant rock star qui blanchit ses dents avant de les montrer tout sourire et qui sait, plus que tout autre, crever l’écran et poser à son avantage. » [14] […] Au-delà des défauts de ce chanteur-candidat qui a bouleversé le showbiz haïtien avec ses innombrables [18] hits et ses prestations carnavalesques, la hargne, l’humour trivial et les accoutrements surprenants de Sweet-Micky l’ont rendu à la fois fascinant et controversé. [15] L’énergie et le dynamisme dont il fait preuve tout au long de la campagne électorale pour dénoncer le laxisme, le défaitisme, le fatalisme et le cynisme de la classe politique en général et de l’équipe au pouvoir en particulier, ont fait de lui un candidat sérieux pour succéder à René Préval qui avait mal géré l’après séisme du 12 janvier. 

Ainsi, durant toute la période électorale, Michel J. Martelly et son équipe ont placé la barre très élevée puisque les promesses de campagne sont fondées sur  la dénonciation de la corruption, du manque de vision, de la rupture, de l’immobilisme de l’élite politique « traditionnelle », de l’épuisement d’une population enfoncée dans la plus forte vulnérabilité suite au séisme du 12 janvier. Michel J. Martelly incarne, depuis le lancement de la campagne électorale, un nouveau modèle de dirigeant par sa fougue, sa dénonciation du système politique et par ses promesses. Au cours de cette période, il a largement exposé sa vision d’une nouvelle Haïti en faisant rupture avec l’ancien système à travers les quatre (4) E qui constituent les axes principaux de son programme politique aux élections de  2010-2011 : Éducation, Environnement, Économie et État de droit.

En effet, par l’éducation Michel J. MARTELLY envisage la possibilité d’instituer en Haïti un système d’éducation gratuite et obligatoire pour les enfants en âge scolaire ; du même coup construire durant son quinquennat des campus universitaires dans les dix (10) départements du pays. Pour résoudre le problème de la dégradation accélérée de notre environnement, de la bidonvilisation, de l’accumulation des déchets dans les rues et de l’explosion du secteur informel, Michel J. MARTELLY en fait une des priorités de son programme politique. L’économie est l’objet d’une préoccupation majeure pour le candidat de la plate-forme politique « Repons Peyizan » (La réponse paysanne). Il envisage d’étendre à l’échelle nationale les banques de crédit pour faciliter des prêts à faible taux d’intérêt destinés à l’achat des intrants (outillage agricole, semences, engrais, insecticides, pesticides) pour le développement des coopératives agricoles. Instaurer un État de droit est aussi l’une des préoccupations de Michel J. MARTELLY. Dans de nombreux discours, il l’a répété en ces termes : « Un État de droit est [19] celui où la norme est respectée en tout. L’État de droit postule la protection de l’individu et de sa liberté, la finalité du droit est la justice, et cette aspiration de la justice exprime le respect de la personne humaine, c’est-à-dire logements sociaux et prise en charge des enfants de rues dans tout le pays ». [16]

De ce fait, redonner l’espoir aux Haïtiens qui se retrouvent immobilisés dans des habitats fragiles [17], des rues bordées de décombres [18] et engager avec eux la bataille pour le pain [19] et la paix : voilà les rêves de Michel J. MARTELLY, perceptibles à travers ses nombreux discours au cours de la campagne électorale de Novembre 2010 à Mars 2011. Ces rêves traduisent sa volonté d’instaurer un leadership cohérent, capable de susciter la confiance du peuple et d’étayer son action politique en fonction des exigences de la rénovation structurelle de l’État, doté désormais de la capacité de travailler à la modernisation du pays, la transformation de l’économie, la réhabilitation de l’écologie pour l’amélioration des conditions de vie des majorités.

En revanche, par rapport à ces quatre (4) axes clés dégagés par Michel J. Martelly tout au long de la campagne électorale et qui constituent en gros son programme politique durant les élections de Novembre 2010 et de Mars 2011, Martelly n’arrive pas jusqu'à cette époque à embellir comme il le voulait son image. Car, l’étiquette énergumène qui l’agite colle toujours en son dos. Arrivé maintenant en second tour face à la candidate du Rassemblement des Démocrates Nationaux [20] Progressistes (RDNP) Mirlande H. Manigat [20], l’opinion publique -à travers le documentaire « Sweet-Micky en action » commenté par Alfonso RODRIGUEZ et utilisé à des fins de propagande par la Radio Télévision Caraïbes (RTVC) pendant le second tour des élections de 2010-2011- commence à véhiculer une autre image autour de sa candidature que celle projetée par le candidat lui-même et son équipe de campagne.

Faisant choix de cette thématique Médias, élections et propagande politique en Haïti comme travail de recherche, elle nous permettra d’une part d’acquérir des connaissances sur le sujet et, d’autre part, mettre en pratique les notions et théories acquises au cours des quatre années d’études au département de Communication Sociale à la Faculté des Sciences Humaines (FASCH) de l’Université d’État d’Haïti (UEH). Et, cela nous aidera également au renforcement de notre capacité de recherche.

Dans le documentaire « Sweet-Micky en action », nous avons observé qu’il y a une représentation qui se fait de Michel J. MARTELLY, candidat à la présidence d’Haïti. Ce qui nous intrigue particulièrement et qui constitue une piste exploratoire dans ce travail, c’est la façon dont Alfonso RODRIGUEZ représente Michel J. MARTELLY dans le documentaire à travers son discours et l’image qu’il voulait représenter du candidat MARTELLY durant les campagnes.

Suite à notre révision de la documentation pour cerner ce phénomène, nous avons dialogué avec les auteurs tels que : Serge MOSCOVICI, Jean-Claude ABRIC, Jacques ELLUL, Jean-Marie DOMENACH, Olivier REBOUL et Philippe BRETON qui nous ont fourni avec finesse d’excellents outils pour la construction de notre cadre théorique. Ces choix permettront aux lecteurs de cerner notre objet d’étude et, du même coup, partir à la découverte des concepts importants dans ce travail. Ensuite, notre survol nous a mis en contact également avec trois travaux :

[21]

  • Le livre des 100 premiers jour de Martelly publié sous la direction de Fred BRUTUS où il retrace le parcours du candidat jusqu'à son accession à la magistrature suprême de l’État le 4 avril 2011.

  • Les mémoires de sortie de Frantz DELICE « Propagande et Manipulation dans le documentaire filmique ‘’GNB contre Attila’’ du cinéaste Arnold Antonin (2008) » et de Schwarz Coulange MÉRONÉ De la représentation du français et du créole dans le cinéma haïtien : le cas du film « Barikad ».

Fort des outils méthodologiques et conceptuels, ces travaux nous ont beaucoup inspiré pour la construction de notre travail. Cela étant dit, notre travail a pour fil conducteur la question suivante : « En quoi le documentaire ‘’Sweet-Micky en action’’ peut-il être considéré comme discours de propagande » ?

Dans le cadre de cette recherche, nous n’avançons pas de réponses à la question formulée, c’est-à-dire nous n’émettons pas d’hypothèses. Notre recherche se veut plutôt une étude exploratoire avec des objectifs clairs et précis. De cette question découle deux objectifs :

  • Montrer comment Alfonso Rodriguez a vendu l’image de Michel Martelly dans le documentaire;

  • Déceler l’intentionnalité de l’auteur dans le documentaire.

Ce sont ces objectifs qui vont nous guider tout au long de notre travail pour la collecte des données. Notre travail comporte deux (2) grandes parties divisées en cinq (5) chapitres. La première partie contient le contexte dans lequel le travail est réalisé. Elle passe aussi en revue l’ensemble des théories et concepts sur lesquels repose notre travail. Elle contient donc trois (3) chapitres. La deuxième partie, quant à elle, contient deux (2) chapitres destinés à présenter le cadre méthodologique du travail, la présentation et l’analyse des résultats de la recherche, la conclusion générale, le glossaire ainsi que les références bibliographiques.



[1] HECTOR, Michel, Crises et Mouvements populaires en Haïti, P-A-P, 2e édition, Presses Nationales d’Haïti, Juin 2006, p.17.

[2] TOUSSAINT, Hérold, Violence et État moderne « l’Espoir de la raison en Haïti », P-A-P, éd. H. Deschamps, 2006, p.7.

[3] RENÉ, Jean Alix, La séduction populiste « Essai sur la crise systémique haïtienne et le phénomène Aristide (1986-1991) », P-A-P, éd. H. Deschamps, 2003, p.14.

[4] Le premier mandant de Jean-Bertrand Aristide commence le 7 février 1991, interrompu par un putsch militaire mené par le général Raoul Cédras le 30 septembre 1991, le contraint de partir pour l’exil. Après de longues démarches diplomatiques, entre autres la signature de l’Accord Governors Island au début de mai 1994 et l’Accord de Port-au-Prince du 18 septembre 1994, le président Aristide rentre au pays le 15 octobre 1994, pour reprendre l’exercice de son mandat effectif de Chef d’État sur le sol national. C’est le retour à l’ordre constitutionnel. Il quitte le pouvoir le 7 février 1996. Le second mandat commence le 7 février 2001 où il reçoit l’écharpe de la magistrature suprême des mains du président René Préval. Ainsi, une nouvelle fois son mandat allait encore une fois être écourté par son départ forcé le 29 février 2004, suite aux manifestations populaires dans tout le pays contre son régime.

[5] LUCIEN, Georges Eddy, Une modernisation manquée Port-au-Prince (1915-1956) Vol. I : Modernisation et centralisation, P-A-P, éd. U.E.H, 2013, p. 13.

[6] AlterPresse/Ayiti Kale Je présente, dans un article sorti le 11 janvier 2011 soit un an après le séisme dévastateur du 12 janvier 2010, un panorama chiffré de la situation d’Haïti durant les 12 derniers mois qui ont suivi la catastrophe. Il a mentionné dans cet article que 60% de bâtiments gouvernementaux, administratifs, économiques et infrastructures de base sont détruits dans la région métropolitaine de Port-au-Prince. Réf. www.alterpresse.org consulté le 12 mars 2014 à 11heures 32 minutes AM.

[7] PIERRE, Samuel (dir.), Construction d’une Haïti nouvelle « Vision et contribution du GRAHN, Québec, éd. Presses internationales polytechniques,  2010, p. 514.

[8] À peine installé au pouvoir le 7 février 1996 au lieu de résoudre des problèmes urgents d’une population haïtienne impatiente de voir solutionner ses revendications. Il (René Préval) choisira plutôt de se limiter presqu’exclusivement à la mise en place d’une stratégie de reconquête du pouvoir par l’ex-président Aristide en 2001, à qui il reste devoir sa fortune politique.

[9] Directeur du Centre National des Équipements (CNE) à l’époque, Jude Célestin est l’homme de confiance de René Préval. Au moment de choisir le candidat à la présidence pour la plateforme politique ’Inite’’, une grande bataille se livrait entre les membres directoires du dit plate-forme, mais, au final sous le fond de contestation, l’ex-premier ministre Jacques Édouard Alexis a été choisi par les membres de la plate-forme. Ainsi, à quelques jours de la fermeture de dépôt de la candidature au CEP, Jacques Édouard Alexis a été éjecté au profit de Jude Célestin. L’opinion publique pense que ce revirement a été mené et/ou manœuvré par le président René Préval.

[10] Dans un article soumis le vendredi 7 décembre 2010 à l’agence en ligne AlterPresse sous le titre Haïti-Élections : Lectures des résultats du scrutin du 28 novembre 2010, le Docteur en droit public Éric Sauray abonde en ce sens : « Les résultats partiels traduisent nettement un rejet du pouvoir en place. En effet, Jude Célestin, candidat du pouvoir, ne recueille que 22% des voix. Malgré les moyens financiers et malgré la machine électorale dont il disposait, c’est un euphémisme de dire qu’il n’a pas séduit les électeurs. C’est la première fois que le représentant du parti dominant fait un score aussi faible. Jusque-là, le représentant du parti dominant avait gagné l’élection présidentielle au premier tour. Le rejet du pouvoir en place peut donc, dans un premier temps, être interprété comme un rejet du candidat ». Réf. www.alterpresse.org consulté le 22 mars 2014 à 5 heures 20 minutes PM.

[11] Jude Célestin incarne pour le peuple haïtien le « fils politique » de René Préval. Ainsi, avec la maturité politique que commence à avoir le peuple haïtien, il ne veut plus prendre dans le jeu des politiciens haïtiens. Pour l’histoire, ce jeu avait débuté sous le premier mandat d’Aristide avec le slogan ‘’Titid ak Ti Rene se marasa’’, littéralement traduit en français : Jean-Bertrand Aristide et René Préval sont des jumeaux. C’est pour montrer leur parfaite union.

[12] Après la proclamation des résultats du premier tour des élections par le CEP où le candidat Michel Martelly arrivait à la troisième place avec 21.84 % des votes exprimés en sa faveur, des heurts ont ensuite éclaté dans plusieurs villes du pays. Par exemple, la ville des Cayes a été  assiégée. Des échauffourées ont été éclatées aussi à Port-au-Prince pour réclamer l’octroie par le CEP de la seconde place à Michel J. Martelly. En conséquence, des pneus enflammés étaient érigés en barricades dans plusieurs communes de la capitale, en particulier à Pétion-ville, commune où réside Michel J. Martelly. Les résultats des élections du 28 novembre 2010 sont donc contestés par la population haïtienne.

[13] Notre tentative de traduction du terme utilisé pour désigner une frange de la population constituée majoritairement de jeunes (filles, garçons) issus des quartiers populaires en quête d’un mieux être. Sous l’influence « de la culture afro-américaine », ces jeunes tombent souvent sous toutes formes de délinquance.

[14] BRUTUS, Fred (dir.), Les 100 premiers jours de Martelly, P-A-P, éd. C3, 2011, p.31.

[15] Voir Pierre-Raymond DUMAS, « Sweet président », « daïva » ou  futur noyé? In BRUTUS, Fred (dir.), op.cit., p.36.

[16] BRUTUS, Fred (dir.), op.cit., p. 38.

[17] Selon l’article d’AlterPresse/Ayiti Kale Je op.cit., les camps au lendemain du 12 janvier 2010 sont au nombre de 1,300 au total.

[18] Toujours selon le même article d’AlterPresse/Ayiti Kale Je, les décombres et débris accumulés dans la région métropolitaine de Port-au-Prince lors du séisme sont estimés à environ 20 millions de mètres cubes pour un total d’USD $400 millions. Réf. www.alterpresse.org consulté le 4 avril 2014 à 3 heures PM.

[19] Les indicateurs d’analyse de la pauvreté monétaire disponibles ont été calculés sur la base de trois enquêtes : celles relatives aux deux enquêtes budget consommation des ménages (EBCM) de 1986-87 et de 1999-00, et celle sur les conditions de vie des Haïtiens (ECVH) réalisée en 2001. Actuellement, le pays compte plus de 9.6 millions d’habitants dont environ 5 millions vivent en milieu rural (4.96 millions, IHSI 2003). Selon les résultats de l’ECVH, en 2001, 56% de la population haïtienne, soit 4,4 millions d’habitants sur un total de 8.1 millions, vivait en dessous de la ligne de pauvreté extrême de 1$ US PPA par personne et par jour. Sur 10 personnes, environ 7,6 étaient considérées pauvres, ne disposant pas 2 US $ PPA par personne et par jour. Les 40% les plus pauvres de la population n’ont accès qu’à seulement 5.9% du revenu total traduisant une forte concentration de la population dans les couches à faibles revenus, tandis que les 20% les plus nantis captent 68%. Ainsi 80% de la population ne dispose que de 32% des revenus. On est donc en présence d’une classe moyenne très étriquée d’autant que les 2% les plus riches seraient en possession de 26% du revenu total. (Réf.) DSNCRP, Document de Stratégie Nationale pour la Croissance et la Réduction de la Pauvreté, Pour réussir le saut qualificatif, P-A-P, éd. H. Deschamps, 2007, p. 32.

[20] Candidate du Rassemblement des Démocrates Nationaux Progressistes (RDNP), Mirlande H. Manigat a obtenu 31,37 % des votes exprimés durant le premier tour des élections de novembre de 2010, soit 336,878 de voix et pendant le second tour, elle a obtenu 31,74% des suffrages exprimés, soit un total de 336,747 de voix. Réf. http://www.haitilive.com, consulté le 18 novembre 2014 à 11 heures AM.



Retour au texte de l'auteur: Jean-Marc Fontan, sociologue, UQAM Dernière mise à jour de cette page le mercredi 30 septembre 2015 19:05
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur associé, Université du Québec à Chicoutimi.
 
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