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Collection « Les sciences sociales contemporaines »

Des minorités mal connues: esclaves indiens et malais des Mascareignes au XIXe siècle (1979)
Introduction


Une édition électronique réalisée à partir de l'article d'Hubert Gerbeau, “Des minorités mal connues: esclaves indiens et malais des Mascareignes au XIXe siècle”. Table ronde sur “Migrations, minorités et échanges en Océan Indien, XIXe-XXe siècle”, Sénanque, 1978, Études et Documents, Aix-en-Provence, IHPOM (Institut d'Histoire des Pays d’Outre-Mer), Université de Provence, n° 11, 1979, p. 160-242. [Autorisation formelle accordée par l’auteur le 28 janvier 2008 de diffuser cet article dans Les Classiques des sciences sociales.]

Introduction

Interrogations et ambiguïtés  

 

Y a-t-il eu des esclaves malais et indiens aux Mascareignes ? [1]. À s'en tenir à certains courants de la tradition orale, on pourrait en douter. Des auteurs, par ailleurs bien documentés sur Maurice et sur Bourbon, les ignorent ou les négligent [2]. Fort peu d'habitants des îles, aujourd'hui, en soupçonnent l'existence. Les Indiens, qui semblent mieux connus que les Malais, sont perçus de façon ambiguë. À la Réunion, dans les milieux aisés, on pense en général que tous les Indiens sont venus volontairement, soit à titre individuel, soit par le recrutement des engagés libres. La mention d'Indiens esclaves soulève l'incrédulité. En revanche dans les milieux populaires, la filiation semble naturelle des esclaves à tous les travailleurs des champs. La nuance que l'on cherche à mettre entre l'esclave et l'engagé n'est pas comprise. “Mon papa” ou “mon grand-père était esclave”, pourra répondre le travailleur agricole indien interrogé sur ses ascendants, tout comme le fera le travailleur africain ou malgache. Dans des milliers de cas cette affirmation se révèle fausse, mais elle est faite de bonne foi. Révélatrice de l'identification que les ouvriers de la plantation ont établie entre l'esclave et l'engagé libre, elle porte témoignage sur le sort réel de celui-ci. Le chercheur doit cependant se rendre à l'évidence : cette prolifération d'Indiens esclaves n'est qu'un mirage, un lapsus de la mémoire populaire. Lapsus révélateur s'il en est, dont nous tenterons d'éclairer l'origine. 

Reste la piste des Malais. Elle est si ténue que, pour parvenir à la retrouver, nous avions pensé solliciter l'aide de spécialistes de la traite. La question fut posée oralement lors d'une réunion d'experts de l'UNESCO. “D'où viennent vos Malé ?” demanda un historien de l'Afrique. Ma réponse fut qu'ils semblaient venir de Malaisie et des régions limitrophes. A ce qui prétendait être l'expression prudente d'une évidence répondit 1'hilarité de plusieurs participants. L'un pariait que les Malais des Mascareignes venaient d'Afrique Occidentale, “de l'actuel Mali”, précisait l'autre. Un troisième affirmait que le terme Malé devait désigner n'importe quel musulman car telle est sa signification en Fon et en Yoruba; “c'est le cas pour les esclaves du Brésil” ajoutait un quatrième [3]. 

Sans méconnaître l'ambiguïté de ce mot et ses transcriptions phonétiques “malé, mali” nous dûmes cependant informer nos collègues qu'il fallait peut-être se pencher davantage sur le cas des Mascareignes puisque nous avions pu relever la présence de bateaux qui débarquaient des esclaves venus de la péninsule et des îles malaises, au sens géographique du terme, et que d'autre part, des esclaves de cette catégorie étaient présentés par certains missionnaires comme de bons chrétiens, ce qui semblait infirmer l'hypothèse d'une origine musulmane [4]. La discussion ne put aller au-delà. Elle nous avait fortifié dans le désir d'y voir plus clair au sein d'un groupe servile dont les origines et la nature même semblaient encore plus floues que celles des Indiens. La difficulté d'accès n'était pas le seul motif qui nous poussait à unir les deux communautés au sein d'une même recherche ; très minoritaires et souvent confondues dans les statistiques, ces communautés présentaient aux côtés des grands ensembles serviles africains ou malgaches des caractéristiques communes mais aussi des différences qui invitaient à une étude comparative.


[1] L'essentiel du travail porte sur Bourbon, dont nous dépouillons, depuis une dizaine d'années, les archives en vue de la soutenance d'une thèse d'État sur “Esclavage et société coloniale : la Réunion de 1815 à 1860”. Les sondages dans les Archives de Maurice ont été décevants pour ce sujet. Un dépouillement exhaustif offrirait sans doute plus de matière : nous espérons qu'un chercheur l'entreprendra bientôt. C'est dans cette attente que nous avons essayé de poser ici quelques jalons concernant Maurice et sa dépendance Rodrigues. Ces deux îles constituent, avec la Réunion, l'archipel des Mascareignes.

[2] Ainsi Barquissau, Foucque et de Cordemoy, l'Ile de la Réunion, Paris, Larose, 1925; Ch. Hoarau-Desruisseaux, Aux Colonies, Paris, Larose, 1911; les auteurs des Notices statistiques sur les colonies françaises, imprimées par ordre de Rosamel, Paris, Imprimerie Royale, 1838.

[3] U.N.E.S.C.O, réunion d'experts sur la traite négrière, Port-au-Prince, Haïti, 31 janvier- 4 février 1978.

[4] Les variantes orthographiques du mot Malais, que l'on rencontre aux Mascareignes, risqueraient d'ajouter à la confusion. Ainsi, là même où l'acception géographique est vérifiée, on peut voir désigner des gens originaires de Malaisie par les termes “Mallés” (AP, État actuel de la colonie de Bourbon, s.d. (c. 1826, fol. 215) ou “Maly” (ADR, 1542 S 8, hôpital de Saint-Philippe, 30 juillet 1834).



Retour au texte de l'auteur: Jean-Marc Fontan, sociologue, UQAM Dernière mise à jour de cette page le jeudi 6 mars 2008 16:13
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur de sociologie au Cégep de Chicoutimi.
 
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