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Collection « Les sciences sociales contemporaines »

Une édition électronique réalisée à partir de l'article d'Hubert Gerbeau, “Maladie et santé aux Mascareignes: une histoire aux prises avec l'idéologie”. Un article publié dans l'ouvrage sous la direction de Jean-Luc Bonniol, Gerry L'Étang, Jean Barnabé et Raphaël Confiant, Au visiteur lumineux. Des îles créoles aux sociétés plurielles. Mélanges offerts à Jean Benoist, pp. 557-574. Petit-Bourg, Guadeloupe: Ibis Rouge Éditions, GEREC-F/Presses universitaires créo-les, 2000, 716 pp. [Autorisation formelle accordée par l’auteur le 28 février 2008 de diffuser cet article dans Les Classiques des sciences sociales.]

Hubert Gerbeau [1937- ]

Poète et romancier, Agrégé d’histoire et docteur d’État,
professeur d’université,
Chercheur au CERSOI depuis 2002. 

Maladie et santé aux Mascareignes:
une histoire aux prises avec l'idéologie
”. 

Un article publié dans l'ouvrage sous la direction de Jean-Luc Bonniol, Gerry L'Étang, Jean Barnabé et Raphaël Confiant, Au visiteur lumineux. Des îles créoles aux sociétés plurielles. Mélanges offerts à Jean Benoist, pp. 557-574. Petit-Bourg, Guadeloupe : Ibis Rouge Éditions, GEREC-F/Presses universitaires créoles, 2000, 716 pp.

Liste des abréviations
 
Introduction
 
Îles désertes : l’Eden retrouvé ?
De la variole à la rage et au choléra
Un déferlement de maladies, de nouveaux recours
 
Références bibliographiques

 

Liste des abréviations

 

ADR

Archives Départementales de la Réunion, Le Chaudron, île de la Réunion. AM : Archives Nationales de l'île Maurice, Coromandel, Mauritius.

AN

Archives Nationales de France, Paris.

AS

Archives Nationales des Seychelles, Victoria, Mahé, Seychelles.

CAOM

Centre des Archives d'Outre-Mer (Archives Nationales de France), Aix-en-Provence. D. de N. 1 à D. de N. 3 : Delabarre de Nanteuil, Législation de l'île Bourbon, Paris, J.-B. Gros, 1ère édit., 1844, 3 t.

RD

Recueil de documents et travaux inédits pour servir à l'histoire de la Réunion, ADR, no 1 à 4, Nérac, G. Couderc, 1954-1960.

RT

Recueil trimestriel de documents et travaux inédits pour servir à l'histoire des Mascareignes françaises, 8 tomes, subdivisés en 48 fascicules, publiés par Albert Lougnon, de 1932 à 1949, à Saint-Denis (no 1-24 et 38-48) et à Tananarive (no 25-37).

 

Introduction

 

Dans la présentation d'un programme de recherche sur les pathocénoses, qu'il conduit dans les années 1990, Jean Benoist commente le choc sanitaire provoqué par le passage d'une île close à une île qui s'ouvre largement à une population et à des germes extérieurs. Le thème avait déjà été abordé, mais, presque toujours, de façon plus passionnelle que scientifique. Le parcours historiographique montrait qu'aux Mascareignes, comme en d'autres lieux d'immigration, les nouveaux venus étaient accusés de tous les maux. L'introduction de maladies, et notamment d'épidémies meurtrières, était d'autant plus facilement attribuée à ces immigrants, qu'ils étaient arrivés dans l'archipel en position d'infériorité, et parfois de façon illégale. Avec la maladie pénétrait la peur, qui prenait elle-même des dimensions maladives et allait peser sur les représentations d'un effondrement sanitaire dont la responsabilité était attribuée à ceux que la couleur, le statut et les tâches vouaient déjà au mépris. 

Ces travailleurs, esclaves ou engagés, faisaient ainsi figure de coupables alors qu'on les avait contraints, ou fermement incités, à venir et qu'ils fournissaient eux-mêmes le plus lourd tribut de victimes à la maladie. Mais ceux que l'on accusait pouvaient aussi devenir des sauveurs, quand on leur attribuait la maîtrise de secrets qui permettaient de garder, ou de retrouver, une bonne santé. 

En tout ceci, les Mascareignes ne témoignent pas d'une originalité absolue mais leur spécificité s'affirme par certains traits. Les caractéristiques du peuplement, les contrastes entre le discours et la réalité et entre les divers moments de l'histoire sanitaire retiennent l'attention, tout comme la variété et l'imbrication des recours choisis par les patients.

 

Îles désertes : l'Eden retrouvé ?

 

La recherche d'épices avait poussé les Européens à affronter des immensités marines que, depuis l'Antiquité, les navigateurs occidentaux redoutaient. Mais l'Atlantique se montrait avare de ces produits et, au début du XVIe siècle, l'océan Indien semblait plus prometteur. Ce nouvel espace maritime offrait les épices et, de surcroît, l'or, les esclaves et un capital illimité de rêves. 

Le rêve tenait sans doute quelque place dans les motivations des souverains ibériques et de leurs émules, faisant bon ménage avec les profits du commerce et l'honneur du pavillon. Il devait habiter, plus encore, l'esprit des marins et des aventuriers qui risquaient leur vie jusqu'aux antipodes, soumis à des mois de navigation aussi épuisante que dangereuse. 

Fuyant la pauvreté ou les tracasseries infligées par une famille, une police, une Église querelleuses, ils se laissent fasciner par les mirages indiens. Là-bas, ne peuvent-ils espérer trouver la richesse et, en outre, « vagabonder par la chair comme par l'espace en cet océan dont les rivages leur semblent une immense foire aux femmes, un gigantesque lupanar [1] ». Eldorado, donc, des épices et de l'or, mais aussi Eden d'avant la faute, monde inversé décrit par Dermigny, où tout ce qui est interdit dans l'Europe chrétienne devient recommandable. Mythe qui perdure, « espace fabulé » de siècles plus tardifs qui conserve la trace des Indes légendaires de périodes antérieures [2]. 

Les Portugais « découvrent », au passage, les Mascareignes -que les Arabes et sans doute d'autres navigateurs connaissaient déjà - mais l'archipel reste quelque temps désert. Pourtant l'île Bourbon, plus que ses voisines, les îles Maurice et Rodrigues, va bientôt bénéficier du prestige attaché à l'espace indien, de cette image de terre offerte dans sa profusion, son innocence primitives. À en juger par les récits des premiers navigateurs, là survit peut-être le Paradis des origines, celui que Dieu avait offert aux hommes et dont cette île non souillée paraît perpétuer le témoignage. L'abord en est rude : ses côtes, dangereuses, battues par les vagues, sont redoutables. Telle est la description qu'en donnent l'Anglais Castleton, le Portugais d'Almeida, les Hollandais Verhuff et Bontekoe, qui y relâchent entre 1611 et 1619 - et qui sont pourtant parmi les admirateurs les plus fervents de l'île. Leur vision édénique en sort renforcée. 

Leguat et Duquesne brûlent, en 1689, d'installer à Bourbon une république avec des réfugiés protestants qui, comme eux, ont dû quitter la France. La brochure publiée à cette occasion évoque un établissement à « l'Isle d'Eden [3] ». Eden que Bourbon : Bontekoe rapporte que des malades, à peine mis à terre, se roulent sur l'herbe et affirment qu'ils sentent quelque soulagement. Carpeau du Sausay est encore plus catégorique : le climat de l'île « est si sain et si salutaire que les malades qu'on y débarque y recouvrent la santé dès qu'ils l'ont respiré ». Certains disent même que des mourants, portés au rivage, ont survécu. Ici, la nature est un jardin, de succulents animaux y vivent et les eaux claires y sont un ravissement [4]. 

Visions de marins, ou de passagers, dont les estomacs ont supporté pendant des semaines la nourriture avariée et les eaux croupies du navire, mais aussi rêves bucoliques d'Européens, dont Jean-Luc Bonniol fait observer qu'on les trouve exprimés aussi bien chez un Du Tertre que chez un Flacourt. Le premier écrit de la Guadeloupe « qu'il n'y a point de terre dans le monde qui soit (...) plus agréablement arrosée de belles et bonnes eaux (...). Ces rivières sont autant de petits Paradis, où tous les gens goûtent innocemment les plus délicieux plaisirs ». Flacourt, lui, estime que tout un secteur de Bourbon « est le meilleur pays du monde (...). Les eaux y sont très pures et excellentes, lesquelles il fait beau voir tomber (...) en forme de cascades [5] ». 

Tableau bucolique, aussi éloigné des images d'un « lupanar » que l'est la sagesse de la vie conjugale que paraissent mener les premiers habitants : ceux-ci ont épousé des compagnes qui, pour la plupart, venaient de l'Inde et de Madagascar. En effet, d'abord lieu d'escale ou d'installations temporaires, l'île est occupée de façon permanente à partir de 1663 et compte 314 habitants en 1690, dont de nombreux enfants métis [6]. Une partie des gens de couleur y semblent vaguement dépendants, mais peut-être comme des domestiques français le seraient au sein de la famille de leur maître. Leur asservissement se réalise sans doute en une vingtaine d'années. Le terme « esclave »apparaît dans les textes locaux [7]. Ces esclaves sont encore minoritaires en 1714, mais ils l'emportent largement en 1735. À cette date, et jusqu'à la fin du XVIIIe siècle, le groupe servile représente environ les 4/5 de la population totale [8]. 

Au XVIIIe et au XIXe siècle, les habitants fixés depuis plusieurs générations aux Mascareignes considèrent volontiers les nouveaux venus comme des éléments nocifs : « Hiropiens » peu au fait des règles de la société créole et surtout travailleurs immigrés, indispensables et dangereux, porteurs d'esprit de révolte mais aussi de maladies mortelles. La traite des esclaves et le trafic d'engagés conduisent dans l'archipel la majeure partie de ses habitants. Ces deux mouvements migratoires ont pour principales zones d'origine l'Afrique orientale, Madagascar et l'Inde, qui sont le siège de redoutables épidémies. 

C'est justement au cours du XVIlle siècle que le destin des Mascareignes semble basculer et, à en juger par les analyses de divers auteurs, au nombre desquels figurent plusieurs médecins, l'immigration n'est pas étrangère à une mutation sanitaire qui affecte aussi bien Maurice que Bourbon. Désormais la recherche des traitements mais aussi celle des causes préoccupe une population pour laquelle des épidémies, qu'elle suppose toujours venues de l'extérieur, représentent la forme majeure des maladies dont elle s'estime menacée. 

Ainsi, Gilles Gérard développe le thème du paradis que serait l'île, à l'origine, mais écrit en conclusion : « Natif de La Réunion, (...) nous tenons, également, à rendre un hommage particulier à nos ancêtres pour leur dévouement, leur courage et leur efficacité face aux grands fléaux [9] ». Contraste que l'auteur illustre en proposant une liste des épidémies qui ont frappé l'île : 

Année Épidémies
1729 Variole
1758 Variole
1789 Quelques cas de Variole
1820 Choléra
1827 Variole
1850-1852 Variole
1859 Variole et choléra
1865 Fièvre de Bombay
1868 Paludisme
1873 Dengue
1890 Influenza
1900 Peste
1919 Grippe espagnole 

En regard de cette liste, G. Gérard donne des indications concernant l'immigration de travailleurs. Pour le premier ensemble (1729-1827), l'auteur indique : « Apport d'esclaves essentiellement d'Afrique Orientale. Quelques contingents d'Inde ». Pour le second (1850-1919), il mentionne : « Arrivée des engagés d'Inde [10] ». Il fait ainsi ressortir de façon explicite la part qu'il attribue aux uns et aux autres dans l'introduction des « grands fléaux » et introduit, peut-être sans y prendre garde, une certaine confusion entre l'idéologie et l'information. Le simple examen des réalités montre pourtant que des « germes extérieurs » ont été amenés par d'autres immigrants que les esclaves et les engagés, et que, dès le XIXe siècle, la population des Mascareignes en a parfois eu conscience.

 

De la variole à la rage et au choléra

 

La rage fait irruption à Maurice en 1813. On raconte que le général Campbell, venant prendre ses fonctions de chef de la garnison de Maurice, était arrivé avec une meute de chiens, dont plusieurs, atteints de la rage, avaient dû être jetés à la mer. Grand chasseur, l'officier britannique avait refusé de se séparer des survivants, qui furent installés sur son domaine. 

Le germe « se répandit avec une rapidité foudroyante, écrit Albert Pitot deux noirs des Pamplemousses (...) moururent dans des convulsions atroces (...). Au Port Louis, la première victime reconnue fut un esclave (...). La population était affolée ». Les autorités auraient alors ordonné de faire tuer tous les chiens. La maladie déclina et, par la suite, ne fut que rarement signalée [11]. Auguste Toussaint confirme que, le 11 février, le gouvernement local ordonna d'abattre tous les chiens et accorda une prime de vingt sous par animal abattu. Le jour même où l'ordonnance parut, 2 300 chiens furent ainsi sacrifiés. L'épidémie disparut, mais elle « avait eu le temps de faire de nombreuses victimes » : toute personne atteinte était « condamnée à une mort atroce [12] ». 

À Bourbon, le gouverneur interdit l'entrée du moindre chien venant de l'île voisine, estimant que la population « était menacée par l'introduction de tous les chiens enragés de Maurice [13] ». De fait, la rage épargna Bourbon mais, à la même époque, les Mascareignes étaient menacées par le choléra et la variole. 

La variole avait frappé l'archipel, de façon meurtrière, à plusieurs reprises. En 1729, Bourbon avait subi une invasion de criquets pèlerins. Des médecins en conclurent que leurs cadavres, en pourrissant dans les champs, avaient provoqué l'infection. En 1731 encore, des agents de la Compagnie des Indes écrivaient à propos de ces insectes : « Les noirs des habitations ne sont occupés qu'à leur faire la guerre [14] ». Ces « sauterelles », explique Pajot, chassées par les vents d'Ouest, « arrivaient de Madagascar et peut-être même de la côte d'Afrique ». Mais cet auteur, qui écarte l'hypothèse d'une contamination par les restes d'insectes, estime qu'en 1729, la variole « fut introduite par un navire de l'Inde avec des immigrants [15] ». Gilbert Gérard, lui, situe dans la Grande Île l'origine du mal et met en cause les traites négrières : 

Maladie infectieuse et contagieuse, la Variole était connue à Madagascar sous le nom de « Kiri » qui rappelle la dénomination de « Djiri » sous laquelle les Arabes décrivaient déjà la Variole en 622 de notre ère. La première épidémie se manifesta en 1729. Pendant les mois de Mai, Juin, Juillet et Août, les habitants connurent la terreur. Le virus variolique fut introduit dans la Colonie, par des esclaves venus de Madagascar [16]. 

Bourbon entretenant des relations avec ces deux contrées dès le XVIIIe siècle, la maladie peut provenir de l'un comme de l'autre endroit. On sait que les membres du régiment des Volontaires, envoyés en Inde, y avaient été décimés par la variole, « crevant comme mouches » dans les hôpitaux [17]. 

En 1758 une nouvelle épidémie de variole désole Bourbon. Gilbert Gérard souligne que, la même année, la maladie sévit à Maurice et à Madagascar et estime qu'il suffit qu'un navire de l'une ou l'autre île accoste à Saint-Paul pour que le virus s'y répande et, de là, gagne les environs [18]. 

Alors que quelques cas de variole sont, à nouveau, signalés à Saint-Paul et à Saint-Denis en 1789, « l'île se souvient avec terreur des ravages causés » par les épidémies de 1729 et de 1758. Mais la forme de la maladie, cette fois, est bénigne et semble appartenir à la catégorie peu dangereuse, dite « vérette » ou « vérole volante [19] ». En revanche, en 1791, écrit Gilles Gérard, la variole fait « de terribles ravages » à Maurice [20]. C. Wanquet, lui, situe cette épidémie en 1792-1793 et indique que, selon une estimation de Pitot, elle « aurait tué plus de 4 000 personnes sur une population totale d'environ 58 000 [21] ». Nombre de morts que le gouverneur Milius évalue, pour sa part, à 20 000 [22]. 

Milius reprend à son compte la thèse de la diffusion de la variole « par l'arrivée des noirs de traite » et écrit en ces termes au ministre : « L'allarme est telle aujourd'hui que tous les pères et mères font revacciner leurs enfans. Les habitants envoient aussi leurs esclaves et je puis assurer Votre Excellence que le gouvernement n'épargne rien pour propager les bienfaits de la vaccine [23] ». Mais les esclaves introduits illégalement aux Mascareignes restent sous la menace de la maladie et continuent à représenter une source de contamination pour le reste de la population, dans la mesure où leurs maîtres évitent toute démarche qui risque de les faire dénoncer [24]. 

Le trafic est facilité par la proximité des zones d'approvisionnement et par l'existence de relais comme les Comores et les Seychelles. La Bayonnaise, partie « de Mahé sous pavillon français a cherché à introduire (...) une traite », écrit par exemple, le gouverneur de Bourbon au gouverneur de Maurice [25]. Ce dernier doit lui-même faire face à un afflux d'esclaves qui, le plus souvent, viennent d'Afrique orientale et n'ont fait que transiter par l'archipel : « Every vessel coming to Mauritius from Seychelles carries number of blacks. There seems no doubt that the traffic in slaves is carried on through the medium of those islands [26] ». Le fait que les Seychelles et Maurice soient passées sous domination anglaise, et que leurs planteurs y soient unis par des liens familiaux et des intérêts communs, permet en outre de nombreux transferts plus ou moins licites de main-d'œuvre et multiplie les risques de contamination [27]. Risques qui existent aussi au sein même des Mascareignes où, malgré le changement de colonisateur, les habitants de Bourbon et de Maurice conservent de nombreux liens et utilisent, pour se livrer à la traite, toutes les ruses que favorise la proximité des deux îles [28]. 

Elie Pajot, qui écrit à une époque où les engagés indiens arrivent massivement aux Mascareignes et sont accusés d'y introduire des germes mortels, situe, on l'a remarqué, du côté de l'Inde la responsabilité de la variole de 1729. Écrivant au siècle suivant, un autre auteur créole, Gilbert Gérard, estime en revanche que ce sont des esclaves venus de Madagascar qui introduisent à Bourbon « le virus variolique ». Ni l'un ni l'autre ne citent de références, mais on peut penser que Pajot fait état d'une tradition orale, ou a eu connaissance de documents qui rapportaient cette tradition. S'agit-il d'une correspondance de Dioré, lieutenant du Roi à Bourbon ? Celui-ci écrit: 

Cette maladie est une petite vérole meslée de pourpre : on prétend que ce sont quelques noirs Malabars, venus de l'Inde qui l'ayent apportée, car l'on n'avait jamais vu pareille chose [29]. 

Si telle est l'origine de l'information donnée par Pajot, on remarque qu'il a modifié sur deux points le témoignage de Dioré : rendant affirmatif ce qui n'était qu'hypothèse et transformant, sous l'influence des réalités de son temps, en épidémie « introduite par un navire de l'Inde avec des immigrants », une maladie attribuée à « quelques noirs Malabars ». 

Gilbert Gérard, qui précise que « l'épidémie débuta à Saint-Denis, lieu de débarquement des esclaves », ajoute que le cimetière y fut bientôt si plein que l'on en créa un autre. Une description du préfet apostolique Criais, qui évoque, comme Dioré « une petite vérole accompagnée de pourpre », permet à Gérard de penser qu'il s'agit de la forme hémorragique de la maladie [30]. 

Pourquoi cet auteur fait-il le choix d'esclaves malgaches plutôt que celui d'immigrants indiens, alors que des esclaves et des hommes libres sont venus, de l'une et l'autre contrée, aux Mascareignes, et ont été porteurs de maladies ? On peut suggérer une hypothèse : d'une part, les Réunionnais des années 1960, tant à cause de la proximité géographique, que de la colonisation de la Grande Île - à laquelle ils ont pris une part déterminante depuis la fin du XIXe siècle - sont plus familiarisés avec les réalités malgaches qu'avec celles de l'Inde. D'autre part, à l'époque où Gilbert Gérard rédige sa thèse, la peur de l'immigration indienne s'éloigne dans le passé, alors que le souvenir de l'esclavage commence à sortir de l'enfouissement où on l'avait tenu. 

Dans l'un et l'autre cas, toutefois, ceux que l'on désigne comme les responsables de l'intrusion de la maladie sont les « indigènes » de la zone indianocéanique et non les Européens, marins, voyageurs, commerçants qui ont pu amener des germes puisés dans cette même zone ou en quelque autre point de la planète. Or, les étrangers arrivent en grand nombre au cours du XVIIIe siècle : Criais, préfet apostolique, analyse l'époque de l'épidémie de 1729 comme la fin d'un âge d'or, celui qu'avaient vécu des insulaires protégés des maux physiques et moraux, mais désormais livrés aux tourmentes du monde : 

De nombreuses familles se soutenoient toujours dans la piété et l'imprimoient à leurs enfans. Une maladie épidémique qui arriva en 1729 en enleva la plupart (...). À l'occasion de la culture du caffé, l'envie de faire fortune a fait passer icy un grand nombre d'étrangers (...). Les nouveaux venus ont compté pour rien la Religion ; ils se sont fort peu souciés d'y élever leurs esclaves (...) ; le dérèglement est devenu presque universel parmi les hommes [31]. 

Le spectre de la variole à peine éloigné, le choléra allait apporter aux Mascareignes de nouveaux tourments et fournir aux médecins une occasion de s'interroger sur les causes et les aspects d'une maladie que l'archipel avait jusqu'alors ignorée. 

En 1819, la frégate la Topaze, venant de Manille, a fait relâche à Calcutta puis à Maurice. Plusieurs de ses marins souffrent de troubles qu'on a attribués à la dysenterie. Le temps de reconnaître le choléra, il est trop tard : en un mois, 691 personnes en meurent, dans la seule ville de Port-Louis [32]. Au même moment, le mal est signalé sur les côtes de Madagascar. 

Le gouverneur de Bourbon, comme il l'avait fait pour la variole, essaie d'en protéger ses administrés en les adjurant de renoncer au trafic illégal d'esclaves. Toute relation avec Maurice est provisoirement interdite : « Habitants de Bourbon ! une maladie affreuse afflige l'île Maurice (...) ; dans sa fureur, elle attaque les blancs et les noirs et peu d'heures lui suffisent pour les immoler ». Milius fustige ensuite les négriers qui, par « vil et perfide intérêt poursuivent leur trafic avec Madagascar [33] ». Une ordonnance, signée le 14 décembre 1819, stipule que tout individu qui communiquera, sans autorisation, d'un bateau avec la terre ou vice-versa sera puni de mort. 

Lescouble, dans son journal, fait écho à ces mesures mais note combien, finalement, elles sont inefficaces. Dans les premiers jours de janvier, en effet, trompant la surveillance des sentinelles, des négriers font débarquer des esclaves malgaches qui importent dans l'île la maladie : 

Le choléra Morbus faisant depuis le 17 (novembre) dernier de grands ravages à Maurice, on a pris ici toutes les précautions possibles pour l'éviter (...). Quoi de plus orrible en effet, qu'une maladie qui, sans prognostiques préparatoires, vous enlève dans 6 à 8 heures ; les médecins les plus habiles se sont trouvés eux-mêmes dans l'embarras pour le traitement de cette maladie, inconnue encor (...). Aujourd'hui le terrible fléau semble se déclarer chez nous ! Un noir à Jouvencourt tombe subitement Ce soir, ce bruit se répend et jette l'effroi. [34] 

L'épidémie, finalement, ne dépasse guère les limites de la capitale : selon les estimations officielles, elle touche 278 personnes, dont 203 trouvent la mort entre le 14 janvier et le 2 mars 1820. À cette date, selon le médecin en chef de la colonie, « la maladie paraît éteinte ». Total modeste de victimes, si on le compare à celui de Maurice où, selon l'estimation d'A. Moreau de Jonnès, le choléra aurait provoqué quelque 10 000 décès [35]. 

Dans cette île, les médecins ont conclu à l'absence de contagion : « La Commission de Santé n'a aucun motif de croire la maladie régnante contagieuse et cette opinion est unanime parmi tous les membres », lit-on dans un rapport daté du 29 novembre et signé à Port-Louis par 18 docteurs en médecine ou officiers de santé [36]. À cette date, le navire contaminé a touché l'île depuis déjà un mois et la mortalité est impressionnante [37]. Les praticiens se demandent si « quelques miasmes, ou exhalaisons répandus dans l'atmosphère, ont pu être la cause déterminante de cette inflammation ». Les premières victimes ayant été des esclaves, des théories sont édifiées sur des observations partielles : les habitudes de vie des victimes seraient les principales causes de leur mort. Le Noir travaille trop au soleil, boit trop pour remplacer l'eau perdue en transpiration et mange des nourritures trop grossières. Des malades de toute condition vont ensuite succomber, mais le point de vue n'évolue guère : en affirmant la culpabilité des esclaves, on désigne à la communauté d'origine française ceux qu'instinctivement elle est prête à soupçonner et qui, par leur mort, amputent son patrimoine. Si, à l'inverse du corps médical, on penche précocement, chez les propriétaires, vers l'hypothèse de la contagion, c'est moins par connaissance de la maladie que pour prendre en défaut un autre coupable, le gouverneur britannique. Ce dernier, arrivé en intrus, n'a pas su préserver la colonie du fléau, et n'a cessé d'intervenir dans les affaires de traite et d'esclavage, domaines où les maîtres prétendent régner sans partage. 

De la Barre, inventeur d'un traitement-miracle, qui fait une grande place à l'huile d'olive, au miel, à la cendre et au vinaigre, préconise deux régimes alimentaires, un pour les esclaves, l'autre pour le reste de la population. Mais, à y regarder de près, les deux régimes sont les mêmes [38]. Cette hardiesse égalisatrice ne sera acceptée que si l'on établit la distinction d'usage entre le groupe servile et les autres groupes. Ainsi le régime est à la fois identique et différent. Guéri, chacun redevient ostensiblement ce qu'il n'a jamais cessé d'être : l'un reprend son « régime de vie ordinaire » ; l'autre est remis « à ses occupations et à ses vivres ». Pour rester dans les normes coloniales, provisoire, et illusoire, doit être la similitude de maladie, de traitement, de sort.
 

Un déferlement de maladies,
de nouveaux recours

 

Une fois l'esclavage aboli, ceux qui, quoique libres, ont repris coutelas et pioche de la main des esclaves, restent frappés du même mépris que leurs prédécesseurs. Recherchés avec frénésie, les travailleurs étrangers sont accueillis avec une extrême circonspection. Le journal tenu à Maurice par le jeune Pierre-Edmond de Chazal montre combien la menace polymorphe de submersion par les vagues d'Indiens, porteurs d'épidémies, est ressentie avec haine et dégoût. L'auteur note, par exemple, pour la journée du 24 avril 1856 : « Il nous est arrivé ce matin un navire de l'Inde chargé de 279 Immigrants ayant à bord le choléra, la dissenterie et la fièvre jaune ; cinquante coolies avaient succombé à ces maladies pendant la traversée. Cet évènement a excité une émeute sur la Place qui a duré toute la journée (...). La population dans ces circonstances a voulu se faire justice elle-même et a exigé le départ immédiat du navire et la quarantaine sans voile [39] ». Quarantaine qui est d'ailleurs souvent imposée aux immigrants - et parfois à d'autres voyageurs - dans des conditions désastreuses [40]. 

Dans sa thèse de médecine, Paul Lougnon, à son tour, présente l'immigration indienne comme la grande responsable des difficultés sanitaires que les Mascareignes ont à gérer à partir de la deuxième moitié du XIXe siècle. Il souligne d'entrée, comme maints auteurs, que l'île dont il est originaire, a joui « d'une salubrité légendaire pendant plus de deux cents ans [41] ». Salubrité qui, justement, tient peut-être de la légende. Car, si l'on met à part les témoignages de quelques navigateurs et de quelques Robinsons du XVIIe siècle, l'île ne paraît pas exempte de maux. Ses voisines, Rodrigues et Maurice, n'échappent pas au sort commun : le récit de Leguat, déjà cité, comme les textes rassemblés sur les débuts de l'occupation française de Maurice, n'abondent pas en images de félicité [42]. Au tableau édifiant des épidémies, qui frappent l'archipel dès le XVIIIe siècle, s'ajoutent des informations si concordantes que les métropoles s'expriment parfois sur le sujet. Ainsi l'Académie royale des sciences s'interroge sur la gravité de maladies qui, selon ce que ses membres pouvaient lire « dans la Revue encyclopédique, rendraient le séjour de l'île Bourbon plus nuisible que celui du Sénégal, même pour les troupes envoyées de France [43] ». 

S'appuyant sur les travaux de plusieurs confrères, P. Lougnon situe en 1865 le début d'une période d'une dizaine d'années qui voit s'accumuler des « épidémies de toutes sortes » : malaria, dengue, spirochétose récurrente ou « fièvre à rechutes » (forme de typhus), ainsi que « toute une collection d'affections parasitaires », parmi lesquelles la « lymphite », l'hématurie chyleuse et l'éléphantiasis. P. Lougnon cite le docteur Cotholendy qui attribue ces maux à l'arrivée des travailleurs indiens, « race qui paraît rebelle aux prescriptions les plus élémentaires de l'hygiène ». Roubaud, ancien médecin d'un convoi d'immigrants, estime que, dans ce domaine, le record appartient aux parias : « Ils sont très enclins à la saleté, les femmes pareyahs ne se faisaient dès le début aucun scrupule à satisfaire à leurs besoins dans le faux pont et jusque dans les bailles où elles devaient, le lendemain, manger le riz [44] ». 

Le docteur Pellereau écrit qu'avant « l'année néfaste de 1866 », où une épidémie de paludisme fait « d'affreux ravages » à Maurice, le choléra et la variole avaient seuls, « à des époques éloignées », visité l'île. Il estime que les insulaires y jouissaient d'une « immunité presque complète », mais que la présence des « fièvres telluriques ou paludéennes » y était bien antérieure au déchaînement de l'épidémie. P. Lougnon, qui se penche sur la « terrible épidémie » de paludisme qui débute à la Réunion en 1869, retrouve le même type d'analyse chez plusieurs auteurs, qui estiment que le paludisme y aurait existé « depuis longtemps », mais qu'il s'était montré inoffensif. D'autres auteurs attribuent au contraire son irruption à l'arrivée massive d'Indiens. Mais, dans les deux cas, la culpabilité des travailleurs étrangers est soulignée car, même dans l'hypothèse d'une impaludation antérieure à leur présence, celle-ci, écrit Lougnon, a amené « la formation d'un terrain nouveau beaucoup plus fébriphile [45] ». Dans les années 1870, Th. Bassignot situe la « cause effective de la malaria » dans l'atmosphère, qui transporterait un « miasme organique ou inorganique, animalcule ou végétal, inconnue que personne n'a encore pu mettre en évidence [46] ». P. Lougnon suggère, pour sa part, qu'il n'est « pas dérisoire d'imaginer qu'à la suite de l'épidémie de Maurice, les moustiques aient atteint un tel développement qu'ils aient manifesté une puissance d'envahissement accrue qui leur aurait permis d'infester l'île voisine ». D'autant, ajoute-t-il, que les vents, sévissant dans les deux îles, à la suite du cyclone de 1868, ont pu favoriser la contamination de l'une par l'autre. Or, Maurice « était alors une véritable colonie indienne, littéralement farcie de malabars ». Elle était, ajoute plus loin Lougnon, « littéralement infestée » d'immigrants indiens [47]. La transposition de cette notion, des insectes aux hommes, ne paraît pas fortuite. L'image d'un grouillement néfaste est retenue pour des immigrants qui, aux côtés des moustiques, sont perçus comme les vecteurs de la maladie la plus meurtrière qui frappe, pendant des décennies, l'archipel [48]. Analyse de médecin quelque peu influencée par les opinions d'un Créole, immergé dans une société dont il partage les angoisses et les préjugés [49]. 

Lougnon ajoute que la contamination a pu venir aussi par les anophèles transportés par les paquebots qui faisaient la liaison Maurice-Réunion et, plus sûrement encore, par les centaines de « réservoirs de virus » que représentaient les Mauriciens qui venaient dans les Hauts de la Réunion affermir leur santé compromise [50]. Certes, ce n'étaient pas les Coolies mauriciens qui venaient passer leur convalescence dans l'île-soeur, mais leur culpabilité était implicite puisque c'est par eux que les représentants de la bonne société mauricienne estimaient qu'ils avaient été contaminés et donc à cause d'eux que le mal se répandait de proche en proche. Les cirques de la Réunion, et notamment Cilaos, allaient durablement conserver leur réputation de sanatoria, « lieux propres à guérir ». Dans les années 1970, le docteur Chaperon, alors ministre mauricien de l'Éducation, nous racontait, lors d'une des réunions de l'AIRDOI, combien Cilaos était devenu pour lui, comme pour beaucoup de Mauriciens, un lieu mythique dont il rêvait étant enfant : lieu où seuls les plus riches de ses compatriotes avaient le privilège d'accéder [51]. 

Le docteur Mac-Auliffe apportait pourtant les preuves, dans un ouvrage paru au début du siècle, que le paludisme n'épargnait pas les parties hautes de la Réunion, même s'il n'y présentait pas la gravité et la fréquence observées sur les côtés [52]. 

Mais, quels que fussent ses maladies et ses malheurs, l'île trouvait toujours de fervents avocats : Marius et Ary Leblond, après avoir rappelé son surnom d'Eden, écrivaient, dans les années 1920 : « Sa splendeur n'est point écrasante mais très simplement auguste, doucement éblouissante : paradisiaque [53] ». Un peu plus tard, définissant le « génie créole », ils semblaient accorder quelque place à l'Inde, tout en magnifiant la part de l'Europe : « Une philosophie contemplative presque indienne de la vie, mais énervée ou musclée par l'exaltation française (...), le besoin d'admirer, surtout l'Européen (...), un caractère aryen prononcé ; la révérence de la pureté [54] ». Vision onirique d'une bourgeoisie s'affirmant blanche et française et s'efforçant de reconstruire l'île, par l'imaginaire, telle qu'elle voudrait la fixer à jamais dans le réel. 

Réalités et fantasmes s'épaulent donc pour fournir des Mascareignes des images contrastées qui perdurent jusqu'au XXe siècle. Lieux de santé ou lieux de maladies ? Les traditions orales penchent aussi bien dans un sens que dans l'autre. Tour à tour ou simultanément, les deux thèmes sont développés dans la presse locale, la correspondance administrative, le journal tenu par des particuliers, les thèses de médecine, les articles et ouvrages à prétention scientifique. L'idéologie pèse sur des observations et des conclusions qui incitent l'historien à lire au second degré des textes qui en disent souvent plus sur la fabrication de la mémoire et des représentations que sur la santé et la maladie elles-mêmes. 

Matthieu disait : « L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu ». On a parfois remplacé la seconde partie de la phrase par le mot « espoir » ou « rêve », comme si ces derniers, ou Dieu, étaient seuls capables de donner un sens au fait de se guérir, de vivre, par le pain ou par ce qui en tient lieu. Ceci conduit peut-être l'anthropologue et le médecin, autant que l'historien, à se remémorer ce qu'écrivait Georges Duby : « Existe-t-il, au fond, une société qui livre d'elle-même d'autres formes que celles d'un rêve, le propre rêve des hommes qui la constituent, le rêve singulier de l'homme qui l'observe ? » 

On a donc essayé dans le présent travail de se situer à la jonction du réel et de l'imaginaire et cette tentative n'est peut-être pas sans rapport avec les recherches conduites par Jean Benoist. Car l'idéologie, bien sûr, ne pèse pas que sur la recherche des culpabilités, mais aussi sur les techniques ou les pratiques qui permettraient de se défaire de la maladie. Ceux qui ont amené le mal sont l'objet d'un double soupçon : s'ils ont nui en arrivant, ils peuvent nuire une fois sur place. Mais, comme il leur arrive d'être eux-mêmes victimes de la maladie, sans doute ont-ils réfléchi aux moyens de s'en prémunir ou, s'ils sont atteints, de s'en libérer. Croyance qui conduit à solliciter leur concours, même quand on appartient à une communauté différente. Les Indiens de la Réunion « dépossédés du domaine matériel s'assurèrent la maîtrise des pouvoirs surnaturels [55] ». Claire, issue d'une famille de « Petits Blancs », a été mal soignée d'une poliomyélite contractée à l'âge de six ans. Sa mère souffre de la voir déformée et dépressive. La famille est catholique mais entre en contact avec un prêtre indien. Claire et sa mère vont désormais participer aux cérémonies dans le temple de Mariamma que dessert le prêtre. Car, dit la mère, « le bon Dieu malbar aide mieux, parce qu'il connaît plus le malheur, ayant lui même beaucoup passe misère à la Réunion [56] ». 

Le groupe dominant qui a su imposer sa langue, sa culture, ses hiérarchies sociales, se voit reconnaître quelque pouvoir dans les domaines médical et religieux. Mais aucun des groupes venus de l'extérieur n'a renoncé, dans ces deux domaines, à faire entendre sa voix. Prêtres et guérisseurs voisinent avec les praticiens les plus diplômés et les techniques les plus modernes. Aujourd'hui, les patients des Mascareignes se situent à la croisée de deux types de soins : les travaux de Jean Benoist l'ont bien montré. « Rencontres des médecines », rencontres des dieux et des cultes, îles de rencontres et de recours : des hommes venus d'ailleurs ont, d'une main, porté ou reçu le poison, mais, de l'autre, l'antidote. 

L'arsenal offert aux malades, aux angoissés, se déploie, riche de tous les apports dont les Mascareignes ont bénéficié au cours de leur histoire. Aujourd'hui les communautés se rencontrent et s'interpénètrent plus facilement à la Réunion qu'à Maurice mais, même chez les Mauriciens, bien des barrières sont tombées au cours de ces dernières décennies. Qui en douterait pourra méditer un bref mais lumineux article, où il est question de médecines, de religions et de « lieux-carrefour où se recroisent les itinéraires [57] ». 

 

Références bibliographiques

 

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[1] Louis Dermigny, « Les Européens aux Indes du XVIe au XVIIIe siècle », in Mouvements de populations dans l'océan Indien, H. Champion, Paris, 1980, p. 167-185, p. 177.

[2] Mario Serviable, L'Île tropicale : espace fabuleux, espace fabulé, Voyages Mutualistes Réunion, A.G.M., Saint-Denis, s.d. (1983), 56 p.

[3] Duquesne renonça à s'embarquer et Leguat séjourna à Rodrigues et non à Bourbon. Leurs textes ont été réédités sous le titre : Aventures aux Mascareignes : voyage et aventures de François Leguat et de ses compagnons en deux îles désertes des Indes orientales, 1707, introduction et notes de Jean-Michel Racault. (Suivi de) Recueil de quelques mémoires servant d'instruction pour l'établissement de l'île d'Eden, par Henri Duquesne, Éd. la Découverte, Paris, 1984, 243 p. + 8 p. de pl.

[4] Albert Lougnon, Voyages anciens à l'île Bourbon. Sous le signe de la Tortue (1611-1725), 1ère édit., Tananarive, Impr. de l'Imerina, 1939, 233 p. ; éditions suivantes à Paris et Saint-Denis, 1958 et 1970 ; nouvelle édition : Azalées Éditions, Saint-Denis, 1992.

[5] « Généalogie du paysage réunionnais (1650-1950) », in Annuaire des Pays de l'océan Indien, vol. XIII, 1992-1994, Aix, Paris, PUAM-CNRS, 1995, p. 151-181, p. 154.

[6] CAOM, G1 477, « Recensements île Bourbon 1678-1719 ». On trouve des précisions sur les mariages entre Européens, Malgaches, Indiennes et métisses dans L.J.C. Ricquebourg, Dictionnaire généalogique des familles de l'île Bourbon (La Réunion) 1665-1810, Impr. de la Manutention, Mayenne, 1983, 3 t., LXI-2881 p. (diffusion par l'auteur, 28, rue Nationale, 78710 Rosny-sur-Seine).

[7] Jean Barassin, « L'esclavage à Bourbon avant l'application du Code Noir de 1723 », in RD, no 2, 1956, p. 11-59 (cf p. 19-20). Du même auteur : Bourbon des origines jusqu'en 1714, Impr. Cazal, Saint-Denis, 1953, XXI + 448 p. (en particulier p. 200) : un document daté du 27 mai 1687 fait état de la cession à un habitant de Bourbon d'un jeune esclave indien amené dans l'île par un moine portugais.

[8] Atlas des Départements Français d'Outre-Mer I. La Réunion, CNRS et IGN, Paris, 1975, notice de J. Barassin sur « La Réunion au temps de la Compagnie des Indes », p. 1 : en 1714, 623 « Blancs » et 534 « Noirs », soit un total de 1 157 personnes ; en 1735, pour une population de 8 289 habitants, on compte 6 573 esclaves et seulement 1716 Blancs.

[9] Peuplement humain et épidémies à l'île de la Réunion, thèse de médecine, Marseille, 1989, (X)-95 p. dact. (p. 44-45 et 88).

[10] En réalité, l'immigration tant servile que « libre » est beaucoup plus composite et se produit dans un cadre chronologique plus ample. Curieusement, l'auteur oublie, par exemple, de mentionner les Malgaches, dont les arrivées, qui se déroulent de la fin du XVIle siècle aux années 1920, sont souvent associées à l'apport d'épidémies. On pourra consulter sur ces divers points des articles d'Hubert Gerbeau : « Quelques aspects de la traite illégale des esclaves à Bourbon au XIXe siècle », in Mouvements de populations dans l'océan Indien, Champion, Paris, 1980, 462 p., p. 273-308 ; « Engagees and Coolies on Réunion Island, slavery's masks and freedom's constraints », in Colonialism and Migration ; Indentured Labour before and after Slavery, ed. by P. C. Emmer, Dordrecht, M. Nijhoff, 1986, VI-303 p., p. 209-236. « The Indians of the Mascarenes. A Success in Diaspora : Mauritius and Réunion (17th-20th centuries) », Bengal Past and Present. A Journal of Modern Indian and Asian History, Calcutta Historical Society, Calcutta, vol. 116, no 222-223, parts 1-2, 1997, p. 35-79. « Histoire oubliée, histoire occultée ? La diaspora malgache à la Réunion : entre esclavage et liberté », in L'esclavage à Madagascar, textes réunis et présentés par Ignace Rakoto, Institut de Civilisations, Antananarivo, 1997, VI-415 p., p. 3-27.

[11] L'Île Maurice. Esquisses historiques. 1. 1810-1828, Coignet Frères & Cie., Port-Louis, 1910, IV-515 p., p. 50-52.

[12] Port-Louis, deux siècles d'histoire (1735-1935), La Typographie Moderne, Port-Louis, 1936, IX-516 p., p. 247.

[13] ADR, 45 M 2, lettre de Milius au ministre, no 191, du 27 décembre 1818.

[14] Elie Pajot, Simples renseignements sur l'île Bourbon, 1ère édition, Damotte, Saint-Denis, 1878, 244 p. et 21 édition, Challamel, Paris, 1997, qui comporte 344 p., d'un format plus réduit, p. 55. Les agents ajoutent : « Les sauterelles dévorent tout, riz, blé, maïs, même les arbres ». On note la confusion fréquente entre criquet et sauterelle, que fait aussi Pajot.

[15] Ibid., p. 55-56.

[16] Les grandes épidémies à la Réunion pendant la colonisation, thèse de médecine, Rennes, 1969, 104 p. dact. - dont 81 paginées (p. 15).

[17] CAOM, Col. C 3/20 (autrefois aux AN), Mémoire sur l'Isle de Bourbon de 1785. L'auteur précise que sur près de 200 hommes, 17 seulement étaient revenus, alors qu'on n'avait enregistré que 42 tués. Les autres étaient morts de la variole (cité par C. Wanquet, Histoire d'une Révolution : La Réunion 1789-1803, 3 t., J. Laffitte, Marseille, 1980-1984 (t. 1, p. 54, n. 130). Le régiment des Volontaires de Bourbon, envisagé comme un des moyens d'employer les Petits Blancs, avait été créé par l'ordonnance du 1er avril 1779 (Ibid., p. 188-190).

[18] Les grandes épidémies à la Réunion pendant la colonisation, op. cit., p. 16.

[19] C. Wanquet, Histoire d'une Révolution.... op. cit., t. 1, p. 54.

[20] Peuplement humain et épidémies à l'île de la Réunion, op. cit., p. 49.

[21] Histoire d'une Révolution…, op. cit., t. 1, p. 474-475 et 661-662.

[22] D. de N. 3, p. 293 : proclamation du 24 décembre 1819.

[23] ADR, 45 M 2, lettre no 191, du 27 décembre 1818. Edward Jenner, médecin anglais, qui avait commencé en 1775 ses recherches sur les effets de la vaccine, avait procédé avec succès à sa première inoculation en 1796 et révélé sa découverte en 1798. Le vaccin anti-variolique était introduit à Bourbon dès 1803 ; R. Lucas et M. Serviable, Les Gouverneurs de la Réunion. Ancienne Île Bourbon, Éditions du CRI, Sainte-Clotilde, 1987, 191 p., p. 78.

[24] La traite négrière se poursuit activement dans l'archipel, bien que les Anglais l'aient interdite dans leurs colonies depuis 1807 et les Français depuis 1817. On peut estimer à près de 100 000 le nombre d'esclaves amenés clandestinement aux Mascareignes dans les années qui suivent cette double interdiction.

[25] ADR, 174 M 1, lettre du 21 juin 1819.

[26] AS, B/1, lettre de Sir Lowry Cole, datée de Port-Louis, le 23 juin 1823, et adressée à Madge, l'agent civil installé aux Seychelles.

[27] AS, B/2, 15 mars 1827 : Charles de Quincy et ses deux sœurs peuvent emmener 80 esclaves des Seychelles à Maurice ; AS, B/3, 3 août 1827 : même autorisation accordée à Madge pour 79 esclaves. AS, B/7, lettre du Chief secretary de Maurice à Harrison, datée du 12 décembre 1832, autorisant le transport de 14 esclaves domestiques à Maurice, etc.

[28] AM, IA 1115, Report of the Commissioners of Inquiry upon the Slave Trade at Mauritius, London, 1829 (copieux rapport étayé par de nombreuses pièces manuscrites citées en annexe). On peut consulter aussi AM, IB 22/20, « Case of Durans and others condemned for being concerned in the slave trader Deux Amis », AM, IB 22/21, « Case of Schooner Industry », AM, IB 22/25, « Case of L'Espérance », AM. IB 23/34, « Papers refering te, the slave trade at Bourbon (1813-1814) », AM, RA 314, lettre du 16 mars 1828 concernant Letord, dit Dorval, négrier notoire, etc.

[29] Lettre adressée à Maurepas le 24 avril 1730 ; un extrait en est cité par Paul Olagnier, Un Grand colonial inconnu. Le gouverneur Benoist Dumas, Société de l'Histoire des Colonies Françaises, Paris, 1936, 357 p., cf. p. 84. Par « noirs Malabars », il faut entendre des Indiens.

[30] Les grandes épidémies à la Réunion pendant la colonisation, op. cit., p. 16.

[31] Lettre adressée à l'archevêque de Paris, le 28 janvier 1742 (Archives de la Congrégation de la Mission), publiée par Albert Lougnon, RT, t. 6, no 38, p. 185-186.

[32] A. Toussaint, Port-Louis, deux siècles d'histoire…, op. cit., p. 247-248.

[33] Cette proclamation du 10 décembre 1819 est publiée au Bulletin officiel de l'Île Bourbon et envoyée à Maurice (où on peut encore la consulter aux Archives). A. Pitot la cite dans le récit qu'il propose de l'épidémie mauricienne, L'Île Maurice. Esquisses historiques. I. 1810-1828, op. cit., p. 291-294.

[34] ADR, IJ 19/4, Journal de Lescouble, 14 janvier 1820. On peut utiliser aussi la transcription qui a été publiée par L'Harmattan à Paris en 1990 : Jean-Baptiste Renoyal de Lescouble, Journal d'un colon de l'île Bourbon - texte établi par Norbert Dodille - 3 vol., XL-1501 p. + 24 p. de pl. (vol. 1, p. 161), mais de légères modifications sont apportées au texte original.

[35] Communication à l'Académie des sciences, le 16 avril 1821 (« Notice sur la maladie pestilentielle importée aux îles de France et de Bourbon, désignée sous le nom de choléramorbus de l'Inde », Paris, 1821).

[36] Le document est imprimé. À côté de praticiens d'origine française, la Commission comprend des Anglais. Elle est présidée par un de ces derniers, W. A. Burke, « médecin en chef ». A. Pitot reproduit plusieurs documents concernant cette épidémie (L'Île Maurice. Esquisses historiques. I. 1810-1828, op. cit., p. 288-297). Il ne nous a pas été possible d'en consulter les originaux, mais A. Toussaint considère que ces copies sont fiables puisqu'il y renvoie lui-même (Port-Louis, deux siècles d'histoire.... op. cit., p. 248, n. 2).

[37] On trouve des détails sur l'épidémie in AM, IB 22/23, « Cholera-morbus mortality return (19 Nov. 1819 - 19 Jan. 1820) ».

[38] Lettre datée du 19 décembre 1819, adressée par M. De la Barre au général Darling. Celui-ci fait fonction de gouverneur, en l'absence de Farquhar, du 6 février 1819 au 6 juillet 1820. La population franco-mauricienne l'accuse d'avoir, par complaisance, dispensé la Topaze des formalités de quarantaine. Darling riposte en suggérant que les planteurs ont pu eux-mêmes provoquer l'épidémie par le trafic illégal auquel ils se livrent : « He accused not only Mauritian planters but also the Conseil de Commune of smuggling slaves into Mauritius » (Dictionnaire de Biographie mauricienne, fasc. no 1, Port-Louis, février 1941, p. 41, notice de P.J. Barnwell.

[39] « Journal des années 1854 et 1856-1857 » (que je dois à l'amabilité des descendants de l'auteur, MM. J. de B. et J. F. Baissac, d'avoir pu consulter à l'île Maurice). Chazal, qui n'a pas encore 19 ans, écrit le 27 avril 1856 : « Nous avons fait une partie monstre de Dominos après déjeuner accompagnée de mille rires et farces ». Ainsi la vie semble toujours se dérouler sereine mais les parties champêtres, les goûters joyeux avec les petites cousines, sont plus souvent qu'autrefois assombris par les peurs et les deuils.

[40] Un roman en a proposé de saisissantes images : « Quelques jours de Quarantaine, et nous étions devenus fous, tremblant pour un peu d'eau fraîche, pour un peu de riz, guettant sur autrui les symptômes mortifères, les taches sur les joues et les ecchymoses, les lèvres qui saignent, les yeux éclairés par la fièvre » (J. M. G. Le Clézio, La Quarantaine, Gallimard, Paris, 1995 et collection Folio no 2974, 1998, 541 p., p. 243). L'action se déroule, pour l'essentiel, sur Flat Island, la minuscule Île Plate située à une douzaine de kilomètres au nord de Maurice.

[41] Essai sur l'ethnologie et la pathologie de l'île de la Réunion (géographie médicale), Imprimerie de la Charité, Montpellier, 1944, 181 p., cf p. 13.

[42] Cf. Marcelle Lagesse, L'Île de France avant La Bourdonnais (1721-1735), Mauritius Archives Publications, no 12, Port-Louis, 1972, 110 p.

[43] Extrait d'un rapport de 1827, rédigé par Coquebert de Montbret et publié in P. P. Urbain Thomas, Essai de statistique de l'île Bourbon, Bachelier, Paris, 1828, 2 tomes (t. 1, p. 8-9).

[44] Essai sur l'ethnologie et la pathologie…, op. cit., p. 73-74 et 96.

[45] Ibid., p. 102 et 109-110.

[46] « Rapport sur la fièvre endémo-épidémique à la Réunion », Saint-Denis, Lahuppe, 1872.

[47] Essai sur l'ethnologie et la pathologie…, op. cit., p. 102, 108 et 111- 112.

[48] ADR, 119 M 3 : entre 1902 et 1907, par exemple, la mortalité moyenne en France s'établit à 1,97%, alors qu'elle est de 2,34% à la Réunion. Le paludisme représente dans cette île la principale cause de décès au début du XXe siècle, avec près de 2 000 morts par an, pour une population d'environ 175 000 personnes.

[49] Et qui n'hésite pas à porter, sur le mode humoristique, des jugements de valeur dans sa thèse : évoquant, par exemple, la légende de Brahma qui, pour soulager la terre du poids qui l'accablait, ordonna à la déesse Câli de tuer tous les êtres vivants qui, jusqu'alors, échappaient à la loi de la mort, P. Lougnon rappelle que, versant des torrents de pleurs, la déesse tenta de se dérober à sa tâche funèbre. Brahma aurait alors décidé que les larmes versées deviendraient autant de maladies et que par elles la mort surviendrait. « Qui connaît, poursuit l'auteur, le caractère pleurnichard de nos Malabars ne s'étonnera pas que les larmes de Câli aient donné naissance à une aussi abondante moisson de fléaux ! », Essai sur l'ethnologie et la pathologie..., op. cit., p. 74-75.

[50] Ibid., p. 111.

[51] L'AIRDOI, Association des Institutions de Recherche et de Développement dans l'océan Indien, avait tenu une de ses sessions à l'hôtel des thermes de Cilaos.

[52] Jean-Marie Mac-Auliffe, Cilaos pittoresque et thermal, 11, édit., Imprimerie Dubourg, Saint-Denis, 1902 ; nouvelle édition, Azalées Éditions et Grand Océan, Saint-Denis, s.d. (1996 ?), 262 p. (p. 198-212).

[53] Introduction à l'ouvrage de R. Barquissau, H. Foucque, H. Jacob de Cordemoy et al., L'Île de la Réunion (Ancienne Île Bourbon), Larose, Paris, 1925, 288 p. (p. 1-16, cf p. 1).

[54] L'Île Enchantée. La Réunion, Librairie de la Revue Française, Paris, 1931, 157 p., p. 141-142.

[55] Jean Benoist, « Religion hindoue et dynamique de la société réunionnaise », in Annuaire des Pays de l'océan Indien, PUAM-CNRS, Vol. VI, Aix, Paris, 1979, 1980, p. 127-166, (p. 133). [Texte disponible dans Les Classiques des sciences sociales. JMT.]

[56] Jean Benoist, « Soigner dans des sociétés plurielles : les leçons du monde créole », in Contacts de langues, contacts de cultures, créolisation. Mélanges offerts à Robert Chaudenson, Marie-Christine Hazaël-Massieux et Didier de Robillard éd., L'Harmattan, Paris, 1997, 475 p. (p. 333-348, cf. p. 339). [Texte disponible dans Les Classiques des sciences sociales. JMT.]

[57] Jean Benoist, « Propos d'un passeur culturel mauricien », in Droit et anthropologie de la complexité. Mélanges dédiés à Jean Mas, Economica, Paris, 1996, 426 p. (p. 47-51, cf p. 51).



Retour au texte de l'auteur: Jean-Marc Fontan, sociologue, UQAM Dernière mise à jour de cette page le dimanche 27 juillet 2008 20:28
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur de sociologie au Cégep de Chicoutimi.
 
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