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Collection « Les sciences sociales contemporaines »

Le mouvement coopératif au coeur du XXIe siècle. (2001)
Préface


Une édition électronique réalisée à partir du livre sous la direction de Alain-G. Gagnon et Jean-Pierre Girard, avec la collaboration de Stéphan Gervais, Le mouvement coopératif au coeur du XXIe siècle. Québec: Les Presses de l’Université du Québec, 2001, 313 pp. [Livre diffusé en libre accès dans Les Classiques des sciences sociales avec l'autorisation conjointe de l'auteur et de l'éditeur accordée le 23 juillet 2017.]

[vii]

Le mouvement coopératif au cœur du XXIe siècle.

Préface

Le XXIe siècle obligera les coopératives à relever plusieurs défis importants. La mondialisation des marchés, qui s'est accélérée à la fin du XXe siècle, a changé la donne sur les plans de l'intensité de la concurrence et des exigences financières qui sous-tendent le développement futur des entreprises. D'autres facteurs, comme le développement rapide des technologies ou l'évolution des besoins et des habitudes des consommateurs, ajoutent à la nouvelle complexité que doivent affronter désormais toutes les entreprises, qu'elles soient privées, publiques ou collectives.

Les coopératives sont, au même titre que tous les autres types d'entreprises, confrontées au défi de leur pérennité dans une économie de marché qui, comme on le sait, ne leur accorde pas de traitement de faveur. Mais la pression exercée par un environnement financier adapté en premier lieu aux entreprises à capitalisation boursière détermine pour elles un défi supplémentaire : la préservation de leur identité propre de coopératives.

Le défi de l'authenticité coopérative

La formule coopérative est aujourd'hui remise en question. Nous assistons en effet, dans les domaines de l'assurance, de l'agroalimentaire et des services financiers, à une véritable vague de démutualisations, qui touche plusieurs pays, le nôtre y compris.

[viii]

On convertit ainsi d'importantes entreprises à propriété collective en sociétés à capital-actions parce qu'on est convaincu que cette conversion est devenue nécessaire dans les conditions actuelles, où la formule mutualiste ou coopérative serait devenue un handicap.

Alimentés par cette nouvelle réalité, des doutes sont exprimés de plus en plus souvent sur la capacité des coopératives de se développer dans le nouvel environnement économique qui se met en place. On s'interroge ouvertement sur leur capacité de continuer d'être solidaires et de partager encore, pour l'avenir, des objectifs collectifs. On doute de leur capacité de se faire aussi inventives dans l'avenir qu'elles ont su l'être jusqu'à maintenant pour assurer leur croissance.

Heureusement, il existe un grand nombre de coopérateurs, au Québec comme ailleurs dans le monde, que l'expression de ces doutes n'ébranle pas. Elle stimule au contraire leur fierté et leur motivation à faire de leur coopérative une réussite.

Aux yeux des coopérateurs convaincus, les démutualisations sont autant de dépossessions. On détruit par elles des remparts économiques que plusieurs générations avaient patiemment érigés et on prive ainsi les collectivités d'un outil qui aurait pu leur permettre de lutter contre les effets négatifs de la mondialisation. Les démutualisations sont à leurs yeux autant de dilapidations du patrimoine collectif susceptibles d'avoir des retombées à long et très long termes, au profit d'un actionnariat dont on espère qu'il sera rentable individuellement à court terme. Il n'est donc pas question pour eux de s'engager dans une telle avenue.

Le capital

Le défi de la capitalisation n'en est pas moins majeur pour les coopératives, qui, en vertu de leur structure de propriété, ont plus difficilement accès au capital. Dans le monde coopératif, cette problématique particulière a d'ailleurs fait l'objet de nombreux forums nationaux et internationaux au cours des dernières années. La question requiert, effectivement, analyse et échange d'expériences.

Mais l'histoire du mouvement coopératif n'a-t-elle pas prouvé que les coopératives savent faire preuve d'inventivité dans les situations qui le requièrent ? Les grands groupes coopératifs - au Québec, Desjardins et les grandes coopératives agricoles - ont amplement fait la preuve, par des solutions originales au problème du capital (parts permanentes, débentures subordonnées, ristournes sous forme de parts privilégiées), qu'il est possible, pour une coopérative qui le veut, de se doter des outils qui lui permettent de croître dans une économie de marché, sans pour autant se [ix] dénaturer et tout en poursuivant sa mission de service aux membres. L'avenir des coopératives au XXIe siècle sera donc assuré dans la mesure où elles sauront toujours faire preuve de la créativité nécessaire sur ce plan.

Si le progrès futur des coopératives passe obligatoirement par des pratiques permettant l'enrichissement de leur capital, la qualité du lien entre la coopérative et ses membres jouera dès lors un rôle important. Les membres qui constateront une correspondance réelle entre les pratiques et les valeurs professées par la coopérative et qui auront voix au chapitre, non seulement à titre d'usagers des services, mais aussi à titre de propriétaires de la coopérative, feront plus volontiers preuve de loyauté envers cette dernière. Ils généreront plus naturellement un volume de transactions permettant de dégager un meilleur rendement. Ils seront aussi plus susceptibles de répondre positivement à de futurs appels de capital. L'intensité de la vie coopérative et la capitalisation entretiennent ainsi un rapport étroit - un rapport dont la qualité sera garante de l'avenir des coopératives.

Des mesures de performance
qui échappent aux coopératives


La « différence coopérative » souffre également aujourd'hui d'une certaine standardisation des pratiques entraînée par le triomphe sans partage de l'économie de marché. Le monde capitaliste exerce par exemple beaucoup de pression pour ramener l'évaluation de la performance à des ratios exclusivement financiers. Pour éviter de se laisser emporter toujours plus loin par des mesures de performance qui ne lui appartiennent pas, le monde coopératif devra donc se ressaisir et mettre au point ses propres instruments de mesure, pour mieux rendre compte de la façon originale dont il accomplit sa mission.

Les coopératives répondent-elles de façon efficace aux besoins de leurs membres ? Ceux-ci sont-ils satisfaits de leurs services ? Quels services réellement distinctifs ont-elles mis sur le marché ? Quels partenariats ont-elles créés ou soutenus pour favoriser le développement ? Qu'ont-elles fait pour combattre l'exclusion engendrée par le chômage et la pauvreté ? Ces questions touchent autant de dimensions de la mission des coopératives qu'il faudra savoir traduire en indicateurs si l'on veut être en mesure de rendre compte d'un type de performance qui leur soit spécifique.

[x]

La satisfaction des membres

Parce qu'elles ont une mission de service, les coopératives devront aussi se rappeler que leur premier objectif doit être de satisfaire leurs membres, au même titre que les entreprises à capital-actions doivent d'abord produire de la « valeur ajoutée pour leurs actionnaires ». Demain encore, la satisfaction des membres devra donc s'inscrire au cœur de la culture des coopératives et demeurer la clé de tous leurs arbitrages stratégiques.

De nouvelles coopératives et d'autres formes d'organisations reliées à l'économie sociale se créent aujourd'hui pour répondre à des besoins non satisfaits et contribuer à la démarginalisation de certains groupes sociaux. Que des coopératives naissent encore à notre époque prouve bien, près de 160 ans après les Pionniers de Rochdale, que la formule est toujours actuelle. Mais le mouvement coopératif plus « institutionnalisé » devra lui aussi éviter de perdre de vue tout l'éventail des besoins à satisfaire. Il faudra déployer des efforts sans cesse renouvelés pour satisfaire tous les besoins des membres, y compris les petits besoins, même si ces derniers sont souvent considérés comme les plus coûteux et qu'ils sont souvent les plus négligés.

L'histoire nous permet, ici encore, de constater que l'une des forces du mouvement coopératif a toujours été de faire une bonne lecture des besoins. Si elles veulent éviter une trop grande contamination par les valeurs et les façons de faire du capitalisme, les coopératives devront prendre garde à ne pas mettre en marché des produits par simple mimétisme, mais s'assurer plutôt, au moyen d'une écoute attentive des membres et des collectivités, que leurs produits répondent à de véritables besoins.

Le monde coopératif possède un avantage indéniable dans un marché où, désormais, la différenciation des produits tient souvent à bien peu de choses : il peut répondre de façon réellement distinctive aux besoins. Il devra donc miser encore plus sur cet avantage dans l'avenir.

Pour relever le défi de la pérennité :
le développement des affaires


Pour être en mesure de poursuivre dans le temps la réalisation de leur mission, les coopératives devront se donner les moyens de durer. À cette fin, elles devront maintenir leur équilibre financier par un développement dynamique des affaires et une adaptation continue au changement. Ce sont indiscutablement des coopératives en bonne santé financière qui assureront la pérennité du mouvement coopératif. Si les valeurs et façons [xi] de faire coopératives constituent des atouts à défendre et à promouvoir, elles devront soutenir des pratiques d'affaires et des projets qui permettent la réussite financière.

Il n'y a pas de contradiction entre contribuer à la satisfaction des besoins des membres et rentabiliser financièrement les moyens mis en place pour y arriver. Lorsqu'une coopérative met de meilleurs outils au service de ses membres et de leur collectivité, elle leur permet de progresser, elle contribue à faire augmenter leur niveau de bien-être. En retour, une coopérative au service d'un milieu qui se développe trouve les conditions qui lui permettent de déployer son offre de services et d'augmenter sa solidité financière. Contribution au développement économique et social et développement des affaires de la coopérative devront continuer à se nourrir mutuellement dans l'avenir.

Le développement des affaires pourra aussi être mené de concert avec des partenaires qui partagent un même type de motivation et un même désir de contribuer au développement collectif. Dans un environnement où les ressources sont nécessairement limitées lorsqu'on les compare à l'ampleur des besoins, les partenariats d'affaires seront un moyen permettant aux coopératives de concourir à l'atteinte d'objectifs collectifs, tout en partageant les risques et l'apport de capital nécessaire.

Il faudra, bien entendu, privilégier les partenariats entre coopératives. À l'heure où les entreprises du monde entier sont engagées dans une dynamique de fusions, d'acquisitions et d'alliances, les coopératives n'auront elles-mêmes pas le choix de renforcer les liens qui existent déjà entre elles. Elles devront donc, en plus de partager un intérêt commun pour la défense et la promotion de leur identité commune, rechercher de façon plus active des partenariats d'affaires qui soient mutuellement avantageux.

À plus grande échelle, elles devront également apprendre à maîtriser l'art des grandes alliances coopératives internationales, pour s'inscrire de la sorte, à leur façon, dans la mouvance des grandes acquisitions ou fusions.

Pour relever le défi de la pérennité :
l'adaptation au changement


Dans l'environnement que nous connaissons désormais, où le changement se fait à une cadence de plus en plus rapide, l'impératif d'efficacité devient une question de survie. Plus que jamais, toute organisation qui veut progresser et assurer sa pérennité doit se transformer elle-même. C'est dire que désormais, pour les entreprises coopératives comme pour [xii] toutes les autres, l'adaptation de la structure organisationnelle, des stratégies et des façons de faire aux enjeux et aux défis à relever devient un processus quasiment continu.

Dans ce contexte, les gestionnaires des coopératives, après s'être donné les moyens d'assurer la réalisation de la mission de l'entreprise et le respect des principes de gouvernance propres aux entreprises coopératives, devront avoir le souci constant du contrôle des coûts et de la recherche d'efficacité dans la production et la livraison des services.

Marier satisfaction des membres, recherche de productivité par l'efficacité et l'innovation, et mobilisation des ressources humaines par le développement des compétences, la responsabilisation et la satisfaction du travail bien fait me semble devoir être au cœur de toute philosophie de gestion en milieu coopératif.

Une formule d'avenir

Les coopératives regroupent aujourd'hui près de 800 millions de personnes dans le monde. Elles constituent, par les valeurs qui les sous-tendent, par leur mode de fonctionnement, qui permet de canaliser l'action collective, ainsi que par leur siècle et demi d'expérience, une réponse pertinente aux défis contemporains.

En alliant une saine gestion financière à un vécu coopératif authentique et bien en prise sur la réalité socioéconomique dans laquelle elles s'insèrent, les coopératives sauront jouer un rôle actif dans l'économie du XXIe siècle.

Alban D'Amours
Président du Mouvement des caisses Desjardins



Retour au texte de l'auteur: Jean-Marc Fontan, sociologue, UQAM Dernière mise à jour de cette page le vendredi 6 octobre 2017 5:14
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue,
professeur associé, Université du Québec à Chicoutimi.
 
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