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Collection « Les sciences sociales contemporaines »

Pierre Fournier, Les sociétés d’État et les objectifs économiques du Québec:
une évaluation préliminaire
(1979)
Introduction


Une édition électronique réalisée à partir du livre de Pierre Fournier, Les sociétés d’État et les objectifs économiques du Québec: une évaluation préliminaire. Québec: L’Éditeur officiel du Québec, 1979, 135 pp. Collection : Études et dossiers. La documentation québécoise, Ministère des communications. Prospective, no 1. [Avec l’autorisation formelle de l’éditeur du Gouvernement du Québec, Les Publications du Québec, accordée le 25 janvier 2006.]

Introduction

publiques a, sans contredit, été un des éléments clefs de la politique économique des gouvernements québécois depuis le début des années soixante. Malgré des moyens relativement faibles, le gouvernement est intervenu directement dans un grand nombre de secteurs économiques (électricité, acier, mines, forêts, finance, gestion et pétrole) par le biais de sociétés d'État. Le but principal de ce rapport est de déterminer dans quelle mesure les sociétés d'État en question ont contribué à la réalisation des objectifs économiques du gouvernement du Québec et aussi dans quelle mesure elles ont atteint leurs objectifs spécifiques. 

Il faut donc, dans un premier temps, identifier le plus clairement possible les principaux objectifs économiques du Québec. Il s'agira de souligner non seulement les différents problèmes qu'on a identifiés (la faiblesse de la structure industrielle, le contrôle étranger, le manque de capital-risque, etc.) mais aussi les principales solutions proposées : le développement du capital autochtone, l'intégration des investissements étrangers, le développement de secteurs économiques nouveaux, etc. Dans un deuxième temps, nous examinerons et évaluerons la performance des principales sociétés d'État par rapport aux objectifs globaux et spécifiques que nous aurons pu identifier. Il faudra analyser, entre autres, le bilan des opérations, l'évolution des objectifs assignés et les perspectives de développement de chacune des entreprises. Nous ferons aussi un certain nombre de recommandations spécifiques dans une tentative de maximiser les retombées économiques et sociales de l'action des sociétés d'État. 

Il doit être bien entendu, dès le départ, qu'il serait illusoire de vouloir évaluer de façon objective et scientifique les activités des entreprises publiques. Dans le secteur privé, on utilise la rentabilité ou le profit comme principal critère pour mesurer la performance d'une entreprise. Même si cet objectif ne doit pas être écarté dans le cas des sociétés d'État et même si, dans les faits, plusieurs entreprises publiques sont rentables ou sur le point de le devenir, il serait peu réaliste et injuste d'utiliser le taux de profit comme unique critère d'évaluation pour les sociétés d'État. Comme le soulignait une étude récente effectuée par des chercheurs de l'École des hautes études commerciales à Montréal: 

“... la gestion de l'entreprise publique ne peut s'apprécier dans le cadre de la comptabilité traditionnelle qui débouche sur la notion de rentabilité du capital, mais plutôt en termes d'analyse de coût-bénéfice. Le problème est que les techniques de coûts-bénéfices ne conduisent pas à des conclusions très précises [1].” 

Il est évident que les fonctions sociales et politiques des sociétés d'État comme, par exemple, la promotion des Québécois francophones dans l'économie, ne peuvent être quantifiées de façon précise et encore moins traduites en terme de rentabilité. Mais cela est également vrai dans le cas de plusieurs fonctions économiques qui sont imposées aux sociétés d'État par le gouvernement : assurer le développement régional, susciter des modifications de la structure industrielle, attirer de nouveaux investissements. 

Quelques exemples donneront une meilleure idée de la difficulté d'évaluer de façon scientifique les performances des sociétés d'État. La sidérurgie d'État Sidbec, par exemple, connaît des déficits importants depuis plusieurs années. Ne pourrait-on pas, néanmoins, affirmer que la réalisation d'autres objectifs, c'est-à-dire la baisse du prix de l'acier, la création d'emplois, la promotion de cadres francophones, le développement d'un secteur important pour l'économie québécoise, a effectivement contrebalancé les mauvaises performances financières de Sidbec ? Il est évidemment impossible de porter un jugement objectif en raison du problème de la période d'observation. La Caisse de dépôt, par ailleurs, a obtenu un excellent rendement sur ses placements, et cela même selon les critères en vigueur dans le secteur financier. Mais il reste à voir si la Caisse a adéquatement rempli son rôle au niveau du développement économique du Québec. Bref, nous avons évité de nous limiter aux critères purement quantitatifs, et avons tenté plutôt d'évaluer les sociétés d'État par rapport à l'ensemble de leurs objectifs. 

Notre analyse et nos monographies portent sur les huit sociétés d'État qui nous apparaissent les plus importantes dans la conjoncture actuelle et qui ont les incidences les plus directes sur la structure industrielle. Il s'agit de la Caisse de dépôt et de placement du Québec, la Société générale de financement, la Société de développement industriel, la Société québécoise d'exploration minière, Sidbec, l'Hydro-Québec, la Société de développement de la Baie James et la Société québécoise d'initiatives pétrolières. Les entreprises représentent soit des interventions dans des secteurs économiques précis ou encore des tentatives d'influencer ou de modifier la structure industrielle du Québec. Certaines autres initiatives, telles SOQUIA, REXFOR, CRIQ et SODEQ, ont été laissées de côté parce qu'elles sont de création trop récente ou encore parce qu'elles demeurent relativement peu développées pour le moment. 

Il est évident que l'analyse de huit sociétés d'État représente une tâche considérable. L'étude d'une seule société d'État est déjà une entreprise d'envergure. Nous croyons cependant avoir fait un travail utile en réunissant pour la première fois dans un même document des informations de base sur les principales entreprises publiques québécoises. 

Soulignons enfin les principales sources d'information que nous avons utilisées pour la préparation de ce rapport. Pour les objectifs économiques du Québec, nous avons surtout consulté les différents rapports et études sur la structure industrielle, y compris les rapports Vézina, Tetley et Raynauld, les programmes des principaux partis politiques et certains documents de travail du MIC et d'autres ministères. Pour les sociétés d'État, nous avons examiné les rapports annuels, des documents internes d'évaluation préparés par les entreprises en question, des résumés de presse et les principales déclarations des hommes politiques à leur sujet. Nous avons également effectué des entrevues en profondeur avec certains dirigeants des sociétés d'État en question.


[1] HEC, "Sous-système économique" Prospectives du système socio-économique québécois, étude préliminaire, pp. 8.32.


Retour au texte de l'auteur: Pierre Fournier, ex-prof, science politique UQAM Dernière mise à jour de cette page le lundi 13 février 2006 7:12
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue.
 
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