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Collection « Les sciences sociales contemporaines »

Autopsie du Lac Meech. La souveraineté est-elle inévitable ? (2000)
Introduction


Une édition électronique réalisée à partir de l'article de Pierre Fournier, Autopsie du Lac Meech. La souveraineté est-elle inévitable ? Outremont, VLB Éditeur, La collection «Études québécoises», 1990, 214 pp. Une édition numérique réalisée par Marcelle Bergeron, bénévole, professeure retraitée de l'École polyvalente Dominique-Racine de Chicoutimi.

Introduction

Pourquoi une autopsie de ce cadavre encore chaud qu'est le lac Meech ? Parce qu'au-delà du jargon juridique et des luttes constitutionnelles, les interminables débats sur l'Accord se seront révélés un formidable détonateur et un puissant révélateur de ce que sont devenus le Québec et le Canada anglais. 

Pour les Québécois, le lac Meech aura eu l'immense mérite de clarifier les enjeux liés à leur devenir collectif. Jamais les principales forces politiques au Canada ne se seront montrées aussi crûment que pendant ces trois longues années. Jamais les réalités différentes et les visions irréconciliables qui sous-tendent l'existence de ce pays ne seront apparues aussi évidentes. Jamais le fossé entre les aspirations du Québec et du Canada anglais n'aura été aussi grand. Et surtout, jamais l'actuel gouvernement québécois n’aura dévoilé aussi clairement ses motivations profondes quant à l'avenir du Québec. 

Pendant près de deux décennies, le génie de Pierre Trudeau aura été de camoufler les incompatibilités et les contradictions canadiennes, permettant ainsi à une vision qui ne collait pas à la réalité ni aux aspirations des Québécois ou des Canadiens anglais, de triompher momentanément. Même si l'ancien premier ministre est sorti victorieux de la ronde Meech, et qu'il a grandement contribué à son échec, ce vaudeville aura tout au moins permis de démystifier l'homme et ses idées. Allié objectif des éléments les plus réactionnaires et les plus anti-francophones de la société canadienne, Pierre Trudeau se sera enfin démasqué devant des Québécois maintenant prêts à se purger de l'influence de celui qui, plus que tout autre, avait su retarder l'évolution normale du Québec, La remise en question de l'héritage Trudeau aura surtout touché la période 1980-1982, alors que, après la victoire référendaire, il avait réussi à tromper les Québécois en reniant le « fédéralisme renouvelé » promis, et en leur imposant une constitution dont ils ne voulaient manifestement pas. 

Au chapitre 2, je tenterai de démontrer que l'opinion véhiculée par le gouvernement québécois actuel et la plupart des analystes selon laquelle le lac Meech constituait, somme toute, un compromis acceptable, ne résiste pas à l'analyse. En effet, un examen serré des demandes minimales de 1986, de l’Accord de juin 1987 et des nouvelles concessions de juin 1990, révèle que les intérêts du Québec n'auraient été aucunement servis par la ratification d'un document qui, à plusieurs niveaux, aurait amené des reculs importants pour le Québec. À l'aide d'un bref historique, j'examinerai ensuite les principaux points tournants de ce mauvais feuilleton où la réalité a souvent dépassé la fiction, et je laisserai aux autres le soin de comptabiliser ses nombreux rebondissements. 

On verra que les principales raisons invoquées au Canada anglais pour rejeter l'Accord, y compris les droits des minorités linguistiques, la loi 178, la place des autochtones et des communautés culturelles, de même que la réforme du Sénat, n'ont été que des prétextes visant à camoufler des sentiments et des attitudes profondément anti-francophones et anti-Québec. Les opposants de l'Accord, même s'ils ont été rarement convaincants au niveau des idées, n'ont réussi qu'à convaincre les convertis, précisément parce qu'ils ont su si bien exploiter les préjugés tenaces à l'égard du Québec. 

Parallèlement, une des grandes révélations de ce débat aura été l'apparition d'un Canada anglais qui, quoique de façon encore confuse et contradictoire, se cherche désespérément, et semble en voie de forger des consensus sur son propre devenir collectif. Si plusieurs croient encore que le Canada anglais ne survivra pas à la souveraineté du Québec, la lecture de ce livre devrait les en dissuader. Qui plus est, contrairement à la période référendaire de 1980, alors qu'il semblait disposé à faire des compromis importants, le Canada anglais tient maintenant à ce que l'adhésion du Québec soit basée sur le statu quo constitutionnel sans aucune reconnaissance — symbolique ou réelle — de sa spécificité. 

Le réveil des forces nationalistes au Québec n'est-il qu'un feu de paille, ou constitue-t-il un véritable point tournant dans son évolution politique ? Les trois derniers chapitres tenteront de répondre à cette interrogation tout en faisant le point sur la situation politique, économique et linguistique de l'après-Meech. À partir d'une analyse des défis et des contraintes auxquels devra faire face le Québec en cette dernière décennie du XXe siècle, j'avancerai que si la conjoncture est exceptionnelle, les obstacles qui se dressent à l'encontre de la souveraineté demeurent toutefois considérables. Malgré les efforts et les progrès des dernières années, l'avenir du français est encore loin d'être assuré. Au niveau économique, le Québec a désormais non seulement les moyens de devenir souverain, mais il pourrait même en tirer des avantages notoires. Cela n'empêchera pas les débats des prochains mois et des prochaines années de tourner encore une fois autour de la viabilité économique d'un Québec indépendant. Quant à la conjoncture politique, pour ceux qui croient que la marche vers la souveraineté est inévitable ou inéluctable, et que le gouvernement actuel au Québec en sera le maître d’œuvre, le réveil risque d'être brutal.


Retour au texte de l'auteur: Pierre Fournier, ex-prof, science politique UQAM Dernière mise à jour de cette page le samedi 28 novembre 2009 8:32
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur au Cégep de Chicoutimi.
 
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