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Collection « Les sciences sociales contemporaines »

La société. Tome 5: Les États (1981)
Présentation


Une édition électronique réalisée à partir du livre de M. Robert Fossaert, sociologue,  La société. Tome 5: Les États. Paris: Les Éditions du Seuil, 1981, 574 pages. [Autorisation de l'auteur accordée le 20 juillet 2003 de diffuser sur ce site] Une édition numérique réalisée par Marcelle Bergeron, bénévole, professeure retraitée de l'École polyvalente Dominique-Racine de Chicoutimi.
Présentation

par Robert Fossaert

Le pouvoir que l'État semble monopoliser en toute société, le pouvoir qui paraît être l'objectif de toutes les forces politiques, même de celles qui rêvent parfois au dépérissement de l'État : tel sera le thème principal du présent volume où pouvoir, État et politique déploieront leurs entrelacs.

 On pourrait penser que la recherche va s'engager, de la sorte, sur un nouveau terrain. Après les structures économiques étudiées au tome 2, après les analyses plus ou moins sociologiques, consacrées par les tomes 3 et 4 aux appareils et aux classes, le temps des « sciences politiques » serait venu. Mais — faut-il le rappeler ? — les découpages produits par la division du travail universitaire, ne relèvent pas d'une nécessité théoriquement fondée. L'objet dont les disciplines économiques, sociologiques ou politologiques ont à rendre compte est fondamentalement le même. C'est la même société, le même tissu de relations sociales infiniment diversifiées mais réellement insécables (tome 1, n° 3) [1], ce sont les mêmes hommes, pris dans le même réseau social, que l'économiste, le sociologue, le politologue et les spécialistes de maintes autres disciplines soumettent à observation, depuis leurs observatoires particuliers. Les héritiers de Marx, qui devraient mieux que quiconque demeurer attentifs, en toutes circonstances, à l'unité réelle de la totalité sociale, résistent souvent mal aux effets sournois de la division du travail savant, surtout s'ils laissent se rigidifier, dans leur pensée, des distinctions comme celle de la base et des superstructures. Ils deviennent ainsi victimes ou complices d'un éclatement de la théorie sociale qui fragmente l'unique objet social en pseudo-réalités distinctes. L'affaire serait de médiocre importance, si les sciences sociales atteignaient déjà un stade de développement comparable à celui des sciences naturelles, auquel cas le foisonnement des recherches spécialisées ne nuirait en rien à la circulation des résultats et à la fertilisation croisée des recherches. Mais, comme on est loin du compte à cet égard, le cloisonnement disciplinaire des recherches, des méthodes et des objets sociaux auxquels les unes et les autres sont censées s'appliquer produit plus de souverainetés provinciales que de connaissances vérifiables et utilement exportables d'une province à l'autre...

 Ainsi donc, on se gardera de penser qu'on en a fini avec les structures économiques, les appareils idéologiques et étatiques ou les classes sociales, sous prétexte que les tomes précédents leur étaient spécialement consacrés. L'État déjà rencontré comme propriétaire de moyens de production (tome 2, n° 14), l'État des appareils d'État, l'État auquel ressortissent les diverses classes régnantes et tenantes (tome 4, n° 8) — cet État n'a été jusqu'ici qu'un mot vide de sens. Sitôt que ce mot aura cédé la place à un concept précis et à une typologie explicite des États, il faudra revenir sur les diverses occurrences où il servait à indiquer un problème à résoudre ultérieurement, pour enrichir de significations nouvelles les résultats provisoirement tenus pour acquis. Autrement dit, l'étude des États se révélera indispensable à l'intelligence des formations économiques, des appareils et des classes, n'en déplaise aux garde-frontières des sciences sociales spécialisées...

 En fait, le présent volume doit mener à bien l'instance politique, c'est-à-dire reprendre, sous un nouvel angle, l'examen de l'ensemble des sociétés considérées en toutes leurs parties. L'instance économique, logée pour l'essentiel au tome 2, a montré comment les sociétés sont agencées pour produire leur subsistance. L'instance politique doit montrer comment ces mêmes sociétés sont agencées pour « faire tenir ensemble » leur population, pour en assurer la cohérence. L'instance économique a dû s'y reprendre à plusieurs fois avant d'arriver à une claire conception de ce qu'est la production des subsistances (tome 2, n° 68). L'organisation sociale ne livrera pas plus facilement son mystère : l'État est-il l'organisateur de la société ? ou désigne-t-il son organisation elle-même ? à moins qu'il ne soit qu'un « organe » social parmi d'autres ?

 À l'entrée de l'instance économique, nous pouvions supposer, à bon droit, que la production était — ou impliquait, à tout le moins — un certain rapport entre la société à faire subsister et la nature, pourvoyeuse ultime de sa subsistance. À l'entrée de l'instance politique, nous savons de même que la coexistence de millions d'hommes fait problème : comment « tiennent-ils ensemble », alors que les rapports établis entre eux, ne serait-ce que pour les besoins de la production, les divisent en classes souvent opposées ? Le mot organisation résume ce problème, mais ne l'élucide pas. Toutefois, nous pouvons supposer, d'entrée de jeu, que l'organisation sociale est — ou implique, à tout le moins — un certain rapport de la société avec elle-même : un rapport par lequel la société, divisée en classes, surmonte cette division et « tient ensemble ». Analyser ce rapport social — cet énorme faisceau de relations sociales — est l'objet central de l'instance politique.

 Pour les besoins d'une claire analyse, cette instance se déploiera en laissant délibérément de côté, tout ce qui, dans l'organisation sociale, ressortit à l'idéologie plus qu'au pouvoir (tome 1, n° 95). En d'autres termes, l'étude de l'organisation sociale — ou, si l'on préfère, l'examen de l'ordre établi dans les divers types de sociétés — progressera en prêtant une attention prioritaire aux moyens par lesquels cet ordre est imposé, et en négligeant, du même coup, les moyens grâce auxquels cet ordre est consenti. Cette distinction qui, à l'usage, se révélera de bonne méthode est assurément délicate, car elle tranche dans le vif : comment séparer le pouvoir des princes, de leur prestige ? comment observer le jeu des appareils étatiques, quand ceux-ci se dénomment école ou justice et fonctionnent principalement « à l'idéologie » ? Aussi bien, la distinction sera-t-elle utilisée avec souplesse. Mais il reste que l'idéologie, en toutes ses manifestations, demeurera à l'arrière-plan, jusqu'au prochain volume où l'instance idéologique trouvera place, à son tour, et permettra de revenir, en connaissance de cause, sur les résultats qu'aura dégagés, en sa provisoire solitude, l'instance politique (comme sur les résultats antérieurement acquis par l'instance économique).

 L'instance politique, ainsi délimitée, se développera en deux étapes. La première sera consacrée aux États et au domaine, plus diffus, des pouvoirs sociaux qui semblent plus ou moins étrangers à l'État et qui composent la société civile. La deuxième étape ressaisira l'ensemble des résultats précédemment établis et montrera qu'en chaque société le réseau des pouvoirs, épars dans la société civile ou concentrés dans l'État, constitue une formation politique, laquelle n'est ni l'homologue ni le reflet mécanique de la formation économique, déjà identifiable (tome 2, n° 86), mais est liée à celle-ci par des liens croisés dont la nature et la portée seront examinées, chemin faisant.

 Quels que soient les progrès accomplis jusqu'ici ou annoncés par le présent volume, la société demeure néanmoins une réalité que nous ne savons pas encore définir en tous ses aspects. Aussi faut-il rappeler les axiomes qui fondent notre recherche. Le premier d'entre eux, inchangé depuis l'origine (tome 2, p. 7) continue d'affirmer que :

 — LA société désigne les relations de toute sorte qui existent entre les hommes, partout où il y a des hommes.

 Le second axiome, en revanche, a pu s'enrichir des résultats établis par les volumes précédents et il peut désormais s'énoncer ainsi :

 — UNE société désigne l'ensemble des relations sociales observables dans le domaine régi par un État donné ; elle comprend nécessairement une infrastructure matérielle, constituée par un système FE + Appareil [2] d'un type donné ; elle comporte un système de classes sociales dont le statut est déterminé par ladite infrastructure.


[1]    Les références données entre parenthèses, dans le texte, ont des significations diverses qui sont explicitées par l'annexe bibliographique. [Voir table des ouvrages cités, dans le fichier Annexes de cette édition numérique. (MB)]

[2]    Les abréviations usuelles sont rappelées sur les rabats de couverture ; voir également la table des abréviations p. 567. [Édition numérique, voir l’hyperlien de la table des abréviations dans la table des matières. (MB)]

Retour au texte de l'auteur: Robert Fossaert Dernière mise à jour de cette page le Lundi 04 juillet 2005 06:41
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue.
 
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