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Collection « Les sciences sociales contemporaines »

La société. Tome 3: Les appareils (1978)
Présentation


Une édition électronique réalisée à partir du livre de M. Robert Fossaert, sociologue, La société. Tome 3: Les appareils. (1978). Paris: Les Éditions du Seuil, 1978, 445 pages. [Autorisation de l'auteur accordée le 20 juillet 2003 de diffuser sur ce site] Une édition numérique réalisée par Marcelle Bergeron, bénévole, professeure retraitée de l'enseignement à l'École polyvalente Dominique-Racine de Chicoutimi.

Présentation

par Robert Fossaert

L'appareil policier semble plus ténébreux que la police, l'appareil militaire plus inhumain que l'armée, l'appareil judiciaire plus impersonnel que la justice, l'appareil d'État plus bureaucratique que l'administration. Le même mystère entoure les « appareils idéologiques d'État », ces nouveau-nés de la théorie sociale qui prolifèrent aujourd'hui, comme les microbes après Pasteur. Les syndicats et les partis sont choses banales, tandis que les appareils politiques et syndicaux évoquent d'obscures puissances qui manipuleraient les masses. Les églises perdent leur patine séculaire quand elles sont rebaptisées appareils religieux. Toute nostalgie de rentrée des classes disparaît, lorsque se profile l'appareil scolaire, vaste machine à normaliser les futurs citoyens-travailleurs.

En fait, le seul mystère est le succès de cette image. Pourquoi des groupes d'hommes spécialisés à des fins fort diverses - prêtres ou syndicalistes, administrateurs ou militants, policiers ou enseignants, etc. - sont-ils tous visés par une même comparaison, malgré la variété des institutions où ils travaillent, des outils qu'ils emploient, des activités qu'ils exercent? Comme il se doit, la métaphore est équivoque, car l'appareil porte des significations dont aucune n'est, ici, muette. L'appareil, c'est l'apparat dont s'entoure une puissance sociale, c'est aussi le système des organes associés à l'accomplissement d'une fonction, dans un organisme vivant; c'est enfin le dispositif mécanique qui tire un effet utile du jeu combiné de plusieurs pièces. On peut inventer et construire un appareil mécanique, on doit concevoir et déceler un appareil organique. Prestige, organisation, mécanisme, agencement délibéré, découverte d'un système fonctionnel : toutes ces connotations font cortège aux appareils dont la société semble désormais remplie. Toutes concourent au succès d'une image équivoque qui permet de projeter sur la société les modèles les plus divers, de l'imaginer comme un corps social doté d'appareils-organes, ou comme une immense machinerie décomposable en appareils-machines, etc.

Aucun de ces modèles ne peut représenter correctement le réel social. La société n'est pas un organisme vivant assimilable à une espèce animale d'un genre un peu particulier. Elle n'est pas comparable à une usine ou à quelque autre assemblage de machines. Elle constitue un objet original, un ordre de réalité à nul autre pareil. Telle est du moins l'hypothèse maîtresse qui guide ma recherche: la société se cache derrière les hommes qui la peuplent sa matière propre est l'écheveau des liens par lesquels ces hommes sont inéluctablement reliés et liés. Cette hypothèse figurait, parmi bien d'autres, au tome 1 qui était un discours sans preuves, la carte d'un pays à explorer. L'exploration, commencée au tome 2, a fourni quelques preuves. Elle a montré que J'écheveau des liens économiques entre les hommes-en-société forme une structure bien identifiable : nous savons désormais comment la société est agencée pour produire l'ensemble des moyens matériels nécessaires à la vie et à la survie des hommes-en-société.

L'étude des appareils va permettre d'identifier de nouvelles structures sociales. Elle va donner plus de substance aux deux axiomes posés en tête du tome 2 :

-
LA société désigne les relations de toute sorte qui existent entre les hommes, partout où il y a des hommes.

-
UNE société désigne l'ensemble des relations sociales observables dans le domaine régi par un État donné.

Son premier moment sera de définir les appareils, car le succès d'une image applicable à d'innombrables institutions sociales ne dit pas ce que ces institutions ont réellement de commun : derrière l'image, y a-t-il un concept? On verra, par un inventaire détaillé des appareils qui furent ou qui sont en service, dans les sociétés les plus diverses, qu'un tel concept existe bien et qu'il est d'une grande portée : il permet de démêler d'immenses écheveaux de liens sociaux, sur lesquels l'étude des, structures économiques ne nous a rien appris.

L'inventaire achevé, le second moment de la recherche sera d'examiner les ensembles que composent les divers appareils aptes à coexister en une même société. On verra que ces ensembles font corps et peuvent être typifiés, selon les propriétés fort distinctes qu'ils présentent. On verra aussi que les divers corps d'appareils nouent des liens électifs avec les diverses formations économiques définies au tome 2. Au terme du présent tome, chaque société singulière sera devenue définissable par un système

Formation économique + Appareil(s)

grâce auquel l'étude des classes sociales deviendra accessible (tome 1, no 12) (1).


1. Les références données entre parenthèses dans le texte ont des significations diverses qui sont explicitées par l'annexe bibliographique, p. 435.


Retour au texte de l'auteur: Robert Fossaert Dernière mise à jour de cette page le Mardi 05 juillet 2005 14:26
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue.
 
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