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Collection « Les sciences sociales contemporaines »

Fernand Foisy, MICHEL CHARTRAND. LES DIRES D'UN HOMME DE PAROLE. (1997)
Chronologie


Une édition électronique réalisée à partir du livre de Fernand Foisy, MICHEL CHARTRAND. LES DIRES D'UN HOMME DE PAROLE. Édition préparée par Fernand Foisy. Montréal: Lanctot Éditeur et Fernand Foisy, 1997, 350 pp. Préface de Pierre Vadeboncoeur. Une édition numérique en préparation par mon épouse, Diane Brunet, bénévole, guide de musée à la retraite. [Michel Chartrand/Les dires d'un homme de parole est composé d'extraits de discours et d'entrevues qui s'échelonnent sur près de trente ans de vie syndicale active.] [Autorisation accordée par l'auteur le 3 juin 2012 de diffuser toutes ses publications sur Michel Chartrand dans Les Classiques des sciences sociales.]

[319]

MICHEL CHARTRAND.
Les dires d’un homme de parole.

Chronologie

1916

Le 20 décembre, naissance de Michel Chartrand, fils de Marie-Joseph-Louis Chartrand (1867-1944) et Hélène Patenaude (1873-1962), à Outremont, au 97 de la rue McCulloch, angle du boulevard Mont-Royal. Il est le treizième d'une famille de 14 enfants (septième garçon). Ses frères qui le précèdent sont Paul, Lionel, Gabriel, Gaétan, Gérard et Marius. Quant aux filles, la plus vieille, Lilianne (Lili) est suivie de : Adrienne, Stella, Lucienne, Myrielle, Yvette et la quatorzième, Jacqueline. Louis Chartrand est à l'emploi du gouvernement du Québec à titre de vérificateur au palais de justice de Montréal. Il assumera cette fonction durant 44 années. Ni bleu ni rouge (selon les partis politiques), il est... nationaliste !

1921

Michel vit quelques mois au centre-ville de Montréal, rue Labelle, et y rencontre des personnages un peu étranges pour lui vu son très jeune âge, en plein Red Light...

1922

Classe préparatoire à l'École Dollard, à Outremont, dirigée par les frères maristes qu'il apprécie beaucoup.

1925

Michel fait son entrée à l'Académie Querbes, à Outremont, dirigée par des clercs de Saint-Viateur : il est en 4e année et Pierre Elliott Trudeau, ex-premier ministre du Canada, parrain de la Loi des mesures de guerre promulguée en octobre 1970, est inscrit, lui, aux classes de langue anglaise.

1926

Michel poursuit ses études à l'Académie Querbes.

1929

Entrée au Collège Brébeuf, en Éléments latins. Pierre Elliott Trudeau y est aussi inscrit... L'année suivante, il participe à la fondation du joumal du collège, L'Aiglon.

Il n'aime pas ce collège et trouve ses professeurs incompétents. Il y fait des études médiocres, demande à être changé de collège.

[320]

1931

Pensionnaire au Collège de Sainte-Thérèse où il ne trouve pas d'intérêt et se réfugie dans la lecture. Il lit beaucoup, habitude qu'il a toujours conservée. Il donne des cours de grec.

1933

5 septembre. Entrée à la Trappe d'Oka. Il est moine de chœur. Il effectue des travaux manuels, médite et prie. La vie qu'il y mène, lui, « un homme de parole », se déroule dans un silence de chaque instant.

1935

8 octobre. Il quitte la Trappe d'Oka.

1936

Il travaille bénévolement à Jeunesse indépendante catholique (JIC) du diocèse de Montréal.

Il profite de ses soirs libres pour suivre différents cours, entre autres à l'École des métiers, dans le secteur de l'imprimerie (l’actuel Cégep Ahuntsic, rue Saint-Hubert, angle Legendre, à Montréal). Il apprend son métier de typographe chez les frères des Écoles chrétiennes.

Michel devient secrétaire des Jeunesses patriotes (groupe nationaliste). Il quitte ce mouvement lorsque celui-ci décide d'appuyer Maurice Duplessis aux élections suivantes.

1938

Voyage en Abitibi avec la colonie Dollard-des-Ormeaux à Saint-Dominique-de-Béarn, sous les auspices de l'ACJC (Action catholique de la jeunesse canadienne qui deviendra plus tard la JIC ; l'ACJC était une sorte de fédération qui chapeautait les autres mouvements).

Il voit de jeunes ex-chômeurs de la région de Montréal venus s'établir en ce pays de roches y mourir de fièvre typhoïde, mort attribuable à l'eau contaminée de la rivière, elle-même empoisonnée par le déversement de produits toxiques provenant des compagnies mêmes qui exploitent ces travailleurs. Prise de conscience : un gouvernement dit catholique et canadien-français, à cette époque, se permettait d'être complice de cela et laissait, sans mot dire, mourir ces jeunes travailleurs.

À son retour à Montréal, il adhère à l'Action libérale nationale (ALN) avec Paul Gouin, dissident du groupe dirigé par Maurice Duplessis.

1939

Inscrit à la Faculté des sciences sociales, économiques et politiques de l'Université de Montréal.

Organisateur aux élections provinciales du Québec au sein du parti politique l'Action libérale nationale.

1940

Il devient dirigeant de la JIC, organisation chapeautée par des ecclésiastiques, et participe aussi aux Jeunesses patriotes. Avec ses parents, il déménage à Montréal, au 288, carré Saint-Louis.

[321]

Il lit Georges Duhamel, écrivain français.

Il fait la rencontre d'André Laurendeau, qui deviendra chef du Bloc populaire canadien (BPC).

Il suit des cours d'histoire de l'abbé Lionel Groulx à l'Université de Montréal, rue Saint-Denis, à Montréal, et fréquente l'École des sciences sociales du père Lévesque.

1941

Janvier. Un mois d'entraînement militaire à Huntingdon. Il a été renvoyé du Canadian Officer Training Corps (COTC) pour avoir refusé de remplir et de signer les formulaires d'engagement pour service actif imprimés uniquement en anglais. Le COTC l'a transféré comme private au régiment de Maisonneuve. Il est allé rejoindre les « hommes ».

Le 14 février, jour de la Saint-Valentin, fiançailles non officielles avec Simonne Monet, à Sainte-Adèle. Michel a 25 ans.

Président gérant fondateur de la coopérative La Bonne Coupe, avec son futur beau-frère Joachim Cornellier. Il se met à la recherche d'une manufacture à Sherbrooke pour les besoins de la coop.

Il se lie à Alfred Rouleau (qui deviendra président du Mouvement Desjardins), membre de la JIC, et au mois de juin, il voyage avec ce dernier dans la région du Saguenay-Lac Saint-Jean afin de parler de coopératisme et de tenter de fonder des coopératives de fabrique de vêtements.

Il participe à l'organisation de cours sur la coopération avec la revue Action nation.

Il milite au sein du mouvement coopératif « Maître chez nous ».

En juillet, il est conscrit dans le COTC, corps-école des officiers de l'Université de Montréal au camp militaire de Saint-Jean.

Octobre. Retraite spirituelle au monastère cistercien d'Oka pour réfléchir sur le mariage chrétien.

Il poursuit ses cours du soir à l'Institut canadien d'orientation professionnelle.

1942

17 février. Mariage de Simonne Monet et de Michel Chartrand à la chapelle de l'église Notre-Dame de Montréal. Le mariage est béni par le chanoine Lionel Groulx.

Septembre. Membre fondateur du Bloc populaire.

Dès la fondation de la Ligue de défense du Canada, il y milite activement et y prononce des discours.

Il travaille à un plébiscite contre la conscription, chez les étudiants, avec François-Albert Angers, André Laurendeau [322] et Philippe Girard, organisateur à la CTCC (ancêtre de la CSN), la Confédération des travailleurs catholiques du Canada.

Quelque 10 000 personnes assistent à un rassemblement de la Ligue de défense du Canada, au marché Saint-Jacques, à Montréal. Il participe à l'organisation et prononce un discours.

Henri Bourassa, fondateur du journal Le Devoir, fait un discours à cette occasion ; le « vieux chef » nationaliste a 78 ans. Organisateur, avec Marc Carrière (qui sera emprisonné quelques mois), de la campagne du candidat des conscrits, Jean Drapeau, jeune avocat, contre le général Laflèche dans la circonscription d'Outremont, à l'élection partielle du 30 novembre 1942. Ils obtiennent une victoire morale : 6 920 voix pour Jean Drapeau, contre 12 288 pour le général Laflèche. Michel s'y fait remarquer par son style oratoire.

Durant des années, il sera membre de La Patente, l'Ordre de Jacques-Cartier, une société secrète nationaliste (1927-1963).

Travail à plein temps comme typographe à la boutique de son père, l'imprimerie Stella, rue de Brésole, dans le Vieux-Montréal, jusqu'en 1949.

1943

11 mars. Naissance du premier enfant : Marie-Mance-Micheline.

1944

30 janvier. Naissance d'un deuxième enfant : Hélène.

Participe, en compagnie de Simonne, à l'École des parents en organisant des cours.

Michel fait la rencontre du chercheur Burton Ledoux, lequel s'intéresse aux maladies industrielles comme la silicose.

6 novembre. Le père de Michel, Louis Chartrand, meurt à l'âge de 77 ans.

8 décembre. Naissance d'un troisième enfant : Marie-Andrée.

Celle-ci mourra, le 3 mars 1971, à l'âge de 26 ans, atteinte d'une balle tirée accidentellement par son compagnon de vie.

Michel venait alors tout juste d'être libéré, après une détention de quatre mois à Parthenais, le 16 février 1971, après avoir été emprisonné le 16 octobre 1970 en vertu de la Loi des mesures de guerre.

1945

Candidat du Bloc populaire canadien aux élections fédérales du 11 juin 1945, dans la circonscription de Chambly-Rouville. Il aborde les thèmes de la dépendance économique.

Michel recueille 2 333 voix contre 12 723 pour le candidat libéral élu, Roch Pinard.

[323]

1946

Participe à la fondation de la Caisse populaire Desjardins de Montréal-Sud (Longueuil).

Le 1er février, naissance d'un quatrième enfant, le premier garçon : Louis-Lionel-Alain, Louis en l'honneur du père de Michel, Lionel en l'honneur du chanoine Lionel Groulx et  d'un frère de Michel, décédé, et Alain en l'honneur du  grand-père de Simonne

Michel suit des cours donnés par le chanoine Lionel Groulx  à l'École sociale populaire.

1948

Par un article de Berton Ledoux, publié dans le numéro de Relations de mars 1948, il découvre l'horreur de « l'abattoir humain » de Saint-Rémi-d'Amherst (Laurentides) où des dizaines de mineurs de la mine de kaolin sont morts de silicose. Il prend de plus en plus conscience de l'absence de respect pour la santé et la sécurité des travailleurs.

3 janvier. Naissance d'un cinquième enfant : Suzanne-Geneviève.

1949

13 février. Début de la grève des 5000 travailleurs de l'amiante à Thetford-les-Mines et à Asbestos. Un jour, au printemps de 1949, des représentants de la CTCC, dont Gérard Pelletier, alors journaliste (ex-journaliste au Devoir, ex-rédacteur en chef à La Presse et ex-ministre dans le gouvernement Trudeau, lors de l'adoption de la Loi des mesures de guerre, en octobre 1970), Philippe Girard, organisateur, et Jean-Paul Geoffroy, négociateur, se présentent au domicile des Chartrand. Après avoir exposé le but de leur visite, ils convainquent Michel de les accompagner à Asbestos (au grand dam de Simonne qui, elle, doit rester à la maison avec cinq bouches à nourrir). Il doit être absent une journée, mais il y reste 15 jours. Il fait finalement plusieurs voyages à Asbestos pour parler aux grévistes. Il se documente sur le syndicalisme.

Assistant secrétaire-trésorier de la Commission scolaire Saint-Jean-Baptiste de Montréal-Sud (Longueuil).

1950

En septembre, il participe pour la première fois au congrès de la CTCC (la CSN) à Sherbrooke.

Il est organisateur pour la Fédération nationale du vêtement de la CTCC, d'août 1950 à décembre 1951.

1951

Il travaille dans la région de Victoriaville et de Shawinigan pour la Fédération nationale du vêtement de la CTCC et devient « agent d'affaires » au Conseil central de Shawinigan. Il assume cette fonction jusqu'en février 1952.

Il intervient dans la grève des travailleurs de l'Alcan de Shawinigan et est arrêté par la Police provinciale.

[324]

1952

Il travaille encore pour la Fédération nationale du vêtement de la CTCC à Victoriaville, à Sherbrooke (grève des employées de la Classon).

Responsable de la mobilisation des syndiqués de Shawinigan et de Grand-Mère pour les travailleurs et travailleuses de la Wabasso qui n'avaient pas renouvelé leur convention collective depuis trois ans (121 actions judiciaires, le 20 décembre, jour de son anniversaire). C'est le plus gros coup d'argent qu'un huissier ait fait dans la province.

Il devient « agent d'affaires » pour le syndicat de Rubin à Sherbrooke. Grève. Chroniques radiophoniques deux fois par semaine. Arrestations, procès et incarcération de février à juin.

En septembre, il participe au congrès de la CTCC à Shawinigan et il décline sa mise en nomination au poste de deuxième vice-président de la CTCC.

2 mai. Début de la grève chez Dupuis et Frères. Grève tumultueuse pour la reconnaissance du syndicat.

Après la grève, en juin, il devient « agent d'affaires » pour le Syndicat du commerce (dont fait partie le Syndicat des employés de Dupuis et Frères). Il occupera ce poste jusqu'en septembre 1953, puis y reviendra de façon intermittente jusqu'en 1957.

Participe à l'organisation du syndicat des travailleurs du textile de la Celanese à Sorel.

Organise des séances de formation syndicale pour la CTCC avec le responsable, Fernand Jolicœur.

10 décembre. Proclamation de la Loi de l'émeute à Louiseville. Après la levée de la Loi de l'émeute, Michel revient au local du syndicat des travailleurs et y voit les murs maculés du sang des travailleurs battus par les policiers.

1953

Membre fondateur du Syndicat des permanents (employés) de la CTCC, le 15 mai, et il est élu membre du premier comité exécutif du syndicat.

Engagé comme propagandiste temporaire à la CTCC ; il remplira cette fonction du 1er novembre 1953 au 1er mai 1954 pour 75 $ par semaine. Son contrat ne sera pas renouvelé. Cependant, il sera rétabli dans ses fonctions en novembre 1954 à la suite de la décision du tribunal d'arbitrage présidé par Pierre Elliott Trudeau, en octobre 1954. Jean Marchand, alors secrétaire général de la CTCC, s'était opposé à sa réembauche, après quelques accrochages... Marchand ne pouvait tolérer que Michel le conteste.

[325]

De 1954 à 1957, il sera deux fois remercié par la CTCC - disons plutôt par Marchand - et il gagnera ses deux arbitrages. La première décision arbitrale est signée par Pierre Elliott Trudeau et la seconde, par Me Théo L'Espérance.

21 avril. Naissance d'un sixième enfant : Madeleine.

1954

En septembre, il participe au congrès de la CTCC, à Montréal. Il se présente au poste de secrétaire général contre Jean Marchand. Marchand domine. Chartrand est battu.

9 juillet. Naissance du septième et dernier enfant : Dominique.

Tous les enfants de Simonne Monet et de Michel Chartrand ont été baptisés par le chanoine Lionel Groulx.

30 octobre. Il démissionne de son poste d'organisateur au sein de la CTCC.

1955
et
1956

Sept arrestations, sept incarcérations, trois condamnations, dont une rejetée par la Cour d'appel ; les deux autres condamnations attendent toujours une décision ; elles sont toujours pendantes.

1956

Conseiller technique du Conseil central de Shawinigan-Grand-mère pour les grévistes de Canadian Resins, Canadian Carborandum, Dupont.

À la radio, il anime une série de tribunes téléphoniques dans la région de la Mauricie.

De juillet à décembre, il décide d'aller travailler dans l'organisation-information pour les Métallos de la FTQ à RouynNoranda. Il est responsable de l'éducation syndicale.

Sollicité par Jean-Paul Geoffroy, Gérard Pelletier et Pierre Trudeau, il adhère à la CCF (Cooperative Commonwealth Federation), chez Mme Thérèse Casgrain.

En août, il participe, à Winnipeg, au Conseil national de la CCF. Par la suite, la CCF devient au Québec le Parti social-démocrate (PSD). Michel en est le chef provincial.

Candidat aux élections provinciales pour le PSD dans la circonscription de Chambly. Il récolte 877 voix contre 20 031 pour le candidat Robert Théberge du Parti libéral du Québec.

1957

Leader et non plus chef québécois du PSD.

Il participe à la grève des travailleurs de l'Alcan à Arvida.

Revient au Syndicat des travailleuses et travailleurs de Dupuis et Frères comme « agent d'affaires ».

[326]

Candidat dans Longueuil pour le CCF-PSD (coalition) à l'élection fédérale du 10 juin. Il obtient 1758 voix. Il est battu. 11 mars. Début de la grève de six mois des travailleurs de la Gaspe Copper Mines (Noranda) à Murdochville, membres des Métallurgistes unis d'Amérique (FTQ), sous la présidence de Théo Gagné. Michel s'y rend durant ses vacances et soutient les grévistes. Il participe à 32 assemblées pour parler des conditions de travail et de la compagnie. Il fait une série d'émissions radiophoniques à Matane et à New Carlisle.

Il sera congédié à son retour à Montréal et il devient le« chauffeur » de Gérard Picard, président de la CTCC. Le permis de conduire de M. Picard lui a été retiré par une loi spéciale votée par Maurice Duplessis, chef de l'Union nationale et premier ministre du Québec.

7 septembre. Michel participe à la manifestation de solidarité avec les grévistes de Murdochville devant le parlement de Québec où Duplessis est toujours au pouvoir : 7 000 manifestants.

1958

Candidat, en mars, à l'élection fédérale dans la circonscription de Lapointe (Arvida) pour le CCF-PSD. Victoire morale : 7 042 voix.

Élu membre du conseil d'administration de la Caisse populaire des syndicats nationaux de Montréal.

29 décembre. Grève des 75 réalisateurs francophones de la télévision de Radio-Canada à Montréal. Plus de 2 000 syndiqués de la société d'État respectent les piquets de grève, dont les membres de l'Union des artistes (FTQ). L'arrêt de travail mené par la CTCC prend fin le 9 mars 1959. Michel anime des soirées de solidarité.

1959

Candidat aux élections provinciales pour le PSD dans la circonscription de Chambly. Il récolte 877 voix contre 20 031 pour le candidat Robert Théberge du Parti libéral du Québec.

Participe au congrès national de la CCF à Regina.

Candidat à l'élection partielle provinciale pour le PSD au Lac-Saint-Jean : il recueille 3 286 votes. Victoire du candidat de l'Union nationale (avec Duplessis au pouvoir) qui obtient 8 489 voix.

Retourne à l'imprimerie.

1960

Aménage une imprimerie (les Presses sociales) dans le local du PSD à Montréal, puis en loue une dans le Vieux-Montréal, angle Saint-François-Xavier et Saint-Alexandre.

Voyage dans l'Ouest canadien, participe au congrès de la CCF à Winnipeg.

28 septembre. La CTCC devient la Confédération des syndicats nationaux (CSN).

[327]

1962

26 janvier. Mort de la mère de Michel, Mme Hélène Patenaude-Chartrand, à l'âge de 89 ans.

Il publiera Gilles Vigneault, Pierre Vadeboncceur, Claude Pé1oquin, la revue Our Generation Against Nuclear War de Dimitri Roussopoulos, la Revue socialiste et le journal Le Peuple, organe du Parti socialiste du Québec (le PSQ dont il sera président), des recueils de poésie (il lit beaucoup de poésie, surtout durant ses séjours en prison), dont le premier recueil de poésie de Denis Vanier, Je, et des conventions collectives de travail.

1963

Participe à la Marche pour la paix, depuis la ville de Québec jusqu'à l'extrême sud de la Floride.

Il est arrêté pour avoir distribué des tracts sur la voie publique, à Trois-Rivières, avec sa fille Marie-Andrée.

8 décembre. Membre fondateur du Parti socialiste du Québec (PSQ) après la rupture avec le NPD sur la question du Québec à l'intérieur du Canada et sur les armes nucléaires. Il devient le premier président du PSQ.

Assiste comme observateur au congrès du Rassemblement pour l'indépendance nationale (RIN).

En décembre, il passe par le Mexique pour aller à Cuba avec un groupe de sympathisants de la révolution cubaine.

1964

Il imprime Socialisme 64, revue à laquelle il collabore et qui deviendra Socialisme québécois en 1974.

Dissolution du PSQ. Michel n'a plus jamais adhéré à un parti politique.

1965

Participe à une assemblée publique, à Montréal, pour célébrer le 1er mai, fête des Travailleurs. Reprise d'une tradition internationale abandonnée en Amérique du Nord depuis la guerre. Il intente une poursuite, avec les procureurs Me Gaétan Robert et Me Robert Burns (qui sera plus tard ministre dans le gouvernement du Parti québécois, dirigé par René Lévesque), contre le ministre de la justice du moment, Claude Wagner. Aucun tribunal n'accepte d'entendre cette poursuite.

1966

Il participe aux assises préliminaires des États généraux du Canada français, les 25, 26 et 27 novembre, à Montréal.

1967

Il est engagé dans le mouvement Solidarité avec le Viêt-nam. Il participe aux premiers États généraux du Canada français, du 23 au 26 novembre, à Montréal.

1968

Au printemps, il participe à l'émission de télévision de Radio-Canada, Au bout de mon âge, animée par Pierre Paquette. Il y livre sa pensée et ses réflexions sur la vie.

[328]

Année charnière. Retour au syndicalisme, après une absence de près de dix ans. En janvier, il est embauché au syndicat de la construction de Montréal (CSN) par le directeur général, Florent Audette. Michel sera responsable de l'éducation syndicale et de la santé et de la sécurité au travail.

Congrès biennal de la CSN à Québec. Il se présente au poste de vice-président contre Paul-Émile Dalpé (futur président de la Centrale des syndicats démocratiques [CSD], fondée après le putsch organisé par Dalpé, Dion et Daigle, les 3 D). Il est battu.

Alors qu’il assiste à une réunion de la Fédération nationale syndicats du bâtiment et du bois (FNSBB) à Québec, au mois de décembre, après le Congrès de la CSN, les délégués du Conseil central de Montréal, réunis en assemblée générale ordinaire, élisent, in abstentia (il avait déposé une procuration au secrétaire de l'assemblée, attestant qu'il acceptait d'être mis en candidature), le camarade Michel Chartrand président du Conseil central des syndicats nationaux de Montréal (CCSNM). L'organisme représente 60 000 membres et est affilié à la CSN.

Michel occupera, contre vents et marées, ce poste de président pendant dix ans et ne posera pas sa candidature au congrès de 1978.

Il devient, alors qu'il est membre du conseil d'administration, président de la Caisse populaire des syndicats nationaux de Montréal. L’actif de la Caisse s'élève à 1 589 875,89 $.

Il occupera ce poste jusqu'en 1978, mais il restera quand même membre du CA et sera par la suite employé cadre à titre de chargé des placements et du recrutement. Lorsqu'il quitte la Caisse, en 1987, l'actif a atteint les 40 millions.

Il se solidarise avec les Tchèques : les Soviets ont envahi Prague avec leurs chars d'assaut.

1969

Il participe aux assises générales des États généraux du Canada français. Il y prononce le discours d'ouverture de l'atelier sur le développement économique.

1er mai. Michel Chartrand reçoit le prix Liberté dans les locaux de la CSN.

1er au 4 mai. Onzième congrès annuel du CCSNM. Les participants adoptent une résolution exigeant l'unilinguisme français au Québec, à laquelle Marcel Pepin s'opposera au Conseil confédéral (instance suprême entre les congrès) qui suivra. La résolution du Conseil central sera quand même adoptée.

[329]

Michel Chartrand, président du CCSNM, ouvre la porte « à tous les contestataires, à tous les protestataires et à tous les révolutionnaires ».

Il est « reconfirmé » dans ses fonctions pour un mandat de deux ans. Le congrès continue de se tenir à tous les ans.

Le 24 septembre, le journal hebdomadaire Québec-Presse (La coopérative des publications populaires) est officiellement fondé. Cette fondation est rendue possible grâce à l'initiative de Michel Chartrand, président du CCSNM, qui fait débloquer 25 000 $ des fonds de l'organisme.

21 octobre 1969. Par ses interventions et en tant que représentant officiel du CCSNM, Michel Chartrand réussit à convaincre les délégués syndicaux de toutes les régions du Québec, réunis en assemblée délibérante au Conseil confédéral de la CSN au restaurant Le Sambo, à Montréal, d'adopter une résolution en faveur de l'unilinguisme au Québec, et cela même si le président de la CSN, Marcel Pepin, est totalement opposé à une telle prise de position de la centrale syndicale.

Il fait débloquer à même les fonds du CCSNM un autre 20 000 $ pour la production d'un film sur le monde du travail. Arthur Lamothe, cinéaste, réalise le film Le mépris n'aura qu'un temps.

10 juin. Il participe à l'ouverture, à Montréal, du premier supermarché coopératif alimentaire Cooprix. Il fait campagne auprès des syndicats affiliés pour qu'eux et leurs membres deviennent acheteurs chez Cooprix. Et ça marche.

La Caisse populaire des Syndicats nationaux de Montréal, dont Michel est le président, appuie cette initiative par un prêt de 2 millions. Ce prêt sera plus tard repris par la Fédération des caisses Desjardins de Montréal et de l'Ouest du Québec.

Sur les conseils de Michel, le CCSNM met sur pied un service-conseil pour la marche et l'application des différentes lois à portée sociale, telles que celles sur l'assurance-chômage, l'assistance sociale (le bonheur social, le BS), les accidents du travail, etc. Des brochures explicatives sont publiées en plusieurs langues : français, anglais, espagnol, italien, grec, etc.

À la suite de demandes répétées et pressantes de différentes associations de locataires de Montréal, Michel incite le CCSNM à mettre sur pied un service d'aide et d'information sur les droits des locataires. On embauche Pierre [330] Jauvin, travailleur social, qui aménagera ce service en étroite collaboration avec les associations de locataires de Montréal. Ce mouvement est l'initiateur du bail type. Et par la suite, sous les pressions du CCSNM, la date de fin des baux passera du 1er mai au 1er  juillet.

Il collabore avec le groupe vietnamien pro-Hô Chi Minh.

En collaboration avec Cooprix, Michel Chartrand participe à l'organisation d'une campagne de boycottage des raisins de la Californie afin d'exprimer la solidarité des travailleurs du Québec avec ces travailleurs exploités, représentés par Cesar Chavez (dans les fermes de culture californiennes). La campagne s'étend à tout le Québec. Michel réussit à convaincre d'autres supermarchés, ainsi que les autres centrales syndicales, à participer au boycottage, et ça réussit ! (Cesar Chavez, figure emblématique du syndicalisme américain, est mort à 66 ans à Yuma, en Arizona, sa ville d'origine.)

Parce que les locaux où loge le CCSNM, le rez-de-chaussée de l'immeuble de la CSN, sis au 1001, rue Saint-Denis, à Montréal, sont devenus trop exigus, Michel Chartrand recommande au CCSNM de louer des locaux dans un immeuble situé sur la rue Beaudry, au nord de la rue Sainte-Catherine. Les groupes populaires fréquenteront de plus en plus ces nouveaux locaux.

Il collabore à la fondation du FRAP, le Front d'action politique, parti politique municipal de Montréal.

Il participe à la fondation du Front du Québec français (FQF).

Il prononce des discours partout au Québec pour s'opposer au projet de loi 63 sur la langue, tel que le présente l'Union nationale.

10 novembre. Il est arrêté manu militari dans un restaurant et conduit au quartier général de la police de la CUM. Il est accusé, par le ministre de la justice, Rémi Paul, d'avoir prononcé des paroles séditieuses, à Québec, le 29 octobre 1969. Il est remis en liberté par le juge Maurice Rousseau, moyennant certaines conditions : un cautionnement de 2 000 $ ; aucune participation à des manifestations publiques ; s'abstenir de toute déclaration publique. « Il peut vaquer à ses occupations régulières, rien de plus. »

12 novembre. Arrestation pour outrage au tribunal.

13 novembre. Le juge Coderre lui refuse tout cautionnement.

14 novembre. Il est confiné à la prison de Parthenais, jusqu'au mardi 17 novembre.

[331]

18 novembre. Il est libéré moyennant deux cautionnements. Après une journée entière d'audition, à l'enquête préliminaire sous l'accusation de sédition, le juge remet sa décision au 2 décembre et accorde, entre-temps, à Michel Chartrand sa liberté provisoire moyennant un cautionnement de 2 000 $. Le juge souligne que c'est le même cautionnement qu'avait exigé le juge Maurice Rousseau, mais il supprime les conditions qui muselaient Michel Chartrand. Immédiatement après cette libération, les avocats de Michel Chartrand, Robert Burns et Gaétan Robert, s'adressent au juge Ignace Deslauriers de la Cour supérieure, l'informent que le cautionnement était établi sous la première accusation de sédition et le prient d'accorder un autre cautionnement pour la deuxième accusation, celle d'outrage au tribunal (« Rousseau mon cul »). Le juge Deslauriers fixe le cautionnement à 500 $. 23 novembre. Il participe à une fête en souvenir de la victoire des Patriotes de 1837 à Saint-Denis-sur-Richelieu.

28 novembre. Adoption de la loi 63.

1970

Il participe à la grève des travailleurs de la construction, mène la lutte contre la loi 38, puis contre le décret de la construction.

7 janvier. Sortie du manifeste de Marcel Pepin, la « Lettre aux militants », lancé à Québec par Marcel Pepin et Roland Tapin, président du Conseil central de Québec : attaque déguisée contre Michel Chartrand et le Conseil central de Montréal

3 au 7 mars. Tournée dans l'ouest du Canada.

23 mars. À Ottawa, dépôt du mémoire annuel de la CSN. Michel déroule sa banderole « FÉDÉRAL MON CUL ». Altercation avec Trudeau dans le hall du Parlement...

15 avril. Il soutient le Comité Québec-Palestine.

23 avril. Il participe à une conférence de presse, avec André L'Heureux, sur l'assurance automobile.

Il soutient la lutte pour le démembrement des clubs privés de chasse et de pêche.

28 au 31 mai. Congrès annuel du CCSNM.

Adoption d'une Charte des droits et libertés au Québec.

3 au 5 juin. À Montréal, au Conseil confédéral de la CSN, expulsion de Michel Chartrand et de Florent Audette, « têtes de pont des unions américaines » !

30 juin. Il participe à la fondation du Mouvement pour la défense des prisonniers politiques québécois (MDPPQ).

23 septembre. Il participe à la manifestation organisée par le Mouvement de libération du taxi (MLT).

[332]

6 octobre. Participe à l'émission télévisée par la Société Radio-Canada avec Dominique Michel et Denise Filiatrault, Moi et l'autre.

15 octobre. Il participe à une assemblée de 3000 personnes au centre Paul-Sauvé, à Montréal, alors que le FLQ a enlevé le conseiller commercial de la Grande-Bretagne, James Richard Cross, et le ministre québécois du Travail, Pierre Laporte.

16 octobre. Promulgation de la Loi des mesures de guerre. Michel Chartrand est arrêté, sans mandat, à 5 heures du matin, à son domicile à Richelieu.

26 novembre. Comparution devant le juge Kenneth McKay. Aucun cautionnement.

18 décembre. Il demande un cautionnement devant le juge McKay.

20 décembre. 54e anniversaire de naissance de Michel Chartrand. Il festoie à « Parthenais Beach ».

23 décembre. Refus de la demande de cautionnement déposée le 18.

25 décembre. Manifestation devant Parthenais pour la libération des prisonniers politiques. « Joyeux Noël ! »

28 décembre. Comparutions de Pierre Vallières et de Michel Chartrand. Ils demandent que Jean Marchand et Jérôme Choquette comparaissent comme témoins. Demande refusée. Michel dépose aussi une demande d'habeas corpus qui est également refusée.

1971

8 janvier. Il demande au juge Roger Ouimet de se récuser... parce que « vous êtes partial, incompétent, préjugé et influencé ».

Il écope de trois mois de prison pour chacun des quatre outrages au tribunal, donc de 12 mois.

1er février. Ouverture du procès des « cinq » : Michel Chartrand, Charles Gagnon, Jacques Larue-Langlois, Me Robert Lemieux et Pierre Vallières, devant le juge Roger Ouimet. Les accusés se défendent eux-mêmes. Les procureurs de la poursuite sont : Fed Kaufman, Gabriel Lapointe, Yves Fortier (ex-ambassadeur du Canada en France), Jacques Ducros (décédé), Jean-Guy Boilard (maintenant juge), Bruno Pateras, dit le colonel, dit le Grec.

12 février. Le juge Roger Ouimet rejette l'accusation de sédition et déclare un nolle prosequi.

16 février. Il comparaît devant le juge Lucien Tremblay de la Cour d'appel, obtient un cautionnement de 200 $ et est libéré après quatre mois de détention.

[333]

17 février. Il sort de prison le jour de son vingt-neuvième anniversaire de mariage à Simonne Monet.

24 février. Il a un grave accident d'automobile alors qu'il va reconduire sa fille Marie-Andrée et son petit-fils Philippe-Emmanuel. Les trois sont blessés.

2 mars. Assemblée générale du CCSNM. Il y a foule, c'est la première assemblée que Michel Chartrand préside depuis sa libération. Robert Lemieux et Jacques Larue-Langlois, « collègues » de détention, y assistent ; Vallières et Gagnon sont toujours en prison.

3 mars. Marie-Andrée Chartrand est tuée d'une balle tirée accidentellement par son conjoint, à leur domicile de Sainte-Mélanie, dans la région de Lanaudière.

6 mars. Funérailles de Marie-Andrée. Michel, à la demande du célébrant, prononce l'homélie.

11 mars. Tournée dans les universités canadiennes où il est invité à expliquer la situation politique au Québec : Toronto, Saskatoon, Vancouver, Edmonton, Winnipeg, Kitchener, Waterloo, Hamilton, London, Montréal, Fredericton, Halifax et Ottawa.

3 mai. Début du procès pour outrage au tribunal devant le juge Maurice Cousineau et 12 jurés. Il est accusé d'avoir prononcé, le 11 novembre 1969, au cours d'une assemblée générale du Conseil central de Montréal, des paroles injurieuses, entre autres « la tirade du cul » : « Ils n'ont rien compris. Le chef Gilbert, mon cul. Rémi Paul, mon cul. Rousseau, mon cul... »

28 avril au 2 mai. Treizième congrès du CCSNM. Il donne sa version des événements d'octobre, concernant la Loi des mesures de guerre et son emprisonnement de quatre mois.

2 juin. Acquitté par le jury et le juge Maurice Cousineau de l'accusation d'outrage au tribunal sur « la tirade du cul ».

16 juin. Il accueille Charles Gagnon à sa sortie de la prison Parthenais. Gagnon et un groupe d'amis vont festoyer à la terrasse de l'Hôtel Iroquois sur la place Jacques-Cartier.

2 novembre. Assemblée générale mensuelle du CCSNM au Forum de Montréal. Il préside l'assemblée à laquelle assistent plus de 15 000 personnes. L’assemblée est diffusée en direct par la station de radio CKAC.

21 décembre. La Cour d'appel transforme la sentence d'un an de prison pour outrage au tribunal prononcée le 8 janvier 1971, par le juge Roger Ouimet, en une amende de 1 000 $ ou un mois de prison.

[334]

1972

19 janvier. Il refuse de payer l'amende de 1000 $ et se livre pour purger sa peine d'un mois de prison. Il demande qu'on verse l'argent recueilli pour son cautionnement à la femme de Vincent Meloche, accusé d'avoir abattu trois directeurs de la compagnie DuPont.

6 février. Il sort de prison. Le directeur l'a libéré parce que les gardiens de la prison de Bordeaux exercent des moyens de pression et que Michel est leur conseiller technique.

11 avril. Il participe aux différentes manifestations, dans le cadre de la grève générale des employés des services publics du Québec, organisées par le Front commun.

13 au 16 avril. Quatorzième congrès du CCSNM. Il y fait adopter une résolution d'appui à l'indépendance du Québec.

1er mai. Il préside l'assemblée de fondation du Comité régional intersyndical de Montréal, le CRIM.

9 mai. Il accompagne, avec des milliers de syndiqués et de sympathisants, les trois présidents des trois centrales syndicales - Pepin, Charbonneau, Laberge - à la prison d'Orsainville.

17 mai. Au Conseil confédéral, présidé par Paul-Émile Dalpé, futur président de la future CSD, il se fait frapper au visage, par trois fois. La réunion est ajournée dans le brouhaha le plus total. C'est le début de la scission à la CSN.

15 juillet. Il est arrêté à Portneuf pour avoir manifesté avec le Mouvement pour l'abolition des clubs privés de chasse et de pêche.

29 juillet. En compagnie de syndicalistes, il entreprend une tournée au Moyen-Orient. Il visite des camps de réfugiés palestiniens, le Liban, la Libye, l'Irak et l'Égypte. Il rencontre Yasser Arafat.

7 septembre. Retour de son voyage au Moyen-Orient. Il déclare que les Palestiniens membres du El Fatah abattus au cours des jeux olympiques de Munich, en Allemagne, sont des héros.

10 septembre. Il fonde chez lui, à Richelieu, avec des partisans, le Comité Québec-Palestine.

1973

Janvier. Voyage au Chili. Il rencontre des Québécois installés là-bas. Il y voit une révolution pacifique en cours, dirigée par le président socialiste Salvador Allende, et menacée sans cesse par les forces capitalistes.

24 février. Il entre à la prison d'Orsainville pour avoir refusé de payer une amende de 10 $. Cette amende lui avait été imposée alors qu'il manifestait avec des membres du Mouvement [335] pour l'abolition des clubs privés de chasse et de pêche, dans la région de Portneuf. Les trois présidents des trois centrales syndicales sont, à ce moment, eux aussi emprisonnés. Il ne réussit pas à les voir. Il sort de prison le 27 février.

Mars. Il rend public le dossier sur l'Hôpital Préville, centre d'accueil pour personnes en perte d'autonomie, dénonce les mauvais traitements qu'y subissent les pensionnaires.

Il dénonce le changement de vocation de l'Hôpital de la Miséricorde, centre d'obstétrique réputé, en un centre d'accueil pour personnes handicapées.

Il collabore avec Le Croissant rouge, l'équivalent de la Croix-Rouge au Moyen-Orient arabe.

1er mai. Il participe à l'organisation de la manifestation pour la fête des Travailleurs ; 30 000 personnes répondent à l'appel pour demander la libération des trois présidents des trois centrales.

10 au 13 mai. Quinzième congrès annuel du CCSNM. Il fait adopter l'idée de participation à l'organisation du Congrès international de solidarité ouvrière, maintenant devenu le Centre international de solidarité ouvrière (CISO).

24 juin. Il participe à l'organisation de la fête nationale des Québécois. Grand succès dans le Vieux-Montréal, malgré le « pétard mouillé » posé par la police. Les policiers en profitent pour vider la place Jacques-Cartier, avec matraques et motard.

18 août. Il participe aux cours donnés au futurs ou actuels officiers des syndicats : président, secrétaire, trésorier, agents de griefs. Ces cours sont offerts depuis plusieurs semaines sur les terrains et au domicile de Michel, à Richelieu.

19 août. Pique-nique à Richelieu, chez Michel, pour les syndiqués de Fry Cadbury. Le thème : « Barre Cadbury ».

Septembre. Nouvelle tournée au Moyen-Orient.

11 septembre. Assassinat de Salvador Allende, président socialiste élu démocratiquement au Chili.

17 septembre. Il collabore à la fondation du Comité Québec-Chili.

30 novembre. Il rencontre, à Montréal, Mme Allende, veuve du président assassiné.

1er décembre. Il organise une assemblée populaire au Forum de Montréal. Solidarité avec les travailleurs du raisin de la Californie, discours de chefs amérindiens et de [336] Mme Allende. Plus de 12 000 personnes assistent à l'assemblée.

5 décembre. Départ pour un voyage à Cuba, toujours en passant par le Mexique. Il est invié au premier congrès de la Centrale des travailleurs cubains (CTC).

19 décembre. Il part pour l'Espagne afin d'assister au procès des 20 de Carabamchelle. Il fait partie d'une commission internationale formée de syndicalistes venus du monde entier. Franco, président d'extrême droite, est au pouvoir. Toute réunion ou assemblée publique est interdite. Des syndiqués sont traduits devant les tribunaux comme des criminels de droit commun.

1974

21 janvier. Il participe à la semaine d'information sur la Palestine.

5 février. Départ pour une tournée dans l'ouest du Canada. Il prendra la parole à Winnipeg, Edmonton, Calgary et Regina.

28 février. Il est mandataire du Syndicat des employés d'entretien de la STCUM, de la Fédération des employés des Services publics (CSN) et du CCSNM à la Commission d'enquête sur l'incendie dans le métro de Montréal, où il y a eu mort d'homme. La Commission est présidée par le juge Roger Lagarde.

18 au 21 avril. Seizième congrès annuel du CCSNM. Michel Chartrand reste seul en selle comme président du CCSNM. Toute son équipe est battue et remplacée par de nouveaux venus. Cette rebuffade l'afflige fortement.

1975

12 au 15 juin. Il préside, au cégep Maisonneuve, à Montréal, le congrès de la Conférence internationale de solidarité ouvrière.

Des centaines de délégués du Québec, des pays arabes, de l'Amérique latine, des Caraïbes et de l'Afrique du Nord, du Sud et de l'Ouest assistent au congrès. Par la suite, la CISO devient le Centre international de solidarité ouvrière Septembre. Il collabore avec l'IRAT, l'Institut de recherche appliquée au travail.

15 et 16 novembre. Préside un congrès extraordinaire du CCSNM. « Non à Trudeau pour le gel des salaires. Résistons à l'agression capitaliste. 

1976

23 avril. Il participe au débrayage des travailleurs du Front commun, et ce malgré une loi spéciale ; 20 000 travailleurs du secteur privé débrayent en appui aux employés du secteur public.

[337]

5 au 9 mai. Dix-huitième congrès du CCSNM, sous la présidence de Michel Chartrand. « Construisons un syndicalisme de combat par la solidarité de classe. »

14 octobre. Sixième anniversaire de la Loi des mesures de guerre. Il participe à une journée de protestation contre les mesures Trudeau. C'est la première grève générale au Canada, un million deux cent mille travailleurs débrayent contre le gel des salaires imposé par Ottawa.

Octobre. Congrès de la CSN. Il pose sa candidature au poste de président. Il est battu par Norbert Rodrigue.

1977

Mai. Il préside le dix-neuvième congrès du CCSNM qui a pour thème : Mobilisons-nous dans nos syndicats contre la crise du capitalisme.

Il est trésorier de Cooprix de 1977 à 1979.

1978

Il intervient lors de la fermeture du magasin Dupuis et Frères. Membre du Comité santé-sécurité de la CSN, il défend le service du génie industriel dirigé par Claude Mainville.

19 au 23 avril. Il préside son dernier mandat au congrès au CCSNM. Il ne se représentera pas au poste de président.

Il quitte la présidence du conseil d'administration de la Caisse populaire des Syndicats nationaux de Montréal ; il y sera un employé, responsable du recrutement et du placement, jusqu'en 1987.

Il héberge le sculpteur Georges Bétournay, aveugle et gravement malade. Il prendra soin du sculpteur jusqu'à la mort de ce dernier.

1979

Il poursuit le débat contre le projet de loi 17 sur la santé et la sécurité au travail, à l'automne, au congrès de la CSN.

Il poursuit le débat contre le projet de loi 17 sur la santé et la sécurité au travail, à l'automne, au congrès de la CSN.

Durant l'étude du projet de loi en commission parlementaire, il se querelle avec Louis Laberge, président de la FTQ et membre du conseil d'administration de la CSST.

19 novembre. Il est arrêté sur les lignes de piquetage alors qu'il manifeste avec des employés de l'hôpital Notre-Dame, à Montréal. Il sera relâché sans acte d'accusation.

1980

En mars, il fait, avec Gérard Saint-Denis, un voyage culturel dans les vignobles européens.

28 mars. Grève illimitée des employés de la Caisse populaire des Syndicats nationaux de Montréal. Il doit, en compagnie des autres employés cadres, donner suite aux transactions des sociétaires dans un local autre que celui de la Caisse populaire. La grève se termine le 16 avril 1980.

6 mai. Déménagement de la Caisse populaire des Syndicats nationaux de Montréal dans le nouvel immeuble de la CSN, [338] au 1601, avenue De Lorimier, à Montréal. Il met la main à la pâte en compagnie de l'artiste Jean-Paul Mousseau et de Pierre Osterath et son groupe qui créeront la verrière.

9 mai au 28 juillet. Grève générale illimitée de tous les employés de la CSN et de ses instances. La Caisse populaire reste ouverte pour ses services.

1981

13 mai. Il assiste au lancement du premier livre autobiographique de sa femme, Simonne Monet Chartrand.

1982

17 février. Célébration du quarantième anniversaire de mariage de Michel Chartrand et de Simonne Monet.

29 mai. Il pose sa candidature au poste de premier vice-président de la CSN. L’autre candidat est Gérald Larose, alors président du CCSNM. Larose l'emportera facilement, même si les délégués ont beaucoup d'affection pour Michel.

1983

En février, en compagnie d'accidentés du travail et de leurs conseillers, en plus du Dr Roch Banville, il met sur pied la Fondation pour l'aide aux travailleuses et travailleurs accidentés (FATA). Les services seront gratuits jusqu'en octobre 1987.

1984

Toujours employé cadre à la Caisse populaire des Syndicats nationaux de Montréal, il est nommé directeur général de la FATA.

1985

Il participe au congrès du CCSNM du 20 au 23 novembre.

1986

Avril. Il est invité durant une semaine à l'émission télévisée Avis de recherche animée par Gaston L'Heureux et Aline Desjardins à Radio-Canada.

26 avril. Il préside sa dernière assemblée générale de la FATA. Il aura bientôt 70 ans et demande de confier la présidence à une autre personne.

11 mai. Simonne et Michel partent pour la France.

3 juin. De retour d'Europe, il se fait attraper par Alain Stanké aux Insolences d'une caméra.

1987

Il quitte avec fracas son poste à la Caisse populaire des Syndicats nationaux de Montréal, en raison de divergences d'opinions avec le conseil d'administration.

3 octobre. Assemblée générale spéciale de la FATA. La gratuité des services est remise en question. Il s'oppose à toute facturation. L’assemblée décide quand même d'adopter le principe de la facturation pour éviter la fermeture. Il en garde un goût amer.

1988

Sans emploi et sans fonds de pension de la CSN ni d'ailleurs. Il est bénévole à la FATA. Il défend des dossiers devant la CSST, à la CAS et à la CALP... et son « record » est [339] enviable. Cependant, il n'est pas à sa retraite, retraite qu'il ne prendra jamais…

1989

Il poursuit son militantisme à la FATA. Il soutient un groupe d'assistés sociaux du Lac-Saint-Jean qui met sur pied une maison pour les assistés sociaux à Alma.

1990

11 décembre. Lancement d'un troisième livre autobiographique de sa femme Simonne Monet Chartrand.

1991

6 mars. Inauguration d'une salle qui portera le nom de « Salle Michel-Chartrand » dans les locaux du CCSNM.

25 avril. Première du film Un homme de parole, à l'ONF, réalisé par Alain Chartrand et produit par Éric Michel. Le film sera diffusé à la télévision de Radio-Canada. Ce film est l'hommage d'un fils à son père. Par la suite, près de 1 000 personnes assistent à deux projections du film au Théâtre Denise-Pelletier.

1992

1er juin. Il participe avec Tex Lecor à une soirée sur le choix de l'« hymne national du Québec ».

Le 23 août, on célèbre le cinquantième anniversaire de mariage de Michel et Simonne en même temps que le cinquantième anniversaire de mariage de son frère Marius, marié à Lucille Mulleur, et de sa sœur, Jacqueline, mariée à Joachim Cornellier.

Michel Chartrand collabore à L'Aut'journal (avec une apostrophe pour apostropher), un bimensuel indépendandiste et progressiste, publié par un collectif de bénévoles.

4 novembre. Anniversaire de naissance de Simonne Monet Chartrand. Michel assiste au lancement du dernier livre autobiographique de sa femme. Ils iront ensemble au Salon du livre de Montréal, le 12 novembre, pour la présentation de l'autobiographie. Ce sera la dernière sortie publique de Simonne et Michel.

17 novembre. Simonne apprend à Michel qu'elle est atteinte d'un cancer du foie et du pancréas. Michel annule tous ses engagements et il restera à ses côtés jusqu'à la fin.

1993

18 janvier. À son domicile de Richelieu, Simonne Monet Chartrand décède, à l'âge de 73 ans. Le Québec perd une grande militante.

14 juin. Michel inaugure une salle de la bibliothèque municipale de Richelieu nommée « Simonne-Monet-Chartrand ».

15 juin. Il assiste au lancement d'un ouvrage de témoignages sur Simonne, recueillis par Diane Cailhier et Alain Chartrand, publié par les Éditions du Remue-ménage et Fides.

[340]

1994

9 mai. Il est invité à l'ouverture du congrès de la CSN à Montréal. Le discours d'ouverture du président Gérald Larose lui rappelle les points qui avaient été énoncés au Conseil central de Montréal dans les années soixante-dix.

1995

16 février. Michel Chartrand est « bien cuit ». Plus de 1 500 personnes se réunissent à l'invitation de L'Aut' Journal au Medley (l'ancien Vieux-Munich) pour passer un savon amical à Michel. Le maître de cérémonie est Jean-Claude Germain suivi des rôtisseurs, Pierre Bourgault, Léo-Paul Lauzon (le fils spirituel de Michel), Émile Boudreau, Micheline Sicotte, Gérald Larose et Jean-Guy Moreau, des chanteuses Marie-Claire Séguin et Sylvie Legault, du groupe La Bottine souriante. Les profits de la soirée ont été remis à L'Aut' Journal.

À Thetford-les-Mines, il assiste à une soirée « contre la pauvreté » qui réunit 600 personnes à 6 $ le billet.

Il fait également, en compagnie de Colette Legendre qui lui sert de chauffeur, une tournée en Gaspésie : Chandler, Rivière-au-Renard, Rimouski, Matane, Mont-joli. Partout il est bien reçu. Il discute avec plusieurs jeunes. Il développe l'idée selon laquelle « le débat, la discussion, c'est l'exercice de la démocratie ». Il donne l'exemple du Syndicat des professeurs de l'Université de Montréal qui a refusé de prendre position sur la question référendaire, « parce que cela amènerait un débat ».

30 octobre. Un jeune cinéaste du nom de Bouliane, lauréat du « Tour du monde » de la SRC, produit par l'ONF, fera avec quelques personnalités des entrevues, la veille, le jour et le lendemain du référendum. Michel sera un des invités et ses entrevues se feront à Richelieu.

Chez lui, à Richelieu, son sous-sol est aménagé en local de service pour le camp du OUI.

7 novembre. Il participe, au Club Soda, à la joute oratoire improvisée animée par Pauline Martin. Les autres participants sont : Myra Cree, Françoise David, Gérald Larose, Léo-Paul Lauzon, Hélène Pedneault, Monique Simard et Armand Vaillancourt.

13 novembre. Il effectue un voyage de trois semaines avec sa fille Hélène (Gilles Deslauriers), pour visiter sa fille Micheline, Jean Payen et leurs enfants, installés pour trois ans à La Paz en Bolivie

1996

Avril. Il retourne en Provence avec Jean, Lucette et Colette Legendre. Michel achète les meilleurs vins, à la caisse, dans [341] une coopérative : des Pommard, des Chambertin, des Châteaux... Il sort peu et peut rester trois, quatre jours d'affilée à la maison, à lire et à réfléchir.

Juillet. Il participe au sit-in des aînés dans les bureaux du ministre péquiste André Boisclair, et fait une déclaration d'appui qui est diffusée à la télévision.

Il est à plusieurs reprises invité à donner des conférences, par des groupes populaires et communautaires, politiques, syndicaux et étudiants en passant par la fonction publique, les professionnels, les pharmaciens, les policiers, etc.

27 octobre. Gérald Larose, président de la CSN, est nommé Patriote de l'année, titre que Michel n'a jamais obtenu !





Retour au texte de l'auteur: Jean-Marc Fontan, sociologue, UQAM Dernière mise à jour de cette page le lundi 19 novembre 2012 9:32
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur de sociologie retraité du Cégep de Chicoutimi.
 
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