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Collection « Les sciences sociales contemporaines »

Essais sur le Québec contemporain. Essays on Contemporary Quebec(1953)
Avant-propos


Une édition électronique réalisée à partir du livre sous la direction de Jean-Charles Falardeau, Essais sur le Québec contemporain. Essays on Contemporary Quebec. Symposium du Centenaire de l'Université Laval. Québec: Les Presses de l'Université Laval, 1953, 260 pp. Une édition numérique en préparation par Marcelle Bergeron, professeure retraitée de l'enseignement à l'École polyvalente Dominique-Racine de Chicoutimi. [Avec la permission des Presses de l'Université Laval accordée le 30 novembre 2010 de diffuser ce livre dans Les Classiques des sciences sociales.]

Avant-propos


Jean-Charles FALARDEAU
Faculté des Sciences sociales, Université Laval.
Août 1953.

 

Ce livre est une symphonie inachevée, ou plus exactement, la narration polyphonique de l'histoire d'une société encore à la recherche d'elle-même. Il est né du centenaire de l'Université Laval, célébré en 1952. Parmi les manifestations de toutes sortes qui ont souligné cet anniversaire, une attention spéciale avait été accordée à des symposiums qui furent tenus à l'université même à divers moments de l'année académique. Ces rencontres scientifiques avaient comme objectif commun de discuter l'état actuel de la théorie et des recherches touchant certains problèmes fondamentaux des principales sciences de l'homme et de la nature. Des thèmes aussi variés que la conservation des ressources naturelles, les glandes surrénales, l'enseignement des humanités et l'évolution furent successivement abordés au cours de l'année par des savants et des experts internationalement réputés.

 

Le premier de ces symposiums eut lieu à Québec, les 6 et 7 juin 1952, sur Les répercussions sociales de l'industrialisation dans la province de Québec. Il coïncida partiellement avec le congrès annuel de la Société canadienne des Sciences Politiques (Canadian Political Science Association) et groupa, en plus des quelque deux cents membres de cette société qui assistaient au congrès, des représentants de l'industrie et des grandes fédérations syndicales canadiennes, des professeurs de plusieurs Facultés de Laval ainsi que les porte-parole les plus autorisés des sciences sociales au Canada français. De l'avis commun, ces journées marquèrent un moment important dans l'histoire des recherches sociales au Canada et, de partout, on réclama que le bienfait en fût perpétué. Un grand nombre de personnes qui n'avaient pu assister au symposium manifestèrent le désir de prendre connaissance des travaux qui y avaient été présentés. Il convenait donc que le symposium devînt un volume. Le voici.

 

Pour que l'on comprenne bien la nature et la portée véritables de ce livre, précisons l'intention qui a déterminé l'objet du symposium et l'allure des chapitres qui suivent. Pourquoi, d'abord ce sujet ambitieux ? Le sujet que nous nous étions propose, ou mieux, qui s'était imposé à nous, « les répercussions sociales de l'industrialisation dans la province de Québec », correspondait éminemment à la préoccupation capitale des symposiums du centenaire de Laval. Il est un cas concret d'un ordre universel de phénomènes: celui du changement social. Or, quel problème s'impose de façon aussi insistante et aussi mystifiante à l'attention du spécialiste de l'une ou l'autre des sciences sociales que celui de savoir comment et pourquoi, à une période donnée, dans une société donnée ou dans un groupe de sociétés, il y a changement ? Quelles questions plus intriguantes que de se demander : Quels sont les facteurs les plus décisifs de l'orientation et du tempo du changement social ? Quels sont les secteurs de la vie sociale qui acceptent ou subissent le plus facilement le changement ? Quels sont ceux qui lui résistent ? Quels sont, enfin, les éléments institutionnels qui font que, malgré le changement, un certain ordre social persiste et permet aux nouveautés de s'articuler aux systèmes anciens ?

 

Ce sujet particulier répondait aussi pour nous à une préoccupation plus intime qui est au centre de notre labeur intellectuel : celle de comprendre la société canadienne-française d'aujourd'hui que notre université a la responsabilité d'interpréter, d'éclairer et d'orienter. C'est un lieu commun de répéter que la province de Québec s'est industrialisée et qu'elle est en état de transition. Aux alentours de 1890, lorsque Léon Gérin publiait la première étude scientifique sur le Canada français, la monographie de l'Habitant de Saint-Justin, la province comptait à peine deux ou trois centres de quelque importance ; la population des villes ne formait pas même un cinquième du nombre total des habitants. Quelque cinquante ans plus tard, lorsque, vers 1940, paraissent les études d'Esdras Minville sur Notre milieu et le French Canada in transition d'Everett-C. Hughes, la population urbaine du Québec s'est accrue de plus de 500 pour cent, et l'on compte, en dehors du Montréal métropolitain, plus de 76 villes où un minimum de cent personnes travaillent dans les manufactures. La face de la province a changé. Mais toute société contemporaine est plus ou moins en voie d'industrialisation, en état de transition. Le Canada tout entier lui-même, de mois en mois, s'industrialise à un rythme frénétique. Ce qui rend d'un intérêt spécial le cas du Québec de langue française est que l'industrialisation s'y est inscrite dans une société homogène dont toute la structure était solidement intégrée par des institutions et des normes religieuses, dont l'histoire politique avait été orientée vers l'autodéfense, la lutte pour la survivance et la reconnaissance de ses droits de premier occupant d'un continent hostile, et dont l'idéal traditionnel en était un de fidélité à son paradis perdu.

 

Or, ce Québec industriel et urbain n'a encore été l'objet d'aucune étude d'ensemble. Un grand nombre de monographies ou d'essais ont été consacrés à des secteurs particuliers de sa vie juridique, économique ou politique, mais très peu relient les uns aux autres les phénomènes de ces divers ordres. Très rarement a-t-on scruté à fond l'un ou l'autre de ces problèmes particuliers ; encore moins a-t-on considéré les uns et les autres dans leurs relations, avec l'ensemble de la société. En d'autres termes, nous sommes encore à attendre des études qui identifient les caractères essentiels de notre société et qui aident à en prévoir le destin immédiat. Notre intention idéale était donc de tenter de brosser une fresque du Canada français contemporain et, pour autant, de proposer des hypothèses qui permettraient de l'interpréter valablement dans sa totalité et dans chacune de ses composantes sociales.

 

D'où, originalité et intérêt de noire entreprise, mais aussi, caractère forcément provisoire de la plupart de nos analyses. Pour atténuer cette témérité, nous avions jugé nécessaire de restreindre l'objectif de notre symposium à deux préoccupations essentielles : établir un inventaire de nos connaissances sur le Canada français contemporain ; éclairer les domaines que nous ignorons encore. Les travaux devaient d'abord faire état, à la lumière d'études existantes et de recherches originales, de ce qui est sérieusement acquis. En second lieu, et ce fut peut-être la principale raison d'être du symposium, nous voulions indiquer les recherches importantes qu'il reste à entreprendre. Nous estimions que notre effort serait totalement justifié si, au terme de nos discussions, nous parvenions à bien poser les bonnes questions.

 

La brève durée du symposium limitait à l'avance le nombre des communications possibles. Comme nous désirions que chacune de celles-ci fût suivie d'une analyse et d'une discussion générale, nous ne pouvions guère en prévoir plus de quatre par jour, soit, deux par séance, le matin et l'après-midi. C'est ce qui eut lieu: le symposium se réduisit à huit communications principales auxquelles S'ajouta, en guise de conclusion, une conférence publique du professeur Everett-C. Hughes de Chicago. Le choix du sujet particulier de chacune de ces communications fut établi d'après un plan d'ensemble élaboré durant l'année 1951-1952 par un comité de professeurs de Laval dont plusieurs étaient de la Faculté des sciences sociales. Ce plan prévoyait l'étude des principaux paliers de la vie sociale québécoise où des transformations notables sont survenues au cours des cinquante ou trente dernières années. Les huit communications devaient, en principe, après une introduction historique, nous faire graduellement passer du substrat matériel de la société à ses principaux cadres d'organisation sociale, et finalement, à ses formes spirituelles d'expression.

 

Les titres des chapitres de ce livre, dont la succession reproduit fidèlement la chronologie des communications du symposium, reflètent cet ordre général comme ils trahissent aussi, hélas, l'absence du grand nombre de sujets importants que le manque de temps nous empêcha de considérer. Ainsi, dans le cadre de ce plan, l'univers social qu'est l'agglomération montréalaise et qui constitue à lui seul presque la moitié de la province, ne devait être l'objet d'aucune étude exclusive. Aucun inventaire ne fut présenté de la structure économique et des ramifications internationales des industries québécoises contemporaines. Rien n'a été dit de l'expansion des industries secondaires ou des établissements de commerce et de service déterminés par l'accroissement des clientèles ouvrières et urbaines ; ni des métamorphoses juridiques et financières des villes du Québec ; ni des avatars de la langue populaire ; ni de l'apparition d'un nouveau folklore associé aux occupations et aux modes de vie urbains ; ni de l'importance et de l'influence dans la vie québécoise des groupes ethniques d'immigrants attirés par l'industrie et particulièrement concentrés dans certaines régions minières.

 

D'autres facteurs imprévus vinrent réduire encore le contenu de ce plan déjà comprimé. Les collaborateurs invités à présenter des communications au symposium furent choisis à cause de leur compétence reconnue et en tenant compte de notre ambition de faire de cette réunion une rencontre proprement œcuménique à laquelle coopéreraient des représentants du plus grand nombre possible d'universités québécoises, canadiennes et américaines. Bien que tous les collaborateurs invités eussent accepté le plan général du symposium ainsi qu'une esquisse provisoire de leurs chapitres respectifs, chacun fut laissé entièrement libre d'aborder son sujet comme il l'entendait. Cette nécessaire liberté intellectuelle nous valut des travaux correspondant à toutes les variétés de préférences professionnelles et d'orientations méthodologiques. Quelques auteurs adoptèrent le style de l'exposé académique ; d'autres jugèrent nécessaire de décrire la méthode sur laquelle s'étayaient les conclusions de leurs recherches ; d'autres préférèrent une esquisse panoramique à de minutieux dessins. En conséquence, et peut-être aussi parce que certains auteurs se méfièrent exagérément du danger des chevauchements et des redites possibles, des analyses importantes qui avaient été prévues dans le plan original furent escamotées en cours de route. Ainsi s'expliquent, sans se justifier, de nouvelles omissions qui vont surprendre sinon frustrer le lecteur, par exemple : qu'on ne fasse que de rapides allusions à la législation sociale et ouvrière ou à la réorientation du programme des partis politiques québécois à notre époque ; surtout, que cette synthèse des conséquences de l'industrialisation dans le Québec ne contienne aucune étude traitant historiquement et systématiquement de l'évolution du syndicalisme dans notre province. On nous reprochera à bon droit d'avoir voulu présenter Hamlet sans le Prince...

 

L'événement, néanmoins, fut d'importance. Les grandes lois du symposium furent celles de la liberté, de la franchise et de l'objectivité. Plusieurs s'affrontèrent et s'opposèrent. D'autres durent s'attaquer à des mythes populaires ou académiques. D'autres, enfin, durent rejeter, clarifier ou rectifier certaines analyses traditionnelles ou des clichés favoris. Il y eut aussi de remarquables coïncidences de diagnostic et d'interprétation. Les discussions générales qui suivirent chaque communication donnèrent lieu à des échanges d'idées dont aucun ne fut banal et dont certains eussent mérité d'être retenus par l'histoire. Rarement avait-on assisté à une rencontre d'hommes venus d'horizons intellectuels si divers discuter de façon si sereine, si franche et si pénétrante, la situation du Canada français.

 

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Tel fut le symposium. Plutôt que la fresque idéalement espérée, il offrit une série de tableaux discontinus, plus ou moins vifs en couleur, où les chercheurs à venir pourront choisir les scènes et les personnages qui les intéressent et en poursuivre l'histoire complète. Pour cette raison, ce volume se présente sous le titre plus modeste et plus réaliste d'Essais sur le Québec contemporain. Jusqu'à quel point est-il un reflet authentique du symposium ? Disons qu'il l'est dans toute la mesure où il fut possible de transposer en un ouvrage cohérent et de lecture facile des travaux originellement préparés par des auteurs divers pour présentation orale. Ainsi nous n'avons pas reproduit le compte-rendu des discussions générales qui ont suivi chaque communication durant le symposium. Le livre en eût été intolérablement alourdi. Le fait d'imprimer en blanc et noir une discussion spontanée enlève à celle-ci sa saveur et son intérêt. Ce qui avait été un dialogue pétillant, animé, devient un monologue interminable.

 

On trouvera dans ces pages seulement des travaux de deux ordres: en premier lieu, sous formes de chapitres, les essais élaborés qui constituaient les communications fondamentales du symposium ; à la suite de la plupart de ces chapitres, des commentaires. On avait, avant le symposium, soumis le manuscrit de chaque communication à un spécialiste en l'invitant à en faire une analyse critique. Ces analyses étaient destinées à assurer une impartialité et une objectivité aussi grandes que possible et à situer les discussions dans une généreuse perspective. Aussi bien, beaucoup de ces commentaires proposent une documentation et des interprétations originales qui complètent heureusement les essais fondamentaux et s'élèvent à la hauteur de contributions scientifiques d'intérêt durable. Ils sont un élément essentiel de la tentative pirandellienne que fut le symposium.

 

On s'étonnera peut-être du fait que ce livre contienne des chapitres en français et en anglais sans traduction ni des uns ni des autres. Il en est ainsi par souci de fidélité au symposium lequel, par nécessité et par principe, dut revêtir un caractère bilingue. Il s'adressait à un auditoire venu de tout le Canada et devait permettre une communication aussi spontanée et aussi complète que possible. Comme l'auditoire du premier jour, celui de la Société canadienne des Sciences politiques, était en très grande majorité anglophone, tous les travaux de cette journée, y compris ceux des collaborateurs de langue française, furent présentés en anglais. La seconde journée, à l'inverse, fut presque exclusivement française, même la séance finale. Nous reproduisons les textes tels qu'ils furent présentés, convaincus qu'une telle alternance des deux langues dans le même ouvrage constitue une excellente formule de bilinguisme, peut-être celle qui répond le plus élégamment aux désirs et à l'idéal de la vie académique canadienne du moment.

 

Le texte de chacun des chapitres et de chacun des commentaires est en substance celui qui fut lu au symposium. Chaque auteur, cependant, a eu le privilège de revoir et de corriger son manuscrit. Quelques-uns des manuscrits furent légèrement remaniés ou condensés. Dans certains cm, les auteurs se sont permis d'ajouter à leur texte des références à des études parues depuis juin 1952. Dans tous les cas, on a apporté les corrections de dates qui s'imposaient pour rendre intelligible un ouvrage publié plus d'un an après sa rédaction initiale. Chaque chapitre et chaque commentaire a son style et son orientation propres. L'unité de cet ouvrage lui vient, au-delà des points de vue et des accents particuliers, d'un souci collectif de vérité et de sérénité. C'est dans le but de concrétiser cette unité qu'on a tenté, dans un chapitre inédit sous forme d'épilogue, de dégager et de raccorder les fils de la trame qui s'élabore progressivement tout au cours de ces études. Le lecteur ou le chercheur éventuel trouveront dans ces dernières pages un rappel aussi cohérent que possible des principaux thèmes du symposium et des modulations qui les relient les uns aux autres.

 

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Le titre de cet ouvrage, de même que toutes les réflexions précédentes, indiquent suffisamment en quoi consiste le cadre géographique et social auquel sont consacrés ces essais : c'est exclusivement la province de Québec. On remarquera que la plupart des auteurs emploient indifféremment les expressions «province de Québec » ou « Canada français ». Nous savons que cette identification n'est pas tout à fait juste puisque l'expression « Canada français », au sens strict, peut s'entendre de toutes les régions canadiennes, des provinces maritimes jusqu'à celles de l'Ouest, où se retrouvent des populations de langue française. Néanmoins, un usage populaire, répandu surtout parmi nos compatriotes anglophones et historiquement justifié, restreint le terme « Canada français » au Québec. C'est le sens qu'il faudra ici lui sous-entendre. Notre recherche porte sur le Québec en tant qu'habitat principal, historique, de la société canadienne-française.

 

Ajoutons un dernier éclairage méthodologique. Le phénomène de l'industrialisation s'accompagne universellement d'un autre phénomène qui est celui de l'urbanisation. Dès que, dans un lieu, s'établit une usine ou une fabrique, des ouvriers s'y concentrent et une communauté de caractère urbain s'organise ou se précise. C'est d'abord sous forme de villes et ensuite à l'intérieur des villes que se révèlent les changements sociaux entraînés par l'industrie. Les deux phénomènes, industrialisation, urbanisation, sont quasi indissociables, au point qu'un grand nombre de métabolismes souvent imputés à l'industrie sont les sous-produits de la vie urbaine en tant que telle. Néanmoins, ils se différencient spécifiquement : industrialisation se dit de transformations d'ordre technologique alors que l'urbanisation définit une évolution d'ordre culturel. Bien qu'il soit malaisé de déterminer ce qui, dans l'ordre social, dérive causalement de l'un ou de l'autre phénomène, nous avons tâché, dans ces essais, de maintenir une distinction entre l'un et l'autre. Le phénomène sur lequel nous concentrons notre attention en tant qu'élément causal de transformations sociales est celui de l'industrialisation.

 

Ce concept d'industrialisation lui-même, qu'il soit employé de façon populaire ou scientifique, comporte un grand nombre de connotations. Essentiellement, il signifie un processus de changements, brusques ou graduels, dans les techniques d'exploitation des ressources, agricoles ou autres, de la nature. L'industrie moderne, telle que nous la connaissons, met en oeuvre une technologie raffinée qui exige à la fois une mécanisation extrême et une utilisation purement pragmatique, dite rationnelle, des hommes qui manipulent ou contrôlent les instruments de production. De façon dérivée, l'industrialisation signifie donc aussi la mobilisation d'une nombreuse main-d'œuvre spécialisée, l'absorption de celle-ci par les diverses catégories d'entreprises industrielles, sa hiérarchisation d'après les degrés de la technique, en un mot, la création d'un univers social de type particulier, fondé sur une nouvelle division du travail social et dont la structure reproduit, en l'amplifiant, la structure bureaucratique de l'usine. Une autre caractéristique de l'industrie moderne, comme le note le professeur Hughes au chapitre X, est qu'elle s'établit en* général dans un pays par mode d'invasion, en ce sens que le capital, l'outillage et les techniques nécessaires à l'industrie sont apportés dans ce pays par des gens de l'extérieur. Ceux-ci sont, la plupart du temps, d'une nationalité et d'une culture différentes de celles du pays où ils pénètrent et ainsi une invasion industrielle s'accompagne presque invariablement d'une invasion culturelle. Tout processus d'industrialisation implique, en plus de transformations technologiques et morphologiques, des perturbations d'ordre spirituel et moral.

 

On sait avec quelle évidence souvent pathétique ces problèmes se sont imposés à l'attention universelle depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, à l'occasion des programmes d'aide matérielle aux pays dits attardés ou sous-développés. Les expériences de l'application du « Point Quatre » ou de l'Assistance technique des Nations-Unies nous ont rappelé que le transfert de la technologie d'une civilisation donnée à des pays de civilisations différentes n'est pas un simple phénomène économique. Il met automatiquement en cause des facteurs sociaux, culturels et politiques. Déjà une littérature scientifique abondante et des recherches nombreuses, en particulier celles qu'a inspirées l'UNESCO, se sont préoccupées de reconsidérer ce phénomène multiforme dans une optique qui se veut globale. Il nous reste à souhaiter que cet ouvrage, en plus d'aider à mieux comprendre notre société, ajoute aussi à sa façon une contribution utile à la compréhension de problèmes qui se posent à l'échelle mondiale.

 

Jean-C. FALARDEAU 

Faculté des Sciences sociales, Université Laval.

Août 1953.



Retour au texte de l'auteur: Jean-Charles Falardeau, sociologue, Université Laval Dernière mise à jour de cette page le jeudi 20 octobre 2011 8:19
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur au Cegep de Chicoutimi.
 
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