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Collection « Les sciences sociales contemporaines »

“ La représentation idéologique des classes au Canada français ” (1965)
Introduction


Une édition électronique réalisée à partir de l'article de Fernand Dumont, “ La représentation idéologique des classes au Canada français ”. Un article publié dans la revue Recherches sociographiques, vol. 6, no 1, janvier-avril 1965, pp. 9-22. Québec : Les Presses de l’Université Laval. [Avec l’autorisation formelle accordée le 8 janvier 2004 par la directrice de la revue Recherches sociographiques, Mme Andrée Fortin, professeure de sociologie à l’Université Laval].

Introduction

Dans une étude récente, Henri Lefebvre propose de distinguer la conscience, le psychisme et l'idéologie de classe. (1) La spécificité de l'idéologie par rapport aux deux autres composantes apparaît aisément. D'une part, ses fabricateurs sont généralement extérieurs aux classes impliquées. D'autre part, l'idéologie se fonde avant tout sur le besoin de donner cohérence à des situations. D'où vient cette exigence de cohérence? D'abord, sans doute, du souci de fournir une représentation quelconque des rapports de la conscience de classe et du psychisme de classe. Mais aussi de la nécessité de mettre en relations le système de classes et la société globale. Insistons sur cette dernière proposition: elle indique le cadre de l'analyse qui va suivre.

On peut postuler qu'il est particulièrement important, pour la société globale, de ramener les classes à une quelconque systématisation fonctionnelle, car leur existence est, pour elle, le défi le plus grand. Songeons, par exemple, à la nation. (2) Se représenter la collectivité en termes ethniques ou en termes de classes: n'est-ce point une des questions, un des problèmes les plus décisifs qui tourmentent l'Occident depuis des siècles et qui ont gagné maintenant les pays en voie de développement?

Le conflit mérite d'autant plus de nous retenir que la distinction des trois éléments des classes que nous avons évoqués paraît être tout aussi valable et même nécessaire pour la société globale elle-même. Ici encore, on pourrait parler de conscience, de psychisme et d'idéologie de la nation. De même, la fonction intégratrice des idéologies est primordiale. Car on ne saurait rendre compte de la cohésion qu'implique la nation en évoquant seulement un vague sentiment d'appartenance. Par ailleurs, les facteurs dits «objectifs» (comme la langue, la religion, l'organisation politique) varient d'une nation à l'autre, et même, pour une nation donnée, selon les phases historiques. Et les groupements, à l'intérieur d'une nation, ne sont pas toujours d'accord sur les mêmes facteurs d'intégration: on pense, par exemple, aux perpétuelles discussions sur la nation canadienne-française et sur la nation canadienne. D'où la fonction déterminante des idéologies qui réunissent, dans une sorte de «théorie», des conditions préalables comme la communauté de langue, de religion, etc., tout en se nourrissant de la conscience diffuse de traits distinctifs et d'une relative opposition à des autruis (c'est-à-dire à d'autres nations).

Le problème ainsi pose est particulièrement passionnant si on le traduit dans le contexte canadien-français. Nous sommes devant une nation qui s'est donné ses premières définitions idéologiques d'elle-même au moment où elle était encore une «société paysanne». Elle a subi ensuite, à un rythme extrêmement rapide, l'impact de l'industrialisation. Si on ajoute à cela un angoissant voisinage avec l'Anglais et l'Américain, beaucoup plus riches et maîtres du pouvoir économique, on admettra qu'il s'agit d'un très beau cas où devraient nous apparaître certains mécanismes exemplaires de syncrétisme dans les définitions idéologiques des classes et de la société globale.

Durant un siècle - en gros, des années 1840 aux lendemains de la dernière guerre - une idéologie très organique a régné ici presque sans conteste. Nous ne reprendrons pas ici la démonstration du caractère unitaire de cette idéologie; nous l'avons esquissée dans d'autres travaux (3) et, d'ailleurs, il existe à ce sujet une certaine unanimité des chercheurs canadiens-français. Nous nous attacherons plutôt, dans une première partie, a éclairer la constitution de cette idéologie et à repérer ses définiteurs en tâchant de déceler leur allégeance de classe. Nous analyserons brièvement dans une deuxième partie, les grands thèmes de cette idéologie, en dégageant naturellement surtout la représentation des classes. Nous tacherons enfin, dans une brève section finale, de formuler quelques hypothèses sur les remaniements impliqués par la crise profonde que traverse actuellement le Canada français. Nous nous imposerons ainsi un long détour historique, mais celui-ci est suggère par la nature même du phénomène qui nous intéresse.


Notes :

(1) Henri LEFEBVRE, «Psychologie des classes sociales», dans Traité de sociologie, sous la direction de Georges GURVITCH, Paris, Presses universitaires de France, 1960, II, 364 et suiv.

(2) Mais on pourrait faire des remarques semblables à propos de la religion. Les enquêtes sur la pratique religieuse comme les études historiques récentes qui s'inspirent de la sociologie nous éclairent sur le clivage essentiel introduit par les classes sociales dans le catholicisme en tant que société globale. Par exemple, dans un excellent recueil d'études, François ISAMBERT écrit: «Il faut bien admettre qu'une fois dépassé le niveau morphologique, dont on ne doit pas méconnaître l'importance, on est amené à se situer à ce nœud des relations entre classes et religions qu'est la coloration socio-économique de certaines attitudes religieuses et la socialisation de certains rapports sociaux» (Christianisme et classe ouvrière, Paris, Casterman, 1961, 69).

(3) Voir, en particulier, Fernand DUMONT et Guy ROCHER, «Introduction à une sociologie du Canada français», dans Le Canada français aujourd'hui et demain, Paris, Fayard, 1961, 13-39 (Recherches et débats, cahier no 34).

Retour au texte de l'auteur: Fernand Dumont, sociologue, Université Laval Dernière mise à jour de cette page le jeudi 1 juin 2006 8:52
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur au Cegep de Chicoutimi.
 
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