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Collection « Les sciences sociales contemporaines »

Une édition électronique réalisée à partir de l'article Jules Duchastel et Victor Armony, “Un protocole de description de discours politiques.” Un texte publié dans l'ouvrage collectif, Actes des Secondes journées internationales d’analyse statistique de données textuelles. Paris: Télécom, 1993, pp. 159-183. [Autorisation accordée par Jules Duchastel le 5 janvier 2005 de diffuser toutes ses publications dans Les Classiques des sciences sociales.]

Jules Duchastel et Victor Armony

sociologues, département de sociologie, UQAM

Un protocole de description
de discours politiques
.”

Un texte publié dans l'ouvrage collectif, Actes des Secondes journées internationales d’analyse statistique de données textuelles. Paris : Télécom, 1993, pp. 159-183.

I.  Introduction
II. Choix des corpus et définition du protocole
III. Présentation de l'expérience
1. Les noyaux du contenu
2. La désignation des entités macro-politiques
3. Le covoisinage des désignateurs macro-politiques
4. L'inscription du locuteur dans renonciation
5. La modélisation verbale
IV.   Conclusion
Références
Tableau 1. NOYAUX DU CONTENU. Listes des mots-pleins à haute fréquence et répartition élevée
Tableau 2. Désignation des entités macro-politiques. Participation des catégories de désignation du collectif national (A et B), de la société civile (C et D), de l'État (E) et du collectif supra-national (F)
Graphique 3. Désignation des entités macro-politiques. Participation des catégories Nation, Société, État et Monde
Tableau 3. Inscription du locuteur dans dénonciation I. Liste des principales formes verbales conjuguées aux premières personnes du singulier et du pluriel
Tableau 4. Inscription du locuteur dans dénonciation II. Participation des possessifs des premières personnes du singulier et du pluriel
Graphique 2. Inscription du locuteur dans dénonciation II. Participation des possessifs des premières personnes du singulier et du pluriel
Tableau 5. Inscription du locuteur dans dénonciation III. Liste des principaux noms qualifiés par les pronoms possessifs des premières personnes du singulier et du pluriel
Tableau 6. Modalisation verbale. Participation des modalités de compétence
Graphique 3. Modalisation verbale. Participation des modalités de compétence

Annexe 1. Covoisinage des catégories de désignation des entités macro-politiques
Annexe 2. Covoisinage des catégories de désignation des entités macro-politiques
Annexe 3. Covoisinage des catégories de désignation des entités macro-politiques


I. Introduction

Le discours politique a lait l'objet d'innombrables études tant théoriques qu'empiriques. Des corpus formés d'allocutions de personnages publics, de programmes de partis, de messages de propagande ont servi de données premières pour le traitement et l'investigation des thèmes, des stratégies d'énonciation et des positions idéologiques qui structurent le champ symbolique de l'organisation et de l'exercice du pouvoir au sein des sociétés contemporaines.

Or, même s'il est incontestable que l'analyse du discours politique se soit déjà taillé un espace propre - au carrefour de plusieurs disciplines et méthodes - dans l'univers de la recherche en sciences sociales, elle demeure pourtant une approche largement tournée vers le singulier et le local. On constate, en effet, que la formulation ad hoc de modèles analytiques pour des corpus particuliers l'emporte le plus souvent sur la mise en oeuvre de procédés généralisables à divers matériaux textuels. L'étude comparative des régularités nous semble pourtant capitale : quelles sont les propriétés et le spectre des variations observables dans tout discours politique ? Nous nous sommes posé trois questions ayant trait à ce problème :

i) comment combiner les acquis de l'algorithmique numérique appliquée aux données textuelles avec la construction conceptuelle d'indices discursifs dans un cadre interprétatif donné ?

ii) comment établir des outils heuristiques visant moins la sophistication de la preuve définitive que la description préliminaire et synthétique de l'objet étudié ?

iii) comment définir des critères formels servant à produire des résultats comparables et cumulatifs pour divers corpus et différents types de discours politique ?

Nous avons alors conçu le projet d'un protocole de description composé de modules automatisés et semi-automatisés permettant d'appliquer une batterie de tests sur un corpus politique quelconque. L'ensemble des procédures prévues par notre protocole de description vise à produire un document de base à partir duquel des fouilles ultérieures plus précises pourront être effectuées. Il s'agit donc d'un outil d'exploration ainsi que d'un guide de travail pour la génération d'hypothèses de recherche dans une perspective comparative. Nous adoptons ici une approche de standardisation des procédures plutôt que d'adéquation de l'outil au corpus et à la problématique.

Dans la présente communication, nous exposons quelques aspects de nos travaux préliminaires. Nous avons développé une expérience pilote sur un ensemble multilingue de textes. L'objectif de cette démarche a consisté à mettre au point le modèle général et d'évaluer le potentiel analytique de l'approche proposée.


II - Choix des corpus
et définition du protocole


Dans le cadre de cette expérience, nous avons voulu constituer une base de textes assez hétérogène afin que les principaux problèmes puissent ressortir à ce stade préliminaire de notre travail. Il nous a paru en effet intéressant de tester le protocole sur des corpus de langues différentes et issus de contexte socio-politiques disparates, de manière à être en mesure d'évaluer la faisabilité du projet à son niveau le plus critique : soit la possibilité d'établir des "variables" susceptibles de caractériser tout discours politique. Ceci suppose évidemment une hypothèse forte : le discours politique est un objet théorique et empirique ayant des propriétés particulières, ce qui implique la possibilité d'envisager la description formelle du genre à travers ses universaux et ses domaines de variation.

Nous avons décidé de retenir trois discours de leaders politiques :

i) le discours électoral de l'américain Bill Clinton (une soixantaine d'allocutions prononcées par le candidat présidentiel du Parti Démocrate durant la campagne de 1991-1992) ;

ii) le discours officiel du canadien Brian Mulroney (sept allocutions à titre de premier ministre, soit quatre Discours du Trône et trois allocutions d'ouverture à des conférences des premiers ministres au cours de la période 1984-1991) ;

iii) le discours public de l'argentin Carlos Menem (les 33 principales allocutions publiques prononcées pendant la première année de son terme présidentiel, 1989-1990).

On a ainsi trois pays (les États-Unis, le Canada et l'Argentine), trois langues (l'anglais, le français et l'espagnol), trois systèmes et cultures politiques, trois conjonctures et aussi trois figures fort différentes : le candidat qui cherche à séduire les foules, le premier ministre qui s'adresse formellement aux législateurs et aux chefs de gouvernements provinciaux, le président qui parle à la nation. Malgré cette diversité, ce sont tous les trois des discours visant le ralliement autour d'un projet sociétal dans le cadre légitime du pouvoir étatique.

La vocation empirique et, en principe, instrumentale de notre protocole n'implique pas pour autant l'absence de substrat théorique. En fait, l'approche que nous proposons n'aurait pas de sens en l'absence d'un travail de conceptualisation. Nous définissons le discours politique comme la représentation de l'espace, de la communauté, des rapports sociaux et du rapport de l'individu à la société (l'éthique). Le discours politique prend part ainsi aux différents procès d'institutionnalisation de la société et contribue à la formation de blocs sociaux particuliers (Bourque et Duchastel, 1988). En tant que l'une des formes centrales de la représentation dans l'État moderne, le discours politique participe à la figuration de l'unité sociétale. Mais ce procès s'effectue à travers des luttes discursives, chaque discours politique proposant un sens, parmi d'autres possibles, qui légitime et naturalise un certain mode d'organisation de la vie collective (Lefort, 1978).

Nous ne retiendrons cependant pour les fins de cette expérimentation que certaines "traces idéologiques" du discours politique telles qu'elles se manifestent dans les dispositifs d'interpellation - la désignation des collectifs, les procédés d'interlocution qui consolident le lien discursif - et dans le registre thématique : la référence à des valeurs et à des symboles qui légitiment l'action politique et font appel aux solidarités fondamentales (de Ipola, 1983).

Nous faisons l'hypothèse que tout corpus comportera alors, au niveau de sa surface textuelle, un certain nombre de dimensions liées à la logique même de cette production discursive, dimensions qu'il est possible de repérer à travers des récurrences lexicales, comme par exemple :

- des aspects référentiels :
- modalités de désignation de la communauté (nationale), des agrégats objectifs (catégories démographiques, géographiques, etc.) et des collectifs d'appartenance (identitaire) ;
- références à des valeurs (existentielles, disciplinaires, libérales, de promotion collective, etc.) ;
- modalités de désignation des acteurs sociaux (politiques, économiques, etc.) et des institutions (privées, publiques) ;
- références à des "sphères" de l'activité sociétale (travail, culture, etc.) ; des aspects indiciels :
- marques déictiques ;
- marques de modalisation ;
- marques pragmatiques ;
- marques d'argumentation, etc.

Un protocole idéal produirait des fouilles systématiques permettant d'obtenir des résultats standards pour chaque aspect référentiel et indiciel jugé pertinent pour l'analyse conceptuelle. Dans cette première expérience toutefois, nous nous sommes attardés sur les aspects suivants :

1. Les noyaux du contenu.
2. La désignation des entités macro-politiques.
3. Le covoisinage des désignateurs macro-politiques.
4. L'inscription du locuteur dans l'énonciation.
5. La modalisation verbale.


III - Présentation de l'expérience

1. Les noyaux du contenu

La caractérisation d'un texte en fonction de quelques unités nodales de signification (lexèmes ou chaînes de lexèmes) constitue l'une des intuitions de base de l'analyse quantitative à entrée lexicale. On postule que ces unités "condensent" la particularité du message, reflètent certaines invariants thématiques ou, encore, traduisent le propos central du discours. L'étude de la stabilité lexicale et l'étude de la discrimination lexicale, dans une perspective soit intertextuelle, soit intratextuelle, représentent les deux principales stratégies utilisées à cette fin. Nous proposons les définitions suivantes des diverses stratégies possibles :

Stabilité intertextuelle. Il s'agit de l'observation du "vocabulaire de base", formé des unités qui ont dans tous les domaines discursifs retenus, une fréquence relative sensiblement constante et qui expliquent donc le moins les différences. L'objectif est d'identifier les mots "obligés", ceux qu'aucun locuteur ne peut conjurer à l'intérieur d'un genre ou dans un contexte déterminé (Bonnafous, 1983).

Discrimination intertextuelle. Il s'agit des mots distinctifs de tel discours par rapport à tel autre ou à un corpus témoin qui sert de "norme". Le but est de saisir le contenu du discours dans sa singularité, de voir en quoi il est original à l'égard des discours concurrents (Chapelle, Couvreur et Pagano, 1992).

Stabilité intratextuelle. Il s'agit du vocabulaire "général" qui est employé par le locuteur quelles que soient les circonstances de l'énonciation, indépendamment du thème traité. Le but est d'obtenir une image des "habitudes" lexicales du locuteur (individuel ou collectif), de ce qui est récurrent dans son discours (Roselli, 1992).

Discrimination intratextuelle. Ce sont les mots "localisés", ceux qui contribuent à particulariser le discours en fonction de la circonstance de communication et des thèmes ponctuels. On vise à observer les variations - chronologiques ou selon les auditoires, par exemple - dans les choix lexicaux du locuteur (Hubert et Labbé, 1990).

Dans le cadre de notre protocole, ces quatre dimensions s'avèrent tout à fait pertinentes, d'autant plus qu'elles peuvent faire l'objet de procédures automatisées ou semi-automatisées. Certaines contraintes opérationnelles se posent toutefois : d'abord, la discrimination intertextuelle exige une situation de "comparabilité", c'est-à-dire la disponibilité de corpus de taille similaire, de même langue et structure formelle, etc. ; ensuite, sur le plan intratextuel, le type de partition et le nombre de segments de chaque corpus aura une incidence sur le calcul des indicateurs de stabilité et de discrimination.

Dans le cadre de notre démarche expérimentale, nous avons retenu l'aspect de la stabilité intratextuelle qui nous permet de dresser des profils synthétiques pour les trois corpus. Nous procédons d'abord au filtrage des mots-outils et presqu'outils et fixons des seuils de fréquence et de répartition minimales pour les mots-pleins. Nous avons préféré, à cette étape de mise au point, travailler avec des indices relativement simples, ce qui n'exclut pas l'application éventuelle d'indicateurs plus élaborés.

Nous avons cherché ainsi à établir la stabilité d'un certain nombre de mots correspondant à des notions qui reviennent de manière régulière dans les discours analysés. Il s'agit, en quelque sorte, du dépistage des termes qui, tout en véhiculant des représentations (substantifs, adjectifs, verbes et adverbes), exhibent un comportement lexicométrique similaire à celui des articles, prépositions, auxiliaires, etc. : ils sont employés quel que soit le contexte d'interlocution. Ce sont les "mots habituels", par opposition aux "mots circonstanciels". On retrouve dans ce vocabulaire de base (voir Tableau 1) :

i) la référence à la communauté et à l'identité nationales ;
- chez Clinton, au moyen des notions de people, America et country ;
- chez Mulroney, au moyen des notions de Canada, Canadiens et canadienne ;
- chez Menem, au moyen des notions de nacional, pueblo, pais et argentinos ;
ii) la référence au monde (world, monde et mundo) ;
iii) la référence au temps présent par l'adverbe qui signifie "en ce jour même", "au temps où l'on est" (today, aujourd'hui et hoy).

Par ailleurs, on remarque certaines particularités, à savoir :

i) les verbes want, make et know, ainsi que les termes years et président dans le discours de Clinton ;

ii) les termes gouvernement et droits, ainsi que l'infinitif faire dans le discours de Mulroney.

La question-clé à poser est la suivante : quel genre d'information obtenons-nous, par ce procédé, en regard d'une lecture heuristique ? Comme nous l'avons signalé plus haut, même si la visée du protocole est d'abord descriptive - plutôt qu'interprétative - il n'en reste pas moins que l'objectif est de développer un outil d'aide à la génération d'hypothèses et, en ce sens, comportant une valeur analytique.

Or, l'examen de ces "mots banaux" peut servir de voie exploratoire aux "universaux" du discours politique d'une époque, ainsi qu'aux grands traits distinctifs des corpus retenus. Retenons, à titre d'illustration, ce qu'on peut nommer la "configuration pays - monde - aujourd'hui". Il est possible de formuler l'hypothèse qu'il y a là l'emblème du discours politique des années 1990 : la référence au procès crucial de "mondialisation" (l'Autre est l'extra-national) et la tendance à la "présentification" du temps que plusieurs auteurs voient se déployer sous le mode de la rationalité instrumentale, le pragmatisme et l'adaptation systémique au changement.


2. La désignation des entités macro-politiques

On a constaté, parmi les noyaux du contenu, la prééminence des termes qui nomment les grands ensembles sociétaux. La désignation des entités macro-politiques - la nation, le peuple, les citoyens, le monde, etc. - constitue en effet l'une des dimensions-clés dans la production du discours politique, puisque celui-ci tente incessamment de présenter la réalité sous le mode de l'identité/altérité, en démarquant le Nous par rapport à l'Autre (Veron, 1987). Tout discours proprement politique travaille alors une représentation d'entités dont on peut répertorier un certain nombre de catégories, à savoir :

1. Les désignations du collectif national.
1.1 Désignation spécifique du collectif national.
1.2 Désignation générique du collectif national.
2. Les désignations de la société civile.
2.1 Désignation de la société civile : agrégat.
2.2 Désignation de la société civile : unités.
3. Les désignations de l'État.
4. Les désignations du collectif supra-national.

Nous nous servons ici d'un découpage empirique mais qui garde néanmoins un sens sociologique précis : le collectif national correspond au "tout" sociétal, alors que l'État et la société civile constituent les deux pôles fondamentaux de l'organisation politique ; le collectif supra-national équivaut à ce qui est par dessus ou au-delà du pays.

Des dictionnaires contenant les listes de désignateurs macro-politiques ont été préparés et projetés. La sélection des termes a été réalisée selon des critères les plus standardisés possible. Dans certains cas, les frontières sont difficiles à tracer ; nous avons privilégié l'application de quelques règles formelles qui assurent une certaine homogénéité. Par exemple, les termes population et habitants sont employés souvent comme ayant la même signification ("la population du Canada" et "les habitants du Canada"), mais nous les classons dans deux catégories distinctes sur la base de leurs caractères respectivement agglutinant et énumératif. Dans le cas des désignateurs spécifiques, le critère qui prévaut est autre : les termes Canada et Canadiens vont ensemble, car on privilégie leur valence identitaire (il est question du nom propre du pays).

Le tableau 2 montre la participation des catégories définies dans chacun des corpus examinés. Il est à noter que les valeurs obtenues sont assez uniformes : si l'on exclut les écarts prononcés (désignation spécifique du collectif national [11.9] et désignation de l'État [10.4] chez Mulroney), on a une distribution comme suit :

- désignation spécifique du collectif national (6.0 à 8.4) ;
- désignation générique du collectif national (5.6 à 7.2) ;
- désignation de la société civile : agrégat (4.1 à 6.8) ;
- désignation de la société civile : unités (2.1 à 41) ;
- désignation de l'État (2.8 à 3.8) ;
- désignation du collectif supra-national (2.4 à 3.4).

Peut-on s'attendre à pouvoir établir, dans des recherches futures, des paramètres de référence ? Étant donné que le dépistage des désignateurs est très facilement exécutable dans les trois langues, des tests à grande échelle (multiplicité de corpus de tailles diverses) pourront être effectués.

Le graphique 1 présente le poids comparatif des quatre champs, nommés Nation, Société, État et Monde. Bien que la distribution soit relativement stable, on remarque toutefois qu'il existe une variation au niveau des proportions des catégories Société et État : chez Clinton, il y a une nette prédominance de la désignation de la Société ; dans le cas de Menem, ce rapport est plus nuancé ; chez Mulroney, c'est la catégorie de désignation de l'État qui l'emporte. Nous avons déjà vu que Mulroney se distingue aussi par l'importance de la désignation spécifique du collectif national. Est-il fortuit qu'il s'agisse justement du pays qui rencontre le plus de difficultés en ce qui concerne son identité collective (liée d'ailleurs intimement à la définition constitutionnelle des rapports entre les divers paliers de gouvernement) ?


3. Le covoisinage
des désignateurs macro-politiques

Lorsque la nation, le peuple ou l'individu sont évoqués par le discours politique, des réseaux d'associations lexicales se tissent en consonance avec une vision idéologique ou stratégique particulière. Il nous paraît alors essentiel d'examiner les correspondances entre les désignateurs et ses contextes syntagmatiques, de façon à pouvoir saisir le spectre des objets et des qualifications apparentés par le discours aux entités macro-politique s. L'étude comparative des covoisinages permet d'observer les faisceaux qui s'articulent dans chaque corpus autour de la Nation, la Société, l'État et le Monde : qu'est-ce que le locuteur dit lorsqu'il nomme l'une ou l'autre de ces grands repères de la vie collective ?

L'analyse de cooccurrences vise à obtenir la liste des mots-pleins cooccurrant avec le mot-pôle, pour lesquels la cooccurrence est statistiquement significative. Pour une cooccurrence particulière, l'unité d'observation est la phrase (délimitée par la ponctuation forte) et la variable étudiée est le nombre de phrases contenant cette cooccurrence. La mise en évidence de la significativité de la cooccurrence s'effectue par l'intermédiaire d'un test qui compare la proportion de phrases contenant le mot-pôle et le mot cooccurrent avec la proportion espérée sous hypothèse nulle. L'objectif est d'obtenir une description préliminaire du voisinage lexical distinctif des catégories de désignation retenues pour pouvoir, ensuite, trier et regrouper les termes ressortis selon leurs affinités sémantiques et leur pertinence analytique. Il s'agit d'une opération nettement heuristique plutôt que de démonstration, en ce que l'on vise des résultats "manipulables" et "lisibles" pour une analyse préliminaire efficace. C'est pourquoi les seuils fréquentiel et de probabilité sont fixés de façon expérimentale pour chaque corpus, après divers tests, afin de trouver le meilleur équilibre entre ces paramètres.

Dans l'ensemble, le discours de Clinton (voir Annexe 1) se caractérise par l'importance extraordinaire attribuée aux questions de la santé (health care) et de l'emploi (jobs), liées fortement aux désignateurs du collectif national et sociétal. Parmi les termes qui s'associent de manière spécifique à la désignation de la Nation, on remarque d'une part la référence à l'économie et à l'industrie (économie, economy, companies, manufacturing, invest, products, industry) et, d'autre part, l'évocation de Y American Dream et d'une sorte de temporalité sociale (future, génération, history, century), ainsi que l'emploi de formes verbales suggérant l'acte de "rétablir un état ancien" (rebuild, restore, rebuilding, revitalize). Dans le covoisinage de la désignation de la Société, on trouve les thématiques typiquement "sociales" aux États-Unis : l'éducation (éducation, schools, educate, teachers), l'accès aux soins de santé (insurance, médical, sick, cancer, hospital), la criminalité (police, law, enforcement, guns), le logement (housing) et la pauvreté (welfare, poor, poverty). On note aussi la référence à des "catégories" de population (young, parents, kids, elderly, racial, mothers, disabilities) et au registre de la vie communautaire (values, community, communities). La désignation de l'État exhibe dans son entourage syntagmatique le vocabulaire du "gestionnaire" pragmatique (costs, dollars, budget, cost, strategy, average, management) et prudent (control, responsibility, spending, spend), ainsi que la référence au secteur privé (business, private, partnership, businesses). Enfin, parmi les cooccurrences de la désignation du Monde, se dégage clairement le paradigme de la compétition (compete, win, compétitive, compétition, productivity, success, threat, challenges, fight, losing) et du leadership (leadership, strong, lead, led), ainsi que l'emploi de plusieurs superlatifs (advanced, best, highest, greatest, strength, higher, largest). D'autre part, on voit trois types de "consignes" géo-stratégiques : démocratie (democracy, démocratie, freedom, democracies), environnement (environmental, environment, Rio) et stabilité (peace, security).

Le discours de Mulroney (voir Annexe 2) montre une association significative entre la désignation de la Nation et certains termes qui renvoient à la valorisation de la vie collective (histoire, identité, réconciliation, commun). Dans le voisinage de la désignation de la Société, on voit ressortir la question des droits (droits, protection, égalité) et de ce qu'on appelle la "mosaïque canadienne" (minorité, diversité, ethniques). On remarque aussi l'emploi de certains épithètes suggérant l'idée de complétude (essentiel, pleine, entière). Parmi les mots qui accompagnent la désignation de l'État, on peut signaler la référence au débat sur la répartition des juridictions (autonomie, provinces, fédéral, provinciaux, Ouest), aux États-Unis et au libre-échange, à l'idée d'entente (accord, concert), ainsi qu'à des aspects de la gestion étatique (réforme, efficace, efficacité, assainir). Quant à la désignation du Monde, leurs cooccurrences renvoient à l'activité commerciale (marchés, commerce, commerciales, commerciaux), à l'ouverture (échanges, interdépendance, ouverture) et à la concurrence (concurrence, compétitivité, compétitif, compétitive) ; on remarque également la référence à certaines "valeurs" (liberté, développement, environnement, paix, sécurité) ainsi qu'à la technologie (technologie, technologiques, sciences) ; enfin, un éventail de termes évoquent des attitudes de collaboration (protection, aide, défendre, promotion, promouvoir, préserver, soutenir, appuyer).

Dans le discours de Menem (voir Annexe 3), la désignation de la Nation apparaît liée clairement à des notions qui mobilisent l'intégration sociale (unidad, hermanos, conjunto, reconciliacion, traicion), ainsi qu'à l'emploi d'adjectifs renforçateurs (gran, grandeza, grande, inmensa). Dans le covoisinage de la désignation de la Société, on retrouve entre autres la référence à l'activité économique (economia, mercado, economico), à la sphère de la spiritualité (moral, Dios, bendiga, cristiana, humanista, bendita) et à une variété de sentiments ou d'états affectifs (felicidad,feliz, querida, amados, entusiasmo). Quant à la désignation de l'État, on remarque l'appel à l'action (hacer, accion, acciones), à la transformation (reforma, transformacion, transformar, transformado, renovado) et à la restructuration (relocalizacion, descentralizacion, eficientes, normalizacion). Enfin, parmi les mots associés de manière statistiquement significative à la désignation du Monde, on observe l'évocation du changement (nuevos, nuevo, cambios, evolucion, transformaciones, procesos, reorganizacion), de la nécessité (imprescindible, cruciales), ainsi que la référence à la question de la participation sur la scène internationale (cooperacion, integracion, protagonista, aislados, aislamiento, concierto, insercion, integrarnos, presencia).

Nous ne pouvons pas nous arrêter sur chacune des données. La variété et la richesse des résultats obtenus témoignent du potentiel de l'analyse des covoisinages des désignateurs macro-politique s. Mentionnons rapidement quelques pistes d'analyse extrêmement prometteuses du point de vue sociologique. On devine, par exemple, un discours prônant le "rattrapage de Y American Dream" chez Clinton, un discours rappelant l'« histoire commune » chez Mulroney et un discours valorisant la solidarité et le "bonheur du peuple" chez Menem. On peut risquer l'hypothèse que trois manières nettement distinctes de concevoir le collectif national sont à l'oeuvre dans les discours examinés : le pays comme incarnation d'une valeur transcendante (l'Amérique est l'idéal de la réussite), le pays comme fruit d'une expérience partagée (le Canada est une construction collective), le pays comme communauté d'appartenance (l'Argentine est une famille).

D'autre part, on voit se dégager comme thématique commune aux trois discours la question de la gestion efficace de l'État et de sa réforme qui représente une option politique prônée par le néo-libéralisme. Il est à remarquer également dans l'ensemble l'importance de la référence au commerce mondial, à l'ouverture des marchés et à la compétitivité internationale ; il s'agit en effet du grand thème de la fin du siècle : la globalisation. Pourtant, trois manières très différentes de représenter l'insertion du pays dans ce monde "globalisé" sont véhiculées : par la voie du leadership et du succès (Clinton), par celle de la collaboration et de la protection (Mulroney), par celle enfin de la présence et de l'intégration (Menem).


4. L'inscription du locuteur dans renonciation

Autant que le contenu, la forme est une dimension-clé de tout discours, d'où la distinction consacrée par la linguistique entre énoncé et énonciation : respectivement, l'étude de "ce qui est dit" versus l'étude de "comment cela est dit". L'un des volets les plus intéressants de l'analyse de l'énonciation est celui qui concerne l'inscription du locuteur dans son discours, soit la manière dont le locuteur réfère à lui-même par l'usage de certains lexèmes.

Il va sans dire que cet aspect est central lorsque le discours est de nature politique, car le statut de l'énonciateur est névralgique dans la dynamique de constitution du lien discursif. Celui qui parle - le sujet du discours - devient, au moyen de certaines opérations linguistiques, un nouvel objet du monde : il s'attribue - sinon de manière explicite, par connotation - une position et des qualités qui définissent son identité politique (Maitland et Wilson, 1987).

L'inscription du locuteur dans l'énonciation se réalise typiquement par l'utilisation de certains mots grammaticaux (les pronoms personnels, les adjectifs et les pronoms possessifs) ainsi que par le recours aux désinences verbales correspondant aux premières personnes du singulier et du pluriel. Étant donné qu'il existe des divergences sur le plan syntaxique entre les trois langues des corpus retenus, nous avons prévu pour le protocole des procédures visant à obtenir des résultats comparables. Les voilà :

- l'identification des principaux verbes conjugués aux premières personnes du singulier et du pluriel ;

- la mesure de l'importance relative des possessifs des premières personnes du singulier et du pluriel ;

- l'observation des principaux noms associés aux adjectifs possessifs des premières personnes du singulier et du pluriel.

En ce qui concerne l'identification des principaux verbes conjugués aux premières personnes du singulier et du pluriel, l'opération consiste à repérer les formes les plus fréquentes dont le sujet grammatical (explicite en anglais et en français, implicite en espagnol) est I / je / yo ou we / nous / nosotros.

Cette première procédure sert à établir une image synthétique de "ce que le locuteur fait dans son discours". Les résultats sont assez éloquents (voir Tableau 3) :

i) outre l'importance de la forme verbale we can, on voit se dégager dans le discours de Clinton l'orientation normative pour le collectif (we need, we must, we ought, we should) et l'activité subjective du locuteur (I want, I believe, I say, I know) ;

ii) chez Mulroney, on vérifie la prédominance relative du nous devons et, en général, le faible poids quantitatif des formes verbales conjuguées à la première personne du singulier ;

iii) le discours de Menem évoque fortement la volonté (quiero, queremos, deseo) et la norme (debemos, [no]podemos) ; on note par ailleurs un verbe d'action (vengo) et un verbe à force illocutionnaire (pido).

Ces observations nous permettent de conclure, de manière provisoire, à l'existence de certaines régularités dans les discours politiques. Par exemple, on constate le recours à la prescription inclusive du "nous devons" (Clinton, Mulroney et Menem) qui s'articule, chez les politiciens qui visent le ralliement populaire (Clinton et Menem), au sujet volitif du "je veux". On voit aussi que la capacité inclusive du "nous pouvons" est utilisée par les trois discours, mais avec des intensités différentes. Enfin, on remarque chez Menem un trait distinctif : le locuteur "vient" et "demande" (au sens de "solliciter"). Peut-on supposer qu'il y a là un indice du type de stratégie discursive mise en oeuvre par le président argentin qui chercherait à se représenter comme quelqu'un qui arrive de la périphérie du pouvoir afin d'interpeller la société dans son ensemble ?

Quant à la mesure de l'importance relative des adjectifs et des pronoms possessifs dans le discours, on voit une prédominance générale du pluriel sur le singulier (Tableau 4). Si l'on considère que, chez Mulroney, les trois quarts des occurrences des possessifs du singulier correspondent à la phrase "mon gouvernement" (une sorte de formule figée ; voir plus bas), on observe des chiffres comparables et un rapport assez stable de 3 ou 4 à 1 en faveur du pluriel (voir Graphique 2). Cette mesure peut s'avérer très utile dans le futur en ce qu'elle peut constituer l'un des indicateurs quantitatifs de base pour évaluer le "degré" d'inscription du locuteur dans renonciation : toute variation (inter-textuelle ou intra-textuelle) du taux pluriel/singulier pourrait être interprétée comme une modification significative de la forme du discours.

Finalement, l'observation des principaux noms associés aux adjectifs possessifs des premières personnes du singulier et du pluriel sert à identifier certains liens que le locuteur établit vis-à-vis le monde. En déclarant ainsi une relation d'appartenance (réelle ou figurée), celui qui parle "s'approprie" les référents à travers le discours. Le repérage des principaux termes qualifiés par les possessifs peut s'effectuer de façon automatisée à travers le dépistage des contiguïtés lexicales.

Le Tableau 5 montre l'existence de certaines phrases communes aux trois discours : our country / notre pays / nuestro pais et our economy / notre économie / nuestra economia. Clinton et Menem partagent aussi les syntagmes our people / nuestro pue Mo et d'autres références au collectif national : our nation, my fellow Americans, nuestra patria, mipatria, mi pueblo. Ces deux politiciens utilisent également la phrase our children / nuestros hijos. On remarque chez Mulroney le poids de la référence au gouvernement (en fait, sur la liste, on voit que le locuteur ne s'individualise qu'en mentionnant mon gouvernement et mes ministres), ainsi qu'un ensemble d'associations qui semblent renvoyer à la figuration d'un patrimoine collectif : notre société, notre histoire, notre identité, notre capacité et nos valeurs. Le discours de Clinton se démarque par la référence aux autres (our competitors), par la mise en valeur de sa vie privée (my mother, myfriend, my life) et de son origine (my State), ainsi que par son ton programmatique (my plan, our problems). Enfin, Menem parle aussi du gouvernement (mi gobierno, nuestro gobierno), d'un collectif transnational d'appartenance (nuestros paises) et réfère de manière métalinguistique à son propre discours (mis palabras).

Le bilan de cette partie de l'expérience se révèle très positif : trois procédures très économiques sur le plan opérationnel permettent de dresser un profil comparatif fort intéressant pour la génération d'hypothèses d'interprétation sociologique. Si l'on résume l'essentiel des résultats obtenus, on constate que les trois locuteurs ont recours à la formule "nous devons" (s'agit-il de l'un des concepts primitifs du discours politique ?), thématisent "notre" collectif national et "notre" économie (y a-t-il une tendance généralisée à représenter le collectif national comme collectif économique dans le discours politique actuel ?) et ont tendance à s'inclure dans le discours par l'usage de la première personne du pluriel (indépendamment du degré de populisme ou d'électoralisme !). Clinton et Menem se rapprochent par l'emploi fréquent du syntagme "je veux", ainsi que par la référence à la figure de "nos enfants" (ce qui représente une métaphorisation de l'avenir sociétal et une banalisation de l'utopie). Alors que Mulroney évoque un patrimoine collectif (le grand enjeu canadien), Clinton montre son côté personnel (dans la meilleure tradition électorale américaine) et Menem se représente comme quelqu'un qui "vient", qui "demande" et qui prend distance à l'égard de son propre discours (créant ainsi un effet d'extériorité vis-à-vis de la machine politique contre laquelle il fait valoir le sens commun ? ; voir Armony, 1992).


5. La modélisation verbale

Sur l'axe de la temporalité, le propre du politique est de représenter une distance imaginaire à parcourir, celle qui existe entre le présent (tel qu'il est) et l'avenir (idéal). C'est là que se déploie la formule conditionnelle de la "promesse" : si vous m'accordez l'autorité (pour vous guider), le futur sera A (désirable) plutôt que B (redoutable). Voilà le fondement "contractuel" du discours et la clé de son efficace comme acte de parole.

Sous cet angle, le discours politique est essentiellement "programmatique", en ce que, formellement, il constate un état des choses (le "diagnostic") et expose un plan pour sa transformation (au sens large : changement ou reproduction). Il se veut un "projet d'action" et fait, par conséquent, appel aux registres volitif, cognitif et de la logique modale (nécessité et possibilité). En d'autres termes, l'énonciateur déclare un "vouloir faire", un "savoir faire", un "devoir faire" et un "pouvoir faire".

"Work, family, future - that is what we must honor and reward. Together we can end this era of every person for himself and begin the era of we're ail in this together." (B. Clinton, 4/6/1992)

"Si le Canada veut rester à la hauteur de la situation et être compétitif dans cette nouvelle conjoncture mondiale, il doit pouvoir compter sur les compétences et l'ingéniosité de tous ses citoyens." (B. Mulroney, 3/4/1989)

"Pero sabemos que con todo esto todavia no alcanza. Y que tenemos, debemos y podemos seguir haciendo mucho mAs. Porque levantar a un pais tras décadas de parAlisis, no es tarea de meses sino de anos." (C. Menem, 1/5/1992)

A.-J. Greimas (1976) a proposé d'étudier la modalisation - la modification du prédicat par le sujet - relative à la compétence pragmatique du "sujet se disposant à agir", c'est-à-dire à la façon dont le discours module la potentialité de l'action. Cet auteur propose quatre catégories de modalisation de la compétence : le Vouloir, le Devoir, le Pouvoir et le Savoir. Les deux premières sont des "modalités virtualisantes", tandis que les deux autres sont des "modalités actualisantes". On peut dire qu'elles évoquent, respectivement, les préalables subjectifs de l'acte et les conditions objectives pour son éventuelle réalisation.

Il nous semble possible de relier les modalités verbales aux registres programmatiques mis en oeuvre par le discours politique. Bien évidemment, il n'y pas d'association univoque : l'emploi d'une modalité de Devoir dans le discours, par exemple, ne renvoie pas nécessairement à la dimension du "devoir faire" du projet d'action véhiculé par le discours. Nous faisons pourtant l'hypothèse que, prise dans son ensemble, l'utilisation récurrente d'une modalité "active" ou "renforce" son registre respectif.

Le protocole de description quantifie la participation de ces quatre catégories selon leur manifestation la plus simple : la fréquence relative d'emploi des formes verbales qui correspondent directement à chacune des modalités de compétence. Des dictionnaires contenant toutes les désinences des principaux verbes et phrases verbales qui incarnent les modalités de compétence ont été alors compilés et projetés sur les trois corpus.

Cette procédure permet de constater, par exemple, que la modalité de Pouvoir est la dominante dans les discours des politiciens nord-américains, alors qu'elle arrive en dernière chez le politicien sud-américain (voir Tableau 6). En fait, il semblerait que le clivage se situe au niveau des modalités de Pouvoir et de Vouloir : ce n'est que dans le cas de Menem que la seconde catégorie l'emporte sur la première.

En regroupant les modalités selon qu'elles soient "virtualisantes" (Vouloir et Devoir) ou "actualisantes" (Pouvoir et Savoir), on observe que les discours de Clinton et de Mulroney gardent tous les deux la proportion suivante : de cinq modalisateurs verbaux de compétence, trois sont actualisants et deux sont virtualisants. Par contre, il y a chez Menem une nette prédominance des catégories virtualisantes : elles représentent près des deux tiers des modalisateurs.

Lorsqu'on représente sur une échelle unique la participation des quatre catégories de modalisation dans chaque corpus (voir Graphique 3), celles de Devoir et de Savoir semblent avoir un poids comparable dans les trois discours, avec un léger "déficit" relatif pour la modalité de Devoir chez Clinton et pour la modalité de Savoir chez Mulroney.

Est-il possible de considérer que le rapport entre les modalités de Vouloir et de Pouvoir exprime le degré de "réalisme" du discours en question ? Ou inversement, est-ce qu'il mesure en quelque sorte l'écart posé par le discours entre les deux moments de la temporalité politique (le présent et l'avenir). On peut en effet avancer l'hypothèse que le président argentin, devant faire face à de profonds bouleversements sociaux, politiques et économiques durant la première année de son terme, est porté à surinvestir la dimension "projectuelle" par l'appel à la volonté, alors que, par contraste, elle semble pratiquement évacuée du discours officiel du premier ministre canadien.

Et encore, l'étude quantitative des modalisateurs verbaux de compétence peut servir à évaluer, toujours de façon approximative, jusqu'à quel point le rapport du sujet parlant à son propre énoncé est de nature "finaliste" ou "instrumentaliste". On peut dire que la modalisation virtualisante répond implicitement aux questions : veut-on, doit-on le faire ? (le cas de Menem), alors que la modalisation actualisante s'adresse à celles-ci : peut-on, sait-on le faire ? (les cas de Clinton et Mulroney). La potentialité de l'action est posée ainsi de deux manières différentes : par rapport à un choix subjectif (intentionnel, éthique, etc.) ou par rapport aux conditions de sa réalisation (la possibilité et la connaissance). Sans prétendre à établir une corrélation immédiate entre le type de modalisation et la façon dont le locuteur se conçoit comme acteur dans le monde, il nous paraît nécessaire de continuer à tester cet indicateur qui relie la surface textuelle à des aspects fondamentaux de la discursivité politique.


IV - Conclusion

On exagère à peine en affirmant que le chercheur n'a aujourd'hui que l'embarras du choix en ce qui concerne la collecte des matériaux textuels. L'accès à la documentation on-line, aux "textes électroniques", aux bases de données sur CD-ROM et aux réseaux internationaux de communication scientifique, ainsi que l'existence de lecteurs optiques et de logiciels de reconnaissance de caractères très performants, permettent au chercheur de constituer rapidement un corpus prêt au traitement informatique. Cette tendance ne fera bien sûr que s'accentuer. D'autre part, la mise en marché de machines de plus en plus efficaces et le développement continu de programmes de gestion et d'analyse de textes font en sorte que la capacité de traitement s'accroît au même rythme que la disponibilité de données. Tout cela donne lieu à une "explosion" des ressources qui peut facilement désorienter l'analyste du discours : par où commencer le dépouillement d'un corpus de milliers de pages à l'aide d'un ordinateur capable d'effectuer quasi instantanément plusieurs opérations différentes de dénombrements et de calculs statistiques ?

Nous avons conçu le projet d'entreprendre la description formelle, systématique et efficace de plusieurs discours politiques au moyen d'un certain nombre de procédures de comparaison pouvant mener à distinguer des universaux et des domaines discursifs de variation. Il est à signaler que ce protocole doit être vu, dans son état actuel, comme un projet encore ouvert, en ce qu'il existe la possibilité d'élargir la bande d'essai à un grand nombre de corpus ainsi que de faire appel à davantage d'indicateurs touchant à d'autres aspects référentiels et indiciels de la surface discursive.

Nous croyons avoir montré la pertinence et le potentiel de l'instrument proposé. Il ne se substitue nullement à d'autres approches d'analyse du discours politique, tant quantitatives que qualitatives. Il vise plutôt à apporter des pistes de recherche particulières (à prolonger par des études approfondies), des paramètres et des standards du genre (aidant à interpréter le comportement des cas singuliers et locaux) et des critères de comparaison (qui soient extrapolables à de nouveaux corpus et de nouvelles conditions de recherche).


Références

Armony, Victor (1992) : "Discours présidentiel et démocratie en Argentine : une étude préliminaire", Discours Social I Social Discourse, vol. IV, n° 3/4, pp. 36-58.

Bonnafous, Simone (1983) : "Le congrès de Metz (1979) du Parti Socialiste : processus discursifs et structures lexicales à travers les motions Mitterand, Rocard et C.E.R.E.S., Langages, n° 71, pp. 5-113.

Bourque, Gilles et Jules Duchastel (1988) : "Restons traditionnels et progressifs". Pour une nouvelle analyse du discours politique : le cas du régime Duplessis au Québec, Montréal, Boréal.

Chapelle, Jacqueline, Pierre Couvreur et Giuseppe Pagano (1992) : "Analyse discriminante et vocabulaire politique : essai méthodologique", Res Publica, vol. 34, n° 1, pp. 87-97.

Daoust, François (1990) : "L'informaticien, le lecteur et le texte : l'approche SATO", Information cognitive des organisations (ICO), vol. 2, n° 3, pp. 55-60.

de Ipola, Emilio (1983) : Ideologia y discurso populista, Buenos Aires, Folios.

Duchastel, Jules, Gilles Bourque, Jacques Beauchemin et Victor Armony (1993) : "Espace du droit et de la communauté dans le discours constitutionnel canadien", dans AA.VV., Les sciences du texte juridique : le droit saisi par Vordinateur, Cowansville (Québec), Editions Yvon Biais, pp. 311-346.

Duchastel, Jules et Victor Armony (1992) : "Étude d'un corpus de dossiers de la Cour juvénile de Winnipeg à l'aide du Système d'analyse de textes par ordinateur (SATO)", dans M. Bécue, L. Lebart et N. Rajadell (Éds.), Jornades Internacionals d'Anàlisi de Dades Textuals, Barcelone, Service des publications de l'Universitat Politècnica de Catalunya, 1992, pp. 89-108.

Greimas, A.-J. (1976) : "Pour une théorie des modalités", Langages, n° 43, pp. 91-107.

Hubert, Pierre et Dominique Labbé (1990) : "La répartition des mots dans le vocabulaire présidentiel (1981-1988)", Mots, n° 22, pp. 80-92.

Lefort, Claude (1978) : Les formes de Vhistoire : essais d'anthropologie politique, Paris, Gallimard.

Maitland, Karen et John Wilson (1987) : "Pronominal Sélection and Ideological Conflict", Journal of Pragmatics, n° 11, pp. 495-512.

Roselli, Mariangela (1992) : "Un outil d'analyse pour le discours politique : la richesse du vocabulaire", Cahiers de Lexicologie, vol. 60, n° 1, pp. 175-193.

Veron, Eliseo (1987) : "La palabra adversativa : observaciones sobre la enunciacion polîtica", dans E. Veron et al., El discurso politico : lenguajes y acontecimientos, Buenos Aires, Hachette, pp. 11-26.

Tableau 1

NOYAUX DU CONTENU
Listes des mots-pleins à haute fréquence et répartition élevée

Clinton

F

R

Mulroney

F

R

Menem

F

R

people

6.5

1.00

America

3.4

0.98

gouvernement

7.4

1.00

country

3.2

1.00

Canada

4.7

1.00

nacional

2.2

0.88

want

2.8

1.00

Canadiens

4.1

1.00

pueblo

2.2

0.88

years

2.5

0.98

faire

2.2

1.00

pais

2.1

0.88

make

2.1

0.98

canadienne

1.6

1.00

mundo

1.8

0.91

président

2.1

0.98

monde

1.3

1.00

hoy

1.8

0.88

know

1.9

0.98

droits

0.9

1.00

argentinos

1.7

0.88

world

1.8

0.98

aujourd'hui

0.8

1.00

today

1.7

0.98

F : fréquence relative exprimée en occurrences sur mille

R : nombre d'allocutions où apparaît le mot divisé par le total d'allocutions


Tableau 2

DÉSIGNATION DES ENTITÉS MACRO-POLITIQUES
Participation des catégories de désignation du collectif national (A et B),
de la société civile (C et D), de l'État (E) et du collectif supra-national (F)

Clinton

F

Mulroney

F

Menem

F

A

America/United States American

8.4

Canada/ Canadien

11.9

Argentina/ argentino

6.0

country/nation/national

pays/nation/national/

paîs/naciôn/nacional/

B

5.6

patrie

6.8

patria

7.2

C

people/society/ population

6.8

peuple/société/

population/gens/

communauté

4.1

pueblo/sociedad/

poblaciôn/gente/

comunidad

4.3

D

men/women/children/

individuals/persons/

citizens

4.1

hommes/femmes/enfants/

individus/personnes/

citoyens/habitants

3.1

hombres/mujeres/niiïos/

individuos/personas/

ciudadanos/habitantes

2.1

E

government/ administration

2.8

État/ gouvernement

10.4

Estado/ gobierno

3.8

F

world/international/ planet/global

2.4

monde/mondial/

international/

planète/global

3.4

mundo/mundial/ internacional/ planeta/global

3.1

F : fréquence relative exprimée en occurrences sur mille

Graphique 1

DÉSIGNATION DES ENTITÉS MACRO-POLITIQUES
Participation des catégories Nation, Société, État et Monde


Tableau 3

INSCRIPTION DU LOCUTEUR DANS DÉNONCIATION
Liste des principales formes verbales conjuguées
aux premières personnes du singulier et du pluriel

Clinton

F

Mulroney

F

Menem

F

wecan

1.8

(yo) quiero

1.1

Iwant

1.6

nous devons

0.7

(nosotros) debemos

0.9

we need

1.1

nous voulons

0.3

(nosotros) queremos*

0.7

we must

0.6

(yo)vengo

0.6

we ought

0.6

nous pouvons

0.1

(yo) deseo

0.6

we should

0.6

nous croyons

0.1

(nosotros) podemos**

0.4

I believe

0.5

(yo) pido

0.3

Iknow

0.5

(nosotros) decimos

0.3

F : fréquence relative exprimée en occurrences sur mille

* Un quart des occurrences sous forme négative : "no queremos"

** La moitié des occurrences sous forme négative : "no podemos"

Tableau 4

INSCRIPTION DU LOCUTEUR DANS DÉNONCIATION II
Participation des possessifs des premières personnes du singulier et du pluriel

Clinton

F

Mulroney

F

Menem

F

my/ mine

2.8

mon/ma/mes/ mien(ne-s)

7.7

mi/mis/ mio(s)/mia(s)

2.2

our/ ours

8.3

notre/nos/ nôtre(s)

9.0

nuestro(s)

9.7

F : fréquence relative exprimée en occurrences sur mille

Graphique 2

INSCRIPTION DU LOCUTEUR DANS DÉNONCIATION
Participation des possessifs des premières personnes du singulier et du pluriel


Tableau 5

INSCRIPTION DU LOCUTEUR DANS DÉNONCIATION III
Liste des principaux noms qualifiés par les pronoms possessifs
des premières personnes du singulier et du pluriel

Clinton

F

Mulroney

F

Menem

F

our people

0.6

mon gouvernement

5.8

mi gobierno

0.4

our country

0.5

mes ministres

1.2

nuestro pais

0.2

my State

0.3

notre pays

0.6

nuestros pueblos

0.2

our children

0.3

notre société

0.4

nuestra patria

0.2

our nation

0.2

notre économie

0.4

nuestra economia

0.2

our competitors our economy

0.2

notre histoire notre prospérité

0.2

mis palabras mi patria

0.2

my fellow Americans

0.2

notre identité

0.2

nuestro pueblo

0.2

my mother

0.1

notre vie nationale

0.1

nuestro gobiemo

0.2

myplan

0.1

notre capacité

0.1

nuestros paises

0.1

our problems

0.1

nos valeurs

0.1

nuestros hijos

0.1

my friend mylife

0.1 0.1 0.1

0.1

mi pueblo

0.1 0.1

F : fréquence relative exprimée en occurrences par mille

Tableau 6

MODALISATION VERBALE
Participation des modalités de compétence

Clinton

F

Mulroney

F

Menem

F

hâve to/should/ must/ought

4.8

devoir/ falloir

2.0

deber/tener que/ haber que

4.0

want/ would like

3.3

vouloir/ désirer

0.4

querer/ desear

3.1

can/may/ be able

6.3

pouvoir/ être capable

2.5

poder/ ser capaz

1.5

know/think/ believe

5.1

savoir/croire/ penser

1.1

saber/creer/ pensar

2.6

F : fréquence relative exprimée en occurrences par mille

Graphique 3

MODALISATION VERBALE
Participation des modalités de compétence


ANNEXE 1

Covoisinage des catégories de désignation
des entités macro-politiques

Clinton

NATION : heaith care (542, 244), jobs (447, 200), économie (311, 153), economy (301, 143), collège (164, 106), future (214, 105), together (209, 90), problems (177, 88), plan (179, 79), income (167, 78), costs (175, 77), policy (139, 67), service (120, 65), companies (142, 63), provide (113, 61), families (125, 59), manufacturing (126, 57), strategy (85, 57), average (92, 55), invest (116, 54), leadership (94, 53), security (95, 53), contrai (98, 52), génération (82, 50), millions (72, 50), advanced (62, 49), making (104, 49), rebuild (64, 49), American Dream (48, 48), build (99, 48), history (67, 46), restore (59, 46), compete (75, 41), basic (65, 39), percentage (75, 39), century (73, 38), affordable (43, 35), peace (66, 34), trust (65, 33), interests (62, 32), borrow (49, 30), strength (47, 27), fund (45, 25), solve (45, 25), wealthiest (31, 25), loan (41, 24), products (39, 24), greatest (37, 23), légion (23, 22), serve (33, 22), divided (32, 20), direction (24, 16), doors (23, 16), décent (21, 15), Gl Bill (18, 15), industry (21, 15), establish (17, 14), council (15, 12), rebuilding (15, 12), revitalize (14, 11), ticket (14, 11)

SOCIÉTÉ: work (667, 305), health care (542, 233), jobs (447, 150), éducation (335, 128), money(371, 122), working (222, 120), first (298, 111), pay (278, 110), System (283, 110), welfare (144, 98), young (110, 87), support (166, 76), future (214, 73), values (189, 71), parents (94, 70), poor(129, 70), community (190, 67), life (168, 61), opportunity (148, 60), own (159, 60), day (162, 59), real (148, 59), live (131, 57), poverty (105, 56), schools (111, 54), invest (116, 49), insurance (103, 45), lives (77, 45), service (120, 45), kids (107, 44), provide (113, 44), incentives (99, 40), millions (72, 40), streets (93, 40), harder (74, 37), start (79, 37), raise (85, 36), living (71, 35), police (82, 35), Los Angeles (67, 32), law (75, 32), needs (77, 32), educate (46, 31), incomes (71, 30), médical (60, 30), housing (53, 29), trying (54, 29), elderly (35, 28), week (60, 28), services (58, 27), met (42, 26), enforcement (36, 25), investing (44, 24), coverage (38, 23), communities (42, 22), sick (40, 22), solve (45, 21), paying (43, 20), head (32, 17), teachers (35, 17), encourage (32, 16), full (29, 16), racial (31, 16), choices (23, 15), dignity (29, 15), groups (25, 15), hospital (24, 15), mothers (21, 14), cancer (22, 13), décent (21, 13), guns (23, 13), disabilities (12, 11), empower (13, 11), providing (18,11), challenging (15, 10)

ÉTAT : health care (542, 91), éducation (335, 52), year(308, 40), business (137, 38), Clinton (42, 37), help (237, 34), System (283, 34), costs (175, 31), believe (276, 30), change (285, 30), private (114, 30), Bush (110, 29), workers (182, 29), growth (161, 27), program (170, 27), insurance (103, 26), own (159, 26), plan (179, 26), values (189, 26), fédéral (87, 25), provide (113, 24), companies (142, 23), labor(54, 22), sector (80, 22), partnership (48, 21), support (166, 21), basic(65, 19), dollars (117, 19), control (98, 18), responsibility (145, 18), spending (96, 18), trade (118, 17), Congress (80, 16), raise (85, 16), bureaucracy (31, 15), kind (102, 15), affordable (43, 14), budget (103, 14), cost (98, 14), small (96, 14), spend (85, 14), strategy (85, 14), average (92, 13), businesses (76, 12), history (67, 12), interests (62, 12), low (46, 12), policies (40, 12), problem (80, 12), programs (70, 12), promised (42, 11), services (58, 11), spécial (55, 11), works (49, 11), central (38, 10), covenant (62, 10), lead (62, 10), management (40, 10), package (30, 10), paid (50, 10), restore (59, 10)

MONDE : economy (301, 92), new (606, 76), économie (311, 57), compete (75, 46), home (255, 36), growth (161, 33), win (100, 32), wages (73, 25), democracy (87, 23), advanced (62, 22), best (125, 22), leadership (94, 21), rest (72, 21), build (99, 20), trade (118, 20), companies (142, 19), policy (139, 19), strong (75, 18), own (159, 17), provide (113, 17), compétitive (37, 16), lead (62, 16), live (131, 16), compétition (50, 15), démocratie (86,15), environmental (84, 15), environment (69, 14), freedom (63, 14), highest (29, 14), learn (62, 13), military (82, 13), strategy (85, 13), peace (66, 12), raise (85, 12), security (95, 12), stand (53, 12), challenge (58, 11), Cold War(83, 11), dépends (21, 11), productivity (54, 11), Japan (66, 10), markets (42, 10), place (74, 10), power (57, 10), World War (41, 10), changes (26, 9), earn (31, 9), efforts (53, 9), energy (54, 9), greatest (37, 9), partnership (48, 9), rights (53, 9), Rio (19, 9), strength (47, 9), threats (30, 9), Communism (17, 8), democracies (16, 8), educate (46, 8), technology (49, 8), tough (46, 8), challenges (27, 7), économies (16, 7), fight (39, 7), full (29, 7), higher(39, 7), led (23, 7), losing (39, 7), movement (18, 7), préserve (25, 7), produce (23, 7), protect (37, 7), warming (7, 7), dangerous (14, 6), institutions (20, 6), largest (13, 6), learning (31, 6), organize (13, 6), promote (23, 6), recognize (29, 6), success (14, 6), trading (18, 6)


ANNEXE 2

Covoisinage des catégories de désignation
des entités macro-politiques

Mulroney

NATION : économique (55, 37), vie (28, 20), histoire (20, 15), pleine (14, 11), réaliser (13, 11), identité (9, 8), unique (9, 8), grandes (7, 7), puissent (7, 7), réconciliation (8, 7), commun (6, 6), redonner (5, 5), savent (5, 5)

SOCIÉTÉ: Autochtones (87, 42), objectifs (31, 11), droits (24, 9), protection (15, 9), égalité (14, 8), participation (13, 8), doit (18, 7), essentiel (13, 7), membres (13, 7), pleine (14, 7), sécurité (15, 6), sentiment (10, 6), valeurs (15, 6), administration (9, 5), comprendre (10, 5), organismes (11, 5), conseils (5, 4), définir (6, 4), entière (6, 4), garde (4, 4), minorités (5, 4), préoccupations (6, 4), puissent (7, 4), représentent (4, 4), violence (6, 4), âgées (3, 3), apport (4, 3), bienfaits (3, 3), continuer (4, 3), créativité (4, 3), demeure (4, 3), diversité (4, 3), ethniques (3, 3), millions (4, 3), offrir  (4, 3), reconnaissant (4, 3), yeux (5, 3)

ÉTAT : Autochtones (87, 46), autonomie (42, 39), provinces (42, 20), mesures (39, 17), développement (34, 16), fédéral (15, 14), objectifs (31, 14), environnement (26, 13), accord (21, 12), ans (18, 12), continuera (18, 12), secteur (20, 12), accroître (14, 11), entend (13, 11 ), proposera (15,11), aide (19, 10), réforme (13, 9), entrepris (13, 8), États-unis (15, 8), action (11, 7), concert (9, 7), fin (11, 7), meilleur (9, 7), rapport (9, 7), année (10, 6), commission (9, 6), comprendre (10, 6), conscient (6, 6), créer (10, 6), destinées (9, 6), détermination (9, 6), efficace (10, 6), efficacité (10, 6), mandat (10, 6), ouest (9, 6), participer (10, 6), renforcer (9, 6), apporter (8, 5), assainir (5, 5), demandera (6, 5), encourager (6, 5), famille (7, 5), formes (5, 5), intention (6, 5), libre-échange (6, 5), organisations (5, 5), perspectives (7, 5), provinciaux (8, 5), veiller (7, 5)

MONDE : économie (42, 14), marchés (17, 12), développement (34, 11), environnement (26, 10), concurrence (10, 7), objectifs (31, 7), rôle (26, 7), commerce (12, 6), entier (8, 6), protection (15, 6), aide (19, 5), échelle (7, 5), économiques (15, 5), efforts (19, 5), intérêts (19, 5), moyens (10, 5), paix (9, 5), défendre (5, 4), évolution (9, 4), grands (7, 4), produits (10, 4), promotion (5, 4), promouvoir (9, 4), sécurité (15, 4), services (14, 4), technologie (14, 4), technologique (5, 4), valeurs (15, 4), commerciales (9, 3), commerciaux (6, 3), compétitivité (4, 3), conjoncture (3, 3), constructif (3, 3), culturelles (8, 3), défi (8, 3), échanges (6, 3), expansion (8, 3), interdépendance (4, 3), joue (4, 3), liberté (7, 3), meilleur (9, 3), ouverture (8, 3), préserver (6, 3), rayonnement (3, 3), scène (3, 3), sciences (7, 3), soutenir (5, 3), succès (8, 3), tiers (4, 3), valoir (4, 3), acquitter (4, 2), Afrique (2, 2), appuyer (3, 2), commune (3, 2), compétitif (3, 2), compétitive (3, 2), concertée (3, 2), considérer (2, 2), créant (4, 2), créativité (4, 2), dépendent (3, 2), dévouement (4, 2), époque (4, 2), étrangère (3, 2)


ANNEXE 3

Covoisinage des catégories de désignation
des entités macro-politiques

Menem

NATION : presidente (105, 65), unidad (76, 45), gran (76, 41), hermanos (60, 36), interés (53, 33), millones (67, 30), vengo (55, 27), transformaciôn (38, 24), ejército (26, 18), grandeza (34, 18), poner (28, 18), conjunto (31, 17), grande (23, 17), mandato (28, 17), instante (20, 14), pie (15, 14), bandera (20, 13), inmensa (16, 12), quiere (17, 11), provincia (14, 10), acabô (9, 9), felicidad (12, 9), glorioso (13, 9), reconciliaciôn (8, 8), levÂntate (7, 7), querida (7, 7), traiciôn (6, 6)

SOCIÉTÉ: economîa (105, 36), mercado (65, 34), econômico (70, 19), servicio (46, 19), mandato (28, 14), moral (44, 13), sectores (43, 13), grande (23, 12), Dios (28, 11 ), conjunto (31, 10), dîas (24, 10), felicidad (12,10), jôvenes (19, 10), représentantes (19, 10), derechos (25, 9), digo (20, 9), bandera (20, 8), necesidades (22, 8), provincia (14, 8), resto (18, 8), sirve (17, 8), hermano (9, 7), mil (17, 7), quiere (17, 7), vale (13, 7), bendiga (7, 5), cristiana (7, 5), feliz (9, 5), humanista (8, 5), organizada (6, 5), querida (7, 5), agradezco (4, 4), amados (5, 4), autoridades (5, 4), bendita (5, 4), construye (6, 4), entusiasmo (5, 4), reclamos (5, 4), realizarse (3, 3), voté (3, 3)

ÉTAT : social (168, 26), economica (75, 15), reforma (31, 15), hacer(72, 13), acciôn (50, 12), transformaciôn (38, 12), servicio (46, 11), medidas (39, 10), empresas (30, 9), sectores (43, 9), transformar (26, 9), decimos (26, 8), producto (17, 8), Derecho (15, 7), fuerte (16, 6), pûblicas (12, 6), acciones (15, 5), defensa (15, 5), puedan (13, 5), relocalizaciôn (5, 5), transformado (9, 5), asumido (5, 4), descentralizaciôn (10, 4), estratégicas (7, 4), intention (8, 4), prestaciones (5, 4), reciente (6, 4), agota (4, 3), conduction (4, 3), eficientes (5, 3), har (5, 3), normalizaciôn (4, 3), planification (3, 3), protector (3, 3), quiebra (3, 3), renovado (3, 3), valora (3, 3), vimos (3, 3)

MONDE : hoy (163, 21), grandes (43, 14), hermanos (60, 13), problemas (55,13), nuevo (62, 11), mandato (28, 10), poder(55, 10), nuevos (39, 9), siglo (36, 9), coopération (25, 8), intégration (42, 8), mercados (21, 8), nuevas (43, 8), America (15, 7), cambios (27, 7), entera (8, 7), imprescindible (22, 7), orden (23, 7), escenario (11,6), hermanas (23, 6), igual (16, 6), nationales (24, 6), nivel (23, 6), panorama (7, 6), piano (15, 6), econômicas (16, 5), escala (7, 5), espacio (9, 5), évolution (8, 5), interna (9, 5), ocurre (9, 5), relaciones (14, 5), transformaciones (18, 5), comprender (11, 4), espacios (5, 4), ojos (10, 4), procesos (9, 4), protagonista (8, 4), riesgos (12, 4), soberano (8, 4), aislados (3, 3), aislamiento (5, 3), asistimos (5, 3), concierto (3, 3), crédito (5, 3), cruciales (6, 3), democratizaciôn (3, 3), desajustes (3, 3), entendemos (6, 3), estimo (4, 3), globales (3, 3), inferioridad (3, 3), insertion (4, 3), integrarnos (3, 3), mayores (6, 3), presencia (4, 3), reorganizaciôn (5, 3)

NOTE : Les seuils sont (p étant probabilité et le fréquence de cooccurrence) : p < 0.01 et lc> 10 (Nationchez Clinton) ; p<0.01 et lc>9 (Sociétéchez Clinton) ; p<0.01 etlc>9 (État chez Clinton) ; p < 0.01 et le > 5 (Monde chez Clinton) ; p < 0.15 et lc> 5 (Nation chez Mulroney) ; p< 0.1 et fc>2 (Société chez Mulroney) ; p< 0.1 et fc>4 (État chez Mulroney) ; p < 0.1 et fc> 1 (Monde chez Mulroney) ; p < 0.01 et le > 5 (Nation chez Menem) ; p < 0.01 et le > 2 (Société chez Menem) ; p < 0.01 et fc> 2 (État chez Menem) ; p < 0.01 et fc> 2 (Monde chez Menem).



Retour au texte de l'auteur: Jean-Marc Fontan, sociologue, UQAM Dernière mise à jour de cette page le lundi 19 novembre 2012 20:11
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur de sociologie retraité du Cégep de Chicoutimi.
 
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