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Collection « Les sciences sociales contemporaines »

L'autonomie provinciale et la défense de l'État libéral” (1997)
Introduction


Une édition électronique réalisée à partir de l'article de Jules Duchastel [sociologue, professeur de sociologie, UQAM], “L'autonomie provinciale et la défense de l'État libéral”. Un article publié dans l'ouvrage sous la direction d'Alain-G. Gagnon et Michel Sarra-Bournet, Duplessis. Entre la grande noirceur et la société libérale, pp. 245-262. Montréal: Les Éditions Québec/Amérique, 1997, 397 pp. Collection: Débats. Programme d'études sur le Québec de l'Université McGill. [Autorisation accordée par l'auteur le 5 janvier 2005 de diffuser toutes ses publications.]

Introduction

Le présent texte s'inspire de notre livre La Société libérale duplessiste [1] et s'inscrit en continuité avec les interventions de mes collègues Beauchemin et Bourque. On trouvera dans le texte de Bourque un exposé systématique de la thèse centrale du livre. je ne pourrai cependant éviter d'en rappeler quelques éléments à propos du discours constitutionnel du Québec durant la période duplessiste. 

Au départ, je suis tenté de répondre à Ronald Rudin qui, dans un article intitulé « La quête d'une société normale : critique de la réinterprétation de l'histoire du Québec » interpelle l'école révisionniste en histoire qui n'aurait pour but que de restaurer la normalité du cas québécois dans un contexte international. [2] Il faut d'abord préciser que nous ne prétendons pas faire œuvre d'historien, notre démarche étant d'abord sociologique et portant plus précisément sur une analyse du discours politique. Néanmoins, notre travail n'échappe pas au contexte général d'une révision des interprétations historiographiques et sociographiques du Québec duplessiste. Le terme révision ne doit cependant pas être interprété comme un projet idéologique visant la « normalisation » ou la « réhabilitation » du duplessisme, mais comme un travail scientifique, de nature sociologique, proposant une nouvelle interprétation de la société de cette époque [3]. 

Ce qui caractérise notre travail, c'est donc le point de vue analytique qui relève d'une problématique sociologique. Rudin pose le problème dans les termes d'une alternative entre spécificité et normalité d'un ensemble de traits de la société québécoise. Il reproche aux révisionnistes d'hypertrophier les traits modernistes, susceptibles d'illustrer la normalité du Québec, au détriment des traits traditionalistes qui démontreraient, au contraire, la spécificité du Québec. Il invite les chercheurs à rétablir un certain équilibre dans une analyse qui ferait place à ces deux dimensions de la société québécoise. De notre point de vue, s'il est vrai qu'il ne faut pas esquiver la spécificité du Québec, il faut avant tout comprendre cette spécificité dans le contexte plus large de la transformation des sociétés modernes. Ce qui nous intéresse, ce n'est pas tant de faire la part des caractères plus ou moins normaux du Québec, mais de comprendre la logique de régulation à l'oeuvre derrière la manifestation de ces traits. 

Avant d'en arriver à l'analyse, je voudrais encore situer notre travail par rapport à une thèse générale qui consiste à réduire le discours constitutionnel duplessiste à une simple défense des institutions traditionnelles ou, pire encore, à une rhétorique vide ainsi que le soutient Yves Vaillancourt [4] dans le dernier de ses ouvrages portant sur le développement des politiques sociales au Québec. Comme lui, nous croyons que la période d'après-guerre correspond à un mouvement d'instauration de l'État-providence promu, avant tout, par le gouvernement fédéral. Nous le suivons encore lorsqu'il impute deux mobiles au projet fédéral : au niveau économique, le gouvernement central aurait cherché « de nouvelles manières de dépenser dans le but de continuer à la fois à jouer un rôle clef dans l'économie de l'après-guerre et de contrôler les impôts qui lui avaient été concédés temporairement par les provinces... » [5] ; au niveau politique, ce gouvernement aurait tenté de contrer « la montée des luttes sociales et des forces politiques progressistes situées à sa gauche ». [6] 

L'analyse minutieuse que l'auteur nous propose des diverses étapes de mise en place du projet fédéral est d'un intérêt capital. Par contre, le point de vue analytique qu'il adopte, afin de rendre compte de l'opposition de Duplessis à toute réforme de la sécurité sociale, l'enferme dans une analyse de la spécificité du Québec au détriment d'une comparaison généralisée avec les autres provinces. Dans un premier temps, il reconnaît que plusieurs autres provinces canadiennes, particulièrement l'Ontario, se sont opposées au projet fédéral et que le gouvernement Godbout qui précède le retour au pouvoir de Duplessis est, de ce point de vue, loin d'être entièrement « progressiste ». Par la suite, lorsqu'il s'agit de Duplessis, il abandonne cette approche comparative et ne voit plus dans sa politique qu'un ensemble de dérobades et de calembours, « comme s'il n'avait rien à dire de précis sur la stratégie de sécurité sociale avancée par le gouvernement fédéral. » [7] 

L'approche de Vaillancourt repose fortement sur l'analyse des intentions stratégiques des acteurs politiques. En effet, il leur prête des intentions ou des stratégies plus ou moins « progressistes ». Le progressisme des libéraux fédéraux est alors expliqué comme réaction aux forces sociales et économiques de gauche qui se sont manifestées à partir de la crise des années 1930. Dans cette perspective analytique, Duplessis ne peut être considéré autrement que comme « non progressiste » et sa défense de l'autonomie du Québec devient un prétexte plus ou moins fallacieux pour s'opposer au progrès social. Si cette lecture nous met sur la piste, elle nous empêche en même temps de prendre au sérieux le discours de Duplessis et de lui conférer un sens plus global dépassant l'ordre des intentions ou des idéologies. En effet, il ne peut être plus clair que Duplessis refuse toute modification de la Constitution qui favoriserait la prise en charge par l'État fédéral du domaine de la sécurité sociale. Cependant, cette défense des pouvoirs dévolus par la Constitution de 1867 ne peut être interprétée comme simple sauvegarde des aspects traditionnels de la société québécoise. Duplessis défend avant tout un modèle libéral de régulation sociale. C'est pourquoi nous avons cherché, dans le discours de Duplessis, la forme de régulation qu'il implique, plutôt que d'y chercher les seuls aspects conservateurs ou soi-disant traditionalistes.


[1]     Gilles Bourque, Jules Duchastel et Jacques Beauchemin, La Société libérale duplessiste, Montréal, Fides, 1994. [Texte en préparation dans Les Classiques des sciences sociales. JMT.]

[2]     Ronald Rudin « La quête d'une société normale », Bulletin d'histoire politique, vol. 3, no 2 (hiver 1995), pp. 9-42.

[3]     Nous expliquons plus longuement ce nous entendons par une interprétation fondée sur un double processus de construction théorique et empirique de l'objet dans notre réponse aux professeurs Behiels, Brunelle et Rouillard (voir, à la fin de cet ouvrage).

[4]     Yves Vaillancourt, L'Évolution des politiques sociales au Québec 1940-1960, Montréal, Presses de l'Université de Montréal, 1988.

[5]     Ibid., p. 105.

[6]     Ibid., p. 105.

[7]     Ibid., p. 131.


Retour au texte de l'auteure: Jules Duchastel, sociologue, UQAM Dernière mise à jour de cette page le mardi 23 janvier 2007 8:23
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur au Cégep de Chicoutimi.
 



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