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Collection « Les sciences sociales contemporaines »

Penser la maternité: les courants d'idées au sein du mouvement contemporain des femmes” (1991)
Introduction


Une édition électronique réalisée à partir de l'article de Francine Descarries et Christine Corbeil, “Penser la maternité: les courants d'idées au sein du mouvement contemporain des femmes”. Un article publié dans la revue Recherches sociographiques, vol. 32, no 3, 1991, pp. 347-366. Québec: Les Presses de l'Université Laval. [Avec l'autorisation de l'auteure accordée le 24 juillet 2006.]

Introduction

Aucune discussion sur l'avenir des femmes québécoises ne peut faire l'économie d'une réflexion sur les enjeux actuels de la procréation et de la maternité, comme aucun projet de société ne peut être élaboré sans tenir compte de ces réalités en mouvance. Dans un univers toujours dominé par une culture organisationnelle et politique, qui reproduit systématiquement une coupure et une hiérarchisation entre vie familiale et vie professionnelle, rares sont les sujets qui suscitent encore autant débats passionnés et contradictoires au sein du mouvement des femmes et à sa marge. Il est vrai que le rapport des femmes à la procréation et à la maternité, plusieurs travaux féministes québécois en ont fait la preuve, a non seulement justifié historiquement leur exclusion sociale et contribué à leur dépendance économique, mais encore il a représenté pendant fort longtemps l'unique justification sociale de leur rôle et de leur vie (Collectif Clio, 1982 ; THIVIERGE, 1982 ; FAHMY-EID et DUMONT, 1983). 

Faut-il alors se surprendre que des femmes, à différents moments de l'histoire, se soient révoltées contre ce modèle univoque de féminité et aient exigé avec plus ou moins d'intensité et de visibilité de prendre part à d'autres destinées que celles dictées par les institutions patriarcales ? La dissidence des femmes québécoises en ce qui a trait à la conjugalité et à la maternité, à leurs règles et à leurs contraintes s'est ainsi affirmée au fur et à mesure que de nouvelles conditions démographiques [1] et socio-économiques s'implantaient et leur offraient l'occasion d'échapper au seul destin d'épouse et de mère à temps plein. [2] 

Déjà plus de vingt ans se sont écoulés, en effet, depuis l'époque où, bannières en tête, des femmes québécoises exigeaient de l'État le droit à la contraception et à l'avortement, l'accès à l'éducation supérieure, l'égalité en emploi et la mise sur pied de garderies publiques (LAMOUREUX, 1986). Ces premiers affrontements, ces luttes individuelles et collectives, leur ont permis de rompre leur isolement, de briser leur silence et d'exprimer publiquement, et avec une certaine efficacité, leurs aspirations et leur volonté de changement. Le mouvement des femmes devint alors un point de ralliement, un lieu de conscientisation, d'action et de réflexion pour une génération de femmes décidées à rompre avec les valeurs traditionnelles et à lutter contre tout obstacle à la libre disposition de leur corps, de leur vie (BOURGON et CORBEIL, 1990). 

S'appuyant sur l'hypothèse que les pratiques et les discours privilégiés par les femmes québécoises au cours de cette période s'inspirent des modèles de pensée féministes qui les rejoignent, les interpellent et les mobilisent, le présent article vise, d'une part, à favoriser une compréhension plus systématique des orientations qui ont traversé le mouvement des femmes au cours des dernières décennies. D'autre part, il proposera une relecture critique des enjeux tant théoriques que pratiques des contributions les plus récentes sur les thèmes du maternel et du féminin. 

Nous inspirant d'une typologie des courants de pensée féministes que nous avions proposée il y a quelques années [3], nous exposerons la pluralité des points de vue exprimés dans les écrits français et américains quant au rapport des femmes à la maternité. Cela permettra de tracer la trajectoire des transformations progressives mais profondes qui se sont opérées dans le discours des femmes à l'égard d'une première théorisation de la maternité appréhendée comme lieu de l'oppression. De plus, une telle démarche laissera entrevoir les multiples filiations entre la pensée féministe québécoise et les différents courants repérés. Enfin, elle mettra aussi en évidence les ambiguïtés et les présupposés qu'il reste à clarifier au sein du mouvement des femmes pour qu'il soit en mesure d'élaborer une problématique de la maternité capable de rendre compte de l'expérience quotidienne de la relation maternelle dans sa double composante matérielle et affective. 

S'il nous apparaît qu'une telle démarche peut favoriser une meilleure compréhension de l'évolution de la pensée féministe québécoise, c'est que nous jugeons que celle-ci a la caractéristique tout à fait exceptionnelle et enrichissante de s'être développée dans le double créneau des influences américaine et française. Cette situation particulière et un contexte marqué par le dynamisme des groupes de femmes ont donné selon nous à la recherche féministe québécoise sa coloration et sa spécificité, soit celle d'offrir une synthèse féconde entre l'approche pragmatique, militante et empirique des Américaines et les perspectives plus théoriques et abstraites privilégiées par plusieurs intellectuelles françaises.


[1]     Selon des études récentes (DANDURAND et SAINT-JEAN, 1988 ; MATTHEWS, 1987), ces conditions seraient notamment le report de l'âge du mariage légal, le contrôle de la fécondité, l'apparition de familles à enfant unique, la croissance rapide de l'instabilité conjugale et la multiplication des formes de vie familiale. Selon le démographe Patrick FESTY (1987), c'est au Québec que de tels changements de comportements matrimoniaux et reproductifs, observés dans l'ensemble des pays occidentaux, se sont révélés les plus spectaculaires.

[2]     On sait que la participation en masse des femmes à la main-d'œuvre au cours des dernières décennies a constitué un des faits sociologiques les plus marquants de l'histoire québécoise récente. Ce phénomène prend toute sa signification si on observe qu'en 1990, plus de 70% (71,4%) des mères québécoises qui ont des enfants de six ans et plus et 66,5% de celles qui ont des enfants d'âge préscolaire font partie de la population active. Pour fins de comparaison, notons que ces taux se situaient en 1976 respectivement à 35,4% et à 30%. Pour une discussion plus élaborée, voir CORBEIL, DESCARRIES, GILL et SÉGUIN (1990).

[3]     Cette étude s'inscrit en prolongement de nos travaux de recherche sur le discours féministe contemporain et sur l'articulation maternité-travail. Elle poursuit une réflexion qui a déjà été amorcée notamment dans DESCARRIES-BÉLANGER, Francine et Shirley Roy (1988), DESCARRIES-BÉLANGER, Francine et Christine CORBEIL (1987) et CORBEIL, Christine et al. (1990).


Retour au texte de l'auteure: Francine Descarries, sociologue, UQAM Dernière mise à jour de cette page le samedi 3 février 2007 20:06
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur au Cégep de Chicoutimi.
 
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