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Collection « Les sciences sociales contemporaines »

Introduction à un examen philosophique de la psychologie de l'intelligence chez Jean Piaget. (1968)
Introduction


Une édition électronique réalisée à partir du livre de Jean-Paul Desbiens (philosophe et essayiste québécois), Introduction à un examen philosophique de la psychologie de l'intelligence chez Jean Piaget. [Thèse de doctorat soumise à l'Université de Fribourg en Suisse ayant reçu la notation: Summa cum laude.] Québec: Les Presses de l'Université Laval; Fribourg, Suisse: Les Éditions universitaires, 1968, 196 pp. Une édition numérique réalisée par ma grande amie de longue date, Gemma Paquet, professeure de soins infirmiers retraitée de l'enseignement au Cégep de Chicoutimi. [Autorisation accordée par l'auteur le 20 janvier 2005 de diffuser la totalité de ses publications dans Les Classiques des sciences sociales.]

Introduction

I. Philosophie et psychologie
II. Raisons du choix de l'auteur étudié
III. Méthode suivie dans ce travail


I.  PHILOSOPHIE ET PSYCHOLOGIE

Le philosophe qui entreprend l'examen d'une œuvre comme celle de JEAN PIAGET doit assurer ses arrières. Nous voulons dire par là que nous sommes averti de la difficulté de l'entreprise. Nous ne pensons pas ici à la difficulté propre à l'œuvre de PIAGET-  qui est en vérité considérable - nous aurons à revenir sur ce point un peu plus loin ; et puis, cette difficulté existe pour tout le monde et pas seulement pour le philosophe. Nous pensons plutôt aux relations entre la philosophie et la psychologie expérimentale contemporaine : ce sont ces relations elles-mêmes qui sont difficiles. FOULQUIÉ les compare à celles d'un enfant robuste qui exerce ses jeunes forces contre sa nourrice [1].

De Son Côté, REUCHLIN écrit dans Les méthodes quantitatives en psychologie :

« Succédant à une date récente à une psychologie rationnelle philosophique, la psychologie scientifique tient à marquer sa pleine indépendance à l'égard de la philosophie. (...) Il ne faudrait pas cependant qu'une telle attitude crée chez le psychologue une sorte de blocage devant tout effort de réflexion méthodologique générale. (...) Or il semble bien qu'un tel blocage soit ressenti par certains psychologues, même - et peut-être surtout - si leur culture est philosophique. Il n'a évidemment pas pour effet de supprimer les problèmes, mais seulement d'empêcher qu'ils soient clairement formulés. » [2]

On peut dire en effet que les relations entre la philosophie et la psychologie ont changé de direction. Depuis les origines les plus lointaines jusqu'à il y a un siècle, la psychologie était considérée comme une partie intégrante de la philosophie et n'avait pas d'existence autonome comme science distincte. Elle trouvait place dans une philosophie de la nature, et l'homme n'était étudié que comme faisant partie d'un système extrahumain [3] Si, par exemple, on feuillette le De Anima et le commentaire de saint THOMAS, on remarque qu'il n'y est point question, sinon en passant, de la volonté, de la liberté, de la personne, etc. Quelques lignes seulement sont consacrées à définir la volonté [4], alors que des dizaines de pages sont consacrées à l'aliment, au coloré, au tactile, etc. Même remarque en ce qui concerne la Questio Disputata de Anima. C'est dans la partie la plus dogmatique de la Somme que l'on trouvera les exposés officiels touchant la volonté, la liberté ; c'est en morale que l'on traitera des passions, et ainsi de suite [5].

Il est curieux de remarquer que le terme même de « psychologie » étymologiquement si parlant, a été lancé  par WOLFF en 1734 [6]. C'est WOLFF aussi qui, le premier, a parlé de mesure en psychologie à l'occasion de sa distinction entre la psychologie empirique et la psychologie rationnelle, si mal nommée [7]. Mais BRENTANO, le premier, a rompu avec la méthode de la philosophie de la nature en psychologie en faisant de la conscience l'objet formel de la psychologie [8].

La psychologie expérimentale proprement dite date d'un siècle. « La psychologie expérimentale est juste centenaire, car elle est née il y a un siècle, en 1860, avec la publication du livre de FECHNER : Elemente der Psychophysik. » [9] La psychologie est donc demeurée partie intégrante de la philosophie beaucoup plus longtemps que la physique. Cette dernière, en effet, a conquis son autonomie avec GALILÉE. Cette référence n'est pas arbitraire : un psychologue expérimental réclamait en 1931 une révolution « galiléenne » en psychologie, et encore, expressément, dirigée contre la conception aristotélicienne [10]. C'est peut-être justement parce que la psychologie n'a conquis que récemment son indépendance, qu'elle y est plus attachée que les autres sciences. Le P. LUYTEN faisait remarquer :

« In our days it is not so rare to hear physicists call themselves philosophers [11]. Many of the leading physicists in their publications like to insist on philosophical problems. To quote but one exemple, EDDINGTON wrote a book entitled : Philosophy of Physical Science. Psychology, on the other hand, seems to be more independent in its attitude towards philosophy. The long French Treatise on psychology published by G. DUMAS under the title : Nouveau traité de psychologie opens with the following statement : « Une conception commune à tous les collaborateurs de ce traité, sans laquelle ils n'auraient pas eu l'idée d'une collaboration possible, consiste à considérer la psychologie comme une science uniquement fondée sur les faits, et à exclure par là même de son domaine, toutes les spéculations ontologiques » (1, p. 335). A testimony more eloquent than any statement is the almost total absence of philosophical reflection in most of the current psychological literature. Take for exemple, the Foundations of Psychology edited by BORING in 1948, to which outstanding American psychologists contributed, and you will hardly find in it one word on philosophy. In France, M. LAGACHE published his inaugural lecture at the Sorbonne (1949) under the title : L'unité de la psychologie. No reference whatsoever is made in this work to the philosophical conception of psychology, so that philosophy would not seem to enter into « the unity of psychology ». Many other examples might be brought forward as illustrating the non-philosophical status of modern psychology. The actual evolution of psychology would seem to confirm the statement Of WUNDT that « the metaphysical definition of psychology » corresponds to a state that lasted longer for psychology than for other disciplines, but belongs decidedly to the past, now that psychology has developed into an empirical discipline, working with its own methods.) [12]

Mais la psychologie expérimentale ne s'est pas contentée d'affirmer son autonomie ; plusieurs auteurs ont tendance à ériger leur nouvelle discipline au niveau d'une véritable « sagesse » expérimentale, si on nous passe ce rapprochement [13]. La définition que G. DUMAS donne de la psychologie expérimentale englobe vraiment la presque totalité du savoir humain [14] ; PIAGET se considère lui-même comme un épistémologiste bien plutôt qu'un psychologue [15]. Dans son gros ouvrage en trois volumes [16], il passe en revue l'ensemble des sciences [17] pour en démonter les mécanismes d'acquisition. IGNACE MEYERSON, de son côté, propose au psychologue de ne plus se cantonner dans l'étude des faits et fonctions les plus simples, se prêtant à l'application des méthodes des sciences physiques, mais d'étudier l'homme à travers ce que, de son propre aveu, il a fait de plus caractéristique. Ces oeuvres humaines : les langues, les mythes, les religions, l'art, les sciences ont une histoire. Cette histoire peut permettre au psychologue de suivre l'édification des fonctions psychologiques de l'homme. « Une telle psychologie, écrasante par l'érudition qu'elle exige, met bien en lumière la fonction qui incombe peut-être au psychologue moderne : la réalisation d'une synthèse des progrès de la connaissance. » [18]. Quant à GUILLAUME, il déclare qu'il « n'y a pas d'autre théorie de la connaissance, ni d'autre théorie des valeurs que la psychologie ». [19]

Mais ce n'est pas tout. Déclaration d'indépendance, ambition totalitaire s'accompagnent de dédain non déguisé envers la philosophie. « On voit, dit PIAGET, des philosophes parler de omni re scibili comme s'il était possible d'atteindre toute vérité par simple « réflexion » ; par exemple, juger de la perception sans avoir jamais mesuré un seuil différentiel en laboratoire, ou discuter des sciences exactes sans connaître par expérience personnelle aucune technique de précision. Cependant l'histoire montre assez que la discussion du travail des autres n'est féconde qu'à la condition d'avoir fourni soi-même, sur un point si restreint soit-il, un effort effectif analogue. » [20]

À propos de la psychanalyse, il affirme, à la suite de tous les psychanalystes, qu'il faut se soumettre soi-même à une « psychanalyse didactique », et il ajoute : « Il faut en passer là, et à négliger cette condition sine qua non, du contact avec les faits, on se met dans la situation des philosophes qui parlent de la perception sans avoir jamais mesuré un seuil en laboratoire. » [21] Ailleurs, il écrit que, pour étudier l'histoire des rapports entre la perception et l'intelligence, il ne fera mention que des « auteurs d'études expérimentales, par opposition aux innombrables philosophes qui se sont bornés à (réfléchir » sur le sujet ». [22] Dans un autre ouvrage, il affirme être en complet accord avec GONSETH sur « l'esprit essentiellement génétique, critique et antimétaphysique qui anime son épistémologie » [23].

Il semble bien que la seule façon de se protéger de ces « bouillies » que les philosophes présentent à propos de cette fonction capitale (la pensée) [24], c'est la « méfiance à l'égard des épistémologies métaphysiques » [25]. GUILLAUME, parlant des étudiants qui passent à la psychologie après l'agrégation de philosophie, prophétise que « s'ils font une thèse de doctorat sur un sujet de psychologie, ou bien ce sera un pur travail historique sans conséquence pour la psychologie elle-même, ou bien, cherchant à tirer des conclusions de l'histoire sans apporter de faits nouveaux, ils se perdront dans les hypothèses arbitraires et dans la dialectique verbale » [26].

On concède pourtant que la tâche de la philosophie, c'est de « dépasser l'expérience » [27] ou de s'occuper de problèmes sur lesquels « l'accord des esprits est difficile » [28], tels que les problèmes spéculatifs des rapports de l'âme et du corps, le problème de la liberté, etc.

On pressent bien que la vérité n'est pas dans les excès qui consistent à rejeter la philosophie avec fracas ou à la considérer comme une « sagesse » inoffensive, « irrelevant » et bavarde, ou encore à vouloir s'y substituer comme synthèse des progrès de la connaissance. Ce qui ressort de ce « brettage » à distance entre la philosophie et la psychologie expérimentale, c'est que le problème des rapports entre ces deux disciplines est toujours actuel. MUELLER écrit : « L'histoire de la psychologie <expérimentale » prouve que la prétention était illusoire de la réduire à une science naturelle, de la calquer sur la physiologie, en totale solution de continuité avec les problèmes philosophiques. » [29]

Aussi bien, il ne faut pas penser que le rejet de la philosophie soit le fait de tous les psychologues expérimentaux. Le courant antiphilosophique est certes important ; il est même dominant en psychologie contemporaine. Cependant, écrit encore le P. Luyten,

« a more careful examination of the psychological literature reveals some conceptions that are somewhat different from those quoted above. For example, PRADINES writes in his Traité de psychologie générale "Bien fort serait celui qui pourrait séparer en toutes matières le psychologique du philosophique " (I p. XXIX). Further on he adds : « Nous espérons convaincre nos lecteurs que la philosophie ne fait qu'un ici avec la science même, disons plus simplement avec le bon sens. Il faut accepter de parler philosophie en ce sens ou se résigner à ne rien dire qui puisse XXX). Another French psychologist, A. BURLOUD, writes in his Psychologie : « La psychologie mérite de garder sa place traditionnelle parmi les sciences philosophiques » (p. 11). In the light of statements such as these we can no longer accept as unquestionable the non-philosophical character of modern psychology » [30].

De plus, si l'on y regarde de près, on s'aperçoit que les ouvrages philosophiques ne sont pas absents de la littérature psychologique contemporaine. Il suffit de mentionner les noms de BERGSON, de SARTRE, de MELEAU-PONTY [31], de LAVELLE, de R. LE SENNE, etc. D'ailleurs, dans les ouvrages des psychologues mêmes qui avaient repoussé « toute spéculation ontologique », on trouve des indications qui laissent croire que leur refus n'était pas aussi absolu qu'il paraissait. Citant BINET, DUMAS nuance ainsi son exclusion de « toute spéculation ontologique » : « Comme personne ne pourrait dire où la métaphysique commence et où la science positive finit, et que cette question reste nécessairement dans le vague, proscrire la « métaphysique », c'est faire une loi des suspects, entreprise aussi dangereuse dans les sciences qu'en politique ; c'est risquer d'arrêter une recherche qui peut être intéressante et féconde ; c'est mettre des armes dans les mains de tous les détracteurs d'idées nouvelles. » [32]

Dans le 7e volume du même traité, publié en 1948, un collaborateur, CHARLES BLONDEL, écrit encore :

« Toute préoccupation ontologique n'est pas absolument étrangère aux théories même psychologiques de la personnalité. Tantôt elles s'attachent à démontrer que l'âme n'existe pas ou qu'elle est inconcevable ou qu'elle est inutile à l'intelligence de la vie psychique ; tantôt elles se défendent de faire de la métaphysique. À parler atome, force, matière, la physique ne met pas tant de façons. C'est qu'elle est une science. Le seul moyen de se garder de la métaphysique, c'est de l'ignorer et ce moyen n'est à la portée que des sciences positives. S'il n'est pas encore des plus employés en psychologie, il n'y a donc pas de quoi s'étonner. » [33]

Tant il est vrai que vouloir distinguer radicalement la psychologie expérimentale purement scientifique de la psychologie philosophique est une gageure, écrit L. DE RAEYMAEKER, car

« la science proprement dite se borne à l'étude des faits considérés comme pur donné [34]. Or le donné psychique est toujours pénétré de pensée ; en quoi il se distingue des autres donnés. Il est vain de vouloir dévaloriser les faits psychiques pour les ramener à un pur donné. Quoi qu'on fasse, la psychologie impliquera toujours une attitude philosophique. Tel est bien le problème à poser : jusqu'à quel point est-il possible de faire l'étude scientifique de la vie psychique sans tenir compte au moins implicitement du contenu de son activité objective et sans porter un jugement de valeur ? Toute théorie psychologique n'est-elle pas, par quelque côté, fonction d'un système philosophique ? N'est-elle pas en particulier en connexion étroite avec une théorie de la connaissance ? » [35]

ALBERT MICHOTTE écrit de son côté : « Aucune science ne parait avoir des attaches plus profondes avec la philosophie que la psychologie. » [36] Et PH. MULLER n'hésite pas à écrire : « En nous approchant de la notion de normalité » nous (quittons) le domaine des faits, pour entrer dans celui où l'on recherche la signification des faits. La psychologie se prolonge ainsi dans une réflexion de type philosophique. Prolongement nécessaire, qui tient à sa nature, et qu'elle ne peut esquiver sans manquer à sa propre cohérence. » [37]

Il reste que la psychologie expérimentale pose des problèmes aux philosophes. Il y a du vrai dans l'affirmation de GUILLAUME à l'effet que « ce sont les savants qui contribuent d'une façon positive à la rénovation de la philosophie » [38] et que « la conception scientifique conduirait sans doute à voir certaines questions de philosophie sous un nouveau jour » [39]. Et PIAGET : « Ce sont les mathématiciens, les physiciens, les biologistes qui alimentent souvent aujourd'hui les discussions les plus fécondes sur la nature de la pensée scientifique et la pensée tout court. » [40]

Ce que nous venons de dire - ou de citer ! - montre que si les relations entre la philosophie et la psychologie expérimentale sont « difficiles », elles existent néanmoins et qu'il est permis au philosophe de porter un jugement sur une oeuvre de psychologie expérimentale. « Il est aujourd'hui toléré d'écrire des livres de philosophie sans avoir soi-même contribué à l'avancement des sciences, ne fût-ce que par les modestes découvertes demandées pour une thèse de doctorat, dans l'une quelconque des disciplines scientifiques. » [41] PIAGET a écrit ce paragraphe avec ironie à la clé, bien sûr. Nous supprimons l'ironie.


II. RAISONS DU CHOIX DE L'AUTEUR ÉTUDIÉ

Parmi les ouvres qui peuvent alimenter des discussions fécondes « sur la nature de la pensée scientifique et de la pensée tout court », celle de PIAGET occupe un rang éminent. Selon FLAVELL, PIAGET est « Mr Child Psychology » [42]. À 30 ans, il était déjà mondialement connu, et il n'avait alors publié que ses premiers ouvrages [43]. Et même si son œuvre postérieure est loin d'être assimilée, son influence dans les milieux psychologiques est largement reconnue. REVEL écrit qu'il est « inconcevable que l'on multiplie les projets de réforme de l'enseignement sans tenir compte des travaux de PIAGET et de WALLON » [44]. G. GUSDORF reconnaît, à son corps défendant, il est vrai, que PIAGET « est le plus grand spécialiste actuel de la psychopédagogie » [45].

Dans le domaine de l'évolution de l'intelligence, la théorie piagétienne reste la plus cohérente et la mieux fondée empiriquement [46]. « Les recherches les plus fructueuses à date sur la nature et le développement de la pensée chez les enfants ont été celles de JEAN PIAGET », écrit RAPAPORT [47]. Un autre psychologue, E. J. ANTHONY, ajoute : « Je considérerais cette œuvre comme la seule en dehors de la théorie psychanalytique qui soit digne d'une attention sérieuse. » [48] H. WALLON, dont les interprétations sont souvent différentes de celles de PIAGET, n'en reconnaît pas moins que l'œuvre de ce dernier est « une des tentatives théoriques les plus poussées dans le domaine de la psychologie individuelle pour la rajeunir en lui infusant des tendances nouvelles » [49]. MUELLER parle dans le même sens : « PIAGET témoigne d'une originalité et d'une rigueur qui font de son œuvre la plus représentative de la psychologie génétique. » [50] Ajoutons que cette oeuvre commence maintenant à attirer les commentateurs : « There is evidence of a burgeoning interest in the system, something of a contemporary PIAGET revival. » [51]

L'importance philosophique de l'œuvre de PIAGET est aussi manifeste que son importance en psychologie expérimentale contemporaine, pour la raison générale que nous venons de souligner, c'est-à-dire les attaches profondes de toute psychologie avec la philosophie. Mais une raison particulière joue dans le cas de PIAGET. FLAVELL écrit : « It is an understatement to say that philosophical issues no longer tend to dominate the thinking of psychologists, although this was perhaps once true ; the fact that they do permeate Piaget's thinkings, and to a very great extend, vividly sets his system apart from others on the contemporary scene. » [52]

Dans un long article consacré à « Esquisse d'autobiographie intellectuelle » [53] GRESSOT écrit : « Chronologiquement parlant, la démarche piagétienne ne débute pas par la psychologie ; elle la rencontre, puis elle la conquiert. Des sciences naturelles, comme plate-forme de départ, elle tend vers la pensée philosophique. » [54] Plus loin : « Le dynamisme de sa psychologie est soutenu par la renonciation de PIAGET à une tentation philosophique permanente. » On peut dire, en effet, que le problème de la connaissance est demeuré à l'horizon de toutes les recherches de PIAGET. Ajoutons encore qu'un homme qui a consacré plus de mille pages de son œuvre [55] à une épistémologie génétique a quelque chose à voir avec la philosophie, et vice versa. Ou alors, le dialogue avec la pensée contemporaine, que revendique la philosophie, et qui est nécessaire à sa vie même, n'est plus qu'un monologue stérile.

Il ne nous semble pas nécessaire d'établir plus avant l'intérêt de cette oeuvre en elle-même ou par rapport à la philosophie. Par contre, nous devons nous expliquer un peu plus longuement sur la manière dont nous avons voulu l'aborder dans notre travail.


III. MÉTHODE SUIVIE DANS CE TRAVAIL

C'est la difficulté et l'étendue [56] de l'œuvre de PIAGET, comme aussi le fait qu'elle est peu connue dans les milieux philosophiques [57] qui ont déterminé notre méthode. Notre titre dénonce déjà suffisamment notre intention : nous voulons introduire à un examen philosophique de cette œuvre. Pour ce, il nous faut présenter le système lui-même, en dresser une « carte » sommaire. À cette fin, nous procéderons à une double approche : une approche directe et une approche indirecte, la première, commandée au fond par la seconde et fonction de celle-ci.

Le premier chapitre est consacré à ce que nous appelons l'approche directe. Il ne s'agit pas d'un résumé (ç'aurait été la matière d'un gros ouvrage), mais d'une explicitation des grandes intentions de PIAGET ; une présentation des grandes articulations du système, des principales notions clés relatives à l'aspect particulier auquel nous voulons introduire : la théorie piagétienne de la connaissance. Nous nous sommes efforcé de rendre cette présentation aussi organique que possible : il ne s'agissait pas de rédiger un lexique piagétien.

Pour compléter cette approche directe, il nous a semblé qu'il fallait donner une espèce de définition négative du système : c'est notre second chapitre, consacré aux grands « refus » du système de PIAGET. Cette double approche était nécessaire, encore une fois, vu la difficulté de l'œuvre étudiée. Car PIAGET n'est pas un auteur commode. Il le reconnaît lui-même avec une espèce de coquetterie en ces termes fort simples : « Je ne suis pas un auteur facile. » [58] C'est aussi l'opinion de FLAVELL, psychologue américain qui avait entrepris, en 1955, la rédaction d'un ouvrage sur les diverses théories portant sur le développement mental de l'enfant. Dans son idée initiale, ce travail devait l'occuper pendant un an. (Il lui en fallut sept...)

Il avait prévu de consacrer un ou deux chapitres à chaque théorie, de « distiller », comme il dit, l'essentiel de chaque théorie en quelques pages. Mais,

« one very important theory of child development, PIAGET'S, turned out to be in a state so utterly recalcitrant to this plan, that the plan itself finally unraveled. As I began to learn more about PIAGET'S work, certain conclusions, initially resisted, eventually seemed inescapable. First, PIAGET'S work obviously had to be an important segment of the proposed text if it was to be a text on developmental theories. Second, it became all too clear that it would take me several years to read enough PIAGET to feel at all confident about constructing an accurate and properly balanced summary of his theory » [59].

La difficulté de l'œuvre de PIAGET explique un peu que sa théorie soit loin d'être connue. Certes, PIAGET « fait école » ; il est connu dans le monde entier ; cependant on peut dire que son oeuvre n'est assimilée ni par les chercheurs en psychologie, ni, a fortiori, par le public même averti [60]. Et si l'on veut une idée de ce qu'est une théorie largement assimilée, que l'on songe au freudisme [61]. Un signe de la faible assimilation de l'œuvre de PIAGET, c'est que les traductions de ses livres suivent de loin le rythme de publication. Ceux qui, par ailleurs, citent PIAGET, se réfèrent presque toujours aux cinq premiers ouvrages, les plus connus et aussi les plus faciles [62]. PIAGET les juge lui-même « un peu adolescents » [63].

Nous n'avons trouvé que deux ouvrages consacrés à l'ensemble, ou du moins à une partie importante de l'œuvre de PIAGET. L'un, celui de GUIDO PETTER [64], fut publié en 1960, et ne porte que sur les ouvrages proprement psychologiques, laissant de côté les ouvrages d'épistémologie génétique, les plus importants aux yeux de PIAGET lui-même. L'autre ouvrage est celui de FLAVELL [65] publié en 1963. À part ces ouvrages, on ne pourrait citer que des articles spécialisés consacrés à des aspects limités de la théorie de PIAGET.

La difficulté de l'œuvre de PIAGET tient pour une bonne part à son mode d'exposition :  « One (complaint) is a great deal of vagueness, imprecision, instability of concept definition, and other obstacles to communication in PIAGET'S theoretical writings. One has often to work hard to understand what PIAGET is trying to say and he does not always succeed in the end. » [66] Les observations et les expériences sont habituellement précédées et suivies d'élaborations théoriques difficiles :

« The report of the experiment proper is usually preceded and virtually always followed by difficult theoretical sections often long and replete with abstruse terminology and symbolism. » [67]

Plus loin, dans le chapitre intitulé « complaints », FLAVELL note encore :

« Related to his (...) theoretical style is PIAGET's bent towards theoretical overelaboration, often bordering on the pretentious. The paramount example is probably the third logic book (Essai sur les transformations des opérations logiques), an almost unreadable tour de force in logical analysis. » [68]

À quoi s'ajoute, comme nous le signalions à l'instant, l'absence d'exégèse d'ensemble sur cette oeuvre.

En considération, donc, de la difficulté de cette œuvre, comme aussi de son étendue et de sa faible assimilation, il nous a semblé que l'approche indirecte, jointe à une présentation sommaire préalable, constituait une façon profitable en même temps qu'économique de l'aborder.

L'approche indirecte d'une question est souvent pratiquée par ARISTOTE et saint THOMAS. Ce dernier, par exemple, pour traiter de problèmes connexes à celui qui nous intéresse ici, commence par exposer les solutions qu'il rejette. Nous songeons à DeVeritate * q. 10 a. 6 et à Ia q. 117, a. I, qui traitent respectivement de la connaissance sensible et de la possibilité de l'enseignement de l'homme par l'homme.

Pour situer le système de PIAGET, nous avons donc choisi cette exposition indirecte qui consiste, en l'occurrence, à examiner les « grands refus » de ce système, les positions qu'il combat, bref, tout ce contre quoi il se pose en s'opposant. En examinant les grandes critiques de PIAGET, nous obtenons, pour ainsi dire, la connaissance en creux de son propre système.

Or, parmi les critiques de PIAGET, il y a la critique de l'associationnisme et celle de l'intellectualisme, qui représentent les deux positions extrêmes entre lesquelles il a voulu situer sa propre doctrine. Ce sont là les deux critiques les plus soignées, les plus élaborées ; ce sont donc les deux critiques que nous suivrons nous-même avec le plus d'attention. Mais pour « clôturer » complètement son système, nous avons voulu aussi retracer les autres critiques qu'il formule. Ces autres critiques sont moins importantes pour lui que les deux premières ; elles ont donc reçu un traitement moins élaboré dans notre travail ; mais en présentant toutes les critiques de PIAGET, et selon l'importance même qu'il leur accorde, nous avons conscience d'avoir délimité le territoire piagétien un peu comme on fait dans les manuels de géographie en énumérant les territoires qui bornent un pays selon les quatre points cardinaux.

Définir, c'est littéralement « clôturer », poser les bornes. Notre double approche est une tentative de définition du système piagétien : par l'approche directe, nous nous sommes établi in medias res, allant ensuite du centre à la périphérie et rejoignant l'approche indirecte, qui s'arrêtait à la circonférence.

Pour terminer ces quelques remarques sur notre méthode, ajoutons que même si notre intention principale est d'introduire à un examen philosophique de cette oeuvre, nous avons voulu quand même porter un jugement sur elle. Nous n'ignorons pas que, pour juger adéquatement une œuvre comme celle-là, il faudrait cumuler les compétences du philosophe, du psychologue expérimental, du logicien et, peut-être, du sociologue. Comme nous ne prétendons nullement à un tel cumul de compétences, nous nous sommes limité à formuler notre jugement à la lumière de la philosophie qui est la nôtre. Il était normal, dès lors, que nous nous attachions surtout à la critique que PIAGET fait de la théorie des facultés, puisque c'est là qu'il se prête davantage à notre critique. La dernière partie de notre travail est consacrée à ce jugement d'ensemble sur l'œuvre de PIAGET.

Notre plan général est donc le suivant : chapitre premier : présentation des grandes lignes du système de PIAGET. Chapitre deuxième : présentation des grandes critiques. Enfin, jugement d'ensemble sur la théorie de la connaissance de PIAGET.



[1] FOULQUIÉ, P., La psychologie contemporaine, p. VIII.

[2] REUCHLIN, M., Les méthodes quantitatives en psychologie, p. 9.

[3] STRASSER, S., Le point de départ en psychologie métaphysique, in Revue philos. de Louvain, pp. 220-238.

[4] Saint THOMAS, commentaire du De Anima.

[5] Cela ne signifie pas qu'ARISTOTE et saint THOMAS n'aient rien dit sur la volonté, la liberté, etc. En fait, ces questions, comme nous venons de l'indiquer, sont étudiées par eux dans l'Éthique. Nous voulons seulement prendre note de la surprise qu'il y a pour un contemporain à ne pas voir ces questions abordées dans un traité systématique de psychologie. Quant à la Somme, faut-il rappeler qu'on n'y trouve pas d'exposé philosophique systématique ? Saint THOMAS y utilise la philosophie en théologien, i. e. avec une grande liberté.

[6] Ce n'est pas WOLFF, cependant, qui a créé le terme « psychologie », mais GOCLENIUS. Cf. R. VERNEAUX, Philosophie de l'homme, p. 5 ; F. L. MUELLER, Histoire de la psychologie, p. 7. G. CANGUILHEM, cependant, avance le nom de LEIBNIZ.

[7] Pour WOLFF, la psychologie rationnelle et la psychologie empirique étaient philosophiques. De plus, rationnelle, pour lui, signifiait : purement déductif, a priori. De toute façon, l'expression « psychologie rationnelle » est ambiguë ; et quand elle cesse d'être ambiguë, c'est pour devenir redondante. Ch. De KONINCK affirme qu'on peut maintenir cette expression à condition de bien l'entendre, i. e. en ne confondant pas le sens du dernier terme de cette expression avec celui de « philosophia rationalis » in Ethic. lect. I, Nº2, Pirotta ; ou avec celui de « Scientia rationalis » in 111 De Anima, lect. 8 Nº 718. Car alors, « rationalis » signifie « logique ». Rationnelle pourrait donc se défendre si on est sûr qu'il signifie toujours pour celui qui l'entend ou le lit : science de ce qui est ratio chez un être, i. e. forme. L'expression « psychologie rationnelle » signifierait alors : science de l'âme comme forme, mais comme forme considérée « quasi in quadam abstractione ». Cf Introduction au Précis de psychologie thomiste de S. CANTIN, p. I.

[8] STRASSER, S., op. cit.

[9] FRAISSE, P., Psychologie expérimentale d'hier et d'aujourd'hui, in Bull. de psych., XVI, p. 238. Même affirmation chez PH. MULLER, La psychologie dans le monde moderne, p. 80.

[10] LEWIN, K., The Conflict between Aristotelian and Galileian Modes of Thought in Contemporary Psychology, in Journal gen. psychology (t. 5), pp. 141-177.

[11] Note du P. LUYTEN, N., Philosopbical Trends in Contemporary Psychology, in Iris Hibernia, vol. III, pp. 42-50, « A few years ago a large volume was published in the USA urider the very significant title : ALBERT EINSTEIN, Philosopher and Physicist ».

[12] LUYTEN, N., art. cit., pp. 42-43.

[13] « En se compliquant et diversifiant, la psychologie ne s'est plus cantonnée dans une attitude hostile, ni même de « sereine indifférence » à l'égard de la philosophie. Animée d'une ambition nouvelle, elle a prétendu souvent à une connaissance exhaustive du comportement et de la vie intérieure » (MUELLER, F. L., Histoire de la psychologie, p. 428).

[14] Voir p. 116 de notre travail.

[15] FLAVELL, J. H., The Developmental Psychology of Jean Piaget, p. 6.

[16] PIAGET, Introduction à l'épistémologie génétique. Tome I : la pensée mathématique, pp. 361. Tome Il : la pensée physique, pp. 365. Tome III : la pensée biologique, la pensée psychologique, la pensée sociologique, pp. 344.

[17] Non pas toute l'activité humaine, cependant. « PIAGET a pu écrire une épistémologie moderne sans soupçonner qu'à côté des connaissances scientifique, sociologique et philosophique, il existait une connaissance et un langage plastique dont on ne saurait contester l'immense action sur les hommes » (P. FRANCASTEL, Art et psychologie. Explorations et théories de ce demi-siècle, in La psychologie au XXe siècle, p. 204).

[18] REUCHLIN, M., Histoire de la Psychologie, p. 121-122.

[19] GUILLAUME, P., Introduction à la psychologie, p. 372.

[20] PIAGET, Épistémologie génétique I, p. 10.

[21] PIAGET, La formation du symbole, p. 195.

[22] PIAGET, La psychologie de l'intelligence, p. 66.

[23] PIAGET, Épistémologie génétique I, p. 248.

[24] NAVILLE, P., in Psychologie du comportement, p. 270.

[25] PIAGET, in Études d'épistémologie génétique, t. I, p. 9.

[26] GUILLAUME, P., op. cit., p. 376.

[27] PIÉRON, H., La psychologie expérimentale, p. 20.

[28] PIAGET, Épistémologie génétique I, p. 8.

[29] MUELLER, F. L., La psychologie contemporaine, p. 8.

[30] LUYTEN, N., in art. cit., p. 43.

[31] Touchant MERLEAU-PONTY, F. L. MUELLER remarque : « (il) apparaît comme un de ceux qui ont le plus contribué à rétablir, entre les sciences psychologiques et la philosophie, ces liens que les premiers psychologues entendaient rompre à titre définitif » (op. cit., p. 209).

[32] DUMAS, G., Nouveau traité de psychologie, t. 1, p. 377.

[33] Ibid., t. VII, p. 128.

[34] Nous aurons l'occasion d'exprimer ailleurs nos réserves sur les faits considérés comme « pur donné ».

[35] De RAEYMAEKER, L., Psychologie, in Revue néo-scolastique de philosophie, t. 39, p. 525. GILSON Y voit plus qu'une connexion : « Toute interprétation de la connaissance humaine présuppose la solution de certains problèmes métaphysiques » (Préface à DE CORTE M., Doctrine de l'intelligence chez Aristote, p. XI).

[36] MICHOTTE, A., Philosophie et psychologie, in Revue néo-scolastique de philosophie, t. 39, p. 208.

[37] MULLER, PH., La psychologie dans le monde moderne, p. 215.

[38] GUILLAUME, P., op. cit., p. 375.

[39] Ibid., p. 378.

[40] PIAGET, Epistémologie génétique I, p. 11.

[41] Ibid., p. 10.

[42] FLAVELL, J. H., op. cit., p. 250.

[43] Dès 1928, PIAGET avait alors 32 ans, il était invité par la Société française de philosophie.

[44] REVEL, J.-FR., La cabale des dévots, p. 190.

[45] GUSDORF, G., Pourquoi des professeurs ?, p. 180.

[46] C'est ce qui ressort, notamment, de l'ouvrage de LAURENDEAU et PINARD, La pensée causale.

[47] Cité in GOUIN-DÉCARIE, TH., Intelligence et affectivité, p. 10.

[48] Ibid., p. 11.

[49] WALLON, H., De l'acte à la pensée, p. 25.

[50] MUFLLER, F. L., Histoire de la psychologie, p. 418.

[51] FLAVELL, J. H., op. cit., p. 9. Dans le même sens, F. L. MUELLER note que les travaux de PIAGET et de son école « constituent une part importante de ceux qui sont recensés par le dernier rapport d'ensemble (publié par) GiBSON dans l'Annual Review of Psychology de 1963 » (La psychologie dans le monde moderne, p. 102).

[52] FLAVELL, J. H., op. cit., p. 39.

[53] PIAGET, Esquisse d'autobiographie intellectuelle, in Bull. de psychol., nov. 1959, pp. 7-13.

[54] GRESSOT, M., « Voilà pourquoi je suis devenu abstrait », in La psychiatrie de l'enfant, vol. IV, fasc. I, pp. 279-286.

[55] Un million de mots... le compte est de FLAVELL, Op. cit., p. 250.

[56] Au cours des 40 années de sa carrière scientifique, PIAGET a écrit une trentaine de volumes et quelque 150 articles, dont quelques-uns atteignent aux dimensions d'un volume. On peut dire qu'il a écrit entre 15 et 20 mille pages.

[57] Chez les philosophes, l'œuvre de PIAGET n'est guère connue. « Philosophers with whom I have discussed this matter say that PIAGET'S work is not yet widely known in philosophical circles and that it is uncertain just what kind of reaction it would receive when and if it receives serious attention. » (FLAVELL, J. H., op. cit., p. 418.) Cette remarque de FLAVELL date de 1963 et vaut vraisemblablement pour les philosophes américains. En 1953, W. MAYS pouvait écrire, en ce qui concerne l'Angleterre : « Despite their (PIAGET'S epistemological positions) obvious interest for both philosopher and psychologist, I have not come across a detailed discussion of them in English. » (Proceedings of the Aristotelian Soc., New Series, vol. LIV ; p. 49.) En ce qui regarde la philosophie d'expression française, nous avons trouvé quelques allusions à PIAGET dans le manuel Psychologie de R. JOLIVET, 6e éd., 1960. L. JUGNET, dans son Pour connaître la pensée de saint Thomas, fait une critique rapide de la théorie de PIAGET. M. BLONDEL, dans La pensée t. 1, 1934, p. 79, fait allusion aux « beaux travaux de M. PIAGET (qui) apportent des analogies et des suggestions précieuses ». Mais en 1934, M. BLONDEL ne pouvait connaître que les cinq premiers ouvrages de PIAGET. Dans un cours de la Sorbonne sur les relations de l'enfant avec autrui, MERLEAU-PONTY fait également quelques brèves mentions de PIAGET. Par contre, on n'en trouve aucune dans le Bulletin thomiste, ce qui signifie, pour le moins, qu'aucun philosophe thomiste, jusqu'à ce jour, n'a publié d'étude sur cette œuvre.

[58] FLAVELL, J. H., op. cit., p. VII

[59] Ibid., p. XI.

[60] Les références de quelque 130 auteurs qui ont collaboré à The Psychoanalytic Study of Child, de 1945 à 1959, citent rarement PIAGET. « Ce sont (les) toutes premières œuvres de PIAGET qui sont les plus répandues, les mieux connues (parce que ce sont) les plus accessibles au lecteur non spécialisé, surtout parce que les démonstrations ne s'appuient pas encore sur les schèmes logistiques adoptés aujourd'hui. » (LAURENDEAU et PINARD, La pensée causale, p. 3.) La toute récente Encyclopédie de la psychologie, chez Nathan, ne compte pas PIAGET parmi ses 50 collaborateurs, et PIAGET y est rarement cité.

[61] Nous ne voulons pas dire par là qu'il est anormal que le système de PIAGET soit moins connu que le freudisme : le freudisme a été une véritable vague de fond. Il est devenu, du moins en Occident, une référence populaire : refoulement, névrose, complexe, libido, etc. sont devenus la menue-monnaie des échanges psychologiques courants. Ces termes ne sont pas « assimilés » en profondeur, sans doute, mais en tout cas ils « disent quelque chose » à un peu tout le monde. Les mots clés du système piagétien : schème, égocentrisme, animisme, etc. ne sont connus que des spécialistes de la psychologie de l'enfant.

[62] « There has probably been more written about PIAGET'S earliest, pre-1930 investigations - more reviews, more critiques, more research articles - than about all his subsequent work put together » (FLAVELL, J. H., op. cit., p. 379.)

[63] PIAGET, Esquisse d'autobiographie intellectuelle, pp. 7-13.

[64] PETTER, G., Lo sviluppo mentale nelle ricerche di Jean Piaget, pp. 495.

[65] FLAVELL, J. H., Tbe Developmentai Psychology of Jean Piaget, pp. 472. Il faudrait ajouter : WOLFF, P. H. : The Developmental Psycbology of Jean Piaget and Psychoanalysis, in Psychological Issues, vol. II.

[66] FLAVELL, J. H., op. cit., p. 427.

[67] Ibid., p. 351.

[68] Ibid., p. 428.

* Thèse disponible dans Les Classiques des sciences sociales. JMT.


Retour au texte de l'auteur: Jean-Paul Desbiens, philosophe et essayiste Dernière mise à jour de cette page le lundi 13 avril 2009 8:48
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur de sociologie au Cégep de Chicoutimi.
 
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