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Collection « Les sciences sociales contemporaines »

Luttes de classes et question nationale au Québec. 1948-1968. (1979)
Introduction


Une édition électronique réalisée à partir du livre Roch Denis (1979), Luttes de classes et question nationale au Québec, 1948-1968. (1970). Montréal: Les Presses socialistes internationales, 1979, 601 pages. (Autorisation formelle de l'auteur accordée par M. Denis le 12 décembre 2002

Introduction

«Un siècle s'écoule, ou plus, et voilà que les rapports nationaux, le système social, dont nous avons examiné la genèse, sont en pleine crise. Question nationale, démocratie, État, classes sociales, autodétermination: tout est en jeu, tout ou presque exige toujours d'être démystifié

Stanley-Bréhaut RYERSON


En 1968, l'historien québécois Stanley-Bréhaut RYERSON concluait en ces termes son étude intitulée Le Capitalisme et la Confédération. Consacrée à l'histoire politique, économique et sociale du Canada au XIXème siècle, l'étude de RYERSON n'avait pas pour but d'analyser les liens entre l'héritage du XIXème siècle et l'état de crise ouvert cent ans plus tard dans la société canadienne. Mais le rapprochement entre deux dates, 1867, l'Acte de l'Amérique du Nord Britannique et 1967, la crise, donnait au moins l'intuition de tels liens. Il y avait là une clé pour l'analyse politique de la période des années 1950 et 1960 au Québec.

Le Québec offrait en 1959, à côté des questions sociales qui font l'objet des luttes politiques de tous les Pays capitalistes avancés du XXème siècle, une accumulation frappante de questions démocratiques et un héritage institutionnel remontant à une autre époque: celle qui a précédé les révolutions démocratiques du XIXème siècle, le mouvement des nationalités, la formation des États-Nations. Or ces questions, cent ans plus tard, se posaient toujours paraissant ne pas avoir été résolues.

Pour quelle raison? Nous avons cherché des éléments de réponse à cette question, convaincu désormais qu'ils constituaient des pièces essentielles d'une caractérisation des luttes politiques du duplessisme à la révolution tranquille.

Notre étude est un essai d'analyse politique des vingt années qui vont de 1948 à 1968 au Québec, c'est-à-dire du coup d'envoi donné par la grève des mineurs de l'amiante à la formation du gouvernement Trudeau et à la création du Parti Québécois en 1968. Centrée sur les partis dominants, le mouvement ouvrier et les intellectuels, elle tente d'éclairer le mouvement et les rapports de ces forces à travers l'analyse des stratégies qui sous-tendent leur intervention sur la scène politique.

Sans être ignorées complètement, d'autres dimensions essentielles à la caractérisation de la vie politique, telle la conjoncture économique ou encore la véritable explosion culturelle qui marque ces années, n'ont pas fait l'objet d'un égal traitement d'analyse. Nous sommes conscient de ces limites. Nous ne pouvions pas et nous ne voulions pas tout étudier. Notre attention s'est concentrée sur les luttes sociales et politiques.

La politique, au Québec, n'a guère été étudiée comme lutte et comme stratégie. Les études des partis qui dominent la scène électorale (programmes, orientations, structures et composition) ou qui tentent, avec un succès relatif, d'y faire une percée, ne manquent pas. De même l'interprétation de la vie politique à travers une de ses composantes, les résultats électoraux est amplement pratiquée. Les idéologies politiques ont aussi fait l'objet d'analyse et les institutions ont souvent été décrites. Mais les luttes politiques, qui débordent largement le champ d'intervention des seuls partis qui détiennent un monopole de représentation au Parlement, restent sous-étudiées.

Nous n'avons surtout pas la prétention de combler cette lacune. Mais notre étude est un effort dans cette direction. Plutôt que d'étudier les partis politiques d'un côté, les positions du mouvement ouvrier de l'autre, et par ailleurs les «interprétations» des intellectuels en notant qu'elles n'évoluent pas indépendamment de la conjoncture, nous avons tenté de situer ces forces dans le rapport qu'elles entretiennent en vue de contribuer à mieux faire saisir le sens du mouvement de chacune et le mouvement d'ensemble de la vie politique.

Dans ce cadre, les questions sociales et la question nationale occupent une place décisive qui ne dépend pas de l'intérêt que nous leur portons mais du simple fait qu'elles sont des enjeux majeurs de la politique au Québec. De même se trouve au centre de la période étudiée la question du parti des travailleurs et des tentatives faites – principalement entre 1955 et 1963 – pour le créer. Cette question, étroitement reliée aux questions sociales et à la question nationale est une composante déterminante de la vie politique au Québec. S'il est évident à tous que la création éventuelle d'un tel parti ne manquerait pas d'influencer – sinon de changer – le développement de la vie politique, son absence, entre-temps, n'agit pas moins directement sur le cours des luttes politiques. La question du parti des travailleurs n'a pourtant, jusqu'ici, fait l'objet d'aucune étude historique et politique systématique. Nous avons, à l'intérieur des limites fixées à notre travail, tenté de montrer comment elle a été un enjeu décisif dans les rapports entre les partis dominants, le mouvement ouvrier et les intellectuels, et de faire ressortir au moins quelques-uns des facteurs à l'origine de l'échec de la fondation du parti des travailleurs au Québec, depuis la fin des années 40.

Tout, pendant ces années, au Québec, tourne finalement autour de deux axes centraux: celui du développement de la lutte contre l'oppression nationale, contre l'État fédéral et de la rupture avec cet État par la conquête de l'Indépendance nationale, et celui de la lutte pour la conquête de l'indépendance de classe des travailleurs, c'est-à-dire de leur constitution en parti politique indépendant avec l'aide du «levier» de leurs organisations, les syndicats. Incontestablement, en même temps que l'irruption de la question nationale, conjuguée aux luttes ouvrières, suscite la crise la plus grave de l'État canadien depuis sa fondation, elle pousse le mouvement ouvrier à se poser pour la première fois de façon aussi massive et soutenue une question qu'il n'a jamais résolue: celle de sa propre action indépendante sur la scène politique. À l'opposé, la montée du nationalisme fondé sur l'union des classes fait écran à l'évolution politique des syndicats en même temps qu'elle la freine. Mais de plus en plus il apparaît, au terme de la période étudiée, lorsqu'on fait le bilan des pas en avant réalisés et des défaites subies, que le processus engagé ne pourra se résoudre ni dans l'hésitation à rompre avec l'État fédéral ni dans la stratégie nationaliste du bloc des classes aux intérêts antagoniques, mais dans la jonction en un même combat des deux axes définis plus haut: la lutte pour l'Indépendance nationale et pour l'indépendance des travailleurs.

Notre analyse se fonde à peu près essentiellement sur l'étude de documents. Collections de journaux, bulletins et revues, déclarations et manifestes, procès-verbaux de réunion et de congrès des partis, groupes et organisations. Nous avons retenu d'abord et avant tout les éléments qui nous paraissaient susceptibles d'éclairer leurs orientations stratégiques. Nous nous sommes aussi largement appuyé sur l'ensemble des articles et sur les quelques ouvrages consacrés directement ou indirectement aux luttes sociales et politiques des années 50 et 60. En ce qui concerne les intellectuels, nous nous sommes surtout intéressé à deux groupes: celui de la revue Cité Libre, dans les années 50 et au début des années 60, dont nous avons dépouillé systématiquement tous les numéros publiés, et celui de la revue Parti-Pris, dans les années 60. Dans ce dernier cas, en plus de faire une étude systématique de tous ses numéros publiés, nous avons jugé nécessaire, étant donné la complexité de son itinéraire politique, de réaliser des entrevues avec ses trois principaux fondateurs.

L'étude que nous présentons se divise en quatre parties. Elle trace d'abord un portrait des principales institutions dominantes au Québec en 1959 en rappelant leurs origines. Traitant à cette occasion de quelques caractéristiques majeures de la politique duplessiste, elle s'applique à mettre en relief les plus importantes questions soulevées aux plans social, démocratique et national. La deuxième partie plonge au cœur des années 50 pour y étudier ce que nous désignons comme «la révolte de la base contre le sommet», c'est-à-dire le choc entre le mouvement social montant et le régime chargé de l'étouffer. La montée ouvrière y est décrite, dans un premier temps, à travers les luttes sociales et le développement organisationnel du mouvement ouvrier. Sont analysées ensuite les répercussions politiques de cette montée au sein des organisations ouvrières. Parallèlement au développement de cette opposition au duplessisme s'organise celle du Parti Libéral dont nous étudions l'orientation stratégique en rapport avec celle qui a commencé à émerger dans le mouvement ouvrier. La deuxième partie se termine par une analyse du mouvement d'opposition qui se manifeste également chez les intellectuels, principalement à travers Cité Libre. Nous en étudions les caractéristiques stratégiques en relation avec l'opposition ouvrière et l'opposition libérale au régime. La troisième partie s'ouvre sur la défaite du duplessisme et le déclenchement de la révolution tranquille, véritable irruption des aspirations sociales, démocratiques et nationales trop longtemps contenues. Sur ces questions, nous analysons jusqu'en 1965 le développement des rapports entre le gouvernement libéral, le mouvement ouvrier et la nouvelle génération d'intellectuels qui s'affirme sur le plan politique principalement autour de Parti-Pris. Au milieu des conquêtes démocratiques et sociales réalisées et des défaites subies, notre attention se tourne vers l'impact du nationalisme libéral sur l'évolution politique du mouvement ouvrier et des intellectuels: par quelle stratégie résoudre les questions héritées du passé aussi bien que celles du présent, tel est encore le problème politique central qui s'y trouve débattu, à l'occasion des congrès syndicaux, du congrès de fondation avorté du «Nouveau Parti» au Québec, et des discussions qu'anime le groupe Parti-Pris.

La révolution de 1960 et l'explosion revendicative qu'elle véhiculait ont été contenues. Mais la crise de l'État fédéral s'est approfondie sous les secousses répétées de la question québécoise qui refuse de se résorber et des luttes sociales qui, d'un bout à l'autre du pays, atteignent, à partir de 1966, un niveau jamais vu. C'est aux dimensions sociales et politiques de cette crise que nous consacrons la quatrième et dernière partie de notre étude, en y suivant à nouveau l'évolution des positions du mouvement ouvrier, des partis dominants et des intellectuels sur la scène politique. Déclenchées avec les années 50, les transformations profondes de la politique au Canada et au Québec paraissent se répercuter essentiellement dans l'élection du gouvernement libéral de Pierre Elliott TRUDEAU et dans la fondation du Parti Québécois en 1968. Ces événements sont indéniablement révélateurs de l'approfondissement de la crise au sommet de l'État. Mais à la faveur des remises en cause et des divisions qu'elle suscite, la crise encourage l'activité politique et l'intensification des revendications à tous les niveaux de la société. De nouvelles luttes politiques d'envergure se préparent. Cette quatrième partie de notre étude se termine par une analyse détaillée des débats et des initiatives politiques du groupe Parti-Pris entre 1966 et 1968, parce qu'ils nous paraissent avoir une grande importance significative par rapport à la période étudiée et à celle qui s'ouvre.

Une dernière indication s'impose enfin. Nous avons fait précéder l'ensemble de notre travail sur les années 50 et 60 d'un préambule historique sur la fondation de l'État au Canada. Ce préambule nous a servi à deux choses: d'abord, par le résumé et l'analyse critique de l'ouvrage déjà cité de Stanley RYERSON, essayer d'y voir plus clair sur les origines de l'État fédéral et de la crise qui éclate cent ans plus tard; ensuite, sur cette base, fournir au lecteur le cadre général de référence à partir duquel nous étudions les questions politiques qui surgissent et les luttes qui se développent de 1948 à 1968.

Retour au texte de l'auteur: Roch Denis, politologue québécois Dernière mise à jour de cette page le mardi 13 février 2007 7:30
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur de sociologie au Cégep de Chicoutimi.
 
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