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Collection « Les sciences sociales contemporaines »

“ Introduction à la Pychologie des foules de Gustave Le Bon.”
par Bernard Dantier ( octobre 2002)


“ Introduction à La psychologie des foules de Gustave Le Bon ”, une étude inédite réalisée pour Les Classiques des sciences sociales par M. Bernard Dantier, docteur en sociologie de l'École des Hautes Études en Sciences Sociales, Enseignant à l'Institut d'Études Politiques d'Aix-en-Provence.

Introduction à La psychologie de foules
de Gustave Le Bon.

Par Bernard Dantier, sociologue
(17 octobre 2002)

La Psychologie des foules, de Gustave Le Bon (1841-1931), depuis 1895 demeure une œuvre inclassable : psychologique, sociologique, historique, philosophique, politique, littéraire : elle peut recevoir tous ces qualificatifs à la fois sans qu’aucun d’eux ne suffise à sa définition, et sans d’ailleurs, il faut l’avouer, qu’elle suffise elle-même à mériter pleinement l’un d’eux en l’état des sciences humaines et sociales lors de ce début d’un vingt et unième siècle. Œuvre inclassable donc, mais peut-être parce que tout simplement hors classe, continuant, avec toutes ses qualités et tous ses défauts, à fasciner encore aujourd’hui le lecteur féru de ces sciences.

Fameux succès éditorial, cet ouvrage aurait inspiré autant de monstrueux dictateurs tels que Hitler et Mussolini que motivé les idées et les pratiques de très pacifistes scientifiques en psychologie sociale. Aujourd’hui encore comme jadis, cette Psychologie des foules, que la collection de Jean-Marie Tremblay met gratuitement à disposition de tous les lecteurs disposant d’un accès à Internet, mérite toute notre attention, aujourd’hui sans doute encore bien plus qu’il y a un siècle. Car comment douter que nous entrons encore davantage dans cette « ère des foules » qu’annonçait Le Bon, en cette époque d’urbanisation et d’accroissement des populations, cette époque d’aboutissement des processus de démocratisation de toute sorte (politique, économique, culturelle), cette époque de « massification » de l’enseignement, de la consommation, des transports, cette époque de communication de masse par la télévision notamment, cette époque de la dite « mondialisation » permise par la facilitation des échanges de tout type ? Comment douter donc que les foules doivent être analysées soigneusement comme on analyse les composantes générales de notre monde pour mieux les comprendre et pour éventuellement s’en prémunir ou les utiliser ?

Que doit nous apprendre la Psychologie des foules ? Les principales thèses que Le Bon développe dans cet ouvrage sont formulables ainsi : Les foules reprennent de plus en plus d’importance dans notre monde. La foule produit par elle-même une nouvelle réalité humaine, une « âme » dotée d’une « unité mentale » composée par contagion et suggestion, « âme » qui est qualitativement autre que la simple somme spirituelle des individus qui la composent. L’individu se trouve altéré par la foule, devient surtout soumis à l’inconscient, et régresse vers un stade primaire de l’humanité. Parallèlement il y acquiert un sentiment d’invulnérabilité qui l’encourage à s’adonner aux instincts communs. Il peut ainsi devenir un « meneur », d’autant plus que les foules en ont un besoin vital pour se structurer et agir. En elles ne sont compréhensibles et motivantes que les pensées rudimentaires et imagées qui tendent aux illusions. De cette manière la foule procure à ses membres un plaisir unique et incomparable. Tout en restant inférieures à l’intelligence individuelle, les foules dépassent tous les extrêmes positifs et négatifs dans le champ de la moralité comme dans le domaine de l’action, au point d’être les seuls acteurs de l’histoire humaine. Les foules étant plus puissantes que toutes les intelligences et toutes les volontés individuelles, l’individu doit s’en protéger en les connaissant. Par ailleurs, cette recrudescence des foules indique autant qu’elle prépare l’anéantissement prochain de notre civilisation ; ainsi est réclamé un nouvel idéal social, seul capable d’organiser positivement les foules et de redonner essor à une nouvelle civilisation.

Voilà l’ensemble des thèses principales que, dans cette introduction, nous nous proposons de clarifier et de mettre en valeur en les confrontant ou en les rattachant à certains éléments du corpus des sciences sociales. Il s’agit aussi d’ouvrir la réflexion et la recherche vers d’autres points de vue. Cette intention nécessite, par précaution, le repérage des défauts de cet ouvrage de Le Bon.

Le premier défaut, et le plus apparent, découle d’une tendance de Le Bon à exprimer beaucoup trop sa personnalité et ses intérêts individuels (ce qui impulse d’ailleurs au style de l’ouvrage un certain tonus et une certaine éloquence). Médecin de formation, bourgeois, faisant partie de l’élite intellectuelle et économique, il manifeste une propension à défendre les avantages de sa classe sociale à l’encontre de ceux des « foules » « populaires », de ces ouvriers par exemple dont il parle avec un mépris mêlé de crainte. Le Bon proclame une nette hostilité à l’extension (nous dirions de nos jours « démocratisation ») de l’enseignement général, souhaitant au contraire celle de l’enseignement professionnel, seul adapté, selon lui, aux destinés du prolétariat pour lequel il refuse autant qu’il nie la possibilité de toute promotion sociale. Dans le même mouvement il décrie la démocratie qui accorde des pouvoirs nouveaux aux classes paysannes et ouvrières. Conséquemment, il fustige le socialisme et toute organisation du même type susceptible de perturber l’ordre établi. Bref, Le Bon, en filigrane de son livre, n’apparaît pas sous les traits d’un personnage pleinement sympathique (d’autant moins que notre auteur donne cours à une croyance en la réalité des races humaines, quoique, à sa décharge, sa notion de race, n’étant ni claire ni cohérente, semble davantage basée sur une étiologie historique et culturelle que vraiment biologique, et ne comporte pas véritablement de hiérarchisation entre les hommes). En somme, quelquefois, la Psychologie des foules se dévoile quelque peu comme l’expression d’un réactionnaire, aristocrate et élitiste, foncière-ment individualiste.

De la sorte, Le Bon manque à la neutralité scientifique. En outre, il ne témoigne pas non plus d’une forte rigueur dans la méthode scientifique. La conceptualisation (celle de « foule » par exemple, entachée de trop de connotations) reste inachevée ; la définition de l’objet d’étude demeure quelquefois trouble (notre auteur amalgame sous le terme de « foule » à la fois des rassemblements de rues et des assemblées parlementaires); des contradictions logiques subsistent (comme cette ambivalence de Le Bon face aux foules qu’il présente concurremment comme milieu de dégradation humaine et comme moteur du progrès social). Il est regrettable que Le Bon soit plus descriptif (ce qui fait d’ailleurs les qualités de ses aperçus) qu’explicatif (ce qui en produit néanmoins les défectuosités). Volontiers elliptique et allusif (en cela il est fidèle à ses classiques et suit le style « à la française » de l’art d’écrire, déjà cher à Montesquieu), il laisse trop au lecteur le soin de reconstituer des maillons manquants dans le raisonnement et l’argumentation. Bien que possédant une formation scientifique dans le domaine médical, il dédaigne totalement la méthode expérimentale que pourtant Claude Bernard (1813-1878) avait introduite en médecine. On peut assurément regretter, mais cette attente serait peut-être anachronique, que Le Bon n’ait pas utilisé ni envisagé pour les foules les expériences de laboratoire qui ne seront que développées à partir des années 1930 aux USA puis en Europe à partir de 1950 sous le titre de « psychologie sociale ».

Sous le critère sociologique, il pèche souvent en se contentant d’affirmer des thèses sans en faire préliminairement des hypothèses confrontables à l’épreuve des faits, validables notamment par des observations statistiques. Il néglige ainsi absolument de formaliser sa recherche en définissant par exemple des variables indépendantes nettes et strictes (les types de foules, avec leurs effectifs numériques et leurs composantes démographiques telles que les pourcentages des sexes et des âges, les pourcentages d’individus issus de telles catégories socioprofessionnelles) et des variables dépendantes (que seraient les diverses pratiques et représentations de ces individus sous l’influence de ces « groupes-foules »). Sous ce point de vue, le travail de Le Bon se démasque comme inférieur à celui si méthodique et si objectif de son contemporain Émile Durkheim (1858-1917) fondant la sociologie scientifique moderne (mais, quant à lui, s’intéressant peu à l’étude des réactions des individus dans les groupes partiels). En conséquence l’argumentation de Le Bon est surtout basée sur des exemples historiques, des observations non méthodologiques relatives à la vie quotidienne. Le discours (et c’est néanmoins ce qui en produit le charme) est très et peut-être trop littéraire, sans doute en compensation des lacunes que nous avons soulignées.

Mais tous ces défauts n’empêchent pas le lecteur, et c’est une preuve du génie de Le Bon, de recevoir un grand profit intellectuel et même scientifique au cours de cette Psychologie des foules. Désormais conscients de leurs limites, réétudions, en gardant cet éclairage lucide, les principales thèses de son auteur.

Dans ce cadre, notons d’abord que Le Bon attribue l’essor des « foules » au développement de la démocratie et des associations, corporations et syndicats qui y sont liés. Sur le plan sociologique, rapprochons donc cette analyse de celles faites par Alexis de Tocqueville (1805-1859) dans son fameux ouvrage traitant De la Démocratie en Amérique, ouvrage qui a précédé de soixante années celui de Le Bon et que celui-ci a certainement lu (Le Bon citant cet auteur sur un sujet annexe). Or, Tocqueville perçoit dans l’extension de la démocratie le cours quasi irrémédiable du monde social moderne : la suppression des privilèges individuels sur lesquels se fondait l’Ancien Régime, l’égalisation des droits et l’uniformisation des conditions, tout cela instaure selon Tocqueville un monde où seules les masses constituent la puissance sociale et conduisent l’histoire. Tocqueville annonce l’importance et la force croissante des associations, des syndicats, des groupements de toute nature (comme plus tard le fera Durkheim d’ailleurs dans un autre contexte). Tocqueville ainsi utilise très souvent le terme de « foule » tout au long de son ouvrage. Citons par exemple les passages suivants, parmi bien d’autres possibles : « …de nos jours, où toutes les classes achèvent de se confondre, où l'individu disparaît de plus en plus dans la foule (
Note 1) et se perd aisément au milieu de l'obscurité commune… » Ailleurs : « Plus les conditions deviennent égales, moins les hommes sont individuellement forts, plus ils se laissent aisément aller au courant de la foule et ont de peine à se tenir seuls dans une opinion qu'elle abandonne. » D’autre part encore : « Lorsque les hommes sont à peu près semblables et suivent une même route, il est bien difficile qu'aucun d'entre eux marche vite et perce à travers la foule uniforme qui l'environne et le presse. » Et enfin, au travers de la conclusion de l’ouvrage monumental de Tocqueville, citons la fameuse prophétie sur les dangers du despotisme démocratique, prophétie qui commence ainsi : « je vois une foule innombrable d'hommes semblables et égaux qui tournent sans repos sur eux-mêmes pour se procurer de petits et vulgaires plaisirs, dont ils emplissent leur âme. (…) Je promène mes regards sur cette foule innombrable composée d'êtres pareils, où rien ne s'élève ni ne s'abaisse. Le spectacle de cette uniformité universelle m'attriste et me glace, et je suis tenté de regretter la société qui n'est plus. » (Note 2) Nous le lisons assez clairement : Tocqueville perçoit la démocratie du monde moderne sous l’aspect de la « foule », « foule » qu’il se représente péjorativement.

Remarquons donc que Gustave Le Bon reprend à son compte et accentue cette représentation dépréciative et notons que c’est par elle qu’il justifie l’utilité de son ouvrage qu’il offre comme une sorte de remède préventif à de grands maux sociaux en préparation. Le choix du mot « foule » de la sorte n’est pas anodin : ce mot, dans la langue française, porte un héritage de connotations péjoratives que Le Bon récupère volontiers. Initialement, en effet, la « foule » est l’action et l’endroit où des matières sont pressées les unes contre les autres et sont altérées par ce pressage mutuel (
Note 3). Toute la Psychologie des foules de Le Bon se trouve déjà en germe dans cette étymologie et cette sémantique. Le Bon sait de cette manière utiliser la puissance (peut-être fallacieuse) des mots.

Aussi, tandis que Tocqueville, peu soucieux d’étudier les foules en elles-mêmes, perçoit seulement dans celles-ci un rassemblement d’individualités diverses devenant foule par une homogénéité antérieure (celle produite par la démocratisation), Le Bon nous montre ces foules produisant au contraire une homogénéité ultérieure et spécifique, une « âme » collective résultant du « pressage » des individus entre eux. Comment cette « âme » peut-elle naître parmi la multiplicité des membres composant la foule ? L’auteur de la Psychologie des foules propose comme facteur primordial de ce phénomène l’imitation, la suggestion et la contagion, trois aspects d’ailleurs d’un même processus d’uniformisation par contact. En cela Le Bon s’inspire de son contemporain Gabriel Tarde (1843-1904), lequel avait amorcé, entre autres spécialistes, une psychologie des foules (à partir de 1890 notamment dans Les lois de l’imitation). Cependant Le Bon récuse la théorie de Tarde sur les foules, en l’estimant trop partielle et superficielle ; il retient surtout de Tarde tout ce qui concerne la suggestion et l’imitation, pour les mettre au centre de ses explications de l’âme des foules. Tâchant de trouver les causes de l’uniformité des membres de toute société se conservant par son unité, Tarde disait ainsi : « Cette conformité minutieuse des esprits et des volontés qui constitue le fondement de la vie sociale, même aux temps les plus troubles, cette présence simultanée de tant d'idées précises, de tant de buts et de moyens précis, dans tous les esprits et dans toutes les volontés d'une même société à un moment donné, je prétends qu'elle est l'effet (…) de la suggestion-imitation qui, à partir d'un premier créateur d'une idée ou d'un acte, en a propagé l'exemple de proche en proche. Les besoins organiques, les tendances spirituelles, n'existent en nous qu'à l'état de virtualités réalisables sous les formes les plus diverses malgré leur vague similitude primordiale ; et, parmi ces réalisations possibles, c'est l'indication d'un premier initiateur imité qui détermine le choix de l'une d'elles. » (
Note 4) Le Bon reprend donc à son compte la majeure partie de cette théorie pourtant discutable ; Durkheim, contemporain de Le Bon comme de Tarde, en promoteur d’une sociologie scientifique récusera cette théorie aussi vigoureusement que constamment en lui reprochant de ne rien expliquer et d’être elle-même inexplicable (Note 5).

Quoi qu’il en soit, par la « contagion-suggestion » « l’âme des foules » étant ainsi expliquée, et ces foules apparaissant aux yeux de Le Bon sur un fond de démocratisation croissante donnant liberté à toutes les remises en cause d’un « Ancien Régime », notre auteur tend, au départ, à associer l’existence de ces foules à une sorte de désagrégation et de confusion des valeurs, des normes et des règles d’une civilisation en cours d’anéantissement (version pessimiste) ou de renouvellement (version optimiste). Selon Le Bon, qui écrit à l’orée du vingtième siècle, « l'époque actuelle constitue un des moments critiques où la pensée humaine est en voie de transformation. Deux facteurs fondamentaux sont à la base de cette transformation. Le premier est la destruction des croyances religieuses, politiques et sociales d'où dérivent tous les éléments de notre civilisation. Le second, la création de conditions d'existence et de pensée entièrement nouvelles, engendrées par les découvertes modernes des sciences et de l'industrie. Les idées du passé, bien qu'ébranlées, étant très puissantes encore, et celles qui doivent les remplacer n'étant qu'en voie de formation, l'âge moderne représente une période de transition et d'anarchie. »

De la sorte, Le Bon considère le monde social comme menacé par des risques destructeurs, et c’est ainsi que souvent la sociologie motive sa démarche et appréhende son objet. Déjà, l’un des précurseurs de cette science et contemporain de Tocqueville, Auguste Comte (1798-1857), estimait que « la grande crise politique et morale des sociétés actuelles tient, en dernière analyse, à l'anarchie intellectuelle » (
Note 6), et il souhaitait y donner remède en répandant la « philosophie positive ». Or, observons qu’à l’époque même de Le Bon, Durkheim s’inquiète lui aussi de cet état de confusion et de dissolution des valeurs, d’effacement et d’indétermination des normes et des règles sociales, état qu’il appelle « anomie ». Le Bon parle de « moment critique » et Durkheim de « crise redoutable ». Le fondateur de la sociologie moderne française fait aussi remarquer que des « changements profonds se sont produits, et en très peu de temps, dans la structure de nos sociétés ; elles se sont affranchies du type segmentaire avec une rapidité et dans des proportions dont on ne trouve pas un autre exemple dans l'histoire. Par suite, la morale qui correspond à ce type social a régressé, mais sans que l'autre se développât assez vite pour remplir le terrain que la première laissait vide dans nos consciences. Notre foi s'est troublée ; la tradition a perdu de son empire ; le jugement individuel s'est émancipé du jugement collectif. Mais, d'un autre côté, les fonctions qui se sont dissociées au cours de la tourmente n'ont pas eu le temps de s'ajuster les unes aux autres, la vie nouvelle qui s'est dégagée comme tout d'un coup n'a pas pu s'organiser complètement (…) Ce qu'il faut, c'est faire cesser cette anomie… » (Note 7)

Nous le constatons : le diagnostic qui motive Le Bon apparaît confirmé par celui de Durkheim (bien que, rappelons-le, Durkheim par ses idéaux sociaux et ses principes scientifiques ne se serait jamais associé à Le Bon). Il faut bien reconnaître, en effet, que l’auteur de La division du travail social, avec toutes les oppositions axiologiques et méthodologiques qui le séparent de l’auteur de la Psychologie des foules, prescrit une nouvelle « morale » tandis que Le Bon réclame un nouvel « idéal » et de nouvelles « croyances » pour restructurer une société qui aux yeux de l’un et l’autre apparaît menacée. Cependant, alors que Durkheim, convaincu du perfectionnement continu de la civilisation, estime que la société doit être réorganisée moralement (dans une « solidarité organique ») parce que divisée et éclatée en spécialisations socioprofessionnelles sans cesse plus nombreuses et plus divergeantes, Le Bon ne voit au travers du marasme social que des causes révélant le déclin de la civilisation, sa désorganisation et l’épuisement de ses motivations. Tandis donc que Durkheim avec optimisme et volontarisme tâche de préparer un monde dont la nouveauté est selon lui nécessitée par le processus positif du progrès social, Le Bon s’efforce avec résignation et pessimisme d’atténuer l’effondrement d’un monde ancien tombant dans la régression humaine.

Car le tableau de la foule brossé par Le Bon s’avère volontiers inquiétant, comme peut l’être une œuvre de Jérôme Bosch. D’abord cette foule produit une nouvelle réalité humaine, totalement différente de tous les individus qui s’y réunissent. Or, ici encore, il nous faut reconnaître que cet aperçu de Le Bon correspond au constat sur lequel se fonde toute la sociologie moderne depuis notamment les travaux de Durkheim. Celui-ci, en 1896, dans Les Règles de la méthode sociologique, tient à contrecarrer toute conception tendant à expliquer le groupement des individus comme la simple résultante de leurs psychismes initiaux : « Mais, dira-t-on, puisque les seuls éléments dont est formée la société sont des individus, l'origine première des phénomènes sociologiques ne peut être que psychologique. En raisonnant ainsi, on peut tout aussi facilement établir que les phénomènes biologiques s'expliquent analytiquement par les phénomènes inorganiques. (…) C'est qu'un tout n'est pas identique à la somme de ses parties (…). En vertu de ce principe, la société n'est pas une simple somme d'individus, mais le système formé par leur association représente une réalité spécifique qui a ses caractères propres. Sans doute, il ne peut rien se produire de collectif si des consciences particulières ne sont pas données ; mais cette condition nécessaire n'est pas suffisante. (…) En s'agrégeant, en se pénétrant, en se fusionnant, les âmes individuelles donnent naissance à un être, psychique si l'on veut, mais qui constitue une individualité psychique d'un genre nouveau. » (
Note 8)

En accord donc avec les données sociologiques modernes, Le Bon peut en toute raison nous dépeindre dans les foules ces laboratoires biologiques où se créent de nouveaux organismes, organismes monstrueux comparés à ceux bien congrus des individus. Ces nouveaux organismes sont d’autant plus redouta-bles et inquiétants qu’ils s’imposent avec une force et une hégémonie sans égal sur chaque individu. Or, là encore et là toujours, la sociologie durkheimienne paraît valider cette thèse. En effet, il serait plus qu’intéressant de rapprocher l’influence qu’exercent les foules sur l’individu dans la psychologie sociale de Le Bon de cette influence qu’exercent les « faits sociaux » sur l’individu dans la sociologie de Durkheim (et n’oublions pas, en justification du titre de l’ouvrage de Le Bon, que Durkheim précisait qu’il ne voyait « aucun inconvénient à ce qu’on dise de la sociologie qu’elle est une psychologie, si l’on prend soin d’ajouter que la psychologie sociale a ses lois propres, qui ne sont pas celles de la psychologie individuelle » (
Note 9) ). Nous invitons le lecteur à revoir ainsi ce que cet auteur dit des faits sociaux : « ils consistent en des manières d'agir, de penser et de sentir, extérieures à l'individu, et qui sont douées d'un pouvoir de coercition en vertu duquel ils s'imposent à lui. Par suite, ils ne sauraient se confondre avec les phénomènes organiques, puisqu'ils consistent en représentations et en actions ; ni avec les phénomènes psychiques, lesquels n'ont d'existence que dans la conscience individuelle et par elle. Ils constituent donc une espèce nouvelle et c'est à eux que doit être donnée et réservée la qualification de sociaux. Elle leur con-vient ; car il est clair que, n'ayant pas l'individu pour substrat, ils ne peuvent en avoir d'autre que la société, soit la société politique dans son intégralité, soit quelqu'un des groupes partiels (Note 10) qu'elle renferme » (Note 11). « Groupes partiels » : voilà les foules dont s’occupe Le Bon.

A la lumière de ce rapprochement, comment donc trouver injustifiée ou excessive cette étude que Le Bon nous offre des puissants effets des foules sur les individus qu’elles métamorphosent ? De plus, nous allons découvrir que cette étude reçoit d’autres approbations de la part de la psychanalyse. La foule en effet agit sur les substrats les plus profonds du psychisme de l’individu, jusqu’à ses racines inconscientes.

« La foule est toujours dominée par l'inconscient » : telle est de la sorte l’une des affirmations centrales de Le Bon psychologue des foules. Pour Le Bon, la régression de l’individu dans le groupe le ramène aux instincts primaires communs à tous ses partenaires, et ces instincts agissent sur le mode basique de l’inconscience. Nous comprenons aisément que cette affirmation n’ait pas laissé indifférent Sigmund Freud (1856-1939), contemporain de Le Bon. C’est ainsi que Freud, en 1921, dans son essai Psychologie des foules et analyse du Moi, consacre à l’œuvre de Le Bon ses premières réflexions au sujet des rapports psychoaffectifs entre l’individu et le groupe. Dès le chapitre 2, il cite et analyse amplement la Psychologie des foules et on sent dans cette insistance une véritable influence. Freud disant de cet ouvrage qu’il est « devenu justement célèbre », admet que Le Bon décrit la modification de l’individu dans la foule « en des termes qui s’harmonisent bien avec les hypothèses fondamentales de notre psychologie des profondeurs ». Aussi, Freud reformule l’explication de Le Bon ainsi : « Nous dirons que la superstructure psychique qui s’est développée si diversement chez les individus a été abattue, privée de ses forces, et le fondement inconscient, identique chez tous, mis à nu (rendu opérant) ». Par ailleurs, en ce qui concerne « l’âme des foules » telle que Le Bon la décrit et l’explique, Freud souligne qu’il « n’y a pas là un seul trait dont la reconnaissance des origines et la classification présenteraient des difficultés pour le psychanalyste. Le Bon nous indique lui-même la voie en montrant la similitude qui existe avec la vie psychique des primitifs et des enfants ». Quant à la soif d’illusions pleinement imaginaires dont la foule se nourrit, Freud tient à ajouter encore : « Cette prédominance de la vie fantasmatique et de l’illusion soutenue par le désir inaccompli, nous avons montré qu’elle est déterminante dans la psychologie des névroses ». Nous pourrions adjoindre d’autres citations prouvant l’intérêt et l’approbation de Freud à l’égard des aperçus de Le Bon.

Il est vrai, cependant, que dans le chapitre 3, Freud dans un revirement dialectique, n’admet pas entièrement l’originalité ni même la pertinence des analyses de Le Bon : mais c’est, nous semble-t-il, afin de préparer et de justifier ses propres analyses et explications, que nous laissons au lecteur le soin de découvrir lui-même. Freud en effet fait tourner la psychologie des foules et ses rapports avec l’individu autour des notions de « libido », « idéal du moi », « identification » : mais, au fond, rien n’y advient en contradiction foncière avec les présentations proposées par Le Bon. Selon le père de la psychanalyse, le lien qui fusionne les membres de la foule s’explique en partie par le fait qu’une foule est « une somme d’individus qui ont mis un seul et même objet à la place de leur idéal du moi et se sont en conséquence, dans leur moi, identifiés les uns aux autres. » Ainsi Freud présente comme hypothèse de travail que la foule réincarne pour l’individu l’expérience de la horde originaire qui se trouve au fondement de la civilisation, « horde soumise à la domination sans limite d’un mâle puissant », père aimé et haï à la fois, père finalement tué par les fils, lesquels se sont organisés ensuite en communauté gardant toujours le souvenir coupable du meurtre originel, sous forme de religion et de morale (« totem » et « tabou ») (
Note 12). Freud ajoute ainsi que « les foules humaines nous montrent (…) l’image familière d’un individu isolé, surpuissant au sein d’une bande de compagnons égaux (…). La psychologie de cette foule (…) correspond à un état de régression à une activité psychique primitive, telle qu’on pourrait justement l’assigner à la horde originaire. » Finalement, selon Freud, qui cite de nouveau Le Bon à la fin de son ouvrage pour y étayer ses conclusions, « le père originaire est l’idéal de la foule qui domine le moi à la place de l’idéal du moi » (Note 13).

En somme, au crédit donc de Le Bon, Freud reconnaît ainsi au groupe, à la « foule », une fonction de premier ordre dans les mutations psychoaffectives de l’individu (
Note 14). D’ailleurs, pour revenir à la sociologie, en soutien des thèses de Le Bon encore, nous devons observer que Durkheim est loin de nier et de négliger ces phénomènes. Il fait remarquer « quel degré d'énergie peut prendre une croyance ou un sentiment, par cela seul qu'ils sont ressentis par une même communauté d'hommes en relation les uns avec les autres. (…) Il n'est même pas nécessaire que nous éprouvions déjà par nous-mêmes, en vertu de notre seule nature individuelle, un sentiment collectif, pour qu'il prenne chez nous une telle intensité ; car ce que nous y ajoutons est, en somme, bien peu de chose. Il suffit que nous ne soyons pas un terrain trop réfractaire pour que, pénétrant du dehors avec la force qu'il tient de ses origines, il s'impose à nous » (Note 15). Par ailleurs, recherchant les causes du suicide, Durkheim les attribue aux composantes et aux structures de la société où l’individu évolue, chaque type de société entraînant systématiquement un effectif fixe de suicides. Aussi, pour faire comprendre que les sentiments qui poussent un individu à se supprimer ne proviennent pas de lui mais de l’influence collective, Durkheim se base sur ces principes : « 1º que le groupe formé par les individus associés est une réalité d'une autre sorte que chaque individu pris à part ; 2º que les états collectifs existent dans le groupe de la nature duquel ils dérivent, avant d'affecter l'individu en tant que tel et de s'organiser en lui, sous une forme nouvelle, une existence purement intérieure. » (Note 16)

Ainsi, comme nous le constatons, un sociologue scientifique tel que Durkheim prend en compte l’emprise créatrice dont est dotée la collectivité sur les représentations et les sentiments de chacun de ses membres. Mais ce qui distingue radicalement Le Bon, réside dans le rôle premier qu’il donne à cette influence. A en croire cet auteur, le groupe exerce sur l’individu une influence qui le dénature jusqu’à en faire un nouvel être habité par des idées et mu par des sentiments autrement impossibles.

Car, au surplus, chez Le Bon, l’altération de l’individu ne s’arrête pas aux secteurs psychoaffectifs, et notre auteur se démarque sur un autre point quand il affirme que « les raisonnements des foules sont toujours d'ordre très inférieur. - Les idées qu'elles associent n'ont que des apparences d'analogie ou de succession. (…) Elles pensent par images, et ces images se succèdent sans aucun lien. » Cette thèse de la régression intellectuelle de l'individu dans le groupe s'oppose à celle de Durkheim qui soutient que ce groupe apporte une progression à l’intelligence de l'individu. Durkheim s’attache à prouver comment la pensée conceptuelle et logique est l’œuvre de la collectivité, l’individu, sans relation avec celle-ci, ne pouvant accéder qu’à des perceptions subjectives dépourvues de rationalité et d’abstraction. Durkheim, en totale opposition avec les thèses de Le Bon qui voit dans la foule, c’est-à-dire la collectivité vivante, une désagrégation de l’intelligence et sa réduction à des principes simplistes et sensitifs, atteste que « la société n'est nullement l'être illogique ou alogique, incohérent et fantasque qu'on se plaît trop souvent à voir en elle. Tout au contraire, la conscience collective est la forme la plus haute de la vie psychique, puisque c'est une conscience de consciences. Placée en dehors et au-dessus des contingences individuelles et locales, elle ne voit les choses que par leur aspect permanent et essentiel qu'elle fixe en des notions communicables. En même temps qu'elle voit de haut, elle voit au loin; à chaque moment du temps, elle embrasse toute la réalité connue ; c'est pourquoi elle seule peut fournir à l'esprit des cadres qui s'appliquent à la totalité des êtres et qui permettent de les penser » (
Note 17) Voilà une argumentation qui paraît renverser tout ce dont Le Bon souhaite nous convaincre sur ce sujet. En effet, toute la théorie de Le Bon repose sur un présupposé susceptible d’être contesté : selon lui, l’individu est « détérioré » par le groupe ; il y aurait donc des individus d’abord, puis des groupes où ces individus se rencontreraient et seraient dégradés. Mais on peut supposer, avec Durkheim par exemple, que c’est d’abord le groupe qui existe et non pas l’individu, et que le groupe forme celui-ci (par le processus de la socialisation et de l’éducation), au lieu de le déformer systématiquement comme le laisse entendre Le Bon (Note 18). On pourrait donc dénoncer ici les travers d’une vision individualiste et élitiste de Le Bon face à la collectivité. Mais, à la décharge de Le Bon, nous devons remarquer que Durkheim envisage surtout la société complète, c’est-à-dire la « foule » totale et permanente, tandis que Le Bon porte davantage ses analyses sur des foules partielles et transitoires ; dans ce cas les théories de l’un et de l’autre ne seraient pas forcément incompatibles ni contradictoires. D’ailleurs, Durkheim prend soin d’autre part de montrer comment le progrès de la société s’accomplit grâce à l’individuation : formé d’abord par la somme éducative que lui transmet l’encadrement social, l’individu ensuite, en vivant des expériences personnelles, se « spécialise », acquiert un savoir particulier et supérieur par lequel il pourra développer en retour celui de la collectivité. En ce sens, la thèse de Le Bon conserve et même renforce sa validité : le retour de l’individu dans le groupe tend à lui faire perdre ses acquis personnels et le ramène au fond commun, inférieur, dont il était issu.

A l’appui de cette thèse de le Bon sur la régression de l’individu dans le groupe, régression qui affecte sa pensée autant que son langage, nous pour-rions citer les travaux du sociologue américain contemporain Basil Bernstein (1924-), en nous permettant un certain rapprochement. Notons préliminaire-ment que, selon Bernstein, « classe ouvrière » et « classe supérieure », en raison de leurs relations distinctes et particulières aux conditions de la vie, acquièrent les mêmes distinctions et particularités dans leur langage qui en retour main-tient et renforce leurs conditions de vie. Selon Bernstein, c’est par leur type de langage que les classes sociales se structurent et se transmettent de père à enfant. Bernstein dit ainsi que « deux formes différentes d’utilisation du langage se constituent parce que l’organisation sociale de ces deux catégories conduit à conférer une importance différente aux différentes potentialités du langage. Cette insistance ou cette accentuation conduit à des formes de discours différentes qui, à leur tour, orientent progressivement le locuteur vers des types différents de relations avec les choses et avec les personnes ». L’auteur, entre la première et seconde phase de ses recherches, qualifie de « formel » puis de « élaboré » le langage des classes supérieures, et de « commun » puis de « restreint » celui de la classe ouvrière, la différence entre ces deux types de langage consistant, dans le langage formel ou élaboré, en une plus riche composition des éléments et une plus malléable souplesse des relations entre ces éléments. Par ailleurs, l’auteur explique que la construction et le mécanisme plus complexe du code élaboré proviennent de situations où des locuteurs, ne partageant pas un mode de vie commun, comme le permettent surtout les hautes positions sociales, sont contraints d’expliciter au maximum leur intention, leur langage se centrant ainsi sur l’individualité ou « le moi », tandis que des locuteurs ayant l’expérience commune d’un même mode de vie, tels les ouvriers ou des époux, peuvent se contenter, et doivent même utiliser, des symboles allusifs, le « nous » faisant s’identifier les individus les uns aux autres, et leur permettant comme leur commandant d’employer un contenu verbal pauvre et rigide compensé par la richesse du contexte communément compris. Au surplus, ce processus de désindividualisation est renforcé par les modes de relations fortement hiérarchiques, l’individu étant davantage commandé par l’autorité du groupe ou d’un représentant du groupe plutôt qu’il ne suit ses propres réflexions et sentiments. C’est ainsi que B. Bernstein peut dire des codes restreints qu’ils sont « liés au statut ou (…) à la position, alors que les codes élaborés sont orientés vers la personne » (
Note 19). Alors, rapprochons cette expérience commune d’un même mode de vie où la « personne » n’est plus un pôle, ce « code restreint » qui en découle (comme est « restreinte » dans ce cas la pensée elle-même par le langage qui la conditionne), rapprochons donc cela de tout ce que nous décrit Le Bon face aux foules. Voilà en effet une conjonction parfaite avec ce que notre auteur dit de la communication et de la pensée dans la foule dominée par un meneur, communication et pensée rudimentaires, vides de tout raisonne-ment et de toute argumentation, axées sur de simples mots (slogans) porteurs d’images mentales et non de concepts. C’est sur ce point que la thèse psycholinguistique de Le Bon trouve un appui : comme l’est la collectivité ouvrière étudiée par Bernstein, la foule de Le Bon est bien ce moule qui intègre fortement les individus dans un tissu relationnel étroit, et leur fait vivre et suivre une expérience commune qui les dispense d’élaborer un langage et une pensée supérieurs. Dans le contexte collectivement unique vécu par les individus en foule, la complexification du langage, et celle de la pensée, sont inversement proportionnelles à la généralité de l’expérience commune : plus celle-ci se développe, moins le langage et la pensée sont nécessaires pour la communiquer (Note 20).

Cependant, si l’individu régresse affectivement et intellectuellement dans la foule, celle-ci n’est pas pour autant dénuée d’une vie mentale intense, et cette vie mentale peut atteindre une puissance d’action sans égal. Car, autre thèse de Le Bon étayée par la sociologie moderne (en l’occurrence, comme nous allons le voir, par celle de Max Weber (1864-1920)) : « les grands changements de civilisation sont la conséquence des changements dans la pensée des peuples ». S’opposant ainsi aux explications matérialistes des idéologies, telles celles de Karl Marx (1818-1883) affirmant que les conditions matérielles des sociétés déterminent les représentations des individus et qu’ainsi les croyances et opinions d’une société ne sont que des super-structures conditionnées par ses infrastructures économiques et ayant pour fonction de les justifier (« ce n'est pas la conscience qui détermine la vie, mais la vie qui détermine la conscience ») (
Note 21), Le Bon inverse cette causalité et soutient au contraire que « les seuls changements importants, ceux d'où le renouvellement des civilisations découle, s'opèrent dans les opinions, les conceptions et les croyances. Les événements mémorables sont les effets visibles des invisibles changements des sentiments des hommes. » Il faut comprendre bien sûr que les foules sont ici évoquées comme porteuses de ces changements, ces foules qui sont les plus réceptives à ces croyances et représentations, comme les plus aptes par leur puissance à les mettre en application. Le Bon poursuit de la sorte un « spiritualisme historique » que Comte avait déjà formulé lorsqu’il disait que « les idées gouvernent et bouleversent le monde, ou, en d'autres termes, que tout le mécanisme social repose finalement sur des opinions. » (Note 22) Cependant, dans cette continuité, Le Bon pousse ce spiritualisme jusqu’à son extrême. Or, Weber lui-même, autre pilier avec Durkheim de notre actuelle sociologie, serait loin de démentir notre auteur. La sociologie « compréhensive » telle que la prône Weber et telle qu’elle est pratiquée de nos jours par d’éminents sociologues comme Raymond Boudon (Note 23), cherche la raison des changements de société dans les idéaux des individus de la même façon que Le Bon estime que les opinions et les croyances modifient et construisent l’histoire humaine. Weber détermine son objet et base toute sa méthode de recherche sur le fait que « l’activité spécifiquement importante pour la sociologie consiste en particulier en un comportement qui 1) suivant le sens subjectif visé par l’agent est relatif au comporte-ment d’autrui, qui 2) se trouve coconditionné au cours de son développement par cette relation significative et qui 3) est explicable de manière compréhensible à partir de ce sens visé (subjectivement). » Pour Weber comme pour Le Bon, tout doit se comprendre à partir de la « subjectivité » des acteurs sociaux, le « sens visé » étant une projection dans le temps prise par l’acteur ou le groupe d’acteurs étudié, et prise en conséquence aussi par la sociologie qui l’étudie; la « finalité » constitue ce qui fait agir d’une manière ou d’une autre l’individu ou le groupe, et ce qui permet par retour la compréhension de son action, qu’on soit dans une finalité rationnelle ou non, car, en ce qui concerne la sociologie, « la “ rationalité par finalité ” lui sert précisément d’idéaltype pour pouvoir évaluer la portée de ce qui est “ irrationnel par finalité ”. » (Note 24)

Nous devons donc reconnaître que l’entreprise de Le Bon mérite tout l’intérêt que l’on peut accorder à celle de Weber qui veut « faire comprendre de quelle façon les « idées » deviennent des forces historiques efficaces. » Celui-ci, étudiant par exemple les rapports entre idées religieuses « protes-tantes » (« l’éthique protestante ») et le système de production capitaliste (« l’esprit du capitalisme ») se soucie, d’une façon très similaire à l’auteur de la Psychologie des foules, de « déterminer dans quelle mesure des influences religieuses ont contribué, qualitativement, à la formation d’un pareil esprit, et quantitativement, à son expansion à travers le monde » ; Weber veut « définir en outre quels sont les aspects concrets de la civilisation capitaliste qui en ont découlé ». Weber écrit, comme Le Bon le dirait autrement, que « les idées religieuses ne se laissent pas déduire tout simplement des conditions « économiques » ; elles sont précisément – et nous n’y pouvons rien – les éléments les plus profondément formateurs de la mentalité nationale, elles portent en elles la loi de leur développement et possèdent une force contraignante qui leur est propre. » (
Note 25)

Les pensées et les sentiments étant de la sorte présentés comme d’autonomes créateurs de la réalité sociale (ce qui offre au moins l’avantage et le mérite d’octroyer aux hommes une liberté dans leur sort) les foules, telles qu’elles sont présentées chez Le Bon, vont d’abord investir de ce rôle l’un de leurs membres. C’est ici, au sujet de Weber, qu’un autre rapprochement s’impose, selon nous, avec Le Bon, et cela au crédit de celui-ci. Le Bon expose comment les foules ressentent le besoin quasi vital d’un meneur (meneur que Freud, nous l’avons dit, interprète comme le représentant du père de la horde originelle). Certes, notre auteur ne développe pas suffisamment les raisons de ce besoin : nous devons supposer que la désignation d’un meneur redonne une unité à l’anarchique multiplicité où la foule risque la paralysie et le conflit, tout en permettant à chaque individu de se retrouver par représentation à la tête de la foule. Cependant, les analyses de Le Bon sont étonnamment continuées et confirmées (les auraient-elles quelque peu inspirées ?) par celles auxquelles Weber procède à propos notamment du chef de parti politique. Weber inventorie trois formes de domination admises et légitimées par les collectivités humaines : celle basée sur la force de la tradition et des coutumes, celle justifiée rationnellement par la validité des lois, et celle impulsée par une force personnelle charismatique, « soumission extraordinaire au caractère sacré, à la vertu héroïque ou à la valeur exemplaire d’une personne. »
(Note 26) Weber, en des termes conformes à ceux qu’utilise Le Bon montrant l’influence du meneur sur la foule, décrit cette autorité fondée « sur la grâce personnelle et extraordinaire d’un individu (charisme) ; elle se caractérise par le dévouement tout personnel des sujets à la cause et par leur confiance en sa seule personne en tant qu’elle se singularise par des qualités prodigieuses, par l’héroïsme ou d’autres particularités exemplaires qui font le chef ». Weber, suivant en cela Le Bon, estime indispensable ce type de direction pour les démocraties modernes, et s’inquiète d’une disparition progressive des chefs charismatiques, de plus en plus remplacés, dans un monde de « rationalisation », par des fonctionnaires spécialisés et experts mais dépourvus de représentativité et d’attrait par rapport aux collectivités. Il tient à signaler que, « du point de vue psychologique, une des forces motrices les plus importantes de tout parti politique consiste dans la satisfaction que l’homme éprouve à travailler avec le dévouement d’un croyant au succès de la cause d’une personnalité et non pas tellement au profit des médiocrités abstraites d’un programme. C’est justement en cela que réside le pouvoir « charismatique » du chef.» (Note 27)

Or, ce qui est le « charisme » du chef chez Weber prend pour nom le « prestige » du meneur chez Le Bon. Mais Le Bon nous paraît préférable dans ces approches du chef et du guide dont malheureusement Hitler a incarné l’aboutissement le plus catastrophique. Mieux que ne le fait Weber qui présente trop le « chef » sous l’aspect avantageux de son influence définitionnelle sur la foule, Le Bon, plus hostile à ce type de pouvoir, exhibe un « meneur » qui, loin d’être celui qui vient d’un monde supérieur et d’un ciel olympien pour rencontrer la foule et l’emporter, loin d’être celui qui la dépasse et la transcende, est celui qui en incarne la partie la plus rudimentaire et la plus fusionnelle : le meneur est inspiré et emporté, mais surtout inspiré et emporté par les pulsions les plus vives et les plus profondes qui animent la foule ; il est ainsi emporté par cette foule, et c’est par cela même que la foule s’identifie à lui et le reconnaît comme son « meneur ». Cela ne signifie pas pour autant que le meneur soit par essence vil et nuisible ; il possède les valeurs et les carences éventuelles de la foule dont il fait partie. (C’est pour cela que l’on peut toujours être surpris par la « médiocrité », au sens étymologique et au sens actuel, de bon nombre d’individus bénéficiant d’un rôle de direction auprès de groupements divers ; c’est pour cela aussi que, dans notre ère de télécommunication rassemblant par notamment la télévision (
Note 28) des foules de plus en plus considérables, foules téléspectatrices et même mainte-nant spectatrices sur les plateaux mêmes d’enregistrement de débats de toutes sortes, c’est pour cela donc que les dits « animateurs » ayant dans ces contextes le plus de succès se révèlent les plus dépourvus des compétences intellectuelles et morales qu’ailleurs d’autres personnes possèdent sans atteindre la moindre audience et la moindre reconnaissance.)

Toutefois, quel que soit le mérite et quelle que soit la valeur de ce meneur, la foule en a besoin. Elle a besoin d’être « menée ». Or, que ce soit avec ou sans un meneur, vers quoi la foule doit-elle être « menée » ? C’est ici que se profile l’idéal (cet idéal que Freud, rappelons-le, associe à « l’idéal du moi » pour les membres de la foule).

L’idéal… A notre avis, ce qui est le plus d’actualité et peut-être le plus important dans l’ouvrage de Le Bon, réside dans cette insistance sur la nécessité d’un idéal pour la vie et le progrès de la civilisation. Le diagnostic que nous livre Le Bon face à l’état social résultant des relâchements d’un idéal, nous semble devoir peut-être s’appliquer à notre société dite « post-moderne » où disparaissent le « lien social » et l’implication des individus dans la vie collective : « Avec l'évanouissement progressif de son idéal, écrit Le Bon, la race perd de plus en plus ce qui faisait sa cohésion, son unité et sa force. (…) Ce qui formait un peuple, une unité, un bloc, finit par devenir une agglomération d'individus sans cohésion et que maintiennent artificiellement pour quelque temps encore les traditions et les institutions. (…) Avec la perte définitive de l'idéal ancien, la race finit par perdre aussi son âme. Elle n'est plus qu'une poussière d'individus isolés et redevient ce qu'elle était à son point de départ : une foule. »

L’idéal, un rêve assez ambitieux et assez riche de faramineuses illusions pour motiver et rassembler les efforts de chacun et de tous, constitue le seul ressort assez puissant pour faire de toute foule, au départ simple agrégat d’individus soumis à toutes les influences et à tous les écarts que nous avons inventoriés, une organisation sociale solidaire et constructrice de l’histoire. La phrase qui achève la Psychologie des foules retentit fortement : « Passer de la barbarie à la civilisation en poursuivant un rêve, puis décliner et mourir dès que ce rêve a perdu sa force, tel est le cycle de la vie d'un peuple. »

Notre monde, peut-être encore plus à présent qu’il ne le paraissait déjà à Le Bon il y a un siècle, semble correspondre à cette phase de mort d’un idéal et de désagrégation sociale. Face à la réalité, le rêve le plus illusoire s’avère la plus révolutionnaire des réponses. Mais, de nos jours, qui fait encore un rêve de civilisation, un projet de changement de société ? Qui, pour changer de réalité sociale quand celle-ci ne convient plus, fait un rêve et prétend le suivre ? Entend-on dans les discours des citoyens et des représentants des citoyens l’équivalent de cette phrase par laquelle, un « meneur » de foules, comme l’était Martin Luther King (1929-1968), introduisait la formulation d’un projet politique d’une société sans discrimination raciale et sans inégalités sociales : « J’ai fait un rêve » ?

Tout paraît peut-être de plus en plus noyé dans le statu quo de la gestion des moyens existants, la pensée économique remplaçant de plus en plus la pensée politique. Nous avons souligné dans nos travaux sociologiques combien faisait défaut dans la politique d’éducation et combien devenait indispensable la formulation d’un projet de changement social, d’un nouvel idéal de société à atteindre par l’éducation et l’enseignement (
Note 29). Et il apparaît que ce besoin ne se limite pas au champ éducatif (le champ éducatif lui-même se superposant d’ailleurs à tout le champ social). Comment certains observateurs ne souhaiteraient-ils pas que ces « foules » d’individus abandonnés à eux-mêmes se raniment et poursuivent un nouveau rêve au lieu de se laisser contenter par une réalité ne satisfaisant que certains privilégiés qui possèdent la puissance par l’argent ? Comment ne pas penser maintenant à ce qu’un des grands sociologues du 20e siècle, Pierre Bourdieu (1930-2002), espère comme nouvelle espérance pour ceux à qui l’on a trop appris à ne plus en avoir ? Bon nombre d’entre nous éprouveraient ce besoin d’un « idéal raisonné » pour les peuples dominés et démobilisés par la pensée du néolibéralisme économique qui présente la conservation de la primauté du capital financier, la rentabilité et le profit, l’extension des déréglementations de toutes sortes, le règne de la « loi » du libre échange économique et du marché boursier, comme fin indépassable et dernière de tout progrès humain. « Au moment où les grandes utopies du XIXe siècle ont livré toute leur perversion, écrit Pierre Bourdieu, il est urgent de créer les conditions d’un travail collectif de reconstruction d’un univers d’idéaux (Note 30) réalistes, capables de mobiliser les volontés sans mystifier les consciences. » (Note 31) Face à ces « volontés » démobilisées, éparses et divisées, n’est-ce pas un « meneur » d’un nouveau type, ayant pour nom et qualité « l’intellectuel collectif », que Bourdieu appelle de ses vœux dans ces phrases ? « C’est là que l’intellectuel collectif peut jouer son rôle, irremplaçable, en contribuant à créer les conditions sociales d’une production collective d’utopies réalistes. Il peut organiser ou orchestrer la recherche collective de nouvelles formes d’action politique, de nouvelles façons de mobiliser ou de faire travailler ensemble les gens mobilisés, de nouvelles façons d’élaborer des projets et de les réaliser en commun. » (Note 32) N’est-ce pas là une foule réunie et suivant un idéal unanime et mutuel que Bourdieu espère ? « Le mouvement social européen qu’il s’agit de créer a pour objectif une utopie, c’est-à-dire une Europe dans laquelle toutes les forces sociales critiques, aujourd’hui très diverses et très dispersées, seraient suffisamment intégrées et organisées pour être une force de mouvement critique… »

Alors, s’il faut comprendre les « foules » auxquelles notre société est menacée de se réduire, s’il faut les comprendre dans tous les sens du terme pour les faire accéder à un nouvel élan susceptible de nous porter vers un monde moins chaotique, moins injuste et moins douloureux, alors cette Psychologie des foules est encore plus à lire ou à relire.

Fin.

Notes

Note 1: Nous soulignons. (Retour à l'appel de note 1)
Note 2: Citations extraites de : Tocqueville (A.), De la démocratie en Amérique – 1ère édition : 1835-1840. (Cet ouvrage est édité dans cette collection des Classiques des sciences sociales.) (Retour à l'appel de note 2)
Note 3: Lire par exemple dans le dictionnaire du lexicographe Émile Littré, ouvrage décrivant la langue en usage à l’époque de Le Bon, à l’article « foule » : « 1- Terme d'arts. Action de fouler les draps ; préparation qu'on leur donne en les foulant par le moyen d'un moulin, afin de les rendre plus serrés et plus forts. 2- Terme de chapelier. Opération par laquelle on foule les feutres dans une cuve pleine de liquide. Ouvriers à la foule. Cuve à la foule. Atelier où l'on foule. Aller à la foule. (…) 5- Fig. Ce qui foule les hommes, comme fait le métier à fouler, oppression, vexations (vieilli en ce sens). (…) 6° Presse qui résulte d'une grande multitude de gens, et, par suite, cette multitude elle-même. (…) 7° Le vulgaire, le commun des hommes. La foule ignorante et capricieuse. (…) Se tirer de la foule, se distinguer, s'élever au-dessus du commun. (…) 8- Par extension, grand nombre. (…) » (Retour à l'appel de note 3)
Note 4: Tarde (G.), Les lois sociales, Chapitre un : Répétition des phénomènes – 1ère édition : 1898. (Cet ouvrage est édité dans cette collection des Classiques des sciences sociales). (Retour à l'appel de note 4)
Note 5: Cf. Durkheim (E.), Le suicide, Livre premier, chapitre IV : L’imitation. 1ère édition : 1897. (Cet ouvrage est édité dans la collection des Classiques des sciences sociales). (Retour à l'appel de note 5)
Note 6: Comte (A.), Cours de philosophie positive, Première leçon – 1ère édition : 1830. (Cet ouvrage est édité dans cette collection des Classiques des sciences sociales.) (Retour à l'appel de note 6)
Note 7: Durkheim (E.), De la division du travail social, Conclusion – 1ère édition : 1893. (Cet ouvrage est édité dans cette collection des Classiques des sciences sociales.) (Retour à l'appel de note 7)
Note 8: Durkheim (E.), Les règles de la méthode sociologique, chapitre V, section 1 (Cet ouvrage est édité dans cette collection des Classiques des sciences sociales). (Retour à l'appel de note 8)
Note 9: Durkheim (E.), Le suicide, Livre III, chapitre premier, section 3. (Retour à l'appel de note 9)
Note 10: Nous soulignons. (Retour à l'appel de note 10)
Note 11: Durkheim (E.), Les règles de la méthode sociologique, chapitre premier. (Retour à l'appel de note 11)
Note 12: Cf. Freud (S.), Totem et tabou (1ère édition : 1912). (Cet ouvrage est édité dans la collection des Classiques des sciences sociales.) (Retour à l'appel de note 12)
Note 13: Freud (S.), Psychologie des foules et analyse du moi, in Essais de Psychanalyse, Paris, Petite Bibliothèque Payot, chapitres 2-3 et 8-12 – 1ère édition : 1921. (Cet ouvrage est édité dans cette collection des Classiques des sciences sociales). (Retour à l'appel de note 13)
Note 14: Après G. Le Bon et S. Freud, dans le cours du vingtième siècle et jusqu’à nos jours, tout un mouvement de spécialistes en psychanalyse, psychologie, psychiatrie, psychologie sociale et autre psychosociologie, étudieront les diverses actions d’influence du groupe sur les individus le composant. La psychologie sociale américaine, entre 1930 et 1960, multiplie les expériences prenant pour objets de « laboratoire » les conditionnements exercés par la vie collective sur les représentations et les pratiques des personnes, autour des thématiques du « pouvoir », de la « décision » et du « changement », avec par exemple S. Milgram, K. Lewin, R. Lippitt, R. Withe, H. J. Leavitt, L. Festinger… (Le lecteur trouvera l’essentiel de ce corpus dans cet ouvrage : Psychologie sociale, Textes fondamentaux anglais et américains, choisis, présentés et traduits par André Levy, Paris, Dunod, 1978). En France, c’est notamment avec S. Moscovici (L’âge des foules), influencé par Le Bon, que la psychologie sociale se développe (cf., sous sa direction, La psychologie sociale). Aux U.S.A. comme en Europe, les influences du groupe sur les individus seront prises en compte et utilisées dans les « psychothérapies de groupes ». Dans ce cadre, citons surtout des auteurs comme D. Anzieu (Le groupe et l’inconscient. L’imaginaire groupal) et R. Kaës (L’appareil psychique groupal), lesquels étudient les divers processus affectant la conscience, l’affectivité et l’imaginaire des individus dans les « goupes fusionnels », et donnent aux descriptions et théories de Le Bon des développements et des prolongements significatifs. (Retour à l'appel de note 14)
Note 15: Durkheim (E.), De la division du travail social, livre 1, chapitre 2, section 3. (Retour à l'appel de note 15)
Note 16: Durkheim (E.), Le suicide, Livre III, chapitre premier, section 3. (Retour à l'appel de note 16)
Note 17: Durkheim (E.), Les formes élémentaires de la vie religieuse, Conclusion. (Cet ouvrage est édité dans cette collection des Classiques des sciences sociales). (Retour à l'appel de note 17)
Note 18: Nous pourrions, en sortant du cadre strict de la sociologie et des sciences sociales, procéder à une excursion dans la psychologie dite « génétique » d’un Jean Piaget (1896-1980), pour y rencontrer des travaux nous paraissant, dans une autre dimension, confirmer les thèses de Durkheim, Piaget montrant notamment que c’est la vie dans le groupe qui permet au psychisme de l’enfant de progresser vers la pleine maturité en le faisant sortir de l’égocentrisme intellectuel et moral qui initialement l’enferme dans des erreurs de représentation et des contradictions affectives. Cf. Piaget (J.), Six études de psychologie et : Piaget (J.), Inhelder (B.), La psychologie de l’enfant. (Retour à l'appel de note)
Note 19: Bernstein (B.), Langage et classes sociales – Codes socio-linguistiques et contrôle social, Paris, Les Éditions de Minuit, 1980, p. 29. et pp. 197-198. (Retour à l'appel de note)
Note 20: « Puissance magique des mots et des formules. - La puissance des mots est liée aux images qu'ils évoquent et est indépendante de leur sens réel. » : quand Le Bon dit cela, n’énonce-t-il pas le principe sur lequel repose la publicité de masse du monde moderne ? (Retour à l'appel de note)
Note 21: Marx dit ainsi, avec Friedrich Engels, : « on ne part pas de ce que les hommes disent, s'imaginent, se représentent, ni non plus de ce qu'ils sont dans les paroles, la pensée, l'imagination et la représentation d'autrui, pour aboutir ensuite aux hommes en chair et en os; non, on part des hommes dans leur activité réelle, c'est à partir de leur processus de vie réel que l'on représente aussi le développement des reflets et des échos idéologiques de ce processus vital. (…) De ce fait, la morale, la religion, la métaphysique et tout le reste de l'idéologie, ainsi que les formes de conscience qui leur correspondent, perdent aussitôt toute apparence d'autonomie. (…) Ce sont au contraire les hommes qui, en développant leur production matérielle et leurs rapports matériels, transforment, avec cette réalité qui leur est propre, et leur pensée et les produits de leur pensée. » Marx, (K.), Engels (F.), L’idéologie allemande - Partie A : De l’idéologie en général… 1ère édition : 1845. (Cet ouvrage est édité dans cette collection des Classiques des sciences sociales.) (Retour à l'appel de note)
Note 22: Comte, (A.), Cours de philosophie positive, Première leçon. (Retour à l'appel de note)
Note 23: Cf. Boudon (R.), La logique du social, Paris, Hachette - Points, 1994. (Retour à l'appel de note)
Note 24: Weber (M.), Essais sur la théorie de la science, Paris, Plon, Collection Agora, 1992, (1ère édition : 1922), p. 305 et p. 306. (Ouvrage à paraître dans la collection des Classiques des sciences sociales) (Retour à l'appel de note)
Note 25: Weber (M.), L’éthique protestante et l’esprit du capitalisme, chapitre premier, section 3 et chapitre deux, section 2. – 1ère édition : 1901. (Cet ouvrage est édité dans la collection des Classiques des sciences sociales). (Retour à l'appel de note)
Note 26: Weber (M.), Économie et société - Les catégories de la sociologie, Paris, Plon, Pocket Agora, 1995, p. 289. (1ère édition : 1922) (Retour à l'appel de note)
Note 27: Weber (M.), Le savant et le politique, Paris, Union Générale d’Éditions, 1963, p. 126 et p.172. (1ère édition : 1919). (Ouvrage à paraître dans la collection des Classiques des sciences sociales.) (Retour à l'appel de note)
Note 28: Le Bon ne dit-il pas justement, à propos des communications, que les « images » spectaculaires sont les seuls messages adaptés aux foules ? (Retour à l'appel de note)
Note 29: Voir nos deux ouvrages : Dantier (B.), Séparation ou désintégration de l’École ? – L’espace-temps scolaire face à la société, Paris, L’Harmattan, Logiques sociales, 1999 ; Dantier (B.), Les sciences de l’éducation et l’institution scolaire – Les rapports entre savoir de l’École, pédagogie et société, Paris, L’Harmattan, Logiques sociales, 2001. Par ailleurs, à propos d’éducation et d’enseignement, nous invitons l’enseignant, en utilisant tout ce que cette Psychologie des foules peut nous apprendre, à juger des conséquences psychosociologiques des grands rassemblements de « foules » qu’accomplit d’une façon presque permanente le système scolaire au sein d’une salle de classe, au sein d’un établissement et au sein du territoire national. Les problématiques susceptibles d’être posées seraient alors celles-ci : Ces rassemblements permanents sont-ils facteurs de la production d’une personnalité juvénile spécifique qui ne se développerait pas en d’autres circonstances ? Cette production est-elle sans inconvénient pour la population juvénile en particulier et pour la société en général ? (Retour à l'appel de note)
Note 30: Nous soulignons. (Retour à l'appel de note)
Note 31: Bourdieu (P.), Contre-feux, Paris, Liber – Raisons d’agir, 1998. (Retour à l'appel de note)
Note 32: Bourdieu (P.), Contre-feux 2, Paris, Liber – Raisons d’agir, 2001. (Retour à l'appel de note)

Retour au texte de l'auteur: Bernard Dantier, sociologue Dernière mise à jour de cette page le mardi 20 février 2007 8:09
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur au Cégep de Chicoutimi.
 
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