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Collection « Les sciences sociales contemporaines »

Développement de l'enseignement supérieur classes sociales et luttes nationales au Québec.” (1980)
Introduction


Une édition électronique réalisée à partir de l'article de Pierre Dandurand, Marcel Fournier et Léon Bernier, “Développement de l'enseignement supérieur classes sociales et luttes nationales au Québec.” Un article publié dans la revue Sociologie et sociétés, vol. 12, no 1, avril 1980, pp. 101-131. Montréal: Les Presses de l'Université de Montréal. Numéro intitulé: “Éducation, économie et politique”. M. Pierre Dandurand, maintenant décédé, était sociologue à l’INRS. [Autorisation accordée par Mme Renée B.-Dandurand, veuve de l’auteur, le 18 février 2004.]

Introduction

L'enseignement supérieur constitue de toute évidence une instance importante dans la formation des classes dirigeantes des sociétés industrielles avancées. Même dans le champ proprement économique, l'obtention de titres scolaires est de plus en plus une condition d'accès - non suffisante mais souvent nécessaire - à des postes supérieurs dans les grandes entreprises privées ou publiques [1]. Dans les sociétés dépendantes tel le Québec, cette contribution du système d'enseignement supérieur à la formation des classes dirigeantes est très manifeste, mais elle prend une forme et une importance singulière dans la mesure même où cette situation de dépendance implique une inféodation sur le plan économique et que cette inféodation ne trouve sa contre-partie que dans une appropriation du politique et tout spécialement, de l'idéologique ou du culturel comme moyens essentiels de distinction et d'affirmation : les seules positions de pouvoir (et de prestige) facilement accessibles à des autochtones se situent dans le champ politique et dans le champ idéologique ou intellectuel. Quant à la marginalisation même de la moyenne bourgeoisie locale, qui est affaiblie par les pouvoirs économiques étrangers et qui est reléguée à des positions secondaires au sein du processus d'industrialisation, elle s'exprime dans divers particularismes du système universitaire : absence de mouvements de réformes au XIXe siècle, faible articulation entre l'enseignement et la production industrielle et la recherche d'innovations technologiques, faiblesse des enseignements proprement scientifiques, etc. 

Mais reflet d'une situation de dépendance, le système d'enseignement universitaire n'en constitue pas moins un instrument de modification des rapports de dépendance : la formation d'une « élite » permet en effet d'assurer la survie du groupe ethnique francophone, d'occuper le champ politique local et aussi d'accroître l'espace limité du champ économique. Et à partir du moment où l'État (provincial) acquiert au plan social et politique une plus grande centralité, le système d'enseignement universitaire, qui est la principale voie d'accès aux postes supérieurs de la fonction publique et parapublique, apparaît un enjeu très important, indissociablement social (ou de classe) et national : mécanisme important de reproduction (ou de reconversion) sociale de fractions de la petite et de la (moyenne) bourgeoisie francophone, l'institution universitaire devient aussi un instrument privilégié de mobilité collective ou de promotion nationale. 

Dès lors, la fonction du système universitaire ne se réduit pas à une simple reproduction des classes dominantes ou bourgeoises, ni ne se résume, selon l'analyse économiste de la formation de la force du travail, à la seule qualification d'une main-d'œuvre hautement qualifiée [2] : toute la difficulté - et aussi le paradoxe - d'un système universitaire tel le système universitaire québécois est de devoir remplir simultanément ces diverses fonctions tout en tentant de modifier les rapports de force entre groupes francophones et anglophones [3]. 

Dans le cadre du présent article, nous analyserons dans une perspective historique le mode de recrutement social des institutions d'enseignement supérieur québécois ou pour être plus précis, les stratégies des diverses classes et fractions de classes (à la fois anglophones et francophones) à l'égard de ces institutions [4]. Quatre aspects du développement du système scolaire retiendront notre attention : 1) l'intervention de l'État et la mise sur pied d'un enseignement spécialisé, 2) le rôle des collèges classiques et la « crise des vocations » 3) la réforme scolaire et la « démocratisation fictive » du système universitaire francophone et 4) les luttes nationales autour de la place des francophones et des anglophones dans le système universitaire québécois. Principalement la période dite de la « révolution tranquille » sera l'objet d'une analyse attentive : cette période marque-t-elle vraiment, comme on l'admet communément, une rupture par rapport à un ordre scolaire antérieur et l'amorce d'une plus grande démocratisation du système d'enseignement universitaire québécois ? Nous verrons, sur la base des données recueillies en 1978 [5] auprès de la population étudiante des diverses universités québécoises, que même s'il y a eu un accroissement considérable de cette population, le recrutement social au niveau de l'enseignement supérieur n'a guère changé ; tout au plus le système d'enseignement contribue, depuis le début des années 1960, à modifier, partiellement faut-il préciser, la structure des rapports entre les groupes ethniques francophones et anglophones.


[1]     P. Bourdieu, L. Boltanski, et M. de Saint-Martin, « Les stratégies de reconversion », Information sur les sciences sociales, XII, 5, 1974, pp. 61-113.

[2]     S. Bowles et H. Gintis, Schooling in Capitalist America, New York, Basic Book, 1976.

[3]     Louis Maheu, Enseignement supérieur et structure sociale : les fonctions sociales de l'Université québécoise, Paris, EPHE, thèse de troisième cycle, 1974.

[4]     Notons que les universités québécoises n'ont pas le parfait monopole de la formation d'une main-d'œuvre dite hautement qualifiée. Elles ne contrôlent donc qu'une partie du marché. Une proportion significative, environ 25%, de cette main-d'œuvre a reçu sa qualification sur le marché universitaire canadien ou mondial. (Voir : Guy Girard et coll., les Stocks de ressources humaines hautement qualifiées du Québec et la production des universités québécoises, Étude no 2, Québec, Office de la langue française, 1978.) S'il y a, c'est bien connu, une mondialisation de l'économie il y a aussi indéniablement une mondialisation spécifique de la diplomation. Ainsi dans un cas comme le Québec qui n'est pas une société de l'extrême centre, le réseau universitaire reste tributaire et dans un état de plus ou moins grande subordination, vis-à-vis des institutions universitaires situées dans des sociétés qui dominent sur le plan économique et culturel.

[5]     P. Dandurand, M. Fournier et C. Hétu, Conditions de vie de la population étudiante universitaire québécoise, rapport soumis à la Commission d'études sur les universités, Montréal, Département de sociologie, Université de Montréal, 1979. On notera que les informations statistiques concernant les étudiants universitaires québécois en 1978 réfèrent à cette étude. Ces informations ont été recueillies auprès d'un échantillon stratifié de 1617 étudiants inscrits dans différentes universités québécoises.


Retour au texte de l'auteur: Pierre Dandurand (sociologue décédé en 1995), INRS-urbanisation Dernière mise à jour de cette page le dimanche 8 avril 2007 19:17
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur de sociologie au Cégep de Chicoutimi.
 
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