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Collection « Les sciences sociales contemporaines »

Les rites de possession chez les Gaddis du Dhaulâdhâr
(Himachal Pradesh, Inde): spiritualité, guérison, société
(2007)
Résumé


Une édition électronique réalisée à partir de la thèse de doctorat de Daniel Côté, Les rites de possession chez les Gaddis du Dhaulâdhâr (Himachal Pradesh, Inde): spiritualité, guérison, société. Thèse présentée à la Faculté des études supérieures en vue de l’obtention du grade de doctorat (Ph.D.) en anthropologie, à l'Université de Montréal, mars 2007, 470 pp. [Autorisation de l'auteur de diffuser sa thèse de doctorat dans Les Classiques des sciences sociales accordée le 11 juin 2008.]

Résumé

 

Cette thèse porte sur les rites de possession pratiqués chez les Gaddis du Dhaulādhār en Himachal Pradesh (Inde du Nord), un peuple agro-pastoral semi-nomade que les autorités indiennes et l’anthropologie officielle définissent comme une Scheduled Tribe. Pour la réaliser, j’ai observé plusieurs rites de possession qui s’inscrivent parfois dans une démarche médiumnique ou d’absorption mystique, et parfois dans une démarche d’exorcisme ou de guérison. Mon attention s’est arrêtée sur l’expérience subjective personnelle de ceux et celles qui en sont les spécialistes ou qui en furent victimes. 

Pour mieux comprendre cette expérience subjective de la possession, j’ai interrogé une vingtaine de spécialistes religieux, médiums et guérisseurs-exorcistes qui m’ont livré leur témoignage sur leur expérience de la possession. Les témoignages recueillis donnent accès à la cosmologie et au système de sens et de valeurs qui organisent la vie quotidienne des spécialistes religieux interrogés et, dans une certaine mesure, qui organisent la vie des Gaddis en général. Dans la vision du monde des Gaddis, les divinités et les esprits –lesquels peuvent être bienveillants ou malveillants- sont étroitement liés à la vie des hommes et des femmes. Ils interviennent directement dans la vie quotidienne en provoquant sécheresse, mortalité, maladies, malédiction personnelle et familiale, mais ils ont aussi le pouvoir d’apporter la richesse, l’abondance, la guérison et le bonheur. Bref, les dieux tels que les conçoivent les Gaddis sont des vecteurs de stabilité et d’instabilité, d’ordre et de désordre. Ils peuvent même, à travers certaines institutions sociales, amener un fidèle sur la voie de la transcendance et de la spiritualité qui peut favoriser l’émergence d’états d’exaltation mystique. Cet état d’exaltation est perçu localement comme un état de samãdhi, c’est-à-dire un état de concentration intense qui est généralement associé à la discipline du yoga dans la littérature sanscrite, mais qui correspond, dans la religion populaire des Gaddis, à l’incorporation d’une divinité dans le corps du « possédé ». Dans tous les cas, les hommes et les femmes Gaddis se sentent souvent tributaires de la volonté des divinités et des esprits qui peuplent avec eux la terre de Siva (Siva-bhumi) ou Gadderan, qui sont des noms utilisés par les Gaddis pour désigner leur territoire situé dans le district de Chamba en Himachal Pradesh (Inde du Nord).

Les rites de possession que j’ai observés relèvent de deux grandes institutions sociales : la médiumnique et l’exorcistique. J’ai pu constater, à l’instar de nombreux auteurs, que la possession était un lieu d’apparition d’un discours fortement chargé sur le plan émotif. L’individu possédé n’est pas que l’acteur passif d’un rituel bien rodé par le travail du temps ; il en est aussi un sujet actif dont la capacité d’élocution ou la force de conviction a le pouvoir d’entraîner l’ensemble des participants. En canalisant une partie de la charge émotive accumulée chez le sujet, l’expérience personnelle de la possession possède ainsi une dimension sociale ou qui se lie à la structure objective du rite. Je dirais que la sensibilité aiguë du sujet et son ancrage historique et social en font un ultime représentant de sa société (ou d’une frange de celle-ci) et des préoccupations de cette dernière. 

Je conçois la possession comme un mode d’expression qui opère au lieu où l’accumulation de tensions atteint un seuil critique et où il existe un risque d’éclatement ou de perturbation. Elle peut canaliser ainsi des sentiments d’incertitude ou d’insécurité qui animent des personnes et des collectivités locales dans un contexte donné. Les rituels de possession procèdent d’un espace symbolique complexe à l’intérieur duquel l’expérience personnelle de la possession s’articule. Chaque possession permet ainsi une certaine re-actualisation du rituel et une certaine re-création du sens de ce dernier au lieu de n’y voir que des pratiques répétitives et statiques que l’on présenterait comme les rémanences de religions anciennes et archaïques — ce que le rituel de possession peut être sous certains aspects, mais la fonction et le sens de la possession vont beaucoup plus loin que ça. Elle crée un espace réflexif qui permet aux personnes de se reconstruire un sens de soi, tout comme, au niveau des collectivités locales, un remaniement des identités peut s’opérer et retravailler des liens sociaux fragilisés ou rompus. La possession se produit donc à l’interface du personnel et du collectif. Elle met aussi en scène un discours et une pratique qui sont fortement chargés émotionnellement, ce qui concourt probablement à l’efficacité rituelle que la population lui attribue. Cette thèse propose certaines pistes de réflexion pour comprendre et penser une telle efficacité rituelle en se fondant en grande partie sur des récits d’expériences personnelles de possession. Ainsi, le titre La possession chez les Gaddis du Dhaulãdhãr (Himachal Pradesh, Inde) : spiritualité, guérison, société, indique trois aspects importants de la possession qui ressortent des récits que j’ai recueillis et que je propose de décrire et de discuter dans cette thèse. 

Mots-clefs: anthropologie, possession, rites de guérison, expérience religieuse, expérience mystique, interactions sociales, narration. 



Retour au texte de l'auteur: Jean-Marc Fontan, sociologue, UQAM Dernière mise à jour de cette page le samedi 19 juillet 2008 9:15
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur de sociologie au Cégep de Chicoutimi.
 
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