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Collection « Les sciences sociales contemporaines »

Une édition électronique réalisée à partir de l'article d'André CORTEN, “Criminalité et imaginaire de la criminalité.” Un chapitre publié dans le livre d’André CORTEN, Diabolisation et mal politique. Haïti : misère, religion et politique. Chapitre 7, pp. 125 à 138. Montréal: Éditions du CIDIHCA, 2000, 245 pp. [Autorisation formelle de l'auteur accordée par l'auteur le 22 mars 2016 de diffuser ce texte en libre accès dans Les Classiques des sciences sociales.]

[125]

André CORTEN

“CRIMINALITÉ ET IMAGINAIRE
DE LA CRIMINALITÉ.”

In Diabolisation et mal politique. Haïti : misère, religion et politique. Chapitre 7.

1. Les « facteurs » de criminalité [126]
2. L'imaginaire de la criminalité [128]
3. La nudité des rapports de domination [130]
4. Indistinction des crimes de « droit commun » et de crimes politiques [132]
5. Impunité [134]
6. Victimes et promiscuité [137]


Le mal politique ne se confond pas à la criminalité. Il n'est pas une infraction au droit positif. Le mal politique ne se confond pas non plus aux crimes politiques. En formulant cette seconde proposition, et en corollaire l'indistinction existant parfois entre les deux types de crimes, on soulève la question de l'imaginaire de la criminalité. Le crime est-il une infraction ou est-il une menace ? En fait, l'imaginaire de la criminalité bien plus que les crimes eux-mêmes ont une signification politique. L'imaginaire latino-américain n'est pas seulement celui du réalisme magique [1], il est aussi celui de la criminalité. Et cet imaginaire n'est pas sans rapport en Haïti avec le mal politique.

Avec un taux de 20 homicides pour 100 000 habitants (1998), l'Amérique latine est la région la plus violente du monde. Statistiquement, Haïti est en dessous de la moyenne. Elle est bien après la Colombie, la Jamaïque, le Brésil et le Venezuela. En Haïti, la peur des « classes dangereuses » [2] de la part des classes aisées et moyennes n'est pas proportionnelle au taux de criminalité. Cette peur croissante est par contre proportionnelle à l'état infâme dans lesquelles les masses sont maintenues. Elle exprime au plan de l'imaginaire la nudité des rapports de domination. Sur ce point, elle est dans un rapport à définir avec la problématique du mal politique. Par ailleurs, l'indistinction en Haïti entre crimes de droit commun et crimes politiques est directement liée à l'impunité. Les crimes politiques sont, comme dit Hurbon [3], des « actions préventives » contre d'autres factions. L'impunité maintenue au plan de la société détruit le rapport (privé) de soi avec soi-même et le jugement sur ses droits humains fondamentaux. Le crime devient symbole de promiscuité.

[126]

7.1. Les « facteurs » de criminalité

Selon les experts de la Banque Mondiale, la pauvreté n'est pas directement un facteur de criminalité. De même selon ceux-ci, en améliorant, à un coût très réduit, l'aménagement urbain, c'est-à-dire l'éclairage, la réparation de téléphones publics et l'alignement des routes, il est possible de réduire la criminalité. Ces experts voient la criminalité comme un facteur nuisant au développement. Son coût pèse lourdement sur le développement. Il suffirait parfois, disent-ils, de 0.1 à 0.5% du PNB pour résoudre des problèmes de base de l'infrastructure urbaine [4].

Ces mêmes experts croient aussi que les facteurs permettant d'identifier les populations à risque aux États-unis sont valables en Amérique latine. Ils citent ainsi des études selon lesquelles 70% des délinquants juvéniles violents ont été abusés par un membre de leur famille, que la moitié des prisonniers viennent de familles monoparentales, que 60% des jeunes et 25% des adultes incarcérés ont des parents qui abusent de l'alcool ou de la drogue. Ils soulignent que la consommation d'alcool a augmenté considérablement dans plusieurs pays d'Amérique latine entre 1970 et 1989. Autre facteur : l'abandon scolaire précoce dans les familles monoparentales [5] à faible revenu où le jeune essaie de compléter les ressources du ménage. Ce facteur est renforcé lorsque le jeune se trouve sans emploi (un lien direct entre chômage et violence n'est cependant pas prouvé). La fréquence de la délinquance est évidemment tributaire de l'environnement. Dans un milieu où la délinquance est forte, la possibilité pour un jeune de devenir lui-même délinquant est élevée. Ainsi, on observe que beaucoup de prisonniers ont un frère qui est ou a été en prison [6]. Enfin, la violence à l'encontre des femmes a été ciblée par toutes sortes d'organisations. Si ces organisations n'ont pas pu diminuer les cas d'agression, elles ont permis cependant à un plus grand nombre d'agressions d'être déclarées par les femmes.

Les statistiques sur les homicides ne sont pas très fiables. Ingrédient inévitable de discussion sur le thème de la criminalité. Aux statistiques publiées par la Banque Mondiale, sont ajoutées dans le tableau suivant des estimations pour la Jamaïque et pour Haïti. Ces estimations sont reprises à Port-au-Prince par les milieux gouvernementaux pour justifier d'une situation non alarmante. On peut aussi se rapporter au Rapport de la MICIVIH (Mission Civile Internationale en Haïti OEA/ONU), celle-ci ne faisant état que des meurtres liés à des agents de police, des groupes para-miliaires ou des brigades de vigilance. La MICIVIH constate, dans son [127] rapport trimestriel avril-juin 1999, un accroissement de près de 80% des meurtres attribués à la police ou à des brigades de vigilance dans lesquelles « des éléments de la police ont été accusés d'êtres impliqués » [7].

Tableau 1 Taux d'homicides par 100 000 habitants (1990)

Colombie

89.5

Jamaïque

33.1

Brésil

19.7

Mexique

17.8

Venezuela

15.2

Trinidad et Tobago

12.6

Pérou

11.5

Panama

10.9

Equateur

10.3

États-Unis

10.1

Haïti

7.2

Argentine

4.8

Costa Rica

4.1

Uruguay

4.4

Paraguay

4.0

Chili

3.0

Sources: Ayres, Robert L., Crime and Violence as Development Issues in Latin America and the Caribbean, Washington, World Bank, 1998. Jamaïque et Haïti: Caribbean New Agency, June 1999.


En Haïti bien plus qu'ailleurs, les conditions physiques et sociales du paysage urbain sont de nature à favoriser la violence et le crime. En dehors des quartiers réservés aux classes aisées, Port-au-Prince, de même que plusieurs villes de province, sont d'immenses dépotoirs. Les infrastructures urbaines sont ravagées et les agents de désagrégation familiale et sociale considérés comme facteurs de criminalité sont particulièrement virulents. Le décrochage scolaire, le taux de familles monoparentales, les enfants vendus comme domestiques, le chômage, l'insalubrité et l'entassement devraient faire d'Haïti un des pays au taux de criminalité le plus élevé du monde. Un petit livre portant sur Cité Soleil essaie d'aller à l'encontre de ce qui, dans ce déterminisme, pourrait être porteur de préjugés. Sans doute l'insécurité règne dans ce bidonville dont l'insalubrité est manifeste. Construite sur d'anciens marais et inondée une partie de l'année, Cité Soleil qui aurait plus de 300 000 habitants (peut-être [128] 500 000) n'a que peu de rues praticables en tout temps. Les logements exigus (souvent dix personnes dans deux pièces) sont perdus dans la boue, ils sont sans installation sanitaire - les gens devant se rendre sur des décharges publiques (dans certains secteurs, des latrines collectives sont ouvertes de 6h du matin à 6h du soir), les toits sont le plus souvent percés obligeant le séchage quotidien des literies en saison des pluies. Dans ces quartiers, les armes à feu sont répandues et les agressions à la machette passent souvent le stade des menaces. Les bandes y font souvent la loi, surtout la nuit tombée. Les véhicules sont attaqués et les passagers dévalisés. L’« armée rouge » fait la légende aussi de la Cité Soleil. « De l'avis des jeunes qui les connaissent, rapporte Anne-Marie Colomé dans son récit, ...ils ne sont pas aussi nombreux que la rumeur (et les médias) le laisse croire. Une vingtaine sans doute, répartis dans les huit quartiers du bidonville, soit deux ou trois pour chacun d'entre eux. Ils n'ont aucune idéologie et n'ont d'autre but que d'assurer, par les armes et le vol, leur subsistance et la possession de ce qui leur fait envie. Dangereux, certes, car fortement armés et n'hésitant pas à tirer » [8]. Mais ajoute Anne-Marie Colomé, « ils sont eux-mêmes victimes des grandes familles trafiquantes de drogue, qui les utilisent comme petits dealers ». Tout en rapportant le climat de peur [9], l'auteure tente de desserrer ainsi, en le faisant porter sur l'extérieur, l'étau du climat de menaces, de contrainte sourde et de mort violente [10]. Colomé fait le tableau de jeunes qui, malgré la boue, malgré les rats, malgré la promiscuité, ont de la volonté, de l'intelligence, de l'espoir et de l'humour. « La réputation de repaire de voyous de la Cité Soleil n'est pas justifiée », affirme-t-elle [11].

7.2. L'imaginaire de la criminalité

Les experts d'aujourd'hui s'entendent au moins sur un point avec les études classiques. La criminalité est directement liée à un processus accéléré d'urbanisation. L'image du crime est associée à une image de l'urbain. Mais contrairement à l'opinion des experts, pour des auteurs comme Chevalier, les questions d'infrastructure ne sont pas vraiment déterminantes. L'est au contraire la façon dont, dans la presse et la littérature, le thème du criminel est élaboré à partir d'images de l'urbain. Cette image, on le verra plus loin, est construite à partir de rapports sociaux. Le Paris de la première moitié du XIXe siècle est criminel en grande partie par l'image qu'on se fait de l'urbain, comme le Port-au-Prince d'aujourd'hui est criminel en fonction de l'image qu'on se fait de la ville et de ses bidonvilles. L'image de l'urbain de Paris est celle des quartiers du centre... « où la croissance complexe et désordonnée de la capitale, enchevêtrant ruelles, passages, cours et culs-de-sac, ... a multiplié un peu partout les coins et recoins favorables aux agressions de nuit et de jour, tant le jour [129] lui-même, en certains endroits, est semblable à la nuit » [12]. Cet enchevêtrement est porté par le tableau qui en est fait. Balzac, avec sa passion de la description, a tout autant contribué à l'image d'un Paris criminel que les taux mêmes de criminalité eux-mêmes. Hugo aussi. C'est dans l'opinion que la criminalité se fait. Mais l'image de l'urbain n'est pas seulement un agencement et un enchevêtrement d'espaces, elle est aussi la valeur qu'on accorde à la vie et à la mort.

Chevalier fait bien de rappeler que « les taux les plus élevés de mortalité ne désignent pas nécessairement les milieux où le problème de la mort joue le plus grand rôle. Bien au contraire, l'inquiétude à l'égard de la mort et le sentiment de la valeur de la vie se développent généralement dans les régions et aux époques où la mortalité est en baisse et même là où elle atteint les taux les plus bas » [13]. Ainsi en Haïti, le taux de mortalité infantile a sérieusement baissé ces dernières années (1980-1996) passant de 200 pour mille à 130 (moyenne des pays à bas revenus : 175 et 113) [14]. Il reste l'image des nouveau-nés mordus à mort par des rats [15]. Cette image est associée à une autre image très présente ces derniers temps aussi bien dans les études juridiques [16] ou sociologiques que dans les œuvres de fiction. C'est l'image de cadavres laissés dans la rue, exposés parfois plusieurs jours jusqu'à ce qu'ils soient dévorés par les chiens et les cochons.

Dans son recueil de nouvelles, Yanick Lahens (La petite corruption) [17], termine la nouvelle déjà citée (chapitre 2) par la description sordide qui suit.

« La décharge publique est à quelques mètres d'une mer sale et boueuse. C'est là que la ville exhibe ses tripes véreuses : carcasses en fer rouillé, bouteilles en plastique, charognes aux ventres éclatés, sandales, chaussures et pneus usagés. Le soleil se brise en éclats lumineux sur les tessons de bouteille, les débris de verre. C'est un paysage sans état d'âme. De petites particules noires dansent dans la fumée des pneus. Les rares passants ferment les yeux, se bouchent le nez. Les camions de la voirie jettent régulièrement des cadavres anonymes et ceux dont les mafieux et d'autres veulent se débarrasser. Deux chiens errants se disputent crocs tendus, les restes d'un corps. Un porc enfonce tranquillement son museau dans ce que les chiens veulent bien lui laisser : bras, jambes, thorax. La veille, les corps de David, de Steve et de Patrick, sont tombés du coffre de la Izusu noire, face contre terre dans un envol de mouches ».

[130]

Cette description renoue avec la mémoire de l'esclavage. James fait état d'administrateurs visitant en 1784 un marché aux esclaves. Ceux-ci « peignirent, dit-il, un tableau révoltant des morts et des mourants jetés pêle-mêle dans les immondices » [18]. Faisant référence au massacre de Fort-Dimanche le 26 avril 1986, Aristide note : « Les bennes de la ville entassaient les morts comme on accumule les ordures. Symbole du peu de respect de l'autorité pour la vie humaine dans ce pays. Quand les vivants ne jouissent pas des droits les plus élémentaires, les morts, même pour la liberté de leurs frères, ne sont que des déchets » [19].

7.3. La nudité des rapports de domination

Lorsque des centaines de milliers de personnes en sont réduites à vivre avec un « dollar haïtien » [20] ou parfois seulement une gourde par jour (cela veut dire tromper sa faim en croquant et suçant des cannes à sucre), qu'elles passent la moitié de leur nuit dans des logements inondés, qu'elles doivent circuler de jour dans des rues pleines d'immondices et d'égouts à ciel ouvert, que la ville, d'année en année, de décennie en décennie, apparaît de plus en plus comme un immense dépotoir tandis que par ailleurs, sur les hauteurs, les camions chargés de sable pour construire de nouvelles villas à l'ombre de bougainvilliers circulent sans arrêt, que des embouteillages journaliers se produisent à l'heure de sortie des écoles de Turgeau et qu'on voit circuler un nombre croissant de 4x4, que les gardes privés de sécurité se multiplient, on ne peut pas seulement s'arrêter à relever l'accroissement incontrôlé de la population urbaine et ses conséquences inévitables sur la détérioration d'un certain nombre de services. On doit bien prendre acte d'une imprévoyance coupable. Bien plus, on ne peut s'empêcher de constater du mépris, de l'arrogance, de l'insolence. L'absence d'une quelconque politique d'urbanisme et d'hygiène exprime l'indifférence totale des couches aisées face au mode de vie de la masse. On considère littéralement la masse comme des esclaves, comme du bétail. Pire encore, on ne doit même pas se soucier de les maintenir « en état de marche ». « Nous pouvons dire, affirme Dingan' Bazabas dans sa belle étude du Marché de rue en Haïti, que pendant [131] toutes ces années, et cela depuis la fin des années 50, Port-au-Prince n'a subi aucune action majeure d'aménagement pensé, ayant une incidence quelconque sur sa trame urbaine » [21].

À la fin des années 50, la population était estimée à 180 000 [22]. Aujourd'hui, elle compte probablement un 1,8 millions d'habitants. La population s'est ainsi multipliée par dix. Les classes aisées se réfugient derrière le classique argument de l'explosion démographique. Elles savent parfaitement bien que l'explication est nettement insuffisante. En effet, avec certes une croissance un peu moins brutale (300 000 à 2,4 millions ?), la capitale voisine, Santo Domingo, a connu urbanistiquement des changements majeurs. Dans ces grands projets urbanistiques menés tambour battant par Balaguer, il y a certes l'expression d'une domination de classe. Mais il s'agit d'une domination marquée d'une conception politique. Les projets urbains de Balaguer donnent l'apparence de répondre aux besoins de l'ensemble de la population, même s'ils profitent aux secteurs financiers et immobiliers et aux milieux d'affaires et de l'industrie [23].

En Haïti, les rapports de domination sont à nu. Rapports de totale insolence. Les milieux aisés ne paient pas leurs impôts [24] et aucune ressource n'est disponible pour des projets urbanistiques. Par ailleurs, ils résolvent les problèmes de manière privée en s'établissant dans des sites de plus en plus écartés du centre ; ils n'ont aucune motivation à investir dans des projets collectifs même si les perspectives de profit peuvent être grandes. Au mieux, ils considèrent les milieux pauvres à travers le discours de leurs employés de maison. Ils les voient dans des lunettes du privé. Au-delà de ce regard condescendant, les milieux populaires sont vus avec indifférence ou avec le mépris brutalement « naturel » accordé à du non humain.

Cette attitude de mépris rend compte de la peur que les masses populaires suscitent parmi les classes aisées. Dès que les masses prétendent intervenir ou participer [25], elles sont immédiatement vues comme des « classes dangereuses ». Elles sont perçues comme devant nécessairement prendre leur revanche de tant [132] d'humiliation et de tant d'exploitation. Cette peur de la revanche sociale est inscrite à travers la mémoire collective dans l'acte fondateur de la République d'Haïti. Aux jours de la révolte des esclaves, les plantations furent incendiées et les blancs massacrés. Cette peur inconsciente, puisque recouverte du mépris le plus total, donne son relief à la vision de la criminalité qu'ont les milieux aisés. Par corollaire, les criminels sont vus comme des non humains. On a passé d'un cran encore la conception du « barbare imaginaire ».

7.4. Indistinction des crimes
« de droit commun » et de crimes politiques


Dans le passé, les crimes de droit commun étaient rares en Haïti. Dans son étude de 1978 sur Crime et justice pénale en Amérique latine, José Rico de l'Université de Montréal conclut l'analyse sur Haïti en déclarant : « il n'existe pas, en Haïti, de grands voleurs et le meurtre ainsi que le suicide y sont extrêmement rares » [26]. En fait les crimes étaient souvent motivés par des intérêts individuels mais étaient couverts par l'appartenance à l'institution militaire ou plus encore à des groupes paramilitaires. On a rapporté dans de nombreux documents comment les crimes commis dans les campagnes étaient motivés par des comportements d'exaction des chefs de section et de leurs acolytes sur les paysans [27]. On a cité le chiffre de 200 000 [28]. En effet, une partie de la population tire avantage d'un régime dictatorial. C'est d'ailleurs ainsi que celui-ci parvient à se maintenir. Reprenant Zinoviev, Danroc va jusqu'à dire que « toute dictature, pour se maintenir, doit capter, au profit du groupe au pouvoir, les deux cinquièmes au moins de la population par la corruption et/ou par l'espoir illusoire d'accéder plus tard à la sphère du pouvoir » [29]. Quoi qu'il en soit, c'est par milliers que se comptent les victimes du duvaliérisme - on estime le nombre de 30 000 à 60 000 [30]. Aucune commission d'enquête n'a néanmoins été instituée pour en évaluer le nombre et tirer au clair les responsabilités, malgré les pressions de groupes de droits humains. La violence y atteint un seuil d'indiscrimination. Tout le monde peut en être l'objet [31].

[133]

1986 fait apparaître un néo-duvaliérisme. Ce sont les régimes militaires de Namphy et d'Avril. La violence continue à avoir un caractère d'indiscrimination. A partir des années 1988, on commence à parler de zenglendos [32]. On désigne par là des bandes de malfaiteurs. Mais dans l'acception commune, zenglendo connote une proximité avec une organisation de type paramilitaire. Christian Lionet du Journal "Libération les présente comme les « héritiers des tontons-macoutes ». Ils sont « manipulés » par les néo-duvaliéristes, la mafia de la contrebande et du trafic de drogue » et ont semé la terreur notamment de 1988 à 1990 [33]. Alex Dupuy assimile également zenglendos et macoutes.

Durant l'embargo [34], la contrebande a fleuri. Le trafic de drogue aussi. On peut supposer que non seulement les militaires mais le groupe des « attachés », le groupe paramilitaire du régime de facto (1991-1994), étaient directement impliqués dans ces trafics. Ils étaient aussi directement engagés dans une répression dont le caractère politique était particulièrement marqué. C'était bien les partisans du Président Aristide qui étaient menacés. Les rapports d'enquête l'ont montré [35]. Ce sont ces partisans qui ont été principalement assassinés ou torturés. Sans doute, il y a un certain nombre de cas de vengeance personnelle mais, « dans l'immense majorité des cas, il s'agit bien des victimes d'une répression organisée de façon systématique pour contenir par la terreur » la population [36]. Le nombre de personnes assassinées ou torturées atteignent sans doute les 10 000, les personnes arrêtées et battues sont cinq fois plus nombreuses. Enfin les personnes obligées de se cacher s'élèvent à 200 000, voire à 400 000 [37]. Une alarmante recrudescence est notée pour la période de janvier à juin 1994 [38].

Une Plate-forme des organisations haïtiennes des droits humains est mise sur pied un mois après le coup d'État [39]. Elle réunit des ONG haïtiennes mais [134] également des Haïtiens travaillant dans des ONG étrangères établies en Haïti. Cette Plate-forme joue un rôle important de liaison, y compris à l'échelle internationale, dans la dénonciation, des crimes et des viols, de coordination avec les programmes d'aide humanitaire [40] et de soutien aux personnes poursuivies et persécutées. Elle fournira une base à l'action des Commissions d'enquête mises en place au retour d'Aristide. Elle est aussi en contact étroit avec la MICIVIH qui joue un rôle contesté mais important [41].

Après le retour du Président le 15 octobre 1994, la violence ne cesse pas. Par exemple, durant la semaine du 25 mars 1995, environ 25 personnes sont assassinées à Port-au-Prince seulement. Beaucoup d'entre ces meurtres sont politiques, dit Stotzky [42]. Un certain nombre d'assassinats de pro-putschistes sont mis sur le compte d'Aristide. Des officiels américains laissent entendre que c'est le ministre de l'Intérieur qui a ordonné de les tuer [43]. La situation devient encore plus confuse lorsque la propre sœur du président Préval (qui est en même temps sa secrétaire privée) est grièvement blessée dans un attentat qui coûte la vie à son chauffeur. Bien que l'attentat soit mené en plein jour, les coupables n'ont pu être identifiés. Selon la version officielle, il s'agit d'un crime de droit commun. Des personnalités connues sont également assassinées dont le père Ti-Jean (Jean Pierre-Louis, partisan de la théologie de la libération), le sénateur Yvon Toussaint de l'Organisation du Peuple en Lutte ou l'ancien colonel Jean Lamy. En avril 2000, Jean Dominique, directeur de Radio Haïti Inter et proche du Président Préval, périt sous les balles. Le nombre de meurtres de personnalités liées à la politique aux élections de mai 2000 dépasse la dizaine.

Les États-Unis qui ont tant promu une politique de reconstruction du système judiciaire et ont notamment contribué à la formation de la nouvelle police (PNH), ont par ailleurs déporté en Haïti des criminels souvent nés aux États-unis. Irwin P. Stotsky, qui a été conseiller d'Aristide et de Préval sur la question des droits humains, rapporte que rien que d'octobre 1995 à juillet 1996, « les États-Unis ont déportés plus de 130 Haïtiens, dont 94 avec un dossier criminel » [44].

7.5. Impunité

En partie sous pression internationale, une loi d'amnistie est votée par le parlement le 7 octobre 1994 [45] (soit avant le retour d'Aristide) couvrant les crimes  [135] politiques de la période du régime de facto. On soutient par contre que les violations de droits humains sont imprescriptibles. Néanmoins, en dehors des procès bâclés, dont celui des tueurs de l'homme d'affaires pro-Aristide Antoine Izméry (procès Zimbabwe) et du ministre de la Justice Guy Malary [46], l'appareil judiciaire semble incapable de sanctionner ces violations. Le refus du gouvernement américain de livrer les archives du FRAPH (Front révolutionnaire armé pour le progrès haïtien) [47] est souvent invoqué pour expliquer cette impuissance. Il existe cependant une volonté obstinée de justice. Ainsi une Commission Nationale de Vérité et de Justice (CNVJ) est constituée par Aristide en mars 1995. Celle-ci a recueilli plusieurs milliers de plaintes [48]. De son côté, la mission d'observation des droits de l'homme de l'ONU publie ses conclusions [49]. Un certain nombre de massacres collectifs sont traités comme emblématiques. Parmi ceux-ci les deux massacres de Raboteau, un bidonville des Gonaïves. Juste après le coup d'État du 30 septembre, « le nombre de victimes battues est estimé à 80 personnes environ ... en plus des 7 blessés par balle et des 7 tués par balles » [50]. Le 22 avril 1994, « l'armée et les bandes paramilitaires du FRAPH prennent au piège, pendant la nuit, la population du bidonville. Milices armées et militaires en uniforme tirent dans les rues, défoncent avec rage les portes des maisons, torturent, tandis que des habitants fuient vers la mer. C'est là que d'autres militaires et membres du FRAPH, à l'affût dans des barques, tirent sur la foule. La commission justice et paix des Gonaïves estime "plus d'une vingtaine les tués à terre et sur la mer, à plus de 200 les personnes torturées et battues dont des femmes et des enfants, à plus d'une centaine les maisons saccagées et pillées, à plus de 5.000 les personnes ayant dû fuir le quartier après le massacre" » [51].

Le rapport de la Commision Nationale de la Vérité et de la Justice est remis au Président le 5 février 1996 [52] : Si m pa rele, 29 septembre 1991 — 14 octobre 1994 [53] Il est publié en septembre de la même année. La Commission nationale de vérité et de justice est une commission sans compétence pénale mais elle fait un certain nombre de recommandations. Faute d'un parlement opérationnel, puis faute d'un parlement tout court, les réformes du système judiciaire n'ont pas avancé. La fonction de la CNVJ est néanmoins plus civique ou politique que judiciaire. Il s'agit d'agir au plan de l'opinion sur le rapport entre crime, oubli et pardon. Sur ce plan depuis 1996, on [136] assiste à un très net recul dans la formation de la mémoire collective. Comme le rappelle Laënnec Hurbon, « le pardon ne présuppose pas l'oubli du crime, il ne s'exprime qu'après avoir identifié le crime comme tel, et surtout ne s'adresse qu'à celui qui reconnaît avoir causé un tort. Il n'y a de pardon, pour reprendre ici une formule de Pierre Legendre, que sur fond de l'impardonnable. Avoir violé des filles de dix ans, avoir tué dans leur lit des jeunes sans défense, avoir abattu des hommes et des femmes comme des chiens au coin des rues, c'est à proprement parler impardonnable » [54]. Le cynisme grandissant des acteurs politiques n'a fait qu'obscurcir la notion même d'impardonnable. Plus que le cynisme en tant que tel, c'est la désespérance face à cet anéantissement de la mémoire collective qui est un symptôme de l'installation du mal politique.

C'est un lieu commun d'affirmer que « la corruption et l'incompétence règnent sur le système judiciaire » [55]. Celui-ci reste inefficace malgré les réformes et l'augmentation des salaires des juges. En fait, la nouvelle Police d'Haïti distribue à ses agents des salaires trois fois supérieurs aux juges. Symbole des priorités données ! [56] D'ailleurs, « le respect de l'institution judiciaire haïtienne n'existe pas aux yeux des justiciables » [57]. Quelques causes ont été instruites et certains présumés coupables sont en prison. Mais dans l'état des choses, le public ne peut pas admettre le respect des droits de l'accusé lorsque les intérêts de la victime n'ont nullement été pris en compte. Pour Jean-Michel Biais, « cette situation déplorable constitue aujourd'hui l'obstacle le plus important à la création d'un pouvoir judiciaire indépendant » [58]. Hurbon, poursuivant sa réflexion, va plus loin en tentant de situer la question de la responsabilité individuelle dans le rapport crime/oubli/pardon. « S'il est admis que l'absence du sens de la responsabilité individuelle est la marque de la société haïtienne, dit-il, il est non moins vrai qu'un travail de dé-responsabilisation prend sa source dans l'État lui-même... » [59].

La difficile formation de la responsabilité individuelle en Haïti témoigne du caractère superficiel de l'implantation du catholicisme en Haïti et même d'un protestantisme traditionnel. Tant dans la conception persécutive du mal que dans se version positive pentecotiste, la responsabilité n'est pas vraiment individuelle. Cela n'empêche pas le discernement entre juste et injuste. Hurbon souligne justement que la dé-responsabilisation part de l'État. Il ne désigne pas le sous-développement de [137] l'institution judiciaire, mais l'indifférenciation sociale qu'il contribue, comme État faible, à maintenir. L'impunité doit être vue comme une conséquence directe de l'État faible, de son incapacité d'encourager et de structurer les processus de différenciation sociale. C'est dans ces processus que se précise la distinction entre le crime de droit commun et le crime politique.

Le crime politique élevé à son niveau le plus pur est celui de la violence de l'État justifiée par un ordre juridique. Dans l'histoire d'Haïti, le crime politique est une action préventive face à des groupes menaçants. Dans bien des cas des démarches procédurales sont incapables à régler les conflits. L'impunité est à cet égard la réplique de l'image de la criminalité. Celle-ci est vue comme la revanche de classe. L'impunité en est vue comme son corollaire. L'impunité traduit aussi la difficulté de maintenir dans la mémoire un espace public où se distingue le juste et l'injuste. Cette difficulté n'est pas nécessairement une impossibilité. La mémoire est un champ où travaille l'imaginaire religieux. On a vu la confusion existant au plan de la théologie de la libération tandis que de son côté le pentecôtisme élude la question de la culpabilité individuelle. Mais dans aucun des cas, l'imaginaire ne se laisse capter dans des formes statiques.

7.6. Victimes et promiscuité

Bien que la criminalité soit souvent rapportée dans les médias lorsqu'elle touche des personnes connues par leur statut social, elle affecte surtout les milieux populaires. Il y a une vision inversée des responsables et des victimes qui contribuent au processus de déshumanisation. L'impunité fait que la représentation de ce qui s'est passé ne peut jamais être faite sur un espace public. Aucun enchaînement des causes ne peut véritablement être rétabli. Or, encore aujourd'hui, la criminalité est surdéterminée par la généralisation de la torture durant le régime militaire. Et dans le rapport nu de domination de classe, la victime est vue comme un élément qu'on a réduit à un statut de non humain. La victime provenant des milieux de la misère était déjà réduite à ce statut dans sa vie de tous les jours. Après la torture, avec la peur ou la mémoire de celle-ci, elle s'y trouve confirmée.

La victime de la torture est un individu qui a été « privé de ses moyens de défense face à une violence écrasante, physique et/ou mentale » [60]. Dans cette inégalité fondamentale face à un pouvoir qui ne laisse pas la moindre possibilité d'opposition, elle a perdu, dans les horreurs qu'elle a vécues, toute notion de l'individu qu'elle est, tout rapport vis-à-vis d'elle-même. Elle vit durant des jours, des semaines et parfois des mois hébétée par la souffrance, la peur et la conscience d'une totale impuissance. [138] La victime l'est aussi au plan social. La répression s'attaque aux codes de représentations habituelles tellement fragilisées par la misère absolue. Elle s'attaque au propre cadre de vie de la victime [61]. La répression s'attaque aux représentations qu'on se fait, même dans la pauvreté la plus extrême, de la dignité. La répression ne brise pas seulement l'individu, elle brise les représentations sociales que son milieu se fait de la dignité.

La détention et la torture poussent aussi à son point d'abjection le plus radical la promiscuité. Et l'image renvoyée aux victimes est que ces situations exceptionnelles ne sont que la limite extrême d'une condition qu'elles vivent quotidiennement. Sans doute, les soins de réhabilitation des victimes peuvent impliquer la prise de conscience de l'anormalité de cet état quotidien de promiscuité et de désolation. Les ONG du Secteur Santé/Droits humains travaillent sur les conditions mêmes de la désolation. Elles fournissent une autre structure narrative où placer la vie de ces damnés de la terre [62]. Mais combien ont accès à ces soins ? Aspect paradoxal : « la victime, qui, à cause des violations subies, a eu accès à ces soins, parce que ces violations relevaient de violations spécifiques et reconnues des Droits de l'Homme, a eu en quelque sorte une chance inespérée et nouvelle, ce qui lui permet dans le même temps d'ouvrir la bouche sur d'autres plaintes auparavant indicibles. Peut-on aller jusqu'à dire que la/les violations des Droits de l'Homme deviennent la chance d'une vie ? En accédant aux soins médicaux, la victime se trouve placée sur une trajectoire nouvelle pour elle, celle du patient et de l'ordre médical qui prend pour principe de base le maintien de la vie et l'assistance thérapeutique, le droit à l'existence » [63].

L'inverse est aussi vrai. La promiscuité et la dégradation totale de la dignité humaine finissent par passer pour « normale ». Dans l'opinion des classes aisées, il n'y a pas de réelle distinction entre la bestialité telle que subie dans les prisons et celle qui est vécue quotidiennement par les « va-nu-pieds » dans la promiscuité des logements et des rues. Dans cette opinion, criminalité et promiscuité ne font qu'un et sont l'attribut des milieux populaires. Malgré leur culture humaniste éventuelle, les classes aisées deviennent, du fait de leur distance et leur mépris, curieusement très tolérantes à la pratique de la torture sur les déshérités et à leurs conditions infamantes d'arrestation et de détention. Il en est de même à l'égard des victimes d'exécutions sommaires ou de la terreur aveugle. Une différence radicale est faite néanmoins entre les victimes choisies pour leur notoriété et qui acquièrent ainsi une notoriété posthume nationale ou les victimes anonymes des quartiers populaires. C'est bien à l'anonymat du non humain que ces dernières sont renvoyées, leur cadavre n'étant même pas identifié.



[1] Chanady, Amaryll Béatrice, Magical Realism and the Fantastic: Resolred Versus / Unresolred Antinomy, New York, Garland Publishing, 1985.

[2] Chevalier, Louis (1958), Classes laborieuses et classes dangereuses à Paris, pendant la première moitié du XIXe siècle, Paris, Hachette, 1978.

[3] Hurbon, Laënnec, « Le crime, l'oubli et le pardon », Chemins critiques, Vol. 3, N° 3, janvier 1997 : 7-20.

[4] Ayres, Robert L., Crime and Violence as Development Issues in Latin America and the Caribbean, Washington, World Bank. Latin American and Caribbean Studies, Viewpoints, 1998 : 11-12.

[5] 60% des femmes haïtiennes sont à la tête d'une famille monoparentale.

[6] Ibid : 15-19.

[7] La MICIVIH relève cinquante meurtres attribués à des agents de la police dont les exécutions extrajudiciaires de Carrefour-Feuilles. Haïti en marche, Vol. XIII, N° 34, 29 septembre 1999.

[8] Colomé, Anne-Marie, Cité Soleil à Port au-Prince, Paris, L'Harmattan, 1997 : 75.

[9] Ibid., 51.

[10] Ayres, 1998.

[11] Colomé, 1997 : 98.

[12] Chevalier, 1978: 35.

[13] Ibid: 74.

[14] The World Bank, World Development Report 1998/99, Washington, 1998.

[15] Colomé, 1997 : 70.

[16] Blais, Jean-Michel, « Haïti à l'aube du XXIe siècle, d'un État de non-droit à un État de droit en matière légale », Rente juridique des étudiants et étudiantes de l'Université Laval, 97-15, Tiré à part.

[17] Yanick Lahens, la petite corruption, Port-au-Prince, Editions Mémoire, 1999 : 64-65.

[18] James, C.L.R. (1938), Les Jacobins noirs : Toussaint Louverture et la révolution de Saint-Domingue, Paris, Éditions caraïbéennes, 1983 : 50.

[19] Aristide, Jean-Bertrand, Tout moun se moun, Paris, Seuil, 1992 : 82.

[20] Ce qu'on appelle le dollar haïtien correspond à cinq gourdes. Jusqu'au début 1980, c'était le taux de change vis-à-vis du dollar américain. Depuis, la gourde s'est fortement dévaluée. En 1999, un dollar américain valait près de 18 gourdes. Le dollar haïtien valait donc moins du tiers d'un dollar américain. Notons que, selon ce qui est rapporté, 1% de la population concentre 50% des revenus. Parmi les hauts fonctionnaires, 0.3% d’entre eux gagnent plus de 2000 dollars par mois. (Dupuy : 31, voir infra). Au Brésil recensé comme un des pays au monde avec la plus forte inégalité des revenus, ce sont 10% les plus élevés qui touchent 47.9%.

[21] Bazabas, Dingan', Marché de rue en Haïti : Le système urbain de Port-au-Prince face à ses entreprises d'« espace-rue », Paris, L'Harmattan, 1997 : 32. André Marcel d'Ans note durant la période de Duvalier la construction non négligeable de bâtiments scolaires et hospitaliers et d'installations portuaires (p. 216). Il conclut néanmoins : « Bref, on est resté à Port-au-Prince très près du degré zéro de l'urbanisme, que ce soit dans la partie administrative, utilitaire et commerciale de la ville basse, abandonnée à la moiteur, à la chaleur et à la puanteur.. » d'Ans, André-Marcel, Haïti : paysage et société, Paris, Karthala, 1987 : 220.

[22] Ibid. : 30.

[23] Brea, Ramonina, Duarte, Isis, Tejada, Ramon, Bãez, Clara, Estado de Situación de la Democracia Dominicana (1978-1992), Santo Domingo, PUCMM, 1995 : 36-37.

[24] Les impôts sur les revenus ne représentent que 15% des recettes fiscales. Dupuy, Alex, Haïti in the New World Order: The Limits of the Democratic Revolution, Boulder, Westview Press, 1997: 30.

[25] Voir à ce sujet Stotzky, Irwin P., Silencing the Guns in Haiti: The Promise of Deliberative Democracy, Chicago, The University of Chicago Press, 1997.

[26] Rico, José N., Crime et justice pénale en Amérique latine, Montréal/Paris, Les presses de l'Université de Montréal/Librairie philosophique J. Vrin, 1978 : 68.

[27] Lawyers Committee for Human Rights, Paper Laws, Steel Bayonets: Breakdown of the Rule of Law in Haiti, New York, 1990 : 40s.

[28] Danroc, Gilles, « Justice, culture et société », in Barthélémy, Gérard et Girault, Christian (eds.), La République haïtienne : État des lieux et perspectives, Paris, Adec-Karthala, 1993 : 50.

[29] Ibid: 49.

[30] Weinstein, Brian, Segal, Aaron, Haiti: The Failure of Politics, Westport, Praeger, 1992: 42. 30.000 selon Hurbon, Laënnec, Culture et dictature en Haïti : L'imaginaire sous contrôle, Paris, L'Harmattan, 1979 : 7.

[31] Trouillot, Michel-Rolph, Haiti. State against Nation: The Origins and Legacy of Duvalierism, New York, Monthly Review Press, 1990: 166-169.

[32] Pour Danroc, 1993, zenglendos vient de zenglen, morceaux de verre cassés, dangereux. Pour Lionet (voir infra), littéralement « petit zenglen ». Les zenglens, dit-il, étaient la milice de Soulouque.

[33] Lionet, Christian, Haïti : L'année Aristide, Paris, L'Harmattan, 1992.

[34] Cfr Corten, André, « The Dominican Elections and the UN Embargo against Haiti », London, 1994: 1-18. Corten, André, « Port-au-Prince, Washington, Santo Domingo. Premières leçons d'un embargo, Etudes internationales, Vol. XXV, N° 4, décembre 1994 : 671-693. Corten, Olivier, « La résolution 940 du Conseil de sécurité autorisant une intervention en Haïti : L'émergence d'un principe de légitimité démocratique en droit international ? », European Journal of International Law, Vol. 6, N" 1, 1995 : 116-133. Mouterde, Pierre et Magny, Christophe, Aprè bal tanbou lou : Cinq ans de duplicité américaine en Haïti, Paris, Austral, 1996.

[35] Mission Civile Internationale en Haïti OEA/ONU, Haïti : Droits de l'Homme et réhabilitation des victimes, Port-au-Prince, Imprimerie Deschamps, 1997. Cfr aussi Dejean, Paul, Haïti : alerte, on tue !, Montréal, CIDIHCA, 1993.

[36] Danroc, Gilles et Roussière, Daniel, La répression au quotidien en Haïti (1991 -1994), Port-au-Prince/Paris, HSI/Karthala, 1995 : 44. Le rapport de la Commission Justice et Paix du diocèse des Gonaïves porte exclusivement sur l'Artibonite. Le rapport de la Mission civile (1997) arrive à la même conclusion : « la majorité des victimes suivies par l'UM (l'Unité médicale) était militante ou sympathisante du mouvement Lavalas » (p. 33). Les trois quarts des victimes suivies étaient des hommes.

[37] Voir aussi Stotzky, 1997 : 221.

[38] Mission Civile Internationale en Haïti OEA/ ONU, 1997 : 35.

[39] Un des neuf membres de cette Plate-forme était le Centre Karl Lévêque. Cfr Dejean, 1993.

[40] Tardif, Francine, Regard sur l'humanitaire : Une analyse de l'expérience dans le secteur de la santé entre 1991 et 1994, Paris, L'Harmattan, 1997.

[41] Stotzky : 1997 : 162.

[42] Ibid., 221.

[43] Ibid.

[44] Ibid., 181.

[45] Ibid.,  40.

[46] Ibid., 114-139.

[47] En septembre 1994, les forces militaires américaines ont confisqué 100 000 pages de documents du Quartier général des Forces armées ainsi que 60 000 pages de documents, des photos, des vidéos et des audiocassettes du FRAPH. Stotzky, 1997 : 166. À noter que bon nombre d'« archives du FRAPH » sont en fait des archives de l'Armée d'Haïti.

[48] 8000 selon Roussière et Danroc (voir infra) et 5000 selon Marotte et Rakoto Razafimbahiny, 1998, (voir infra).

[49] Roussière, Daniel et Danroc, Gilles, « L'impunité, mal endémique de l'Amérique latine : Soif de justice en Haïti », Le Monde diplomatique, mai 1998 : 22-23.

[50] Danroc et Roussière, 1995 : 83.

[51] Roussière et Danroc, 1998 : 22.

[52] Ibid.

[53] Cfr aussi Stotsky, 1997 : 11.

[54] Hurbon, Laënnec, « Le crime, l'oubli et le pardon », Chemins critiques : Renie haitiano-caraïbéenne, Vol. 3, N° 3, janvier 1997 : 7-20, 9.

[55] Roussière et Danroc, 1998 : 23.

[56] « Le rapport d'Amnesty International de mars 2000 souligne qu'« il y a eu des efforts visant à réformer le système judiciaire, mais ils ont été sporadiques, contrairement à ceux qui ont été consacrés à la mise en place d'une nouvelle force de police... ». Haïti en marche, 3 mai 2000.

[57] Blais, 1997 : 3.3.

[58] Ibid.

[59] Hurbon, 1997 : 18.

[60] Marotte, Cécile et Rakoto Razafimbahiny, Hervé, Mémoire oubliée : Haïti 1991-1995, Port-au-Prince/Montréal, Les Éditions Regain/CIDIHCA, 1998 : 141.

[61] Ibid.

[62] Fanon, Frantz, Les Damnés de la terre, Paris, Maspero, 1961.

[63] Ibid., 142.



Retour au texte de l'auteur: Jean-Marc Fontan, sociologue, UQAM Dernière mise à jour de cette page le mardi 27 septembre 2016 8:06
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur associé, Université du Québec à Chicoutimi.
 
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