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Collection « Les sciences sociales contemporaines »

Philippe Combessie, PRISONS DES VILLES ET DES CAMPAGNES. Étude d'écologie sociale. (1996)
Introduction


Une édition électronique réalisée à partir du livre de Philippe Combessie, PRISONS DES VILLES ET DES CAMPAGNES. Étude d'écologie sociale. Paris: Les Éditions de l'Atelier/Les Éditions ouvrières, 1996. 239 pp. Collection: Champs pénitentiaires. Une édition numérique réalisée par Réjeanne Toussaint, bénévole, Chomedey, Ville Laval, Québec. [Autorisation accordée par l'auteur le 21 novembre 2008 de diffuser ce livre dans Les Classiques des sciences sociales.]

Introduction


La caractéristique principale de ce livre et son ambition initiale tiennent presque de la gageure : analyser la prison comme un système ouvert.

Il est en effet remarquable que les chercheurs aient presque toujours envisagé la prison comme un espace clos dont l’intérêt exclusif se situe à l’intérieur. Dans les travaux articulés sur une recherche empirique, les sociologues orientent en général leurs études vers l’un ou l’autre des groupes qui se trouvent opposés à l’intérieur de la détention, surveillants ou détenus [1]. Tout se passe comme si la nature des rapports entre ces deux catégories accaparait tout l’intérêt, masquant les autres personnes concernées mais moins directement impliquées dans ce puissant champ de force en espace clos. Michel Foucault (1975) propose une articulation entre la prison et le monde extérieur, mais il s’attache moins à l’interface entre la prison et la société qu’à la façon dont l’institution carcérale, en tant que telle, peut être considérée comme un archétype explicatif des modalités de contrôle social et de normalisation dans les sociétés modernes. La plupart des études, à l’image de celle de Donald Clemmer (1948) dont le titre The Prison Community dit bien à quel point l’objet considéré est envisagé comme une entité séparée du monde, n’accordent guère d’importance aux relations entre les établissements pénitentiaires et l’extérieur.

Exception à la règle, on trouve dans un ouvrage collectif des années soixante deux chapitres (Ohlin, 1960 et surtout Grosser, 1960), traitant des relations entre la prison et la société environnante, mais ce sont des analyses surtout théoriques [2].

Erving Goffman pourtant, dont le livre Asiles est un classique de la sociologie contemporaine des institutions totales [3], reconnaît lui-même les limites de son travail quand il écrit : « [Ma recherche] repose sur une structure de base unique : l’articulation reclus-personnel. On est donc en droit de se demander quelles sont les limites de cette perspective, ce qui lui échappe et ce qu’elle déforme. » [4] (1968 : 165).

Lorsque mon travail a pris la voie d’un projet de thèse de doctorat, le nom de Robert Castel s’est alors imposé à moi comme directeur de recherche, pour l’introduction qu’il a faite à la traduction française de Asiles, mais aussi parce que mon attention avait été attirée par une note de bas de page d’un article paru en 1971 dans la Revue française de sociologie, où il apportait une critique à l’ouvrage publié en France trois ans plus tôt : « [la méthode de Goffman] dégage parfaitement les structures internes des [institutions totales] et les replace au sein d’un éventail d’autres structures sociales [mais elle] ne prend pas en compte les rapports de force extérieurs au système qui conditionnent l’équilibre de ces structures dans l’espace social et dans le temps historique. » [5]

Si une étude qui a pour base un travail de type ethnographique ne retient la dimension historique qu’à titre d’éclairage du présent, il me semblait qu’elle pouvait s’y attacher « dans l’espace social » et plus précisément dans les limites géographiques de l’espace péri-carcéral, défini comme l’espace d’influence entre la prison et son environnement.

Mon travail a donc consisté à analyser les relations qui se sont tissées entre quelques établissements pénitentiaires et le lieu où ils sont situés ; pour cela je me suis intéressé aux rapports sociaux qui se trouvent marqués par la présence de la prison et peuvent en retour en marquer le fonctionnement. Ainsi j’ai été amené à étudier des éléments aussi divers que les associations qui gravitent autour des prisons, certains contrats passés entre l’établissement pénitentiaire et des partenaires extérieurs, la façon dont les enfants de fonctionnaires pénitentiaires (y compris ceux qui sont moins connus que les surveillants) présentent le métier de leurs parents à l’école, les prix des terrains autour des prisons, le fonctionnement de certaines commissions où la prison rencontre des partenaires externes, etc. J’ai appelé cela une étude d’écologie sociale [6]. À l’exemple de plusieurs recherches qui, notamment autour de l’École de Chicago [7], ont pris cette dénomination, j’ai complété mon travail de terrain par des analyses statistiques, par une approche économique de marchés particulièrement significatifs, et par une prise en compte de la dimension historique de certains rapports de force singuliers.

Tout au long de ce livre, en fonction du type de lien étudié, le lecteur trouvera des termes distincts pour caractériser le secteur environnant la prison (contexte socio-économique, socio-démographique, socio-géographique...), la formule englobante la plus appropriée à la démarche employée est celle d’écosystème social environnant.

Avant de commencer cette recherche, j’avais été en contact avec deux prisons le centre pénitentiaire de Fresnes, que je connaissais en voisin pour avoir vécu plusieurs années dans cette commune, et le centre de détention de Joux-la-Ville, que j’avais approché en tant que jeune chercheur en sciences sociales. J’avais consacré un mémoire à l’étude des tensions divisant les habitants des villages de Précy-le-Sec et Joux-la-Ville au moment où le projet d’implanter un établissement pénitentiaire était apparu, et à l’analyse de l’évolution de ces tensions en conflit politique. Outre ce premier travail, la singularité même de cet établissement, prison récente appartenant au programme 13 000, gérée conjointement par l’État et des entreprises privées [8], m’amena à le retenir pour mon étude présente.

Ayant étudié des réactions spécifiques au monde rural, il me semblait opportun d’approfondir cette recherche en analysant parallèlement les interactions entre une prison et son environnement urbain. Redoutant d’être conduit à une opposition dichotomique, je décidai [9] d’observer quatre établissements en doublant l’opposition urbain-rural avec une opposition croisée récent-ancien.

Parce que je connaissais déjà le terrain environnant, le centre pénitentiaire de Fresnes me semblait opportun ; il s’agit d’un établissement célèbre, construit à la fin du siècle dernier, actuellement en zone urbaine - ce qui n’était pas le cas lors de son édification, comme la photo de couverture l’atteste.

Plus mythique encore, la prison de Clairvaux me parut digne d’intérêt ; ce vieil établissement, installé dans une ancienne abbaye, était entouré d’une aura à la fois sombre et mystérieuse [10].

La prison de Bois-d’Arcy s’offrait tout naturellement comme établissement en zone urbaine. Construite à la fin des années soixante-dix, elle est récente tout en l’étant moins qu’un établissement du programme 13 000.

Outre l’opposition croisée (rural-urbain et récent-ancien), cette sélection présente l’avantage que les trois principales catégories d’établissements pénitentiaires français s’y trouvent représentées : les maisons d’arrêt (où sont principalement incarcérés les prévenus), les maisons centrales (où sont placés les détenus condamnés à de longues peines), et les centres de détention (dont la vocation est de préparer la sortie des condamnés qui arrivent en fin de peine) [11].

J’ai donc étudié l’écologie sociale de quatre prisons construites à des époques différentes, situées dans des contextes [12] distincts, en analysant l’articulation entre les caractéristiques des établissements et celles de leur environnement respectif.

Je puis dire que dans l’ensemble, mon projet a d’emblée reçu un bon accueil de la part de la direction des établissements et des municipalités concernés : on a parfois mis une salle de travail à ma disposition, on m’a, à bien des reprises, offert le couvert, et même logé sur place (dans des chambres de fonctionnaires pénitentiaires stagiaires) quand je l’ai demandé.

J’ai mené de front la recherche sur les quatre terrains. Cela m’a permis, d’une part, de vérifier rapidement la forme que pouvait prendre là un phénomène que j’avais découvert ici, et ainsi d’homogénéiser une recherche portant sur des terrains de nature très hétérogène, et, d’autre part, d’inscrire dans une assez longue durée, trois ans, l’étude d’un domaine particulièrement sensible, ce qui m’est vite apparu indispensable pour que mon travail soit accepté et compris par certains agents souvent déçus par la superficialité d’enquêtes journalistiques les concernant.

Je passais en général trois jours d’affilée sur chaque site, rentrais chez moi pour dépouiller le matériau recueilli (et m’acquitter de mes charges d’enseignement) puis repartais sur un autre site. Les semaines, les mois passant, les différents agents concernés par mon travail me voyaient revenir régulièrement, en toutes saisons, parfois en famille (pendant les congés scolaires ou le week-end). Cela créait un climat de confiance réciproque. On m’invitait lors des pots de départ, des remises de décorations, etc. Sur chacun des quatre terrains se sont petit à petit distingués quelques informateurs privilégiés, qui se montraient particulièrement intéressés par ma recherche et avec lesquels je communiquais régulièrement par téléphone.

Ils m’informaient de l’opportunité de mes passages en fonction des charges de travail des personnes que je souhaitais rencontrer et des événements qui venaient à se produire.

J’ai recueilli des photos, des tracts, des courriers, etc. ; j’ai pris des notes au cours des différentes cérémonies et commissions auxquelles j’ai réussi à assister ; j’ai enregistré au total deux cent huit entretiens, une cinquantaine d’autres ont été reconstitués sur un journal de terrain qui dépasse le millier de pages. L’ensemble de ces éléments d’origine très diverse et de nature variée constitue la base du matériau soumis à l’analyse. De plus, j’ai obtenu l’autorisation d’effectuer un certain nombre de tris et de croisements à partir des fichiers informatisés du personnel pénitentiaire, et cela m’a permis de vérifier la validité de certaines hypothèses suggérées par l’analyse des données de type qualitatif que je recueillais. J’ai également pu tirer profit, pour préciser certains points de mes développements, de données apportées par des entretiens avec des détenus dans le cadre d’une recherche sur la pauvreté en prison.

Chaque fois que cela a été possible, j’ai mis mes observations en rapport avec des éléments statistiques. Parfois, j’ai pu étudier des groupes entiers, ou presque, parfois je m’appuie sur la forte convergence entre les entretiens biographiques, les témoignages d’informateurs et mes observations¼ d’autres fois, notamment lorsqu’il s’agit des réactions de la population, j’ai construit mes démonstrations à partir d’informations et d’observations plus éparses.

Sur place mon travail et mes méthodes ont été en grande partie comparables à celles d’un ethnologue ; les données recueillies auraient pu déboucher sur quatre monographies particulières, mais mon objectif, orienté vers une approche globale des relations entre les prisons et leur écosystème social environnant à travers une analyse de type comparatif, est plus nettement sociologique. Chaque étude a le statut d’une étude de cas, et s’inscrit dans une perspective théorique plus vaste.

La fonction sociale de l’enfermement pénitentiaire dans l’histoire contemporaine est partagée entre deux logiques. La première, « rationalité d’ordre public » (Faugeron, Le Boulaire, 1992), est essentiellement pragmatique et sécuritaire : mettre à l’écart les condamnés, détenir les prévenus pendant l’instruction, enfermer pour faire cesser les troubles provoqués par l’infraction, etc. La seconde, présente depuis l’invention de la peine de prison et empreinte d’idéologie humaniste, vise, suivant les époques, à la correction, l’amendement, la réinsertion, etc., et se trouve investie de fonctions légitimantes. La première définit la fonction essentielle des prisons, la seconde les légitime, elles sont complémentaires tout en étant contradictoires et constituent à elles deux la principale polarisation du champ péri-carcéral ; faute d’un meilleur terme, péri-carcéral paraît préférable à carcéral dans la mesure où cette étude ne place pas l’attention au centre de l’objet à analyser mais approche la prison par sa périphérie.

Le contexte de la politique actuelle de décloisonnement de l’administration pénitentiaire, qui accroît le nombre d’intervenants externes dans les prisons depuis les années soixante-quinze et tend à les ouvrir vers des partenaires locaux extérieurs et vers la société civile, est à inscrire à la fois dans le contexte conjoncturel de la décentralisation, à partir des années quatre-vingt, et dans la suite logique de la rationalité d’inspiration humaniste de la prison qui, de réforme en réforme, en assure la légitimité. Cette politique vise à impliquer davantage différents agents locaux, les collectivités des territoires d’implantation et le tissu associatif, dans un cadre plus général que précise un rapport du Comité d’évaluation de la politique de la ville qui voit cette « valorisation du local » comme un « remède aux limitations de l’État » (Donzelot, Estèbe, 1992 : 11).

S’agissant des prisons, la délégation de compétences s’effectue dans deux directions, la première verticalement directement vers le « local », la seconde horizontalement vers d’autres organismes nationaux. Simultanément, la politique de décentralisation transforme la délégation horizontale en délégation verticale puisque les diverses administrations qui reçoivent ces missions les répercutent en aval.

Graphique n° I :
Les transferts de compétences de l’administration pénitentiaire



À la fin des années 1980, l’administration pénitentiaire avait signé des protocoles avec d’autres ministères pour la santé, l’enseignement, les affaires sociales, la culture, avec le Fonds d’action sociale, la Fédération nationale des artisans et petites entreprises en milieu rural, etc.

En 1988, le député Gilbert Bonnemaison était chargé par le Premier Ministre et le Garde des Sceaux de réfléchir sur la modernisation du service public pénitentiaire. Son rapport dresse un constat et se conclut par une liste de cent propositions. Il insiste, dès les premières pages, sur les relations entre la prison et l’extérieur, tant pour constater l’évolution récente que pour encourager leur développement : « De nombreuses initiatives ont accéléré, ces dernières années, les mouvements d’ouverture de la prison sur le monde extérieur, de décloisonnement de l’administration pénitentiaire, qui avaient été amorcés après les événements de 1974 [¼] Il ne faut pas revenir sur cette évolution bien au contraire. » (Bonnemaison, 1989 : 5). Ce rapport souligne que le nombre, dans les prisons, d’intervenants extérieurs à l’administration pénitentiaire s’est considérablement accru : en dix ans il s’est multiplié par trois pour les « intervenants culturels », par huit pour les « intervenants en formation générale et professionnelle », et par soixante pour les « intervenants "lutte contre la toxicomanie et l’alcoolisme" » (Ibid. : 69).

Quant aux propositions, un cinquième d’entre elles vise à ouvrir davantage les prisons à l’extérieur. On insiste notamment sur les apports financiers externes et sur le rôle important que les associations peuvent jouer : « Participant du décloisonnement de la prison, on a beaucoup fait appel à des partenaires et à des financements extérieurs au Ministère de la justice. Ces actions [¼] ont entraîné l’administration pénitentiaire dans une politique de partenariat extrêmement profitable [¼] Une concertation régulière doit s’organiser entre les intervenants extérieurs et les personnels [...] Le recours aux associations favorise le décloisonnement [...], il sensibilise l’environnement, permet de mobiliser des ressources complémentaires. » (Ibid. : 98-102). Le député conclut sur l’espoir que l’augmentation des liens entre les prisons et l’extérieur permettra de limiter l’ostracisme dont les détenus et les agents pénitentiaires sont l’objet.

Ce rapport synthétise les instigations gouvernementales en cours au moment de ma recherche dont elles constituent l’arrière-plan en termes de politique pénitentiaire générale. L’analyse des pratiques effectives concernant plusieurs prisons situées dans des écosystèmes sociaux différents, dont ce travail m’a permis de dégager les caractéristiques communes et les singularités observables, laisse apparaître en effet les principaux enjeux de cette politique de « décloisonnement » et d’« ouverture ».

J’ai étudié comment la spécificité des configurations locales peut tendre soit à renforcer la rationalité d’ordre public (et les agents dont la fonction première est de la garantir), soit à favoriser l’idéologie de la mission d’inspiration humaniste (et les groupes qui ont vocation à l’assumer).

Dans la première partie de ce livre, « La prison tenue à distance », je montre comment, parce qu’elle ne dispose pas des fondements idéologiques propres à assurer sa légitimité, la fonction première des prisons, sécuritaire avant tout, leur imprime un stigmate qui marque aussi bien le territoire où elles sont implantées que les agents sociaux concernés. En examinant les modalités selon lesquelles le corps social, à différents niveaux, depuis les autorités dirigeant l’Etat jusqu’aux simples riverains, met à l’écart les prisons et ceux qui y travaillent, y interviennent, s y rendent, etc., j’analyse de façon différentielle les stratégies de gestion du stigmate prison par les différents groupes d’agents concernés. La mise en perspective de ces différentes formes d’ostracisme et des stratégies liées au traitement particulier de la prison s’attache d’abord à dégager des tendances générales, même s’il se trouve des exceptions et parfois des paradoxes. Il s’agit d’un enchevêtrement de liens auquel prend part une pluralité d’acteurs, envisages du plus lointain au plus proche de l’établissement (des autorités dirigeant l’Erat aux riverains) ; je montre comment leurs stratégies s’articulent avec celles qui sont développées au niveau des établissements pénitentiaires, pour s’accorder sur un consensus souvent éloigné des directives d’Etat.

La deuxième partie regroupe l’ensemble des relations économiques entre les prisons et leur environnement. Dans un premier temps, on verra que les flux financiers entre la prison et les agents économiques locaux sont eux aussi marqués par le stigmate prison qu’ils attestent en renforçant l’écart entre chaque établissement et son environnement proche. Une étude des effets de la présence de l’établissement pénitentiaire sur les prix des habitations alentour permettra ensuite de découvrir les principales caractéristiques des quatre écosystèmes sociaux environnant les prisons sélectionnées.

Dans la troisième partie, « À chaque milieu sa prison », une analyse de chaque site, appuyée sur les distinctions dégagées en fin de deuxième partie, me permet de mettre en évidence la relation entre le pouvoir dont certains agents disposent au sein d’une prison et les réseaux que ces mêmes agents sont susceptibles de mobiliser à l’extérieur. On retrouvera alors les deux rationalités de la fonction sociale de la prison et leurs liens privilégiés respectifs avec tel ou tel groupe d’agents, l’influence de chacun dépendant de l’écosystème social environnant. Les exceptions aux tendances générales indiquées au cours de la première partie trouveront leur explication dans cette analyse différentielle qui tient compte des rapports de force en présence entre chacune des quatre prisons et son environnement.

Remarque

Le nombre d’agents impliqués est tellement réduit et leur identification tellement facile à déterminer à partir de quelques critères seulement que cela conduit souvent les chercheurs (pour protéger davantage l’identité de leurs informateurs) à ne pas indiquer le nom des établissements où ils ont conduit leurs travaux [13]. Si une telle démarche est acceptable pour une analyse qui considère que la prison est avant tout un univers clos dont l’influence externe est négligeable, elle devient impossible ici compte tenu des postulats de départ. Si, par exemple, il apparaît fondamental de tenir compte de la proximité de Versailles pour comprendre ce qui se passe dans la prison construite à Bois-d’Arcy, comment le faire en dissimulant les noms de lieux ?

Pour préserver l’anonymat de mes informateurs, je me suis autorisé à ne donner au lecteur que le minimum d’informations lui permettant de comprendre en quoi telle remarque, tel point de vue ou telle pratique pouvait éclairer tel ou tel lien entre la prison et l’extérieur. Dans quelques cas, j’ai même pu modifier des caractéristiques secondaires attribuées à certains agents en les remplaçant par des données comparables sans incidence sur le fond des démonstrations. Bien évidemment, les noms, prénoms ou initiales que je présente ne correspondent pas à la réalité.



[1] Parfois les deux, par exemple Corinne Rostaing (1996), mais c’est assez rare.

[2] J’ai traduit moi-même les extraits de ces chapitres qui figurent dans ce livre.

[3] En 1968, Robert Castel, Pierre Bourdieu, Jean-René Tréanton, Liliane et Claude Lainé avaient choisi de traduire « Total institution » par « institution totalitaire ». Petit à petit, les « connotations » et « l’ambiguïté du terme français totalitaire », cf. Pinto (1989 : 12), ont fait préférer la traduction « institution totale » ; ce terme a été définitivement consacré quand Robert Castel lui-même l’a employé (1989 : 31-43).

[4] Dans l’ensemble du présent livre, les extraits d’articles ou d’ouvrages paraîtront ainsi entre guillemets sans italiques, alors que les extraits d’entretiens paraîtront entre guillemets mais en italiques.

[5] Castel (197 1 : 62, note n° 8).

[6] Je reprends là une terminologie déjà utilisée en sciences sociales pour désigner des études aux contenus divers ; je développe à travers ma recherche une utilisation de ce concept plus particulièrement liée à l’angle d’approche de l’objet.

[7] Evoquant ces travaux, Howard Becker (1986 : 106) précise : « Les études réalisaient partiellement une mosaïque détaillée et de grande complexité dont la ville elle-même était le sujet, et ce « cas » pouvait servir à tester une grande variété de théories et à mettre en relation, quoique de manière imparfaite, une foule de phénomènes apparemment distincts. ».

[8] « 13 000 » indique le nombre de places de détenus obtenues par la construction de vingt-cinq nouvelles prisons. Quatre parmi les plus grands groupes du bâtiment et des travaux publics se virent attribuer, chacun sur un quart du territoire métropolitain, la construction de ces nouvelles prisons, puis leur gestion (à l’exception de quatre d’entre elles).

[9] Avec l’aide de Claude Faugeron et Jean-Michel Le Boulaire.

[10] Un élément renforça mon choix, ce fut la remarque d’un sociologue qui avait un peu travaillé en prison : « Clairvaux ? Mais jainais lAdininistration pénitentiaire ne te laissera l’incorporer dans ton panel. »

[11] Cf. l’article D. 73 du Code de procédure pénale (CPP).

[12] Il faut entendre ce mot dans la définition que propose Jean-Claude Passeron (199 1 : 399) : « Sous ensemble du monde historique dont on peut montrer que sa description est indispensable pour le sens d’une assertion empirique quand on veut trancher de la vérité ou de la fausseté de cette assertion ou, plus généralement, quand on veut définir sa compatibilité ou son incompatibilité avec d’autres propositions entrant dans un raisonnement ».

[13] Cette pratique, pour légitime qu’elle soit, tend à articuler les recherches autour des classifications administratives, et, par là même, à les conforter.


Retour au texte de l'auteur: Jean-Marc Fontan, sociologue, UQAM Dernière mise à jour de cette page le jeudi 23 juillet 2009 12:21
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur de sociologie au Cégep de Chicoutimi.
 
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