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Collection « Les sciences sociales contemporaines »

Une édition électronique réalisée à partir de l'article de Philippe Combessie, Vingtième anniversaire de la mort de Michel Foucault. Notes de lectures”. Un article publié dans Revue Philosophique, n° 3, 2005, pp. 396-399. [Autorisation accordée par l'auteur le 7 septembre 2006.]

Philippe Combessie,

Vingtième anniversaire de la mort de Michel Foucault.
Notes de lectures
”.

Un article publié dans Revue Philosophique, n° 3, 2005, pp. 396-399.

À l’occasion du 20e anniversaire de la mort de Michel Foucault, les publications se sont multipliées, tant celles de ses propres cours au Collège de France que des études consacrées à son œuvre.

Avec les cours, édités sous la direction de François Ewald et Alessandro Fontana dans la collection Hautes Etudes (Gallimard, Le Seuil), le lecteur peut suivre la pensée de Foucault en mouvement, à un double niveau : une présence quasi physique du philosophe, sentie à travers les petits tracas de la matérialité quotidienne dont il est fait mention au fil des leçons, donne vie à la lecture ; on suit en même temps le cheminement intellectuel, qui, selon le mot de Foucault lui-même, progresse « latéralement [...] comme l’écrevisse ». Tout cela est captivant et stimulant. 

Fin 2003, Jacques Lagrange éditait Le Pouvoir psychiatrique, cours de 1973-1974, avec un appareil de présentation critique, qui comprend, en notes, des informations sur les cadres d’analyse et les enjeux des différents concepts introduits, ainsi que les références des textes mentionnés plus ou moins explicitement par Foucault. Après la retranscription du cours vient le « résumé du cours », déjà publié des Dits et écrits, mais dont la reprise ici permet au lecteur de disposer des différents registres d’approche de la pensée de Foucault en train de s’élaborer. Jacques Lagrange, qui a enregistré lui-même les différentes leçons, présente ensuite en une vingtaine de pages une « situation du cours » dans laquelle il apporte des informations d’ordre biographique, idéologique ou politique, qui permettent de replacer ce cours dans le double contexte  de l’époque où il a été prononcé et du cheminement intellectuel de son auteur. Suivent trois précieux index thématiques, établis avec la collaboration de Vincent Guillin : des notions, des noms de personnes et des noms de lieux. 

Dans ce cours Foucault revient sur des questions connexes à ses premiers travaux. Mais, alors qu’il s’était intéressé à la « maladie mentale », l’angle d’approche porte ici sur la « médecine mentale » ; il passe de l’analyse de « représentations » à celle de « dispositifs de pouvoir ». C’est ainsi, par exemple, qu’abordant la question de la structure familiale, il renvoie dos à dos les historiens qui analysent le code civil comme ayant donné à la famille « le maximum de pouvoir » et ceux qui parviennent à des conclusions opposées : il montre que le code en a surtout redéfini les contours, qu’il a concentré la structure familiale autour de cette « micro-cellule des époux et des parents-enfants », et permis que se constitue là une « alvéole de souveraineté » et que se mettent en place des dispositifs disciplinaires (28 novembre 1973). Dans la même leçon, Foucault présente pour la première fois son hypothèse d’une « société disciplinaire généralisée », qu’il reprendra dans Surveiller et punir, mais qu’il rectifiera quelques années plus tard. Parallèlement, le registre d’analyse change, et l’approche en termes d’« archéologie », qui soulignait la succession de strates, fait place à une approche que Foucault dit « généalo­gique », qui insiste sur les filiations et les lignages entre les différents phénomènes. 

En 2004, année du 20e anniversaire, deux nouveaux volumes sont édités, présentés et annotés par Michel Sennellart. On y trouve, avec le même plaisir et le même intérêt de lecture, les cours des années 1977-1978 et 1978-1979, intitulés Sécurité, Territoire, Population et Naissance de la biopolitique. La continuité entre les deux est manifeste : on aurait pu les réunir en un seul volume, sous le titre du second, Michel Foucault ayant lui-même annoncé, dès le 17 mars 1976, son projet de commencer l’étude du « bio-pouvoir » ; cependant, cette question de la biopolitique reste finalement en suspens, et le titre le plus conforme à ce dont il est question tout au fil des leçons aurait pu être « Histoire de la gouvernementalité », notion avancée dès le 22 février 1978. 

Depuis le début de ses cours au Collège de France, Foucault articule sa pensée sur l’analyse de cas concrets, de techniques et de pratiques. Il ne s’attache donc ni aux théories de la souveraineté, ni au jeu des forces politiques, mais aux techniques de pouvoir. Il analyse l’Etat à travers l’évolution des pratiques de gouvernement, à différents niveaux hiérarchiques et jusqu’aux « micro-pouvoirs ». Cette évolution des pratiques n’est pas considérée dans la stricte perspective d’une connaissance du passé : comme toujours chez Foucault, nous avons affaire à un stimulant diagnostic du présent qui prend les formes d’un détour par l’analyse historique. L’argumentation est développée en deux temps, réfutation puis affirmation, suivis d’une interrogation. Dans un premier temps, Foucault montre l’erreur des analyses du libéralisme animées par une « phobie d’Etat » qui caractérisait, à l’époque, certains discours d’extrême gauche, soutenus par exemple par Deleuze ou Guattari (dénonçant le fascisme de l’Etat bourgeois, instrument de domination de classe, monstre froid, etc.). Il analyse l’avènement du libéralisme (dans Sécurité, Territoire, Population) et du néolibéralisme (dans Naissance de la biopolitique) en tant que nouvelle forme de pouvoir qui, s’exerçant à travers « un art de moins d’Etat », constitue l’évolution inéluctable de nos sociétés. On ne peut que souligner la dimension anticipatrice de ces analyses, bien avant le tournant marqué par la chute du mur de Berlin. L’interrogation concerne la biopolitique, question qui ne sera pas vraiment traitée : Foucault ne l’aborde que de façon latérale, détournée ; elle constitue la trame de fond de sa dynamique de pensée, l’horizon d’analyses qu’il invite à approfondir. 

Foucault montre comment un gouvernement disciplinaire qui appliquait son pouvoir de façon directement coercitive sur des individus assujettis a fait place à un gouvernement libéral de vivantes masses de population, pour lesquelles l’extension de la liberté individuelle est inséparable du besoin de se voir garantie une certaine sécurité. L’exemple du traitement de la variole (25 janvier 1978) est symptomatique : le gouvernement disciplinaire isole les malades, les met en quarantaine, les surveille individuellement, alors que le gouvernement libéral se place dans une dynamique de prévention, dresse des courbes épidémiologiques, vaccine, vise à prévenir pour éviter d’avoir à guérir, intervenant peut-être plus que ne le faisait un gouvernement disciplinaire, mais de façon moins directement coercitive, plus douce. La logique disciplinaire impose de façon autoritaire, la logique libérale influence en organisant des régulations. La biopolitique est donc un pouvoir qui investit la vie quotidienne, qui ne s’exerce plus directement sur le corps des individus mais qui influence, de façon diffuse, l’ensemble de la population. On passe de la réglementation, tatillonne et précise, qui segmente la société, à la gestion prévisionnelle, qui établit des probabilités et opère une double intégration, toujours plus étendue : de plus en plus de paramètres dans les modalités de gouvernement, et de plus en plus d’individus dans une masse globale. La gouvernementalité tend vers la globalisation et la mondialisation. 

Deux ouvrages consacrés à l’œuvre de Foucault retiennent l’attention

 

Le « Que sais-je ? » Michel Foucault, de Frédéric Gros est réédité. Il s’agit d’un ouvrage fondamental, qui permet au lycéen ou à l’étudiant débutant de se familiariser avec l’œuvre, mais aussi au chercheur confirmé de se confronter au point de vue, toujours clairement argumenté, de l’auteur de l’étude. Après une première partie consacrée à la biographie, de la jeunesse dans le Poitou jusqu’aux derniers voyages et projets d’expatriation, Frédéric Gros développe son analyse de l’œuvre en trois chapitres. Les premiers retracent l’évolution de ses différents thèmes (la folie, l’expérience littéraire, les sciences humaines, la société disciplinaire, le capitalisme, la gouvernementalité…) en distinguant deux étapes : « L’archéologie des sciences humaines » et « Pouvoir et gouvernementalité ». Le troisième, « Les pratiques de subjectivation », commence par traiter de « l’énigme du dernier Foucault » et enchaîne de stimulants allers-retours entre les concepts abordés par l’auteur à la fin de sa vie et ses travaux ou projets antérieurs. La conclusion rappelle la tâche assignée par Foucault à la philosophie (produire des savoirs qui puissent s’opposer aux gouvernementalités dominantes) et montre comment il a essayé de l’accomplir : « en nous racontant des histoires », dans les trois acceptions du terme (récit, domaine du savoir, registre d’actions). 

Les éditions Sils Maria, dirigées par Stéfan Leclercq, inaugurent avec Abécédaire de Michel Foucault, une collection intitulée ABéCédaire, dont le nom fait explicitement référence à l’entreprise vidéographique de Gilles Deleuze ; on se trouve en présence de ce qu’on pourrait appeler une fantaisie « deleuzienne » où les thèmes abordés sont présentés dans l’ordre alphabétique. On y retrouve aussi l’esprit de la préface de Les Mots et les choses, où Foucault parle de l’intérêt qu’on peut trouver aux listes dépourvues d’ordre logique. Stéfan Leclercq s’est entouré de 25 collaborateurs. La diversité des thèmes retenus, jointe au hasard de l’ordre alphabétique, agrémente une lecture qui nous fait passer par exemple de « Khomeini » à « langage ». Le mode de présentation produit inévitablement des laissés pour compte. On regrettera notamment que le thème « sexualité » se trouve essentiellement abordé dans la rubrique « homosexualité » ; l’approche de Michel Foucault est autrement plus vaste, comme l’avait d’ailleurs montré Gilles Deleuze lui-même, dans son Michel Foucault (Minuit, 1986). On remarquera néanmoins les articles « Désir », « Plaisir » et « Rapport à soi », dans lesquels Philippe Mengue, bien connu pour ses travaux concernant Deleuze et Sade, propose d’enrichir l’analyse foucaldienne du plaisir en l’articulant avec l’interprétation positive du désir présente dans Histoire de la folie ; ce faisant, il réhabilite la psychanalyse mise à mal dans La volonté de savoir et L’usage des plaisirs. 

Si le « Que sais-je ? » est sans doute mieux adapté pour une première approche de Michel Foucault, cet Abécédaire se prête particulièrement à la stimulation intellectuelle de chercheurs poursuivant des travaux sur ou à partir de ses œuvres. Rien ne remplacera, pourtant, la lecture in extenso de ses cours : l’intérêt de ceux qui viennent de paraître suscite l’attente des publications à venir.

 

Philippe Combessie 

Université René Descartes – Paris 5
Faculté des Sciences Humaines et Sociales - Sorbonne
 

 

Foucault (Michel), Le Pouvoir psychiatrique. Cours au Collège de France. 1973-1974, Edition établie par Jacques Lagrange, Paris, Seuil/Gallimard, « Hautes Etudes », 2003, 396 p. 

Foucault (Michel), Sécurité, territoire, population. Cours au Collège de France. 1977-1978, Edition établie par Michel Senellart, Paris, Seuil/Gallimard, « Hautes Etudes », 2004, 430 p. 

Foucault (Michel), Naissance de la biopolitique. Cours au Collège de France. 1978-1979, Edition établie par Michel Senellart, Paris, Seuil/Gallimard, « Hautes Etudes », 2004, 350 p. 

Gros (Frédéric), Michel Foucault, Paris, Puf, « Que sais-je ? », 2004, 3e édition mise à jour, 125 p. 

Leclercq (Stéfan) (dir.), Abécédaire de Michel Foucault, Mons, Sils Maria Editions, « ABéCédaire », 2004, 212 p.


Retour au texte de l'auteur: Jean-Marc Fontan, sociologue, UQAM Dernière mise à jour de cette page le mercredi 21 mai 2008 5:35
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur au Cégep de Chicoutimi.
 
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