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Collection « Les sciences sociales contemporaines »

Sous la direction de Yolande COHEN, Femmes et politique (1981)
Préface


Une édition électronique réalisée à partir du livre sous la direction de Yolande COHEN, Femmes et politique. Montréal: Les Édition du Jour, 1981, 229 pp. Une édition numérique réalisée par Marcelle Bergeron, bénévole, professeure retraitée de l'École polyvalente Dominique-Racine de Chicoutimi. [Autorisation accordée par Mme Cohen le 26 mars 2007 de diffuser tous ses livres dans Les Classiques des sciences sociales.]

Préface

Ce recueil d'articles est issu d'une journée de réflexion que nous avons eue pendant le Congrès des sociétés savantes à l’UQAM en juin 1980 [1]. Cette journée est elle-même née d'un désir secret que j'avais, depuis au moins trois ans, de réunir quelques-unes des femmes qui travaillaient et étaient actives dans l'avancement de la « cause » des femmes. Je n'en étais pas à ma première tentative quand je décidais, un peu aveuglément, d'organiser cette journée. Trois fois au moins avant, j'ai participé à des collectifs ou comités organisateurs de colloques sur, pour et par des femmes. Les résultats, plus ou moins concluants, de ces expériences m’ont conduite à imaginer ma propre formule de rencontres. Il s'agirait non plus d'un grand forum où tout et rien serait abordé, mais d'une journée d'étude et de réflexion. Il me semblait de plus en plus urgent d'abandonner les attitudes d'auto-conscience, souvent nécessaires mais néanmoins démagogiques, des débuts, pour approfondir certains points sur lesquels nous butions. Ainsi, les attitudes ambivalentes des femmes et même des diverses tendances du mouvement féministe, étaient éludées dans une phraséologie où la redondance l'emportait sur l'analyse. Les chercheuses, accusées de faire carrière sur le dos du mouvement des femmes en en faisant une profession, se culpabilisaient et n’osaient pas avancer d'hypothèses et encore moins de critiques. Le même complexe que les chercheurs taxés d'ouvriérisme parce qu’ils travaillaient sur la classe ouvrière, commençait à se faire jour dans ces manifestations. Je pense ici surtout au colloque « Les femmes et la recherche au Québec » (Montréal, mai 1979). La journée du dimanche était prévue pour réaliser cette jonction entre les chercheuses et les militantes ; ce fut une interminable suite de litanies dénonçant les chercheuses comme coupables de s'accaparer le « mouvement » pour l'encadrer. D. Lafontaine fait justice à ces problèmes dans son article. Je n'approfondirai donc pas cet aspect de la question [2].

Ce qui me semble important par ailleurs, c'est l'échange que nous pouvons effectuer entre les pratiques militantes des femmes à travers l'histoire, les problèmes que nous nous posons aujourd'hui dans l'agencement de nos vies et de nos luttes, et les questionnements nouveaux qui peuvent surgir de l'articulation des deux. Il est indéniable que c’est l'explosion d'un mouvement de libération des femmes qui a permis à la recherche « scientifique » de faire avancer les connaissances sur les femmes et leur place dans le monde. Mais il me semble aujourd'hui que nous sommes à une autre étape : en l'absence d'un mouvement social d'envergure, il revient aux chercheuses de développer de façon adéquate et nuancée les champs d'une intervention progressiste ou subversive des femmes. D. Smith en fait le constat ; A. Miles ouvre. 

C'est dans cet esprit que j'ai voulu cette journée. Douze participantes se sont partagé avec le public le temps de parole. Je ne sais si nous avons évité les écueils que je dénonce, cependant j'en retiens une impression d'échange intense et de volonté de clarification. La conjoncture particulière du Québec en juin 80 contribua à rendre notre questionnement sur l'ambivalence des pratiques culturelles, sociales et politiques des femmes [3] particulièrement actuel. Le phénomène des Yvettes, vieux seulement de quelques semaines, a été le point de référence implicite des débats. R. Dandurand et E. Tardy en parlent spécifiquement. Chacune des participantes à la rencontre donnera son avis. On retrouve quelques-unes de ces réflexions dans les articles de ce recueil (D. Lafontaine, A. Yanacopoulo, N. Laurin-Frenette, Y. Cohen). L'événement venait à point nommé confirmer nos intuitions. Je ne pense pas que nos réflexions, beaucoup trop impressionnistes encore, épuisent ou même expliquent les problèmes que cet événement révèle. Tout au plus y verrai-je un signe des temps que les féministes auraient tort de ne pas analyser attentivement. J'ai voulu ce recueil comme l’amorce possible de cette réflexion. 

Les textes sont groupés autour de ce qui a semblé être le point à éclaircir : quelle politique veulent les femmes ? Chacun des textes présents ici est soucieux sinon de définir une politique, du moins de dessiner un lieu politique au féminin. Que ce soit à partir d'expériences dans une militance (Yanacopoulo, Miles), d'enquêtes empiriques et critiques (Pomerleau, Eid) ou de vision de l'histoire (Smith, Lafontaine, Laurin-Frenette, Cohen) tous ces textes posent la question de l'avenir du mouvement féministe dans des termes qui forcent à la réflexion. Différents aussi bien dans leurs hypothèses que dans leur démarche, ces textes me semblent illustrer la grande richesse de la réflexion actuelle dans le mouvement féministe. Ils invitent à la déconstruction des modèles établis et ouvrent – du moins je l'espère – la voie à une créativité productive d'autres valeurs et non pas d'autres normes. C'est cette très grande ouverture aussi bien des champs d'investigation que des possibles solutions qui m'a le plus enthousiasmée, tant durant notre rencontre, que dans la préparation de ce recueil.   

Yolande COHEN
Montréal, le 15 janvier 1981  

Je tiens à remercier Viviane Sirois, Hélène Lévesque, Pauline Léveillé et Anne Le Gal de leur constante coopération et de leur aide précieuse.


[1] Je dois à Phil Ehrensaft mes remerciements. Responsable du Congrès de Sociologie, il m'a donné non seulement la possibilité de tenir cette journée selon mes désirs – ce que ses collègues de Sciences Politiques et d'Histoire n'ont pas osé faire –, mais il m'a encouragée par de multiples manières, à l'organiser à ma façon.

[2] J'ai par ailleurs écrit une critique du colloque « Les femmes et la classe ouvrière » tenu à Paris en décembre 1978 qui lui, souffrait encore plus nettement du double syndrome de la culpabilité, féministe et ouvrière. Le sujet s'y prêtait admirablement. (Actes du Colloque, Paris, Maspéro.)

[3] C'est le titre que j'ai donné à la rencontre. Les participantes étaient alors invitées à soumettre toute réflexion pouvant s'y rattacher (dans mes invitations, environ une cinquantaine de personnes furent contactées), j'ai tenté d'équilibrer au mieux les disciplines – sociologie, histoire, science politique, littérature, anthropologie – et les origines de militantisme.


Retour au texte de l'auteur: Jean-Marc Fontan, sociologue, UQAM Dernière mise à jour de cette page le vendredi 28 décembre 2007 8:55
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur de sociologie au Cégep de Chicoutimi.
 
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