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Collection « Les sciences sociales contemporaines »

“Civilisations et politique”
Une collection dirigée par Pr. Michel Bergès,
Agrégé de science politique,
Profeseur des universités retraité de l'Université de Bordeaux IV - Montesquieu

Présentation de la collection.

La collection Civilisations et Politique souhaite s’inscrire dans le droit fil des réflexions d’histoire globale synthétisées, notamment celles de Jacques Pirenne (Les Grands Courants de l’Histoire universelle), Fernand Braudel (Grammaire des civilisations…) et de l’anthropologue Claude Lévi-Strauss (Tristes Tropiques, La Pensée sauvage, Anthropologie structurale…), qui lui servent de référence, dans une optique séparant relativement les « Sciences humaines » de la vieille « Philosophie », savoir officialisé de façon symptomatique. Deux remarques peuvent s’imposer en présentation.

– 1)  La première a trait à la méthode proposée d’utilisation ouverte du Site, selon la liberté de chaque lecteur.

Seront privilégiés dans cette collection trois types de sources et d’auteurs :

– Les témoignages d’acteurs ayant vécu et / ou subi en « contemporains » les actes politiques de leur vivant – c’est-à-dire les « faits » et « méfaits » du XXe et du XXIe siècle ;

– Les travaux historiographiques d’érudition et d’analyses émanant des sciences humaines, voire de la « philosophie politique », internationaux mais d’abord « francophones », d’époques variées (de « l’Antiquité » à nos jours) ;

– Des références commentées à des documents d’archives authentifiés, ouverts aux lecteurs.

Un seul écrit peut évidemment aborder dans ses analyses du politique et de la politique plusieurs thèmes et objets. Des auteurs « classiques » ou « contemporains », déjà édités dans le site numérique d’accueil, pourront être signalés en rappel dans une bibliographie universitaire indicative, à actualiser régulièrement. Celle-ci sera complétée par des références à des ouvrages à venir qui ne répondent pas encore aux critères de l’édition numérique gratuitement téléchargeable, mais sont susceptibles d’y obéir par la suite, avec l’accord des auteurs, éditeurs et ayant-droits, à interroger librement. À chacun de suggérer l’entrée dans la Collection de nouveaux livres, de façon permanente…

– 2) La seconde réflexion concerne les objectifs attendus, à proposer aux éléments du futur, orientant les choix et les propositions de textes en question, provisoires, évidemment.

* Seront mis en perspectives comparatives et critiques, les modes de saisie habituels, trop européocentrés, trop « mandalaïques » du « politique ».

Ceux-ci ont longtemps prétendu « moraliser » la planète en transposant, au nom d’une mondialisation surtout économique, mais aussi « théologique » (pensons-là au « calvinisme » intempestif, conquérant, hypocrite, à l’américaine), un modèle univoque, prétenduement supérieur et « universel », dit « démocratique » ou « occidental » (surtout en fait « atlantiste » et américanophile, ploutocratique sur le fond).

Or la politique d’aujourd’hui (qui n’est pas celle de toujours), s’inscrit dans un contexte multipolaire qui nous force à prendre en compte l’« Ailleurs » et « les Autres », sans nous enfermer dans les seules et fausses distinctions, opposant de façon strictement contemporanéiste et manichéenne fantasmée (oublieuses là de l’Histoire) : l’« Orient-moyen » ou « extrême » et l’« Occident », ou bien le « Nord » et le « Sud », de façon simpliste. Cela, au nom d’une théorie réductrice du faux « Choc des civilisations », selon les schémas déformants du conservateur américain, calviniste sur le fond, et donc divisant dans l’âme, Samuel Huntington. Point de préjugés religieux ou autre manichéisme, « anti », ici dans cette Collection !

Cela implique donc l’étude sérieuse, localisée, circonstanciée, des configurations des civilisations du monde, qui ont toutes porté des formes politiques différenciées, dans la construction des États, des identités, des ethnicités, des communautés, des interactions avec des structures voisines, de mouvements sociaux et de mobilisation, de protestation, de résistance, d’insoumission… La seule prise en compte de « l’occidentalisation » risque de brouiller encore l’étude des rapports entre tradition et modernité, étalés dans l’espace et dans le temps, porteurs d’évolution comme d’involution à rebours, jusqu’à nos jours. Cela dit, sans tomber dans des « illusions rétrospectives », jugeant des événements contemporains au regard de faits et de représentations du passé, et vice-versa.

La finalité est donc de comprendre et d’expliquer, dans les limites du possible et de la crédibilité scientifique des ouvrages retenus, hors de toutes idéologies, les causalités et conséquences de phénomènes qui interpellent ce que l’on appelle « l’Occident », en ses valeurs positives comme négatives. C’est-à-dire dans ses mécanismes offensifs et défensifs, de pratiques de « déculturation » (destruction culturelle). Et encore, d’impositions et d’exportations de « modèles » culturels et intellectuels, sous couvert de formes de « modernisation » technique, scientifique ou économique, forcées parfois, prétenduement « supérieures », mais aussi bien réelles en leur résultat.

Cette réalité, nonobstant les savoirs « primitifs » dans toutes les civilisations, chamaniques, animistes, asiatiques, africaines, et autres, comme des formes d’aculturation de la part des « vaincus » et des « sans voix » de l’histoire (cf. là l’œuvre-phare de Nathan Wachtel, qui a étudié la résistance des Indiens d’Amérique du Sud, face aux « Conquistadores » espagnols, destructeurs de la civilisation amérindienne, liberticides et génocidaires), s’est souvent imposée, sans retour…

Mais, « en même temps », les phénomènes de « civilisation » de portée universelle, se sont déployés en termes positifs et d’échanges, comme sur le plan des encouragements à la diffusion des cultures et de leurs images attenantes, en des découvertes scientifiques, techniques, économiques ou médicales plurielles… Cela dit tout en reconnaissant la différenciation des langues humaines, foyers irréductibles, fondements des « paroles » et des « mémoires »,   dans tous les sens. Point donc d’approches en termes unilatéraux, ou à sens unique, de façon strictement dévalorisante. Les civilisations ont échangé entre elles, et de longue date, nous souffle Fernand Braudel.

De même, les relations inégales et de domination se retrouvent dans chaque continent à des degrés plus ou moins intensifs, sous des régimes et des sociétés multiformes, à travers des modèles « non-occidentaux » de structuration du pouvoir. Les dimensions à étudier se montrent alors universelles et, ne l’oublions jamais, « l’homme », génériquement, depuis la Protohistoire, reste un « être de guerres ». Les deux faces des phénomènes à révéler n’ont-ils pas été bien indiqués par les auteurs de référence placés en exergue de cette Collection (Pirenne, Braudel, Lévi-Strauss) ?

* Ainsi, puisqu’il existe une dimension double de « la politique », dont a su si bien rendre compte le Traité de Science politique, paru en France en trois volumes en 1985, dirigé par les professeurs Madeleine Grawitz et Jean Leca (publié dans les Classiques, qui inaugure ainsi cette Collection courant 2018), il est souhaitable de retenir des ouvrages traitant de ces deux faces de la politique,  ensemble, ou tour à tour :

– celle, noble, qui concerne bien, dans toutes les civilisations, ce qu’Aristote désignait comme « l’architectonique de toutes les sciences » (è politeia) : c’est-à-dire un processus progressif de décision collective organisé de façon variée et variable, concernant la gestion des affaires publiques (la Res publica) : l’administration, la construction d’un centre, l’établissement de frontières, l’élaboration de règles écrites, la justice, la police des villes et des campagnes, l’établissement de moyens de défense contre les dangers extérieurs, le développement éducatif et culturel, les modes de représentations et de relations avec les corps sociaux, les villes et les territoires, mais aussi, l’économie interne (la fiscalité et la monétarisation) et externe (le commerce avec des alliés), les négociations, les échanges intercivilisationnels et interétatiques, la diplomatie, le désarmement, la construction de la Paix…

– simultanément, celle, négative, voire ignoble, antihumaine, qui contient d’abord toutes les formes de domination et d’extermination, puis aussi les dépenses somptuaires en termes de « légitimation » des dirigeants un temps en place. Ceux-ci ont de tous temps organisé ce que, dans un ouvrage éclairant d’anthropologie et de sociologie politique, Gérard Leclerc appelle « le regard du pouvoir ». Selon lui, celui-ci reste fondé sur un « panoptisme » insidieux (tout voir du « Peuple » sans être vu par lui : police, cabinet noir, instauration et contrôle des « identités », services de renseignements…), mais aussi sur un « synoptisme » montrant le Prince et les pouvoirs en « spectacle » permanent, dispenseur de « fêtes », de modes de sacralisation et de cultes de la personnalité, de formes multiples de tromperie. Cela, à travers parfois de véritables « religions politiques », fascinatrices jusqu’à la transe collective, susceptibles même de capter des mythes ancestraux reconstruits, déformants, sortes d’opium du Peuple. Mais aussi sachant récupérer à leur profit l’art et les artistes plus ou moins complaisants, à des fins de manipulation, distribuant à foison « pain » et « jeux du cirque » distractifs, via des techniques de « propagande » canalysant, manipulant les « cultures de masse » (aujourd’hui sous formes d’images et de « communication politique », si « chérantes » et chloroformeuses – cf. le déploiement de la politique télévisuelle aux USA, épouvantail infantilisant sur le plan du martelage propagandiste, via encore les images « publicitaires » articulant sans cesse des mythes conscients et subconscients).

Sans oublier la dimension négative à prendre absolument en compte, des violences politiques multiformes : à savoir les modes d’esclavage et de colonisation, la corruption, les complots, les coups d’État, les assassinats politiques, les crimes collectifs, les déportations, les politiques d’invasion… Ce type d’objets concerne directement les « guerres » perpétuelles, accompagnées des ethnocides, des déportations massives, des génocides, des crimes contre l’Humanité… Pratiques qui, en passant historiquement par l’Inquisition catholique européenne, comme par les pogromes russes, puis la Shoah, contre tous les Juifs d’Europe, montrent que l’Homme, simple animal prédateur, a su de longue date, donner (im)pitoyablement « des leçons à l’enfer » (André Malraux)…

L’accent pourra être mis également sur les témoins et analystes qui ont affronté en termes de pensée, le terrible XXe siècle, quant à la compréhension des deux Guerres mondiales, de la Révolution de 1917 en Russie, manipulée par les services secrets de l’Empire allemand d’alors, catastrophiques en leur causes, en leur déroulement, en leur conséquences, dans tous les pays, en contre-plan de la première Guerre mondiale, précisément.

C’est-à-dire que la collection devrait s’ouvrir sur l’analyse comparative et critique des totalitarismes fascistes, nazis, bolchevico-lénino-trotskico-staliniens, maoïstes et assimilés, à rapprocher, selon divers historiens de référence, tant à des « millénarismes apocalyptiques » antérieurs, sur le plan des pratiques de violence et d’assassinats de masse, qu’à des doctrines politiques humiliant les valeurs humanistes déjà posées de longue date, depuis l’Europe de la « Renaissance » balbutiante, puis de celle des « Lumières ».

Pour approfondir cette problématique, on peut se référer là, notamment, parmi d’autres lanternes éclairant notre route, aux écrits suivants qui ont ouvert la voie, après maints de leurs devanciers ou contemporains :

– Collectif, Le Livre Blanc austro-allemand sur les assassinats des 30 juin et 25 juillet 1934, Préface du Sénateur suédois social-démocrate, Georg Branting, avocat international, Paris, Éditions de la Nouvelle Revue critique, Col. « La Vie d’aujourd’hui », avril 1935.

– Edmond Vermeil :

– Doctrinaires de la révolution allemande (1918-1938). W. Rathenau, Keyserling, Th. Mann, O. Spengler, Moeller van den Bruck, le groupe de la « Tat », Hitler, A. Rosenberg, Gunther, Darré, G. Feder, R. Ley, Goebbels, Paris, Éditions, Paris, 1938 ;
– Hitler et le christianisme, Paris, Gallimard, Nrf, 1939 ;
– Le Racisme allemand. Essai de mise au point, Carnets de l'actualité, Paris, 1939 ;
– L’Allemagne. Essai d’explication, Paris, Gallimard, 1940.

– Suzane Normand, Sous le masque du racisme, Présentations de Jean Perrin (Prix Nobel) et d’Albert Bayet, Paris, Les Éditions Réalité, 1939.

– Philippe de Felice, Foules en délire, extases collectives. Essais sur quelques formes inférieures de la mystique, Paris, Albin Michel, 1947.

– Raymond Aron :

– Mémoires. 50 ans de réflexion politique, 2 volumes, Paris, Julliard, 1983.
– « L’Avenir des religions séculières », in La France libre, 15 juillet 1944. Repris dans Raymond Aron (1905-1983), Histoire et politique, Textes et témoignages, Hommages de l’étranger, Études, Textes, Commentaire, Paris, Julliard, 1985, p. 369-383.

– Raul Hilberg :

– La Destruction des Juifs d’Europe, Paris, Gallimard, col. « Folio Histoire » (3e édition), 2006.
– La Politique de la mémoire, Paris, Gallimard, col. « Arcades », 1996.
– Holocauste : les sources de l’histoire, Paris, Gallimard, Essais, 2001.
– Éxécuteurs, victimes, témoins, Paris, Gallimard, col. Folio Histoire, 2004.

– Saul Friedländer :

– L’Antisémitisme nazi. Histoire d’une psychose collective, Paris, Le Seuil, 1971 ;
– Histoire et psychanalyse, Paris, Le Seuil, col. « L’Univers historique », 1975 ;
– L’Allemagne nazie et les Juifs, Tome 1, Les années de persécution : 1933-1939 ; Tome 2, Les années d’extermination : 1939-1945, Paris, Le Seuil, col. « L’Univers historique », 2008 ;
– Réflexions sur le nazisme. Entretiens avec Stéphane Bou, Paris, Seuil, 2016.

– Norman Cohn :

– Histoire d’un mythe. La « conspiration » juive et les Protocoles des sages de Sion, Paris, Gallimard, 1967 (réédition, 1992)
– Démonolâtrie et sorcellerie au Moyen Âge : fantasmes et réalités, traduction de Sylvie Laroche et Maurice Angeno, Paris, Payot, « Bibliothèque historique », 1982.
– Les Fanatiques de l’Apocalypse : millénaristes révolutionnaires et anarchistes mystiques au Moyen Âge, Paris, Payot, « Bibliothèque historique », 1983, réédité par les Éditions Aden, col. « Opium du peuple », 2010.

– Jean-Pierre Sironneau, Sécularisation et religion politique, Paris, La Haye, Mouton, 1982.

– Marc Angenot :

– Gnose et millénarisme : deux conceptions pour le XXe siècle, Montréal, Discours social, vol. XXIX, Université Mac Gill, 2008.
– Le Siècle des religions séculières, Montréal, Discours social, vol. XXXVIII, Université Mac Gill, 2014.
– Fascisme, totalitarisme, religion séculière : trois concepts pour le XXe siècle. Essai tiré d’un séminaire d’histoire conceptuelle, 3 volumes, col. « Discours social », Université McGill, Montréal (2012-2015).

– Philippe Némo :

– Histoire des idées politiques dans l’Antiquité et au Moyen-Âge, Tome 1, Paris, Puf, col. « Quadrige », 3e édition, 2003 ;
– Histoire des idées politiques aux Temps modernes et contemporains, Tome 2, Paris, Puf, col. « Quadrige », 2e édition, 2013 ;
– Qu’est-ce que l’Occident ?, Paris, Puf, « Quadrige », 200 ;
– Les Deux Républiques françaises, Paris, Puf, col. « Quadrige », 2010 ;

– Arno Mayer :

– La Persistance de l’Ancien Régime. L’Europe de 1848 à la Grande Guerre, Paris, Flammarion, 1983.
– Les Furies : 1789-1917. Violence, Vengeance, Terreur, Paris, Fayard, 2002.

– Georges L. Mosse :

– Les Racines intellectuelles du Troisième Reich : la crise de l’idéologie allemande, Paris, Calmann-Lévy, col. « Mémorial de la Shoah », 2006 ;
– L'Image de l'homme : l'invention de la virilité moderne, Paris, Abbeville, coll. « Tempo », 1997, réédité en 1999 dans la collection Agora (203) du même éditeur ;
– De la Grande Guerre au totalitarisme : la brutalisation des sociétés européennes, Paris, Hachette littératures, 1999.

– Georges Bensoussan, Europe. Une passion génocidaire. Essai d’histoire culturelle, Paris, Éditions des mille et une nuits, 2006.

– Jean-Louis Loubet del Bayle :

– Les Non-Conformistes des années 30, Paris, Éditions du Seuil, 1969.
– L'Illusion politique au XXe siècle. Des écrivains témoins de leur temps. Jules Romain, Drieu La Rochelle, Aragon, Camus, Bernanos, Malraux, Paris, Économica, 1999.

– Jean-Louis Vullierme, Miroir de l’Ocident. Le nazisme et la civilisation occidentale, Paris, L’Artilleur, 2014.

Au-delà du rapport de l’Homme à l’Homme, rappelons enfin la spécificité des relations que toutes les civilisations ont établi avec la Nature, comme avec  les animaux (pensons à la culture amérindienne, si forte au Canada, notamment en Colombie britannique, qui ont tant à nous apprendre dans leur vision du monde, à préserver en la respectant profondément, en tant que témoignage de l’histoire de l’Humanité en ses aspects positifs, et à encourager), ces rapports faisant désormais partie aussi des politiques écologiques du « Bien commun » sur le plan intercivilisationnel et mondial, ne serait-ce que concernant l’avenir des générations futures et de la Planète Terre…

* Dernière précision, pour faire court. Au regard de la complexité du mode de saisie scientifique de ce secteur des activités humaines, « le » et « la » politique, il est évident que vu son caractère « architectonique », c’est-à-dire concernant l’ordonnancement général de l’existence collective, l’ensemble de l’histoire des secteurs sociaux afférents doit être recoupé de façon « systémique » (non trop analytique et divisante à la manière cartésienne du Discours de la Méthode) avec l’histoire politique elle-même, au sens large.

Ce qui implique notamment la prise en compte de l’histoire des idées, de la pensée, des doctrines, de la « Théorie » au sens anglo-saxon du terme (c’est-à-dire incluant à la fois la philosophie politique, mais aussi les théories des sciences humaines, voire sociales, portant sur le politique), sans oublier l’histoire des structures économiques, juridiques, scientifiques et techniques, artistiques, de même que théologiques. Espace « systémique » précisément, bien cerné intuitivement de façon incontournable par Fernand Braudel à travers toute son œuvre d’historien, et qui oppose la conception de Marx à celle de Max Weber – ce dernier ayant valorisé l’hypothèse du caractère déterminant des codes religieux sur l’ensemble de l’organisation et du fonctionnement des sociétés comme des civilisations.

Autre différenciation complémentaire d’une réflexion épistémologique à introduire de façon critique et comparative, fondée sur une approche différencialiste : on doit penser intellectuellement, sous peine de subjectivisme intégriste sans fin, à la séparation radicale entre la « vieille philosophie » occidentale (même la plus universaliste, en ses limites temporelles, au-delà de sa discursivité symptomatique, toujours mono-thématique et irréductible à ses porteurs de valises idéelles), et les apports des sciences humaines proprement dites, plutôt hypothético-inductives qu’hypothético-déductives (c’est-à-dire fondées sur des présupposés indémontrables et a priori).

Savoirs nouveaux ? Citons là ceux de l’anthropologie politique au sens disciplinaire du terme. Le problème a été abordé notamment par Georges Gusdorf, dans son histoire lumineuse des Sciences humaines (publiée intégralement sur le site des Classiques !), poursuivie par Georges Balandier, Marc Abelès et Claude Rivière, qui ont rappelé l’importance à ce propos, concernant la définition du politique si variable, des ouvrages pionniers de Maine (Ancient Law, 1861) et de Morgan (La Société primitive, 1877). Les pères fondateurs de cette « jeune » discipline se sont en effet opposés aux théories, soit du « Contrat », soit du « Droit naturel », mises en avant par la philosophie européano-centriste des XVIIe et XVIIIe siècles (Grotius, Pufendorf, Hobbes, Rousseau…).

Par exemple, Maine (cf. son chapitre intitulé « La société primitive et l’ancien droit ») a suggéré une analyse pertinente et différencialiste des systèmes de gouvernement des sociétés traditionnelles. Celles-ci, fondées sur la parenté, se sont trouvées à l’opposé, de par leur conception du lien social, face à des « sociétés politiques » modernes (cf. le concept d’« État civil »), reposant sur des « contrats » de droit écrit. Maine retint, sur le plan de sa synthèse théorique, deux grands principes d’organisation sociale.

– D’abord la parenté de sang (seule base dans les sociétés « primitives » d’une communauté de fonctions), fondant les structures politiques sur la filiation et la constitution de clans familiaux, à l’instar des « Cités » de l’Antiquité, des vieux royaumes en Inde, en Chine, au Japon, en Corée, en Afrique, voire en Amérique du Nord et du Sud, au gré des migrations, toujours présentes de nos jours.

– Ensuite, à l’inverse, la communauté de territoire, fondée sur le principe de contiguïté spatiale, ouverte à une action commune progressant lentement vers des « institutions », des formes d’États englobantes, et des « mises en ordre » externes des sociétés. Cela, par étape, avec la création de corps séparés des groupes qui jusque-là géraient leur contrôle social de façon « interne », plus ou moins liés à la parenté. Maine se montra d’ailleurs très critique par rapport aux théories » du « Droit naturel », héritées de la philosophie politique du XVIIe et XVIIIe siècle (notamment celle de Grotius), comme à celle des « Contrats », des Conventions, qui prétendaient fonder le politique dans des sociétés multiples et modernes, sur l’association, la délégation et la représentation d’un « Peuple » imaginé : théorie empruntée aux jurisconsultes romains… Cette différenciation sera reprise et pensée par l’ouvrage fondateur de l’anthropologie politique moderne, d’Evans-Pritchard et Forts, Les Systèmes politiques africains (Paris, Puf, 1940).

Questions à approfondir évidemment, à tous les niveaux, qui démontrent que l’on ne peut réduire « le politique » et « la politique » à des schémas tardifs, occidentaux, projetés de façon anachronique, conjugués de façon univoque. Qu’il faut aussi confronter à l’épistémologie et à la confrontation des modèles correspondants impliqués dans le temps et dans l’espace.

Espérons que ladite Collection pourra enrichir ce type de réflexion critique, et assumer la problématique ouverte ainsi mise en avant.

Pr. Michel Bergès
Université de Bordeaux

Mai 2018

Retour à la collection Dernière mise à jour de cette page le jeudi 21 juin 2018 9:20
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur associé, Université du Québec à Chicoutimi.
 
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