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Collection « Les sciences sociales contemporaines »

Une édition électronique réalisée à partir du texte de Jean-Luc Bonniol, “L’invention d’un territoire et sa confrontation aux limites administratives. Le cas des Grands Causses”. Un article publié dans la revue électronique Ethnologies comparées, no 8, printemps 2005. Numéro intitulé: Pays, terroirs, territoires. [Autorisation formelle accordée par M. Bonniol le 28 septembre 2007 de diffuser, dans toutes ses publications dans Les Classiques des sciences sociales.]

Jean-Luc Bonnniol

Université d’Aix-Marseilles III, France. 

L’invention d’un territoire et sa confrontation aux limites administratives. Le cas des Grands Causses”. 

Un article publié dans la revue électronique Ethnologies comparées, no 8, printemps 2005. Numéro intitulé : Pays, terroirs, territoires.

http ://alor.univ-montp3.fr/cerce/revue.htm 
 

Introduction
 
Description d’un paysage
La montée d’une identité paysagère
Un territoire en mal d’achèvement 
 
Références bibliographiques

Introduction

 

De la rencontre entre l’espace et l’identité naquit un jour le territoire… Dans les divers usages du terme (depuis le biologique jusqu’à la sphère administrative…) se profile le référent d’un espace circonscrit, caractérisé de surcroît par le double lien qu’un individu, ou un ensemble d’individus, entretient avec cet espace. D’une part un lien d’appropriation qui, du côté d’une structure politiquement instituée, peut prendre la figure d’une relation d’autorité sur cet espace (d’où les mots souvent associés au territoire : sécurité, surveillance, aménagement…), et d’autre part un lien d’appartenance, lorsqu’on se situe du point de vue des sujets : on appartient à un territoire, et c’est lui qui contribue à façonner votre identité. Mais qui dit identité évoque immédiatement un processus à double face : l’identité pour soi, l’identité pour l’autre… Le territoire n’échappe pas à cette opposition, pouvant correspondre à une revendication interne ou à une assignation imposée de l’extérieur. Le jeu pouvant se compliquer, lorsque est projetée une image vers les autres. Dans le contexte contemporain des identités régionales en France, on voit ainsi l’identité se frotter à la publicité, une tension pouvant apparaître entre « une politique de l’identité à usage plus ou moins endogène » et une « politique d’image essentiellement orientée vers la captation du tourisme de masse [1]… » 

Dans la mesure où il s’agit de rendre compte de phénomènes touchant au point de vue des sujets, le chercheur se trouve personnellement engagé. La position distanciée de l’ethnologue lui permet normalement de s’affranchir de cette contrainte, mais je mesure néanmoins tout l’écart qui peut exister entre une ethnologie menée par quelqu’un qui vient d’ailleurs (celle que j’ai pratiquée durant l’essentiel de mon parcours de recherches aux Antilles ou dans l’Océan Indien) et une anthropologie « native », celle que l’on mène sur son lieu d’origine. Je ne peux, dans mes analyses, qu’être influencé par mes propres modes de territorialisation : j’aurai l’occasion de revenir sur ce point à plusieurs reprises. 

Sera évoqué ici un espace spécifique, celui des Grands Causses. L’écriture même du mot permet de se poser une question liminaire et cruciale pour qui scrute ce lieu : causse ou Causse ? Le terme « causse » est d’abord un simple nom commun, dérivé du latin calx (chaux), qui désigne « tout terrain calcaire produit par la décomposition de la pierre à chaux » (Mistral, Trésor du Félibrige). Mistral ajoute qu’on désigne par là, en Languedoc et en Rouergue, « un plateau calcaire qui termine et surmonte une chaîne de montagne ». C’est dire que, nommant une simple forme topographique conjuguée à une certaine nature du sol, il ne renvoie pas à une région déterminée. Il faut attendre la fin du XIXème siècle pour que le terme soit désormais écrit avec une majuscule, signalant désormais une aire définie et identifiée de l’espace. « Cette particularisation sémantique témoigne d’un passage : celui par lequel les causses, en tant que tables calcaires interchangeables, susceptibles de se rencontrer en divers points de l’aire occitane, sont transmués en Causses, en tant que lieu circonscrit, porteur d’image et d’identité, cela par la grâce d’une révélation, largement liée au regard extérieur qui s’est alors posé sur eux. Causses majeurs, précise Martel, pour les différencier des causses plus modestes du Quercy [2] ; Grands Causses, nuance plus tard Paul Marres [3], lançant par là une appellation qui a fini par s’imposer » (Bonniol 2003 : 12) [4]. 

 

Description d’un paysage

 

Cette révélation n’était certes pas arbitraire, et s’est appuyée sur le donné que la nature avait installé, au travers d’une longue histoire géologique et morphologique, donné ensuite retouché par les aménagements humains. Le regard scientifique peut aujourd’hui reconnaître l’unité objective, au premier chef géologique, de ces plateaux calcaires qui rompent la continuité de l’arc cévenol lato sensu, au-dessus des collines et de la plaine languedocienne : vaste golfe sédimentaire insinué à l’âge secondaire au sein du socle granitique ou métamorphique du Massif Central, soulevé et fracturé au tertiaire lors des plissements pyrénéens et alpins, les Grands Causses trouvent dans leur nature calcaire ancienne leur apparence première. Topographiquement rattachés au Massif, ils n’appartiennent pas à son monde, conservant en leur sein la mémoire de la Méditerranée primitive qui les a engendrés, prolongeant vers le nord la tonalité claire des garrigues. Bon nombre des traits qui ont fait leur célébrité, et d’abord leurs caractéristiques formelles (dont beaucoup peuvent être fédérées derrière le label général de l’érosion karstique), découlent de cette nature : hautes tables cernées de remparts, planes ou faiblement ondulées ; aridité, du fait de l’absorption immédiate de l’eau, et absence d’écoulement permanent, avec en contrepartie le développement d’une extraordinaire hydrologie souterraine qui parfois se prolonge en surface, créant des paysages aquatiques éphémères comme le Lac des Rives ; reliefs ruiniformes et pierre souveraine délitée à l’infini à la surface des plateaux, cédant parfois la place aux sotchs tapissés d’argile rouge, ou se dressant verticale, blanche ou ocre, à la couronne des plateaux… Les rivières sont plus bas, au fond des gorges profondes — parfois aux allures de canyons — qu’elles ont creusées dans la masse calcaire ; elles sont pour la plupart allogènes, ayant pris naissance dans les Cévennes voisines sauf lorsque, comme la Vis ou la Sorgue, elles naissent d’une résurgence. Ces rivières charrient des eaux que le contact presque exclusif avec la roche nue ou les galets roulés qui tapissent leur lit laisse transparentes et pures, eaux qui prennent une couleur émeraude dès que la profondeur est suffisante, s’attardant le long des grèves caillouteuses en calmes planiols, ou se ruant dans les seuils marqués par une rupture de pente en impétueux rajols 

L’influence méditerranéenne ne fait pas de doute (sécheresse estivale, pluies d’automne, fréquentes haleines du « vent du midi »), mais elle se dégrade avec l’altitude (nuées et pluies plus fréquentes, températures plus rigoureuses, surtout l’hiver) et se combine avec l’influence atlantique au fur et à mesure que l’on se déplace vers l’ouest, le partage entre les deux domaines ne correspondant pas exactement à la ligne de partage des eaux, ligne qui s’évanouit d’ailleurs sous le Larzac (Paul Marres était d’avis que c’est la vallée du Lot qui marque à peu près la limite sur laquelle s’épuisent les influences méridionales). Il n’empêche que, en dépit des hauteurs de précipitations élevées, l’impression générale d’aridité, conséquence de la perméabilité de la roche, domine, apportant une nette touche de méridionalité. 

La combinaison de l’altitude et des caractéristiques des sols calcaires a permis la constitution d’un riche patrimoine floristique, diversifié et unique, mêlant plantes méditerranéennes, montagnardes et endémiques, au sein duquel on trouve les espèces emblématiques des Causses : Adonis de printemps aux bouquets jaune brillant au milieu des pelouses sèches, stipe pennée (cheveux d’ange) aux plumets argentés ondulant au vent et donnant au plateau, à la fin du mois de juin, des reflets métalliques, orchidées aujourd’hui protégées, carline à feuille d’acanthe (cardabelle), déployant au ras du sol ses feuilles épineuses autour de son soleil central… L’unité visuelle est assurée par la présence généralisée de la pelouse sèche, à base de graminées, tout au long des immensités piquetées de buis et parsemées de genévriers ou d’amélanchiers, les arbres (pins sylvestres et chênes pubescents) ne se rencontrant que dans les zones à forte pente (comme sur les flancs des gorges) ou accidentées (comme dans les anfractuosités des reliefs dolomitiques). 

Il faut certainement voir dans cette dénudation l’œuvre des hommes, et de leurs bêtes, depuis des siècles. Car ce sont les modes d’adaptation de l’homme à l’environnement qui imposent aussi aux Causses leur unité : adaptation au manque d’eau et à la nature pierreuse des sols. Les Causses ont pu autrefois faire figure de « bons » pays par opposition aux ségalas voisins : leurs sols légers y permettaient en certains endroits la culture du blé. Mais leur originalité essentielle tient à la mise sur pied, dans une très longue durée, d’un système agropastoral fondé sur l’élevage ovin. Par là pouvaient être utilisées les larges surfaces pierreuses, impropres à la mise en culture, qui sont devenues terres à parcours (devèzes). La finalité laitière s’est imposée à l’ensemble des Grands Causses durant les deux derniers siècles, avec la concentration de la production autour de Roquefort, et la brebis est devenue l’animal caussenard par excellence (la feda). La brebis, et non le mouton, car il s’agit avant tout de produire du lait… Cette suprématie de la brebis laitière ne s’est véritablement établie qu’avec la mise en place de la domination de Roquefort sur un vaste rayon de production (pendant longtemps les ovins ont coexisté avec les caprins, cheptel des « pauvres »…). Roquefort, première appellation d’origine contrôlée, confirmée par le Parlement de Toulouse dès 1666... Par là les Grands Causses s’opposent nettement aux « pays à vaches » du Massif Central, et leur spécialisation laitière les différencie, dans une moindre mesure, des garrigues à moutons du bas-pays, dont les troupeaux transhumants utilisaient néanmoins l’été les drailles caussenardes. La déforestation semble être la conséquence au long cours de la domination de ce système agropastoral : le paysage caussenard a été véritablement façonné par cet élevage extensif. Paysage traditionnellement ouvert, sans clôture, le berger et son chien étant là pour surveiller le troupeau et ramener les brebis égarées. 

Les cultures se concentraient dans les zones aux sols plus profonds (ségalas), en particulier dans les sotchs tapissés d’argile rouge. Les structures foncières elles-mêmes portent encore la marque de cet élevage extensif, avec l’importance des communaux, et la présence de ces fermes isolées qui regroupent autour d’elles des centaines d’hectares, dans un pays dont la densité humaine paraît depuis longtemps inférieure à celle des contrées avoisinantes, les gros villages et les bourgs se concentrant essentiellement dans les vallées. 

Il est bien d’autres éléments paysagers qui particularisent les Causses et qui toujours semblent une réponse aux contraintes naturelles. Souvent ils se placent sous le signe de la pierre et du manque d’eau : ainsi les clapas, ces tas d’épierrement constitués au cours des âges, les caselles qui servaient d’abri pour les bergers, les lavognes, ces petites dépressions circulaires parfois tapissées de dalles calcaires qui permettaient de recueillir l’eau de pluie afin de pouvoir abreuver les troupeaux (besoin parfois assuré grâce à un système constitué par un toit de lauze savamment galbé amenant l’eau vers une citerne). L’habitat, qui s’affirme dans la splendeur d’une architecture paysanne sans pareille, se situe lui aussi dans le prolongement de l’environnement, tant dans ses matières que dans ses volumes : utilisation des moellons ou des lauzes calcaires, prédominance de la voûte, fille de la pénurie de bois de charpente, mais capable aussi de supporter l’énorme pesée des toits de lauzes… Mentionnons ici une innovation culturelle ancienne, la tuile canal, qui demande les mêmes pentes de toit que la lauze calcaire et peut lui être substituée sans changement de structure. 

 

La montée d’une identité paysagère

 

La description raisonnée qui précède s’inspire de la tradition des géographes, qui ont classiquement utilisé (de manière largement non-théorisée…) la catégorie de paysage dans sa dimension « objective », attentifs à la matérialité de l’espace et aux contraintes qu’installe sa configuration même (sa « rugosité ») dans la détermination du séjour des hommes. Comme ailleurs, les géographes se sont mis ici au travail depuis la fin du XIXème siècle. Leur manière fut longtemps volontiers littéraire (comment mieux qualifier la plume inspirée d’Onésime Reclus [5] ?), en particulier dans cet exercice de style qu’était la monographie régionale, si bien illustrée dans le cas des Causses par le grand géographe montpelliérain que fut Paul Marres… Mais le paysage se constitue aussi dans le regard des hommes [6], et à ce titre il relève d’une autre histoire, idéelle, celle des représentations et des pratiques qu’elles inspirent. 

Les caractéristiques mêmes des Grands Causses ont longtemps révulsé les visiteurs, qui parlent à leur propos de « contrées épouvantables », de « spectacle lugubre », de « désert stérile »… Tout change au travers des mutations des sensibilités esthétiques face au paysage qui émergent dès la fin du XVIIIème et s’affirment avec force dans la deuxième moitié du XIXème siècle [7], avec le développement du tourisme. C’est dans les années 1870 que sont véritablement découvertes, puis révélées, les beautés des Causses. « Enfin Lequeutre vint », dit Martel, Lequeutre dont l’article est le premier à grand tirage qui leur soit consacré (5000 exemplaires de l’Annuaire du Club Alpin français en 1879), Lequeutre qui « lègue » les Causses à Martel dans ces termes : « Prenez les Causses, mon jeune ami : il y a là une œuvre à accomplir, un service régional à rendre, un nom à conquérir ». Et c’est Martel qui, par son activité inlassable, d’abord sous terre, mais aussi en surface, va véritablement « inventer » les Causses à travers ses articles et ses ouvrages, dont le premier, paru en 1890, porte encore, de manière significative, le titre de Cévennes, et le dernier, paru en 1936 (soit après un demi-siècle de parcours et de reconnaissances), celui de Causses majeurs. 

Les esprits sont désormais prêts à apprécier, sous le registre du sublime, la sauvagerie de ces lieux, à commencer par la verticalité des gorges, les escarpements vertigineux des corniches, ou les étranges labyrinthes ruiniformes sculptés dans le calcaire dolomitique. Mais ces lieux doivent être signalés et explorés : là réside un rapport particulier à la nature, fait à la fois d’audace, de sportivité et de scientificité, que Martel met en place. 

Ce rapport à la fois sportif et scientifique à la nature, cette volonté de découvrir des espaces vierges, trouve matière à s’exprimer pleinement dans la spéléologie, dans l’exploration de ces cavités souterraines caussenardes qu’Onésime Reclus qualifia admirablement d’« Amériques ténébreuses ». Insistons sur l’importance fondatrice de la spéléologie, et des valeurs d’aventure, d’audace et de découverte qu’elle focalise. Il s’agit d’accéder à des fragments de nature inexplorés. De cette exploration des abîmes (qui s’est poursuivie jusqu’à aujourd’hui…), on peut faire dériver toute une généalogie des pratiques sportives extrêmes qui ont été suscitées par les gorges et les escarpements : du côté de l’eau, le canoë-kayak et, plus récemment, le canyonning ; du côté du ciel et de l’air, l’escalade et les sports de glisse comme le delta-plane ou le parapente, qui profitent des ascendances atmosphériques à la couronne des Causses… 

Les sites, découverts et signalés, restent inaccessibles. Les politiques se rendent alors compte de l’existence d’une remarquable entité touristique et des potentialités économiques qu’elle recèle ; ils vont aider au développement des voies de communication et des infrastructures. L’image des Gorges du Tarn et des merveilles souterraines caussenardes commence à s’imposer sur le plan national, voire européen. La révélation des beautés caussenardes attire rapidement les premiers touristes : déjà, à la fin du XIXème siècle, un flux notable de visiteurs s’est mis en place, qui tous sacrifient à ce qui est considéré comme le must incontournable du séjour : une descente en barque des Gorges du Tarn, encore dépourvues de route, de Sainte-Enimie au Rozier… Ces gorges deviennent une destination classique du tourisme routier hexagonal, comme l’atteste le volume qui porte désormais leur nom dans la livraison consacrée au Languedoc du fameux Guide Michelin… Ainsi se construit une image forte et cohérente qui, pendant des décennies, attire les visiteurs, plus ou moins illustres : c’est l’époque où Millau est parée du titre de « capitale des Causses, canyons et cavernes »… 

Mais cette image commence aussi à pénétrer les esprits des habitants eux-mêmes, à qui est révélée la beauté de leurs paysages familiers et qui vont dès lors s’investir en ceux-ci. C’est dans un tel contexte que Paul Arnal fonde en 1894 le Club Cévenol, sous l’influence directe de Martel et dans une démarche très volontariste : il s’agit d’accrocher les Cévennes à la prospérité montante des Causses dont la réputation se développe à partir de quelques sites privilégiés : Gorges du Tarn, Montpellier-le-Vieux, Dargilan, Bramabiau… Les cavités souterraines constituent un puissant élément attractif : le Club fut d’abord la première société nationale de spéléologie (comme continuent à l’illustrer la corde et l’échelle souple qui figurent sur son écusson), avant de devenir la grande association identitaire que l’on connaît… Fait remarquable, vont apparaître dans les décennies suivantes à Millau toute une série d’associations purement locales, dédiées à la reconnaissance et à l’exploration de l’espace caussenard et de ses prolongements souterrains. 

Lorsqu’on veut bien interroger aujourd’hui les habitants du Causse sur l’attachement qu’ils portent à leur pays, on est frappé par l’importance qu’ils attachent à toute une série d’éléments (les gorges, les « falaises », les grottes…) qui dessinent toute une palette de la sauvagerie, ce qui n’est peut-être que la face positive et moderne des anciennes épouvantes nées de ces territoires de la peur… Cet attachement s’articule en fait étroitement à un cadre géologique et géographique (Adrienne Durand-Tullou [8] accordait par exemple beaucoup d’importance au fait de « vivre sur du calcaire ») : on peut dire par là que l’identité caussenarde est avant tout paysagère, impliquant une forte affectivité, dans la mesure où l’impression visuelle va souvent de pair avec le sentiment, voire l’émotion qui submerge les natifs lorsqu’ils retrouvent, après une absence, la forme caractéristique des plateaux, avec leur couronne de falaises... 

Aux premiers temps du tourisme, ce sont les gorges et leurs corniches qui ont d’abord été rendues célèbres sous la bannière du sublime et du grandiose. Les plateaux étaient alors délaissés, y compris par Martel… Mais tout au long du XXème siècle s’est opéré un glissement des codes d’appréhension du paysage du caussenard. Sans que pour autant faiblisse l’attirance pour les gorges et les escarpements, l’intérêt se déplace vers l’étendue même des plateaux, dont le vide et l’immensité constituent un nouveau registre d’attraction. Une nouvelle esthétique s’est ainsi mise en place, jouant sur les correspondances entre le paysage et les mouvements de l’âme, favorisés par la grandeur sans bornes du désert et le face à face direct et sans intermédiaire avec le ciel… Dans cette ligne, le Causse apparaît désormais comme un espace mis à nu, où ne subsiste que l’essentiel, dans la vérité que représente la nudité de paysages où rien ne se cache, et où peut émerger le sentiment du sacré. Paysage de la méditation, de la réflexion, du retour sur soi, de l’élévation. 

La perception d’espaces inviolés a été renforcée par des images récentes, comme celle des gorges de la Jonte survolées par les vautours, ou des étendues du Méjean parcourues par les chevaux de Prewalski… Les Grands Causses semblent ainsi correspondre à certaines tendances de fond de l’évolution de nos sensibilités paysagères. Aujourd’hui, avec la montée des « hauts-lieux » face à un tourisme de masse, avec l’attractivité réaffirmée du « vide », du « désert », ils sont certainement en phase, par l’immensité austère de leurs étendues pierreuses et dénudées, par l’ampleur des vues, par la lisibilité même de l’espace, avec certains de nos désirs très actuels de paysages…

 

Un territoire en mal d’achèvement 

 

Alors même qu’a émergé en ces lieux une forte identité paysagère, qui imprègne les affects et les esprits de nombre d’habitants, que s’est diffusée vers l’extérieur une image touristique attractive, et qu’il semble donc que l’on puisse parler à leur propos d’invention d’un territoire, les Causses, à la différence des Cévennes voisines (associées qu’elles sont à la Réforme et à l’événement emblématique de la Guerre des Camisards), continuent à souffrir d’un déficit de personnalité historique. 

Les espaces caussenards, malgré leur remarquable unité paysagère qui s’impose au regard, malgré l’homogénéité culturelle qui les caractérise (notamment en matière d’adaptation au milieu), n’ont pas constitué, pendant la majeure part de leur histoire, un socle pour l’émergence d’une identité spécifique : jusqu’au XIXème siècle, ils sont immergés dans les vieilles provinces, Languedoc, Gévaudan et Rouergue, puis dans les départements qui leur ont succédé. Scrutons la vieille frontière qui partage en deux le Causse le plus méridional, le Larzac et qui se poursuit vers l’Est, fractionnant le Causse Noir. Il s’agit là d’un objet inscrit dans la très longue durée, puisque les historiens adoptent volontiers le dogme de son intangibilité depuis sa fixation originelle : elle correspondrait aux limites de ces peuples qui, pour la première fois dans l’histoire, peuvent être distingués par des ethnonymes : les tribus gauloises des Volques et des Ruthènes. Pour connaître leurs limites spatiales, les historiens ont traditionnellement utilisé une méthode régressive : les premiers évêchés se seraient en quelque sorte calés sur les limites des anciennes « cités » gallo-romaines, elles mêmes cadrées sur le territoire de la tribu éponyme. En l’occurrence, le diocèse de Rodez correspondrait à la cité des Ruthènes, se séparant vers le sud du diocèse de Lodève et vers le sud-est de celui de Nîmes, coïncidant en outre avec la subdivision carolingienne du comté de Rouergue. 

On est là confronté à une division historique ancienne, fermement ancrée dans l’espace : sur le Larzac, le lieu-dit La Pezade rappelle le péage installé à la limite du territoire de l’évêque de Lodève, seigneur comte de toute la partie sud du plateau. La fontaine de la Virenque, à côté de La Couvertoirade, est encore appelée la fontaine des trois évêques : les trois prélats de Lodève, de Nîmes et de Vabres pouvaient y tendre leur gobelet sans sortir de leurs diocèses respectifs… L’administration royale l’entérina, s’appuyant en particulier sur la maille territoriale du Rouergue, dont elle fit une sénéchaussée, et qu’elle rattacha à la grande province de Guyenne, puis à la généralité de Montauban en 1635. Cette limite a survécu jusqu’à nos jours, se prolongeant dans l’actuelle frontière départementale entre l’Aveyron et l’Hérault (le département de l’Aveyron a pour l’essentiel hérité des limites du Rouergue) et dans celle entre l’Aveyron et le Gard. 

La création des départements, qui date de la Révolution, a généré dans bien des cas un petit patriotisme local, et l’on a mis souvent en avant, dans l’espace ici concerné, la forte unité historique de départements comme l’Aveyron (Rouergue) et la Lozère (Gévaudan) : ce sont d’ailleurs les appartenances départementales qui ont servi à la définition des associations regroupant les originaires immigrés, en particulier dans la région parisienne. Malgré l’extrême hétérogénéité naturelle et culturelle qui caractérise souvent les départements (c’est justement le cas de l’Aveyron et de la Lozère...), on est là en présence d’une cellule territoriale particulièrement résistante, qui a été jusqu’à présent caractérisée par son indivisibilité. 

Il s’est longtemps agi cependant d’un simple maillage administratif, qui laissait à la société une large marge de manœuvre pour organiser à sa guise ses propres regroupements à l’intérieur d’un espace national indifférencié. D’autant qu’au niveau supérieur englobant, la doctrine de l’État s’est révélée plus fluctuante, car les subdivisions territoriales englobantes ne se chevauchent pas : en matière d’enseignement, le compartimentage académique a par exemple attiré l’Aveyron vers l’orbite toulousaine, alors que, sur le plan judiciaire, le même département dépend de la cour d’appel de Montpellier… La donne commence à changer au début des années 60, avec l’établissement des « régions de programme » par le pouvoir gaulliste, qui répondait à un souci technocratique de mise en cohérence et qui prit le visage d’une division autoritaire de l’espace entre les deux régions de Midi-Pyrénées et de Languedoc-Roussillon. On assista alors progressivement à un certain nombre d’impositions spatiales. J’ai le souvenir personnel de ces mini coups de force, lorsque par exemple les téléspectateurs millavois, qui recevaient, du simple fait de la proximité géographique, leurs informations régionales de Montpellier, en furent brutalement privés, et furent réorientés, sans évidemment qu’on leur ait demandé leur avis, vers la station de leur lointaine capitale régionale, Toulouse… Ou lorsque les clubs sportifs, toujours à Millau, furent instamment priés d’abandonner leurs affiliations spontanées (qui les rattachaient pour la plupart à des regroupement languedociens ou méditerranéens) pour rejoindre les ligues « midi-pyrénéennes »… 

Ce pliage imposé de l’espace s’est paradoxalement accentué, à partir des années 80, avec la décentralisation, lorsque les nouveaux pouvoirs ont voulu se donner une légitimité spatiale, d’autant que les notables locaux se sont toujours montrés solidaires de leur assiette électorale… Les départements et régions, collectivités désormais reconnues comme territorialement compétentes et aptes à développer des politiques spécifiques, entendent dès lors se donner une identité à usage interne et diffuser vers l’extérieur une image attractive… Ce sont ces collectivités qui impulsent en ce sens des politiques du passé comme, à partir du début des années 1990, le Conseil général de l'Aveyron et son président qui décident de lancer une opération dite « Larzac, pays templier et hospitalier », de manière à mettre sur pied un « produit » — l’emploi d’un terme de marketing est significatif du terrain marchand où l’on entend avant tout se placer — susceptible d'impulser le développement local, produit bien évidemment cantonné à l’intérieur des strictes limites départementales… Ce sont ces mêmes collectivités qui désormais subventionnent les guides, ou les ouvrages de promotion touristique. On a donc assisté, dans les deux dernières décennies, à une mutation de ces ouvrages, contraints de se caler sur les limites administratives, installant, au-delà de ces frontières, un vide sidéral : les Grands Causses se sont retrouvés fragmentés entre les volumes consacrés à Midi-Pyrénées et ceux consacrés au Languedoc-Roussillon [9]… La plupart des guides ont dû se plier à cette logique (y compris le classique Guide Bleu), sauf, résistance notable, le vieux mais toujours vert Guide Michelin… 

L’entité des Grands Causses n’est évidemment pas reconnue en la circonstance ; de plus l’annexion de leur moitié occidentale par la région Midi-Pyrénées va à l’encontre des liens étroits qu’ils ont toujours entretenus avec le bas-pays languedocien et, au-delà, avec la Méditerranée. Les controverses historiques ne manquent pas en cette matière, alimentées en particulier par le problème de l’avancée de la première pénétration romaine : en d’autres termes, où passait la limite de la Narbonnaise ? C’est poser là la fameuse question des Ruthènes provinciaux, signalés par César, et dont l’identification est débattue par les historiens depuis le XIXème siècle. S’opposent en la matière une interprétation restrictive, défendue par nombre d’archéologues comme A. Albenque [10] (le territoire des Ruthènes provinciaux correspondrait à une simple bande spatiale aujourd’hui englobée dans le département du Tarn) et une interprétation large, soutenue dès le XIXème siècle par le Baron de Gaujal [11], éminent historien local, ainsi que par les historiens allemands comme Mommsen, et inscrite dans les dernières positions des archéologues, qui se fondent sur le matériel récemment mis à jour, dans le Sud Aveyron, datant du premier siècle avant J.C : la limite de la Narbonnaise se serait fixée sur un élément topographique majeur, à savoir la vallée du Tarn, la province romaine englobant donc tout le sud de l’actuel département de l’Aveyron. La méthode des diocèses est d’autre part mise à mal par l’existence d’un diocèse éphémère, créé à l’époque des invasions et intégrant 15 paroisses détachées du diocèse de Rodez, le diocèse d’Arisitum, qui aurait englobé le Larzac, puis par la création postérieure (1317), au sud du Tarn, du diocèse de Vabres. Celui-ci dura jusqu’à la Révolution avant d’être réintégré dans le diocèse de Rodez ; encore aujourd’hui, l’évêque de Rodez est aussi évêque de Vabres. A côté de l’organisation ecclésiastique locale, les Causses connurent également au Moyen-Âge l’avancée des grandes abbayes méridionales : Saint-Guilhem le Désert (Gellonne, fondée en 804, qui y développa ses transhumances d’été) ; Aniane ; Saint-Victor de Marseille (dont deux abbés successifs, Bernard et Richard, furent au XIème siècle des fils du vicomte de Millau). Au XIIème siècle s’installèrent les Templiers, dont les possessions larzaciennes dépendaient du grand prieuré de Saint-Gilles. On peut enfin remarquer que le vicomté de Millau, qui s’était assuré du Gévaudan, fut échut par mariage aux XIème et XIIème siècles aux comtes de Provence puis aux rois d’Aragon… 

Depuis l’Antiquité, les Grands Causses sont en fait intégrés dans des flux de direction essentiellement nord-sud. Mouvements millénaires de transhumance, échanges de la montagne à la mer (avec la prédominance, durant toute une partie du Moyen-Âge, de la monnaie de Melgueil, monnaie officielle de Montpellier…), migration des hommes vers la plaine, saisonnières puis définitives… Toute la constitution du réseau routier, depuis les drailles immémoriales et les voies romaines jusqu’à l’autoroute A75, en passant par les routes royales puis nationales, a obéi à cette direction principale. Le réseau ferré s’est lui aussi inscrit dans cette logique, avec l’axe Béziers-Paris. Le chemin de fer a contribué en outre à individualiser le comportement migratoire du Caussenard, qui continue à se diriger principalement vers le Midi, alors que les originaires du nord de la Lozère et de l’Aveyron migrent désormais vers Paris. L’exode définitif, en vidant les Causses au profit du bas pays, a renforcé leur orientation vers le Languedoc méditerranéen, établissant entre les deux zones de nombreux liens familiaux, ponctués souvent de retours estivaux. Avant la création des régions de programme s’était ainsi spontanément mise en place une organisation de l’espace qui tenait compte du mouvement habituel des choses et des hommes vers le Languedoc. Encore aujourd’hui, en ce qui concerne l’un des principaux indicateurs de la polarisation de l’espace, à savoir la zone de couverture des journaux régionaux, on note l’écrasante domination du Midi Libre. Quant aux étudiants, ils continuent à se diriger vers les universités de Montpellier, et les malades vers ses hôpitaux… 

Les Grands Causses sont donc restés des espaces fragilisés par un écartèlement administratif entre quatre départements et deux régions, écartèlement dont les effets centrifuges ont été amplifiés par la décentralisation. Certes l’appellation « Grands Causses », qui jusqu’à présent n’existait pas dans la terminologie territoriale, a reçu une légitimation officielle avec la création du Parc Naturel Régional du même nom. Mais celui-ci s’est frileusement cantonné aux limites d’un département, l’Aveyron, et d’une région, Midi-Pyrénées. Il en résulte que les espaces caussenards sont traités selon des normes et des directives variant au gré de divers pouvoirs territoriaux. Peut-on sérieusement promouvoir un tourisme maîtrisé si l’on morcelle une entité qui a la chance de bénéficier d’une image forte et homogène par des lignes de partage arbitraires, qui ne peuvent que conduire à la rivalité des intérêts, chaque collectivité voulant en quelque sorte tirer les Causses vers elle ? A l’inverse la spécificité caussenarde disparaît dans les récentes offres touristiques départementales et régionales, littéralement dissoute dans les plaquettes élaborées par les nouveaux offices du tourisme… Disparition certainement dommageable, car il semble avéré que la fréquentation touristique obéisse essentiellement à une attractivité différentielle des paysages selon les publics : les Causses n’attirent certainement pas, du fait de leur sauvagerie, le même type de visiteurs que les verts pâturages de l’Aveyron aquitain ou ruthénois... 

Je voudrais pour terminer revenir à la subjectivité de l’anthropologue natif. De par mes origines familiales, les Causses sont pour moi le territoire du ressourcement, et je suis, comme on a pu le constater, un fervent partisan de l’unité caussenarde. J’éprouve le vécu douloureux de leur partage, ce qui ne fait pas de moi le meilleur des observateurs, mais en même temps ma position me donne la capacité à saisir les manipulations exercées par les pouvoirs locaux, soucieux à la fois de légitimer leur emprise, de contrer les irrédentismes en faveur d’autres regroupements spatiaux et de replacer l'institution administrante au centre d'un processus de reproduction sociale et symbolique dans les lieux qui pourraient lui échapper... Il s’agit là d’identité imposée : il se trouvera toujours, en face, des acteurs locaux proposant, à partir de leur vécu, d’autres identités, d’autres territoires… Paradoxalement, il semble que l’espace jacobin indifférencié se prêtait peut-être mieux à cette liberté des individus de déployer leurs propres affiliations spatiales que l’espace cloisonné que nous devons aujourd’hui subir. 

 

Références bibliographiques 

 

ALBENQUE Alexandre, 1948, Les Rutènes. Études d’histoire, d’archéologie et de toponymie gallo-romaine. Rodez : P. Carrère (réédition, Millau, Éditions du Beffroi, 1996).

BONNIOL Jean-Luc (dir.), 2003, Dire les Causses. Millau : Éditions du Beffroi ; Alès : Club Cévenol.

CORBIN Alain, 1990, Le territoire du vide. L’Occident et le désir du rivage, 1750-1840. Paris : Flammarion.

GAUJAL (Baron de) Marc-Antoine, 1858-1859, Études historiques sur le Rouergue. Paris : Imp. administrative de Paul Dupont.

JOUTARD Philippe, 1986, L’Invention du Mont Blanc. Paris : Gallimard.

MARRES Paul, 1935, Les Grands Causses, Étude de géographie physique et humaine. Tours : Imp. Arrault et Cie.

MARTEL Édouard-Alfred, 1890, Les Cévennes et la région des causses. Paris : C. Delagrave.

______1936, Les Causses majeurs. Millau : Imp. Artières et Maury.

RECLUS Onésime, 1899, Le plus beau royaume sous le ciel. Paris : Hachette.

ROGER Alain, 1991, « Le paysage occidental. Rétrospective et prospective », Le Débat, 65. pp. 14-28.


[1]    Daniel Fabre, intervention introductive au colloque « Fictions historiques et productions des territoires », Carcassonne, 13, 14 et 15 juin 2001.

[2]    Édouard-Alphonse Martel : 1890, 1936.

[3]    Paul Marres : 1935.

[4]    Une partie de cet article est directement extraite de l’introduction à l’ouvrage Dire les Causses. Mémoire des pierres, mémoire des textes (sous la direction de Jean-Luc Bonniol).

[5]    Onésime Reclus (1899). Ce texte inspiré, consacré au Languedoc, où la prédilection de l’auteur pour les espaces caussenards donne toute sa mesure, a été en partie réédité, illustré de photographies de Daniel Faure, sous le titre Sites et paysages du Languedoc-Roussillon, 1993, Montpellier : Les Presses du Languedoc.

[6]    On peut se reporter à l’opposition paysage in situ/paysage in visu proposée par le philosophe Alain Roger (1991).

[7]    Sur ces mutations de sensibilité paysagère, on pourra se reporter, pour le rivage maritime, à Alain Corbin (1990) et, pour la haute montagne, à Philippe Joutard (1986).

[8]    Adrienne Durand-Tullou, toute sa vie durant, s’est consacrée au Causse de Blandas, tant dans l’éducation de ses enfants (elle fut institutrice à Rogues) que dans sa description savante. Passionnée par les traces, et ayant déjà accumulé une abondante documentation, elle finit, grâce aux encouragements de Paul Marres, par passer une thèse en 1959 à la Faculté des Lettres de Montpellier, développant le concept de « civilisation traditionnelle » pour caractériser la longue durée et la stabilité des genres de vie sur le Causse. Elle poursuit dès lors un inlassable travail de terrain, attentive aux vestiges archéologiques et aux indices ethnographiques, en élargissant son aire d’étude aux Causses méridionaux, au Causse noir et aux Cévennes. De nombreuses publications témoignent de la richesse et de la diversité des matériaux recueillis. C’est avec Le Pays des Asphodèles, paru en 1989 chez Payot, œuvre autobiographique où sa vie se mêle à celle du Causse de Blandas, qu’elle se fait connaître du grand public.

[9]    La réédition du livre d’Onésime Reclus, sous le titre Sites et paysages, ouvrage subventionné par la région Languedoc-Roussillon (mentionné plus haut), est une bonne illustration de ce phénomène. La description du géographe est brutalement interrompue chaque fois qu’elle déborde les limites actuelles de la région…

[10]   A. Albenque 1948.

[11]   Baron de Gaujal 1858-1859.



Retour au texte de l'auteur: Jean-Marc Fontan, sociologue, UQAM Dernière mise à jour de cette page le vendredi 29 février 2008 12:32
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur de sociologie au Cégep de Chicoutimi.
 



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