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Collection « Les sciences sociales contemporaines »

Martin Blais, Thomas d'Aquin et la femme. (2010)
La recherche de la vérité doit partir du doute


Une édition électronique réalisée à partir du texte de Martin Blais, Thomas d'Aquin et la femme. Québec, mai 2010, 78 pp. Texte inédit. [L'auteur nous a autorisé, le 22 septembre 2004, à diffuser toutes ses publications dans Les Classiques des sciences sociales. Cette autorisation nous a été réitérée le 30 mai 2010.]

La recherche de la vérité doit partir du doute

Ceux qui veulent découvrir la vérité, a recommandé Thomas d’Aquin bien avant Descartes, doivent commencer par bien douter : volentibus investigare veritatem contingit « prae opere », idest ante opus « bene dubitare [1]. » On répond donc au désir qu’il a exprimé en rapportant d’abord quelques témoignages qui accréditent l’opinion de ceux qui le décrivent comme un sombre médiéval misogyne, a dark mediaeval misogynist [2].

D’abord l’opinion de la théologienne allemande Uta Ranke-Heinemann : « La femme ne doit son existence qu’à une erreur, un dérapage dans le processus de création humaine ; elle est un homme raté, elle a un défaut de fabrication [3]. » À la page suivante, elle parle de « la femme, réduite au rôle de “ pot de fleur ” pour semence masculine ». Je dirais plutôt « pot à fleur » car la fleur y sera plantée par le mâle. Enfin : « Les femmes ont donc toutes un échec derrière elles dès leur naissance. Elles sont par essence un échec » (Ibid., p. 213). « La femme est un produit de substitution qui se manifeste en cas d’échec du premier dessein de la nature, ayant l’homme pour objectif. Elle est un homme entravé dans son développement. Cette femme “ avorton ” est cependant prévue d’une certaine manière dans le plan divin, non pas au premier, mais au second degré, ou de quelque manière que ce soit puisqu’elle “ est prédisposée à la procréation ” [4]. »

Dans la Somme théologique, traduite en français et annotée par F. Lachat au XIXe siècle, la phrase litigieuse : Femina est mas occasionatus est ainsi traduite : « Le Philosophe, De Generat. Anim., appelle la femme un accident ou un amoindrissement de l’homme » (Ia, q. 92, a. 1, obj. 1). Les traducteurs du Cerf, au XXe siècle, ont amélioré la traduction de Lachat : « La femelle est un mâle manqué, produit par le hasard. »

Jean Delumeau consacre à la femme le chapitre X de La Peur en Occident. Après avoir cité plusieurs grands médecins, il conclut : « Telle est la femme pour les plus illustres médecins de la Renaissance ; un mâle mutilé et imparfait, un défaut quand on ne peut faire mieux. » Rien à dire s’il rapporte fidèlement l’opinion des médecins de la Renaissance ; mais il ajoute : « La science médicale du temps ne fait que répéter Aristote revu et corrigé par saint Thomas d’Aquin [5]. » 

Dans un article intitulé « Le statut de la femme dans le droit canonique médiéval », René Metz, professeur à l’Université de Strasbourg,  affirme en toute sérénité : « Pour saint Thomas, la supériorité de l’homme sur la femme est certaine ; à la suite d’Aristote, il estime que la femme est un mas occasionatus. La génération d’une femme est l’effet d’une déficience ou d’un hasard : Femina est aliquid deficiens et occasionatum [6]. »

Enfin, un dernier exemple et non le moindre. En 1962, année où il devint cardinal, Léon-Joseph Suenens, archevêque de Malines-Bruxelles, publie Promotion apostolique de la religieuse, dans lequel il affirme, entre autres, que les canonistes, certains théologiens et des orateurs sacrés ont fait de la femme « une sorte de mineure à perpétuité. Saint Thomas lui-même a suivi trop servilement en ce domaine son maître Aristote [7]. »

Je pense que le doute est bien installé dans les esprits : Thomas d’Aquin n’est pas un champion de la cause féminine, ni un aspirant. Cherchons donc humblement ce qu’il est, car il arrive, dit Thomas d’Aquin, que la vérité apparaît à un collaborateur moins savant que le chercheur. C’est pourquoi il pense qu’il est préférable que le sage ait des collaborateurs, même s’ils sont moins savants que lui : Melius [est] sapienti, quod habeat cooperatores circa considerationem veritatis, quia interdum unus videt quod alteri, licet sapientiori, non occurrit [8].  



[1] In III Metaph., lect. 1, n. 329.

[2] Hans Küng, ibid.

[3] Uta Ranke-Heinemann, Des Eunuques pour le royaume des cieux, Paris, Laffont, 1990, p. 211.

[4] Ia, q. 92, a. 1 ; Des Eunuques, p. 213-214.

[5] Op. cit., Paris, Fayard, Pluriel, 8350, 1978, p. 429.

[6] René Metz, La Femme, Bruxelles, « Recueils de la société Jean Bodin », nos XI-XII, 1962, p. 59-113.

[7] Op. cit., Desclée de Brouwer, Bruges, Paris, 1962, p. 64.

[8] In X Eth., lect. 10, n. 2096.



Retour au texte de l'auteur: Martin Blais, philosophe, retraité de l'Université Laval. Dernière mise à jour de cette page le jeudi 30 septembre 2010 6:52
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur de sociologie au Cégep de Chicoutimi.
 
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