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Collection « Les sciences sociales contemporaines »

Participation et contestation: l'homme face aux pouvoirs (1972)
Avis au lecteur


Une édition électronique réalisée à partir du texte de Martin Blais, Participation et contestation: l'homme face aux pouvoirs. Montréal: Beauchemin, 1972, 136 pages. [Autorisation accordée par l'auteur le 22 septembre 2004 de diffuser toutes ses publications] Une édition numérique réalisée par Marcelle Bergeron, professeure retraitée de l'École polyvalente Dominique-Racine de Chicoutimi.

Avis au lecteur

« J'édifie les glaciers contre les intérêts des mares. Peu m'importe si les grenouilles coassent à l'injustice. »
A. de Saint-Exupéry[1].

« Les sots préfèrent et admirent ce qui leur est dit en termes mystérieux. Jadis Héraclite s'est rendu illustre chez les Grecs par son langage obscur », écrit Lucrèce dans son poème De la nature [2].

 Illustre parce que mystérieux, obscur. Étonnant ? Absolument pas. Le style ambigu permet à plus de lecteurs de lire ce qu'ils veulent entendre. Quel lecteur n'aimerait pas l'écrivain qui abonde dans son sens ? Qui dit ce qu'il avait sur le bout de la langue ? C'est pourquoi l'écrivain ambigu, parce qu'il abonde dans tous les sens, multiplie ses chances de se faire des amis et de devenir illustre. Alain de Lille parlait, au douzième siècle, des auteurs qui présentent leur nez de cire, que chaque lecteur peut tordre dans son sens.

Je ne serai jamais célèbre : j'ai un nez d'acier. Élevé sur une terre du 3e Rang de Saint-Michel de Bellechasse, j'ai appris très tôt à n'aimer que le précis et le clair : temps clair, eau claire, cinq heures, quatorze vaches. Et ma devise est celle de l'évangéliste Matthieu : « Cela est, cela n'est pas ; le reste vient du Malin. »

Je renonce du même coup à la profondeur. La plupart des lecteurs ont cette humilité de ne pas croire profond ce qu'ils comprennent. Le lac est profond s'ils n'en voient pas le fond. Pourtant, l'œil le lit couramment sous dix pieds d'eau limpide tandis qu'il n'en déchiffre rien sous deux pieds seulement d'eau trouble.

J'appartiens à la génération qui a fait du latin. C'est la génération qui passait des heures sur un texte grand comme la main. On lui avait appris que les mots (pas le son ni l'image) sont les signes de l'intelligence : le singe a la grimace, l'homme a le mot. Aussi ma génération ne voulait-elle communier au génie de Platon, de Cicéron ou de Shakespeare que sous les espèces du grec, du latin ou de l'anglais. Je ne choisis pas mes mots avec le même bonheur que ces génies mais avec le même soin. Ce que j'ai à dire n'est pas entre les lignes ; il est sous les mots comme les œufs sous les poules.

Je ne cherche à plaire à personne, ni à déplaire non plus. L'effort de réflexion philosophique peut accidentellement aller dans le sens du pouvoir établi, accidentellement à l'encontre mais il tend essentiellement à découvrir le pouvoir à établir.


[1] A. de Saint-Exupéry, Citadelle, III.

[2] Lucrèce, De la nature, 1, 635-645.


Retour au texte de l'au teur: Martin Blais, philosophe, retraité de l'Université Laval. Dernière mise à jour de cette page le Samedi 19 mars 2005 13:53
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue.
 
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