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Collection « Les sciences sociales contemporaines »

Tant qu'ils choisiront de vieillir… Point de vue sur les aspirations des jeunes” (1986)
Introduction


Une édition électronique réalisée à partir de l'article de Léon Bernier, sociologue-chercheur à l’IQRC (Institut québécois de recherche sur la culture), “ Tant qu'ils choisiront de vieillir… Point de vue sur les aspirations des jeunes ”. Un texte publié dans l’ouvrage sous la direction de Fernand Dumont, Une société des jeunes ? (pp. 29-44). Québec: Institut québécois de recherche sur la culture (IQRC), 1986, 400 pp. [Autorisation accordée par M. Léon Bernier le 29 septembre 2004]

Introduction

« Il semble à peu près certain aujourd'hui
que la société industrielle se caractérise
par une contradiction objective
qui pèse surtout sur les jeunes »

Franco Ferrarotti (Unesco).


En dehors de l'inquiétude viscérale qui à un moment ou l'autre gagne tout parent qui s'interroge sur l'avenir de ses enfants, il est une angoisse plus collective qui, dans une société comme la nôtre, nous force à nous interroger sur les aspirations des jeunes. Les démocraties d'Occident reposent en effet sur un double credo: 1) que le progrès technologique n'a pas de limite, et 2) que les nouvelles générations vont accepter le même credo, avec tout ce qu'il implique d'assentiment idéologique quant à la structure économique et quant à la dynamique de la vie sociale.

Alors que le développement technologique risque tôt ou tard de faire éclater la planète ou encore d'en asphyxier les habitants, l'arrivée au monde de chaque nouvelle génération crée un autre type de risque qui concerne cette fois l'équilibre idéologique des sociétés actuelles. Même si l'on se plait à répéter que mai 68 n'a finalement été qu'un feu de paille, que les anciens leaders de la contre-culture américaine ont vite réintégré le système, que les ténors de nos luttes étudiantes sont maintenant devenus des «parvenus de la révolution tranquille», il nous en est resté le sentiment que le système de croyances qui maintient nos sociétés en place est extrêmement fragile et que la précaire unanimité qui en cimente les morceaux peut à tout moment s'effriter. Certes, la conjoncture actuelle ne semble guère propice à un soulèvement collectif des jeunes, encore qu'il soit difficile de prévoir à l'avance le moment où de tels phénomènes peuvent se produire. Certains ont fait remarquer que les penseurs sociaux en étaient encore à réfléchir sur l'apolitisme des jeunes et sur la fin des idéologies alors que grondait déjà, dans les années 60, la révolte étudiante. Mais il est d'autres façons pour les jeunes de manifester leur désapprobation et d'évacuer leurs frustrations qui, pour être moins visibles (et peut-être parce que moins visibles) n'en sont pas moins le signe d'un état de déséquilibre des rapports sociaux. Malgré tout ce que l'on a pu dire de la capacité qu'ont nos sociétés de régulariser les tensions par le biais des «appareils idéologiques» et d'étouffer les révoltes par la «violence symbolique», il reste qu'à la base de la vie sociale il y a un contrat tacite entre l'individu et sa société, contrat que l'une et l'autre parties doivent minimalement respecter.

Ce contrat, bien sûr, ne comporte pas les mêmes termes pour tous au départ. Ces termes, on le sait, varient grandement selon la classe sociale, le sexe, J'appartenance ethnique, etc. C'est-à-dire que tous n'ont pas les mêmes chances objectives face aux différentes destinées qui s'offrent aux individus dans un contexte socio-historique donné - mais tous non plus ne s'y engagent pas avec les mêmes attentes, ce qui fait que le sentiment de frustration se distribue en général un peu au hasard sur l'échelle sociale. Il a fallu que les femmes désirent occuper les mêmes places que les hommes dans l'économie pour que la discrimination sexiste dans le travail apparaisse comme une injustice à leur endroit. Il faudra sans doute attendre que toutes les femmes travaillent contre salaire et surtout gagnent autant que les hommes pour qu'elles ressentent leur droit d'imposer le partage égal des tâches ménagères (1).

La conscience d'un droit et la volonté d'agir en conséquence naissent de la rencontre d'un désir ou d'une aspiration avec une situation qui en empêche la réalisation. Concernant les jeunes et la conscience de leur place dans les rapports sociaux, il se pourrait bien que nous soyons tantôt à une croisée de chemins. Notre société, depuis quelques décennies, a libéré beaucoup d'aspi-rations; voilà maintenant qu'elle ne remplit plus ses promesses. Ceux et celles qui ont eu la chance d'arriver au bon moment vont s'en tirer, mais, comme dit Bourdieu, il y a une génération qui est abusée (2).


Notes :

(1) Selon une récente étude sur les aspirations des adolescentes faite pour le Conseil consultatif canadien de la situation de la femme (Baker, 1985), il semble bien qu'actuellement les femmes n'en soient pas encore là.

(2) «Le décalage entre les aspirations que le système d'enseignement produit et les chances qu'il offre réellement est, dans une phase d'inflation des titres, un fait de structure qui affecte, à des degrés différents selon la rareté de leurs titres et selon leur origine sociale, l'ensemble des membres d'une génération scolaire. Les classes nouvellement venues à l'enseignement secondaire sont portées à en attendre, par le seul fait d'y avoir accès, ce qu'il procurait au temps où elles en étaient pratiquement exclues (...). La déqualification structurale qui affecte l'ensemble des membres de la génération, voués à obtenir de leurs titres moins que n'en auraient obtenu la génération précédente, est au principe d'une sorte de désillusion collective qui incline cette génération abusée et désabusée à étendre à toutes les institutions la révolte mêlée de ressentiment que lui inspire le système scolaire» (Bourdieu, 1979, 159-164).

Retour au texte de l'auteur: Léon Bernier, sociologue, IQRC Dernière mise à jour de cette page le dimanche 8 avril 2007 12:20
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur au Cégep de Chicoutimi.
 
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