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Collection « Les sciences sociales contemporaines »

Léandre Bergeron, Petit manuel d’histoire du Québec. (1974)
Avant-propos


Une édition électronique réalisée à partir du livre de Léandre Bergeron, Petit manuel d’histoire du Québec. Les Éditions québécoises, 1974, 253 pp. Une édition numérique réalisée par Diane Brunet, bénévole, guide de musée retraitée du Musée La Pulperie, Chicoutimi. [L’auteur nous a accordé le 11 mars 2016 son autorisation de diffuser en libre accès à tous ce livre dans Les Classiques des sciences sociales.]

[4]

Petit manuel d’histoire du Québec.

Avant-propos

Nos élites nous ont raconté des histoires sur notre passé. Elles n'ont jamais situé notre passé dans l'Histoire. Les histoires qu'elles nous ont racontées sur notre passé étaient conçues pour nous maintenir, nous, peuple québécois, en dehors de l'Histoire.

L'élite qui a collaboré avec le colonisateur anglais après la défaite de la Rébellion de 1837-38 a agi comme toute élite d'un peuple colonisé. Au lieu de lutter pour débarrasser le Québec du colonisateur, elle s'est retournée vers un passé "héroïque" pour ne pas faire face au présent. Elle s'est mise à glorifier les exploits des Champlain, des Madeleine de Verchères, des Saints Martyrs Canadiens pour nous faire croire qu'à une certaine époque nous aussi nous étions de grands colonisateurs, bâtisseurs de pays. Colonisés par les Anglais, nous pouvions trouver compensation dans l'idée que nous avions, nous, colonisé l'homme rouge. Notre élite nous fit rêver au Grand Empire Français d'Amérique Du Temps de Frontenac pour ne pas nous sentir trop humiliés dans notre situation de peuple conquis, emprisonné dans la Confédération. Des générations de Québécois furent endoctrinés dans ce nationalisme d'arrière-garde où nous nous définissions comme un peuple élu ayant mission d'évangéliser le monde et de répandre la civilisation catholique française à travers l'Amérique.

[5]

Avec l'industrialisation capitaliste américaine du Québec, une élite plus "éclairée", plus laïque, se mit à réviser notre passé. Sous le couvert de "l'objectivité", de la recherche scientifique de "faits historiques", des historiens entretenus dans nos universités, accumulèrent beaucoup de "faits", beaucoup de documents historiques. Mais là s'arrêtait leur travail. Pour eux, l'historien se situe en dehors de l'Histoire. Il est comme l'ange de la connaissance qui fouille les dépotoirs de l'humanité pour en tirer de belles fiches nécrologiques. Avec eux, notre histoire est un long déterrement qui confirme, sans le dire, notre défaite et notre sujétion. En empruntant aux Américains leur méthode de recherche, ils leur ont également emprunté leur point de vue, c'est-à-dire la suprématie de l'ordre capitaliste américain et la marginalité des petits peuples, vestiges d'un autre âge.

Depuis quelques temps, certains de nos historiens osent interpréter les faits, osent situer leur propre travail d'historien dans la vie du peuple québécois, osent se situer eux-mêmes dans l'évolution du peuple québécois vers sa libération.

Ce petit manuel d'histoire du Québec s'insère dans cette dernière orientation. Nous, Québécois, subissons le colonialisme. Nous sommes un peuple prisonnier. Pour changer notre situation, il faut d'abord la connaître. Pour bien la connaître, il faut analyser les forces historiques qui l'ont amenée. En connaissant bien les forces qui nous ont réduits à l'état de colonisés et celles qui nous y maintiennent toujours, nous pourrons définir notre ennemi avec précision, étudier les rapports de force avec discernement et engager la lutte avec efficacité. Ce petit manuel n'a pas la prétention d'être autre chose qu'un petit manuel, c'est-à-dire un livre de base. Un livre de base définit les grandes lignes et l'orientation générale. Il ne prétend pas être complet. Ce petit manuel reprend les événements marquants de notre histoire en les situant dans la lutte entre oppresseurs et opprimés, colonisateurs et colonisés, exploiteurs et exploités. Il définit le cadre général de cette lutte au Québec mais ne prétend pas en donner tous les détails. Ce manuel aura atteint son but si justement lecteurs individuels ou groupes d'étude s'en servent comme tremplin, pour pousser plus [6] avant l'analyse de notre histoire, pour mieux comprendre les mécanismes du colonialisme qui nous opprime, pour canaliser nos ressentiments d'opprimés dans des actions précises et efficaces de décolonisation.

Ce petit manuel est au programme. Au programme de l'école de la rue, pour l'homme de la rue, pour le peuple de la rue, pour le peuple québécois jeté dans la rue, dépossédé de sa maison, du fruit de son travail, de sa vie quotidienne. Ce petit manuel se veut une repossession. La repossession de notre histoire, premier pas de la repossession de nous-mêmes pour passer au grand pas, la possession de notre avenir.

Léandre Bergeron



Retour au texte de l'auteur: Jean-Marc Fontan, sociologue, UQAM Dernière mise à jour de cette page le dimanche 4 juin 2017 13:32
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur associé, Université du Québec à Chicoutimi.
 
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