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Collection « Les sciences sociales contemporaines »

Gérard Bergeron, Pratique de l'État au Québec (1984)
Avertissement au lecteur


Une édition électronique réalisée à partir du livre de Gérard Bergeron, Pratique de l'État au Québec. Montréal: Les Éditions Québec/Amérique, 1984, 442 pp. Collection: Dossiers documents. Une édition numérique réalisée par Marcelle Bergeron, bénévole, professeure à la retraite de l'École polyvalente Dominique-Racine de Chicoutimi, Ville de Saguenay. [Autorisation formelle accordée, le 12 avril 2005, par Mme Suzane Patry-Bergeron, épouse de feu M. Gérard Bergeron, propriétaire des droits d'auteur des ouvres de M. Gérard Bergeron]

Avertissement au lecteur


« On n'écrit toujours qu'un seul livre ». Si cette demi-boutade contenait plus de vrai que de fallacieux, une prudence économe de son temps commanderait d'attendre le dernier livre d'un auteur pour en connaître tous les autres... À moins, en précaution préalable, de s'être contenté de n'avoir lu que son premier livre qui allait contenir tous les autres !

Le présent ouvrage n'est pas la concrétisation d'une révision de deux ouvrages publiés naguère. Il s'agit plutôt d'une fusion, longuement préméditée en un projet tout nouveau, de deux plans analytiques différents qui, jusqu'à maintenant, n'avaient pas à se connaître mutuellement. Des travaux de méthode et d'élaboration théorique « pure », comme il est d'usage de qualifier la théorie de grande généralité, n'avaient qu'un rapport lointain avec le contenu de publications conjoncturelles sur le Québec politique [1]. Ces deux types de travaux auraient pu continuer à suivre leurs voies parallèles, n'ayant à établir leur justification propre que sur leur plan respectif.

Il n'était pas fatal, mais peut-être naturel qu'un même auteur ait nourri le dessein d'unifier en une nouvelle pensée, plus globalisante, deux démarches aussi distinctes qui n'avaient pas de point de contact jusque-là. Il devenait donc normal, quoique encore une fois non obligé, qu'après une vingtaine d'années cet auteur d'une étude sur le cas historique du Québec [2] ne se contente pas de la relancer en « édition augmentée et mise à jour » d'autant qu'avec les années, ayant par ailleurs poussé ses recherches théoriques, il pouvait disposer maintenant d'un modèle ou d'un cadre analytique [3] mis au point dans l'intervalle. Cette Pratique de l'État au Québec paraît donc longtemps après Le Canada français après deux siècles de patience (1967) et La Gouverne politique (1977). Le présent livre n'est pas la synthèse impossible de deux ouvrages aussi disparates, mais bien plutôt, après toutes ces années, comme leur produit syncrétique, et voulu comme tel. Aussi, ne s'agit-il pas d'une révision pour remettre à flot deux livres en besoin de renouvellement, mais bien d'une œuvre toute inédite en fond et forme, bien que se situant dans le prolongement des « compromissions » d'ouvrages antérieurs.

L'objectif prioritaire de la présente entreprise est de contribuer à la connaissance politique d'une société historique particulière, selon l'intention affirmée dans le titre de l'ouvrage. Un autre objectif ne pouvant complètement s'en dissocier, qui est second mais non pas secondaire, constituerait une tentative de validation de systèmes d'interprétation théorique générale, abstraitement élaborés par ailleurs au fil des années. Quand, en critique scientifique, on parle de « l'opérationnalité » d'une théorie, c'est pour dire de façon un peu plus sophistiquée qu'elle doit bien pouvoir servir à quelque chose... Soit, selon la définition de la théorie : appréhender le réel multiple, le mieux analyser en ses parties décomposables de signification, le reconstruire en un ensemble dont le sens devienne intelligible et le fonctionnement, communicable. Bien qu'elle relève de la nature instrumentale à la connaissance, la théorie ne devient pas pour autant serve dans la recherche de la connaissance de l'objet ; elle est, à l'inverse, toujours maîtresse, avec ses concepts et ses propositions de base, de la détermination même de cet objet. C'est elle qui, devant les flots incessants des faits et événements, sélectionne l'important et même l'essentiel, repère le signifiant et s'attarde au significatif. Pirandello soutenait même que les faits bruts ressemblent à des sacs vides, ne tenant pas par eux-mêmes...

Ce rendez-vous d'un théoricien « Pur » avec l'historicité d'une société concrète et déterminée, et qui était depuis longtemps matière à sa réflexion, a été amené par la conjugaison de deux facteurs : l'avantage cumulatif de développer et de raffiner davantage le cadre théorique devenait négligeable en comparaison de l'inconvénient de laisser passer l'à-propos du moment pour tenter la configuration du Québec politique de ce début des années 1980. Une autre société aurait pu être l'objet du même système interprétatif, du fait même de la prétention de la théorie à être « pure », ou générale. Que le théoricien choisisse comme champ d'expérimentation sa propre société, celle qu'en principe il connaît le moins mal, ne devrait pas paraître insolite, d'autant qu'il y avait consacré la plus large part quantitative de son œuvre d'essayiste.

Le titre même de l'ouvrage le signale avec insistance: c'est une étude de science politique, axée sur la façon dont les Québécois pratiquent effectivement leur « État ». L'auteur n'aspire pas à rendre compte de tous les aspects de la vie collective québécoise, mais de cette totalité sociale en tant que politique, et devant se couler en la forme d'un État fédéré. Cette perception « politique » devient celle du politique comme tout, qui contient et dépasse singulièrement les bagarres journalières de la politique. C'est ainsi que la théorie de ce politique étatique permet des appréhensions plus larges et davantage intégrées que les perceptions courantes sur « la politique » dont nous informent les médias et sur laquelle nous devisons volontiers dans le privé, même en dehors des campagnes électorales.

Il s'agit donc de retracer rien moins que la théorie d'une pratique... dans l'espace politique d'une génération. Alors que le sens commun, et le langage qui en dérive, pose d'ordinaire les termes en antithèse (« C'est vrai en théorie et non en pratique » – ou l'inverse), il faut affirmer plutôt que la théorie empirique ne recherche qu'à livrer le « vrai » si, par le mode qu'elle a de l'exprimer, elle semble parfois se distancer de la connaissance vulgaire s'exprimant en langue courante. Il y a plus d'un palier de connaissance ; et le théoricien, qui ne l'est pas en tout ni tout le temps dans l'ensemble d'une vie diverse comme celle de tout un chacun, en sait le premier quelque chose...

Il sera attendu du lecteur une espèce de connivence attentive en réponse à l'intention de l'auteur de jouer franc jeu. Une entreprise du genre n'est pas de toute facilité pour l'un ni pour l'autre. Ce constant va-et-vient du transitoire et du permanent, du ponctuel et du continu, du conjoncturel et du tendanciel n'est pas toute la théorie à la recherche de ses généralisations, mais c'est l'angle sous lequel elle travaille et dont le procédé déconcerte parfois de prime abord. L'outillage mental proposé pour la communication doit, pour ainsi dire, baigner dans l'huile pour que s'effectue en douce la transition de l'information journalistique brute à l'analyse théorique de plus grande exigence.

La théorie en politique..., elle est disséminée et cachée, parcellaire et répétitive dans tout ce qui fournit quelque information de nature ou à portée « politique ». Il s'agit d'aller d'abord la chercher : la cueillette précède l'analyse que suit l'interprétation théorique. Lorsque celle-ci se situe au degré de généralité de l'État par exemple, elle ne peut se satisfaire des explications par pièces détachées qu'imposent les découpages habituels en questions ou en problèmes, ou de disciplines et de méthodes. C'est d'une audace belle, et sans doute peu prudente, que de prétendre, selon le lieu commun d'origine écologique, traiter de la forêt et non des arbres, ni des maladies propres à des essences ou récurrentes en telles saisons, etc.

Les données brutes du théoricien sont celles de tout le monde: c'est la façon de les œuvrer qui le distingue de l'analyste conjoncturel ou spécialisé. Sa manie de définir et de typifier pour mieux décomposer est supportable un temps pourvu que s'affirme une intention plus forte de recomposer en un ensemble intelligible et, autant que possible, selon un mode qui ne soit pas doctrinaire. En somme, il est quelqu'un pour qui les inventaires de pièces détachées apparaissent comme du désordre même étiqueté. On ne s'y retrouve guère et l'on ne voit surtout pas « comment ça fonctionne », « comment la machine marche », plutôt mal que bien, du reste !

De toute étude globalisante, pour peu que sa construction révèle quelque cohérence objective, on peut reconstituer le corpus théorique, sans que l'auteur ne l'ait explicité ni même n'en ait été conscient. En l'occurrence, il s'imposera de l'exposer en ses grandes lignes dès le début et de le développer en explications progressives selon le déroulement de l'étude. Ce ne sera pas diluer la théorie que d'en fournir les outils d'analyse au fur et à mesure que les matières concrètes sous observation, et préalablement découpées, les exigeront.

D'entrée de jeu, le théoricien doit donc donner l'idée maîtresse du cadre théorique proposé dans la Présentation générale de l'ouvrage. On trouvera les compléments analytiques à cette trop brève esquisse en leur lieu et place du plan. Enfin, si cela peut être de quelque réconfort pour le lecteur non initié à ce type d'analyse, on pourrait peut-être rappeler que la compréhension générale de l'ensemble d'une construction théorique abstraite, ou encore sans objet, est d'un exercice plus ardu que ce qui est proposé ici, soit l'appréhension graduelle de son mode d'emploi, à chaud, devant les matériaux déjà classés et rassemblés pour le traitement.

L'auteur risquera une dernière requête au lecteur. Que celui-ci ne se rebiffe pas trop tôt lorsque, malgré tout, le premier lui semblera parfois monter sur ses grands chevaux théoriques ! Et, même, qu'il ne souhaite pas de le voir désarçonné au plus vite : ce peut être une condition sécuritaire pour pouvoir aller plus vite et plus loin dans une randonnée assez longue, et qui pourrait être marquée d'autres surprises...



[1] Voir la bibliographie de l'auteur sous les sous-titres Théorie politique et Études de conjonctures.

[2] Le Canada français après deux siècles de patience, Éditions du Seuil, Paris, 1967.

[3] La Gouverne politique, Mouton, Paris-La Haye et Les Presses de l'Université Laval, Québec, 1977.



Retour au texte de l'auteur: Gérard Bergeron, politologue, Université Laval Dernière mise à jour de cette page le lundi 3 août 2009 7:57
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur de sociologie au Cégep de Chicoutimi.
 
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