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Collection « Les sciences sociales contemporaines »

Quand Tocqueville et Siegfried nous observaient... (1990)
Introduction


Une édition électronique réalisée à partir de l'article de M. Gérard Bergeron (1922-2002). Quand Tocqueville et Siegfried nous observaient... Montréal: Les Presses de l'Université du Québec, 1990, 183 pp. Une édition numérique réalisée par Marcelle Bergeron, bénévole, professeure à la retraite de l'École polyvalente Dominique-Racine de Chicoutimi, Ville de Saguenay. [Autorisation formelle accordée, le 12 avril 2005, par Mme Suzane Patry-Bergeron, épouse de feu M. Gérard Bergeron, propriétaire des droits d'auteur des ouvres de M. Gérard Bergeron]
Introduction

Le titre de cet ouvrage indique clairement le propos de l'auteur, qui suggère au lecteur de porter sur notre peuple deux regards rétrospectifs d'une inégale profondeur historique grâce à deux auteurs français d'une importance exceptionnelle.

Ce fut à la fin de l'été de 1831 qu'Alexis de Tocqueville (1805-1859), en compagnie de son grand ami Gustave de Beaumont, visita la province du Bas-Canada. Il n'y reviendra pas ; mais, pendant un quart de siècle, son intérêt pour ce pays ne se démentira pas, ainsi que des textes de circonstances diverses l'attesteront. Les observations et réflexions, que suggéra à Tocqueville ce bref contact d'une couple de semaines avec des habitants de Montréal, de Québec et de ses environs, sont contenues dans de simples carnets griffonnés de notes de voyages disparates, ainsi que dans ses lettres à des proches. Il s'agit donc d'une série de courts textes écrits à chaud, sans grand effort de composition, et dont la vivacité ajoute encore à l'authenticité. Beaucoup plus tard, André Siegfried (1875-1959) fit, à diverses périodes de sa longue vie, de nombreux voyages au Canada et multiplia les écrits sur ce pays. Sont toujours considérés comme des classiques ses deux ouvrages de synthèse : Le Canada, les deux races (1906) et Le Canada, puissance internationale (1937) [1].

Forte inégalité, donc, dans le rapport quantitatif entre les deux oeuvres à considérer : du côté de Tocqueville, à peine une centaine de pages d'écrits rapides et circonstanciels sur le Bas-Canada proprement dit ; du côté de Siegfried, une oeuvre toute composée et articulée sur une réalité canadienne globale avec réintégration d'un volume à l'autre et mise à jour dans une édition postérieure [2]. Le premier, tout à sa découverte de jeune voyageur, se préoccupe des situations et des problèmes du premier tiers, agité, de notre XIXe siècle ; ces problèmes sont restés fondamentalement les mêmes dans la première moitié du XXe alors que le second propose ses travaux de synthèse sur le Canada. La justification de notre recherche comparée repose évidemment sur la grande classe de ces deux écrivains politiques, consacrés dès leur vivant et devenus dans la suite des auteurs classiques, chacun dans son genre.

L'auteur doit-il avouer une faiblesse, d'ailleurs lointaine, pour chacun d'eux et remontant à ses années de collège pendant la Deuxième Guerre mondiale dans le cas du second livre de Siegfried. La lecture de Le Canada, puissance internationale produisait alors l'effet d'une espèce d'appropriation intellectuelle du pays canadien, autrement qu'à la façon souvent exclusivement canadocentriste des historiens et essayistes d'ici. Il faudrait peut-être parler plutôt d'une certaine aération mentale, à moins que ce ne soit d'une relocalisation à l’horizontale sur la planète, à un moment où l'Histoire s'y faisait singulièrement bousculante. Dans les débats collégiaux et interuniversitaires de ces années-là, il était de bon ton de citer Siegfried, encore qu'il valait mieux passer sous silence le premier livre (celui de 1906, du reste épuisé depuis longtemps) de cet auteur français suspecté d'anticléricalisme et, au surplus, protestant.

Par ailleurs, les manuels d'histoire littéraire, qui faisaient bonne place à Michelet et compagnie, ne parlaient généralement pas de Tocqueville, estimé sans doute trop peu historien. On pouvait tout de même savoir, de sources ou par allusions diverses, la renommée qu'avait value à ce publiciste français son célèbre ouvrage, De la démocratie en Amérique [3], qui passait pour avoir révélé à nos voisins la signification profonde de leur extraordinaire expérience historico-politique. C'est aussi avec admiration que nous pouvions lire, vers 1945, une superbe page, tant de fois citée alors, et dans laquelle éclatait le don prophétique de Tocqueville. Il s'agit de ce passage concluant la première partie de la Démocratie, où il prévoit, dès 1835, que « chacun d'eux (l’Américain et le Russe) semble appelé par un dessein secret de la Providence à tenir un jour dans ses mains les destinées de la moitié du monde ». Presque un demi-siècle après que se soit produite la première interface, méfiante jusqu'à la presque hostilité, des deux Super-Grands au coeur de l’Europe dévastée de 1945, l'équilibre du monde repose encore sur cette donnée majeure et toujours divise que ne contredit pas le vocable de « détente ».

Quand parut, en 1973, le recueil de Jacques Vallée, Tocqueville au Bas-Canada, réunissant les fragments disparates de la pensée tocquevillienne au moment de son seul et court voyage en notre pays, nous fûmes l'un de ces lecteurs à dévorer littéralement ces pages. Mais l'occasion d'en faire une analyse systématique, il fallait la créer en décidant d'une disponibilité suffisante. Car, si les observations et réflexions du célèbre voyageur tiennent en un format restreint, elles n'ont finalement de signification suggestive ou analytique que situées sur le fond de l'ensemble de son œuvre qui, elle, est colossale [4], et sur laquelle est ici fourni un court essai en guise de conclusion générale.

Ce qui n'avait d'abord été que la réponse à un instinct de curiosité de ce qu'un canadologue français plus constant que Tocqueville, comme Siegfried, a écrit trois quarts de siècle et un siècle après les notes furtives du voyageur de 1831, apparut tôt comme une espèce d'aile nécessaire à l'ensemble du sujet. Dans l'intervalle, nous avions changé comme peuple, tout comme avait évolué, autour de nous, cette chose nouvelle qui avait pris le nom de Dominion du Canada à partir de 1867... De plus, la minceur matérielle des écrits de Tocqueville sur notre pays se trouvait comme compensée par l'ample contribution canadienne de Siegfried. Enfin, pour être de bon compte en signalant la continuité d'une tradition française d'intérêt à notre sujet, un chapitre sera consacré aux récits de quelques voyageurs français de l'après-Tocqueville jusqu'à Siegfried, et un dernier chapitre aux ouvrages de quelques auteurs notables de l'époque de ce dernier. Tandis que des auteurs se rattachent à la manière instantanée des visiteurs observateurs comme Tocqueville, quelques autres, plus tard, annoncent plutôt l'oeuvre davantage élaborée de Siegfried au siècle suivant.

Cette période d'inquiétude nationale qu'ouvraient les constatations angoissantes de Tocqueville en 1831, le second livre de Siegfried, 100 ans plus tard, la ferme avec un esprit de réassurance : la preuve est maintenant faite que les Canadiens français forment une société viable et que leur influence relative dans l'ensemble canadien est considérable. Voit-on pointer, depuis 1961, dans la France de nos retrouvailles un auteur comparable à ces deux-là ? La jeune génération québécoise d'aujourd'hui ignore jusqu'aux noms de Tocqueville et de Siegfried, et cette ignorance de l'existence même de Siegfried étonne peut-être davantage. Car, jusqu'à récemment, si les notes du séjour au Bas-Canada de 1831 ont été, elles, matière d'érudition tocquevillienne [5] les ouvrages de Siegfried étaient accessibles en bibliothèques et le sujet de son second livre s'étendait jusqu'aux années 1950. Un professeur de science politique, à la fois respectueux des grandes interrogations de Tocqueville sur la démocratie et issu d'une génération marquée au collège ou à l'université par les livres canadiens de Siegfried, pouvait être tenté d'attirer l'attention sur leur contribution personnelle à la connaissance de notre société [6].

Aussi bien Tocqueville que Siegfried ont signalé quelque chose d'important qui allait se produire, ou qui était en train d'arriver, dans le destin politique du Canada français. Le Tocqueville de 1831 a visité une société bas-canadienne déjà travaillée par le courant des rébellions qui éclateront en 1837-1838 et finalement donneront lieu au célèbre Rapport Durham de 1839, annonçant le régime de l'Union. Lejeune Siegfried du tournant du siècle nous est arrivé, dès 1898, en pleine période de Laurier et de Bourassa, alors que la marche vers l'indépendance de la colonie canadienne était déjà engagée. Après plusieurs voyages subséquents, il écrira un autre livre décrivant les conséquences politiques du Rapport Balfour de 1926 et du Statut de Westminster de 1931, qui consacreront l'indépendance réelle des dominions ; entre-temps, la Canada avait grandi, ce que notre auteur enregistrait dans ce second ouvrage au titre teinté d'enthousiasme, Le Canada, puissance internationale. 

Par ces classiques étrangers nous arrive un peu de ce vent du large sur notre bizarre aventure historique qui ne sera jamais complètement jouée. Le voyage proposé se fera en bonne compagnie. De grands esprits eux-mêmes, nos auteurs sont aussi d'une belle lignée qu'on a pu faire remonter à Montesquieu. Faisons davantage connaissance avec chacun d'eux. Par le procédé naturel des analogies et des contrastes.

***

Exactement 100 ans après la mort, à Cannes, d'Alexis de Tocqueville en 1859, André Siegfried décédait, à Paris, en 1959. Cette étrangeté chronologique fournit l'occasion de rappeler que le second eut, pour parachever son œuvre, 30 pleines années de plus que le premier, fauché prématurément par la tuberculose avant d'avoir atteint l'âge de 54 ans. Les Tocqueville descendaient d'une vieille noblesse normande dont un lointain ancêtre avait combattu à Hastings sous le commandement de Guillaume le Conquérant. Les Siegfried formaient une famille bourgeoise d'Alsace jusqu'à ce que les aléas de la rivalité franco-prussienne aient incité Jules, le père d’André, à installer son florissant commerce familial sur la plateforme atlantique, précisément au Havre. Dernier rapprochement, également géographique, entre les deux familles : le château et le fief patrimonial de Tocqueville étaient situés dans le Cotentin, tout près de Cherbourg, cet autre grand port maritime en Normandie, tandis que Jules Siegfried avait fait construire au Havre une demeure de vastes proportions, dominant l'estuaire de la Seine et baptisée par la famille, d'une façon pittoresque, « Le Bosphore ». Pour les membres de l'une et l'autre famille, l'extérieur s'ouvrait largement sur l’Atlantique Nord.

Les ensembles sociaux et politiques, les grands sujets de la vie humaine collective solliciteront l'attention des deux hommes dès le début de leur carrière d'intellectuels. Toute leur vie, Alexis de Tocqueville et André Siegfried partageront une commune inquiétude pour les valeurs de liberté risquant d'être non moins mises en question que ses éventuels excès. Selon une évaluation la plus générale possible, l'on peut encore dire que leur œuvre fut au début de quelque chose en science politique. Celle de Tocqueville a lancé la critique élaborée la plus profonde peut-être de la démocratie nouvelle et l’on accorde assez généralement à Siegfried le crédit d'avoir, par ses travaux pionniers de géographie électorale, contribué en France à l'établissement d'une science politique analytique et d'intention positiviste [7]. Chacun, sur des objets propres, a pratiqué la méthode comparative et la recherche des constantes, sinon des « lois », tout en illustrant les virtualités de ce qu'on n'appelait pas encore « l'interdisciplinaire ».

Tous deux étaient attirés, presque fascinés, par les explications de type psychologique, en termes d'esprit ou de tempérament national, de mœurs générales propres à différentes « races » [8] sans toutefois exclure le rôle souvent déterminant des grands acteurs historiques. Le destin des civilisations se retrouvait au fond de l'intérêt que nos auteurs portaient aux questions de la colonisation [9] et, plus généralement, à la position intercontinentale de l'Europe. Enfin, l'un et l'autre furent de grands voyageurs devant l’Éternel et abordaient, à la façon des grands reporters, la connaissance de terres et de sociétés étrangères dont l’Europe ou l'Occident constituait le barème naturel de la comparaison.

Dépassant ce plan analogique entre les perspectives générales de leurs travaux, il importe de souligner aussi des contrastes non moins accusés entre les deux esprits. D'abord, s'il y a un air de famine entre les deux hommes, il n'apparaît pas de filiation directe de pensée de l’un à l'autre. Siegfried, qui connaissait certainement De la démocratie en Amérique, ne le cite pas ni ne l'utilise explicitement dans ses propres ouvrages sur les États-Unis. Toutefois, comme inspirateur principal d'un nouveau programme d'études politiques universitaires après la guerre, le vénéré professeur de science politique dira au sujet de Tocqueville qui fut député, ministre même, « comme il apparaît bien, dans ses Souvenirs, que l'observation est pour lui plus essentielle que l'action ». André Siegfried met en bonne place du programme De la démocratie en Amérique et les Souvenirs de Tocqueville comme références essentielles d'une « philosophie de la démocratie [10] » ; mais il ne cache pas non plus que l'observateur critique l'impressionne bien davantage que le ministre des Affaires étrangères du même nom.

C'est le moment de signaler que le jeune Siegfried nourrissait également l'ambition d'une carrière politique, à l'instar de son père, Jules, qui fut maire du Havre, député ou sénateur et même ministre, pendant quelques mois, du gouvernement Ribot en 1892-1893. Après un quadruple échec à se faire élire à la Chambre des députés (en 1902, 1903,1906 et 1910), André aura compris et placera ailleurs ses ambitions : il sera journaliste, écrivain et professeur, avec toujours le même donné politique comme objet. Ce lui sera plus qu'un prix de consolation pour cette première carrière frustrée car « la volupté de comprendre me paraît aussi belle que l'ivresse de l'action [11] ». Plus tard, à la fin d'une brillante carrière d'écrivain et d'universitaire, il soutiendra encore que « généralement […] les hommes qui ont écrit le plus profondément sur la politique n'étaient pas eux-mêmes dans l'action, ou du moins n'y étaient en quelque sorte que secondairement ; la pratique des affaires n'était pas pour eux, on le sent bien, la préoccupation principale ; ils y voyaient davantage l'occasion de connaître les hommes, en observant de plus près leur comportement [12] ». Dès sa jeunesse, André avait pu observer le comportement privé des hommes politiques les plus divers, et souvent de premier plan, que son père recevait à sa table, au Havre ou à Paris.

Tocqueville et Siegfried étaient encore des jeunes gens lorsqu'ils s'intéressèrent à la question canadienne dont la spécificité historique les avait manifestement frappés : au moment de leur premier contact avec le Canada, Tocqueville n'avait que 26 ans et Siegfried 23. Le premier des ouvrages de Siegfried après ses thèses, Le Canada, les deux races, fut publié en 1906 alors que son auteur n'avait que 31 ans. Il constituait comme la suite écrite du premier voyage fait en ce pays en compagnie de son père, huit ans plus tôt. Mais tandis que Tocqueville aura une vie accaparée par l'édification de ses grandes oeuvres sur la démocratie américaine et l’Ancien régime, ainsi que par une activité politique de plus en plus intense, Siegfried portera un intérêt plus continu à l'évolution canadienne comme une composante essentielle du bloc des pays anglo-saxons dont il était en France un spécialiste reconnu.

Nous dirons les circonstances de ce qui fut littéralement la découverte par Tocqueville du Canada et de sa forte population de langue française. Après son retour en France, il est revenu sur le sujet plus d'une fois tout en avouant son déphasage de la question canadienne. Siegfried, tout au contraire, multiplia ses voyages en ce pays et publiera un autre livre capital une quarantaine d'années après son premier voyage de 1898. Si Tocqueville et son ami Beaumont n'avaient pas été mandatés pour faire une enquête sur le système pénitentiaire aux États-Unis, il n'y aurait pas eu de notes ni de correspondances tocquevilliennes à notre propos. Siegfried, dès le début de sa carrière, s'était donné le Canada comme un centre d'intérêt majeur et persistant.

La nature de l'étude commande que nous privilégions les écrits canadiens de l'un et l'autre auteur, fussent-ils très schématiques et circonstanciels (Tocqueville) ou plutôt élaborés en des ouvrages composés (Siegfried). Mais nous n'oublierons pas l'ensemble de chacune des oeuvres, celle de l'historien philosophe s'engageant finalement dans l'action politique, comme celle de l'observateur contemporain vouant sa vie à l'enseignement dans une école de sciences politiques. Chacun des deux hommes était habité d'une hantise intérieure : chez Tocqueville, celle de l'héritage idéologique aux conséquences aléatoires de l'égalitarisme proclamé par la Révolution française aurait comme pendant, chez Siegfried, les conséquences au moins incertaines de la Révolution industrielle (et de la queue de la comète, la révolution technologique ou postindustrielle, puisqu'il vivra assez longtemps pour la voir pointer). Et, en ce sens, les deux hommes apparaissent bien de leur siècle. Peut-être même conviendrait-il de corriger et de voir plutôt, en l'un et l'autre, des hommes d'entre-deux-siècles ? Tocqueville, comme l'homme du passage risqué mais réfléchi d'une fin du XVIIIe siècle au XIXe ; Siegfried, comme l'homme cherchant la liaison naturelle entre la fin du XIXe siècle et l'entrée résolue dans le XXe...

Concluons cette brève introduction par une dernière considération sur la valeur humaine de nos deux auteurs. Elle éclate par la hauteur et l'ampleur du dessein intellectuel auquel Tocqueville avait voué sa vie, non moins que par la qualité et la fidélité de ses grandes amitiés : la première, avec son compagnon de voyage aux États-Unis et au Canada, Gustave de Beaumont, mais aussi des amitiés chaleureuses et intellectuelles avec Louis de Kergorlay, Jean-Jacques Ampère, les philosophes Royer-Collard et John Stuart Mill et plusieurs autres (la publication de leur correspondance avec Tocqueville n'est pas encore complétée). D'André Siegfried, qu'ont connu tant de contemporains, je me contenterai de citer, comme mot de la fin, l'éloge bien senti que lui rendait, il y a une douzaine d'années, un ancien collègue de Sciences Po, François Goguel : « André Siegfried, tous ceux qui l'ont connu l’ont dit, et je suis honoré d'être aujourd'hui le dernier à le répéter, André Siegfried était un homme profondément bon [13]... »

Alexis de Tocqueville à 25 ans.

(Gracieuseté de Yale Tocqueville Manuscripts Collection, Beinecke Rare Book and Manuscript Library, Yale University).


Gustave de Beaumont à 35 ans.

(Gracieuseté de Yale Tocqueville Manuscripts Collection, Beinecke Rare Book and Manuscript Library, Yale University).

Monsieur le comte Hervé de Tocqueville, père d'Alexis.

(Gracieuseté de Yale Tocqueville Manuscripts Collection, Beinecke Rare Book and Manuscript Library, Yale University).


[1]     Publiés à la librairie Armand Colin, Paris. D'autres ouvrages contenant d'importantes parties sur le Canada seront signalés ou utilisés dans la présentation de l’œuvre de Siegfried.

[2]     La 6e édition de Le Canada, puissance internationale est de 1956.

[3]     Rappelons que De la démocratie en Amérique parut en deux parties en 1835 et en 1840. On parle communément d'une première et d'une seconde Démocratie.

[4]     La publication en cours des Œuvres complètes de Tocqueville chez Gallimard comporte un ensemble de 18 tomes comportant près de 30 volumes. Les trois quarts sont déjà parus. Est également prévue une édition des principales œuvres dans la collection de « La Pléiade » en trois volumes. En un seul, Robert Laffont a publié en 1986 dans sa collection « Bouquins » les trois principales œuvres : De la démocratie en Amérique, Souvenirs, L’Ancien Régime et la Révolution. La correspondance de Tocqueville est volumineuse.

[5]     Jusqu'à la publication chez Gallimard, en 1957, de ces notes dans le tome V, vol. 1, des Œuvres complètes, Voyages en Sicile et aux États-Unis, texte établi, annoté et préfacé par J.-P. Mayer. Au Canada, Jacques Vallée a publié les textes canadiens de Tocqueville, précédés d'une préface : Tocqueville au Bas-Canada, Montréal, Éditions du Jour, 1973. Pour la présente étude, ce recueil est d'une consultation plus aisée.

[6]     Deux ouvrages en collaboration, commémorant la mémoire des deux écrivains, ne font même pas mention de leur contribution canadienne : Alexis de Tocqueville – Livre du Centenaire (1859-1959), Paris, Éditions du Centre national de la recherche scientifique, 1960 ; L’œuvre scientifique d’André Siegfried (à l’initiative du Comité pour le Centenaire d’André Siegfried), Paris, Presses de la Fondation nationale des sciences politiques, 1977.

[7]     Dans son ouvrage Tableau politique de la France de l’Ouest sous la troisième République (Paris, Librairie Armand Colin, 1913). « C'est lui, disait Alain Lancelot, qui le premier a considéré les faits électoraux comme des choses, et je crois important de lui rendre cet hommage aujourd’hui. » Mais aussi, « l'approche de Siegfried a été critiquée au nom de la géographie, au nom de l'histoire et au nom de la politique ». Toutefois, « il reste que, après avoir pris quelque distance avec la géographie électorale, la sociologie actuelle des élections tend à lui refaire de plus en plus de place » (L’oeuvre scientifique d’André Siegfried, p. 55, 52, 54). Pour une vue plutôt réservée sur la politologie d’André Siegfried, voir une contribution d’Éric Landowski : « Du politique au politologique : analyse d'un article d’André Siegfried », Introduction à l'analyse du discours en sciences sociales, Algirdas Julien Greimas et Erie Landowski, Paris, Hachette, 1979, p. 103-127, ainsi que la partie finale de l’ouvrage de Pierre Favre, Naissances de la science politique en France (1870-1914), Paris, Fayard, 1989, XV, p. 235-306.

[8]     Depuis les précisions et corrections apportées par l’anthropologie contemporaine, ce sens extensif du terme n'a plus cours aujourd'hui. Siegfried fut probablement le dernier auteur majeur de langue française à l'employer communément.

[9]     Il en sera question dans plusieurs textes de Tocqueville. Signalons qu'en complément de sa thèse principale de doctorat sur La Démocratie en Nouvelle-Zélande, Siegfried présenta comme thèse secondaire une étude sur Edward Gibbon Wakefield et sa doctrine de la colonisation systématique (toutes deux publiées à Paris, en 1904, à la Librairie Armand Colin).

[10]   Dans la Lettre-préface qu’André Siegfried a donné à l’ouvrage de Jean-Jacques Chevallier, Les grandes œuvres politiques de Machiavel à nos jours (Paris, Librairie Armand Colin, 1949, p. VIII, XII). Un Siegfried octogénaire a confié l'espèce d'affinité admirative qu'il avait dans sa jeunesse pour Tocqueville : « En 1898, lors d’un premier voyage d'étude j'avais conçu le projet – car on est ambitieux quand on est jeune – d'écrire, à la façon de Tocqueville, un livre qui se fût intitulé : De la démocratie en Suisse. La Suisse, démocratie témoin est plus modeste dans ses prétentions : j'ai simplement regardé et dit ce que j’ai vu » (La Suisse, démocratie témoin, Neuchâtel, La Baconnière, 1956 : préface, p. 12).

[11]   « Je n'en veux pas aux électeurs qui m'ont laissé le loisir, la joie et la liberté d'esprit de l'étude. La volupté de comprendre me paraît aussi belle que l'ivresse de l'action » (Tableau des partis en France, Paris, Bernard Grasset, 1930, p. 5).

[12]   Dans la Lettre-préface indiquée à la note 10, p. VIII.

[13]   Stanley Hoffmann – qui fut deux fois élève de Siegfried, à Paris, puis à Harvard où celui-ci fut professeur invité à l'âge de 80 ans – a remarquablement comparé la psychologie des deux hommes : « Alors que Tocqueville, suivant une formule fameuse était ‘un aristocrate qui acceptait la défaite’, Siegfried était un grand bourgeois, dans une société bourgeoise qui se sentait très solide. Cette petite différence traduit aussi je crois, une différence de tempérament. Il y avait une mélancolie personnelle chez Tocqueville qui ne se trouve absolument pas dans l'extraordinaire jeunesse d'esprit d'André Siegfried et dans l'espoir qu'on sentait toujours présent malgré les analyses pessimistes » (L’oeuvre scientifique d’André Siegfried, p. 123).


Retour au texte de l'auteur: Gérard Bergeron, politologue, Université Laval Dernière mise à jour de cette page le samedi 20 janvier 2007 12:02
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur de sociologie au Cégep de Chicoutimi.
 
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