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Collection « Les sciences sociales contemporaines »

Tocqueville et Beaumont, deux Français au Bas-Canada 21 août 3 septembre 1831.” (2012)
Présentation du texte


Une édition électronique réalisée à partir de l'article de Jean-Louis Benoît, “Tocqueville et Beaumont, deux Français au Bas-Canada 21 août 3 septembre 1831.” Texte publié dans Bulletin, no 34, août 2012. Mémoires vives, Commission franco-québécoise sur les lieux de mémoire communs (CFQLMC), Québec-Paris. [Autorisation accordée par l'auteur de diffuser ce texte dans Les Classiques des sciences sociales, le 31 juillet 2012.]

Jean-Louis Benoît

Tocqueville et Beaumont,
deux Français au Bas-Canada
21 août 3 septembre 1831.

Texte publié dans Bulletin, no 34, août 2012. Mémoires vives, Commission franco-québécoise sur les lieux de mémoire communs (CFQLMC), Québec-Paris.

Présentation du texte


Lorsque Tocqueville et Beaumont quittèrent la France, en avril 1831, pour un voyage dont le motif officiel était d’étudier le système pénitentiaire des États-Unis, ils n’avaient nulle intention de se rendre au Canada. Pour eux, comme pour l’opinion commune de leurs compatriotes, les colons français du Québec avaient dû se trouver intégrés, bien ou mal, au sein de la population anglaise et la vieille souche française avait dû sinon disparaître, du moins perdre son identité.

Au début de leur séjour à New York, ils se rendirent à l’évêché où ils rencontrèrent le grand vicaire, un abbé irlandais qui avait été élevé en France, John Powers, qui, connaissant leur désir  d’aller à Détroit et de voir les chutes du Niagara, leur conseilla de pousser leur incursion jusqu’au Canada où il avait exercé son ministère, leur expliquant que la population d’origine française s’était non seulement maintenue mais largement accrue depuis le traité de 1763 et constituait un peuple à part, fier de son identité et de ses origines. Il leur donna également des lettres de recommandation qui leur permettraient de rencontrer des interlocuteurs pertinents. Ainsi, dès le 19 juin, six semaines après leur arrivée aux États-Unis, Beaumont et Tocqueville étaient décidés à se rendre au Bas-Canada pour voir ce qu’il était advenu de la Belle Province, lâchement abandonnée.

Les deux jeunes magistrats tenaient un journal de voyage et adressaient une correspondance suivie à leurs familles qui nous sont  parvenus, même si nous ne disposons que d’une partie du journal de Beaumont. L’ensemble des textes ainsi constitué présente donc un grand intérêt, c’est un témoignage de première main de la situation  du Bas-Canada à une époque où les liens et relations avec la patrie originelle étaient quasi inexistants, à des rares exceptions près, en raison, notamment de la volonté anglaise qui allait jusqu’à refuser l’accès du pays à certains voyageurs.

J’ai divisé la présentation de l’ensemble ces textes en trois parties ; la première est consacrée à la correspondance que Tocqueville adresse aux siens concernant le projet de voyage puis le séjour au Bas-Canada ; la seconde aux notes prises dans ses carnets de voyage, selon sa pratique habituelle ; la troisième aux lettres et extraits du journal de Beaumont.

Les textes de Tocqueville ont déjà fait l’objet de plusieurs publications et sont même accessibles, en ligne, sur internet ainsi que des analyses et commentaires d’un grand intérêt. En revanche, les textes de Beaumont n’ont donné lieu qu’à une seule édition, en tirage limité et quasiment inaccessible aujourd’hui, d’où notre volonté de les mettre à disposition des lecteurs.

Mon propos n’est donc pas de refaire ce qui a déjà été fait ni de proposer une lecture critique des textes pour envisager, analyser ou commenter l’exactitudes des jugements, remarques et propos des deux voyageurs, mais de présenter leurs témoignages et jugements à l’état brut : ce qu’ils ont vu – ou cru voir – compris – ou cru comprendre – dans un voyage somme toute assez bref, devant une réalité perçue aussi par le prisme particulier des jugements et remarques de leurs interlocuteurs.

Le lecteur pourra découvrir ces textes tels qu’ils ont été écrits, avec leurs forces et leurs faiblesses ; il ne s’agit donc ici que d’une correspondance non destinée à être publiées et de notes à l’état brut, contrairement à l’expérience étatsunienne où les mêmes éléments – par exemple la déportation des Indiens Chactas – ont fait l’objet de trois traitements successifs, dans les notes de voyage, la correspondance et la reprise dans le texte de La démocratie en Amérique.

Rien de tel ici.

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Lorsque Tocqueville écrit à sa parentèle…

La correspondance de Tocqueville avec sa parentèle pendant ce voyage est pleine de charme parce qu’elle donnait lieu à un véritable rituel familial, une sorte de cérémonie épistolaire : les membres du groupe suivaient sur une carte l’itinéraire des voyageurs. Chaque lettre avait une double destination, individuelle et collective : la lecture était faite pour tout l’auditoire, mais son contenu ne  s’adressait exactement et précisément qu’au destinataire de nouvelles et de remarques particulières qu’il était chargé de retransmettre à l’ensemble du groupe [1] :

« Toutes les fois qu’une lettre (…) parvient à Paris , on convoque le ban et l’arrière-ban ; tout cela ne fait pas une grande assemblée ; mais au moins chacun y a la même opinion On  lit, non pas tout d’un coup, mais tout doucement ; on vous suit sur la carte ; on commente vos démarches ; on jouit avec vous des beaux sites que vous décrivez » [2]

Les lettres qu’Alexis adresse à Louise de Tocqueville révèlent l’attention et l’affection qu’il portait à une mère fragile et vulnérable. C’est à elle qu’il écrit la première et la plus longue lettre de sa correspondance américaine, évoquant les soucis matériels, les mille petits événements de la vie quotidienne, faisant le récit détaillé de la traversée et donnant ses premières impressions du nouveau monde. Elle était la destinataire privilégiée des impressions de voyage, de ce qui parle aux sens et au cœur : les paysages, les forêts américaines, les chutes du Niagara ; les misères des Indiens victimes de la déportation génocidaire du président Jackson.

Avec l’abbé Lesueur, Tocqueville évoque, le 7 septembre 1831,  la situation des Canadiens français, leurs coutumes, leur attachement à leur langue et la force du rôle joué par le prêtres  dans le maintien de leur identité ; mais le vieux précepteur était déjà décédé au moment où Alexis écrivait la lettre [3].

Avec sa belle-sœur Émilie, la tonalité est différente et relève du marivaudage ; il est même parfois plus leste quand il évoque la virilité des Indiens : « établis comme des cerfs », voire badin quand il parle des Américaines (des États-Unis) dépressives mais fidèles et considère ironiquement que ceci explique peut-être cela !

Avec son père et ses frères, il est davantage question de politique et d’institutions.

Les lettres canadiennes figurant ici permettront au lecteur de découvrir une partie du charme et de la diversité de cette correspondance : « Le Canada pique vivement notre curiosité. La nation française s'y est conservée intacte ; on y a des mœurs et on y parle la langue du siècle de Louis XIV... »



[1] Voir à ce sujet la préface du tome XIV des Œuvres Complètes Gallimard (O.C.) qui analyse les mécanismes de cette « cérémonie épistolaire ».

[2] O.C. XIV, p. 25, lettre du 9 août 1829 ; la correspondance américaine expédiée par Alexis repose sur les mêmes modalités que celles qui sont présentées ici, dans une correspondance antérieure, lors d’un de ses voyages en Suisse.

[3] Tocqueville  apprit deux jours plus tard la mort de l’abbé Lesueur.



Retour au texte de l'auteur: Jean-Marc Fontan, sociologue, UQAM Dernière mise à jour de cette page le jeudi 10 octobre 2013 18:27
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur de sociologie au Cégep de Chicoutimi.
 
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