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Collection « Les sciences sociales contemporaines »

Jean Benoist, “Types de plantations et groupes sociaux à la Martinique” (1968)
Introduction


Une édition électronique réalisée à partir du texte de M. Jean Benoist, “Types de plantations et groupes sociaux à la Martinique”. Un article publié dans la revue Cahiers des Amériques Latines, no 2, 1968, pp. 130-160. Paris: Institut des Hautes Études de l'Amérique Latine. [Autorisation formelle accordée par l'auteur, le 17 juillet 2007 de diffuser, dans Les Classiques des sciences sociales, toutes ses publications.]

Introduction

Les terres tropicales basses de l'Amérique Centrale et des Antilles ont offert au colonisateur européen l'occasion de créer un système socio-économique original. Ces régions, propices à la culture d'importantes denrées d'exportation, étaient à peine peuplées et rapidement les Amérindiens en furent éliminés. L'exploitation du soi n'eut donc pas à se plier aux contraintes qu'imposa dans d'autres régions la présence d'une nombreuse population indigène. Plus que partout ailleurs, la mise en valeur put répondre aux seuls impératifs économiques et la société qui s'édifia en reçut directement la marque. 

Mais les colons venus se fixer dans ces contrées, en particulier ceux qui s'installèrent dans les petites Antilles, subirent d'autres pressions que celles de leurs propres besoins : celles des puissances européennes dont ils dépendaient ; celles-ci contrôlèrent de très près l'orientation économique de leurs territoires américains et canalisèrent leur activité en fonction de leurs intérêts. Aussi, l'organisation et l'exploitation de ces terres, centrées sur les besoins prioritaires des métropoles, ne les conduisirent-elles pas vers un développement autonome et équilibré. 

Ainsi naquit un système où la monoculture de produits tropicaux destinés à l'exportation vers un marché privilégié devint l'essentiel, tandis que les autres activités locales étaient freinées, l'agriculture de subsistance étant elle-même réduite à son minimum. L'Exclusif empêcha tout développement autonome du commerce et de l'industrie : dès les origines, les Antilles, modelées étroitement par la vie économique des puissances dont elles dépendaient, se développèrent sous le signe de cette dépendance. 

Ces lignes de forces, autour desquelles s'élabora l'organisation sociale que nous pouvons actuellement observer, ont imprégné toute cette aire d'une unité certaine. 

Du Brésil jusqu'au Sud des États-Unis, en passant par les Antilles et par les côtes orientales de l'Amérique Centrale, émergèrent des structures homologues que caractérisent trois éléments primordiaux : 

•   l'existence d'unités agricoles de grande dimension. dévolues à la monoculture de produits destinés à l'exportation ;
 
•   une stratification sociale où une aristocratie foncière contraste avec une masse de travailleurs manuels ;
 
•   la coïncidence de cette stratification sociale et d'une diversité raciale. Partout, la classe dominante est d'ascendance européenne et maintient son identité ethnique par une endogamie strictement contrôlée. Le contraste originel entre maîtres blancs et esclaves noirs a pu s'atténuer par l'abolition de l'esclavage et l'interposition de groupes intermédiaires, mais il n'a pas disparu tant que l'organisation socio-économique n'a pas été fondamentalement remise en question.
 
À ces traits structurels majeurs s'ajoutent de nombreuses concordances qui tiennent aux origines du peuplement et qui se retrouvent dans les domaines où les immigrants ont subi les fortes contraintes du système de base comme dans ceux où ils ont pu introduire les éléments de leurs cultures d'origine. On peut ainsi relever :
 
•   des traits de l'organisation sociale, tels que la structure de la famille chez les travailleurs (matrifocalité, répartition sexuelle des tâches), la fluidité de l'organisation communautaire et le manque de netteté morphologique et fonctionnelle des communautés paysannes ;
 
•   des traits proprement culturels dans la technologie (agriculture vivrière, cuisine, gestuelle), le folklore, la musique, les religions.

 

Alors que les structures économiques ont été profondément marquées par les besoins et les décisions de ceux qui détenaient le pouvoir, les traits qui viennent d'être énumérés ont surtout subi l'influence de la majorité d'origine africaine. Aussi de nombreuses convergences et bien des parallèles soulignent-ils l'influence africaine et donnent-ils à l'ensemble de l'aire des plantations une homogénéité que les structures économiques, à elles seules, ne suffiraient pas à assurer. Mais la dualité des groupes en présence s'accompagne également d'un partage du champ de la culture, et cela entraîne souvent des ambiguïtés et des contradictions. Ni l'un ni l'autre n'occupe de façon exclusive le domaine où il domine et bien souvent ce chevauchement conduit à cette ambivalence des appartenances et à ces brusques sautes d'un système à un autre qui frappent l'observateur des cultures afro-américaines et des sociétés de plantation où elles sont insérées. 

Cet ensemble est suffisamment éloquent pour que toute la zone intertropicale américaine puisse être considérée comme une véritable aire culturelle : l'Amérique des plantations. L'organisation sociale sous-jacente à la diversité apparente de cette région - le « système des plantations » - se présente alors clairement comme l'agent qui l'a structurée autour de ses impératifs. Les traits culturels, dont la variabilité est infiniment plus élevée, se situent à un autre niveau d'exigence, et même S'ils font partie du système tel qu'il fonctionne, c'est plus à titre de corollaires historiques qu'à titre de structure sous-jacente.



Retour au texte de l'auteur: Jean-Marc Fontan, sociologue, UQAM Dernière mise à jour de cette page le samedi 29 septembre 2007 17:23
Par Jean-Marie Tremblay, sociologue
professeur de sociologie au Cégep de Chicoutimi.
 
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